Chapitre 1 228
La mort de l’archange
« Ô noble citoyen des cieux, nous pouvons enfin nous battre à armes égales. » Une fois les anges ennemis morts, Richard revint à portée de Michael, qui se rétablissait rapidement grâce à l’énergie du pape. Les trois hommes au service de Martin se rangèrent derrière lui, épées cramoisies à la main.
Les quatre anges adverses avaient réussi à tenir jusque-là, mais Richard venait d’interrompre son combat contre Michael pour s’en prendre à eux. L’équilibre fut aussitôt rompu, et ils ne purent plus tenir bien longtemps. À présent, Richard et les trois Midren s’acharnaient sur Michael, seul contre tous. Même en duel, le céleste n’avait jamais fait le poids face à Richard ; l’issue était donc évidente.
Richard n’avait toutefois aucune intention de se battre loyalement ni de laisser à son adversaire le temps de se préparer. Pour une raison ou une autre, l’arrogance injustifiée de l’archange lui soulevait le cœur, et il ne pouvait s’empêcher de vouloir la lui effacer du visage. Un bras tendu, il fit jaillir une lumière cramoisie sur les trois Midren ; les paladins qui s’y trouvaient perdirent aussitôt le contrôle de leurs corps et devinrent ses marionnettes.
Bien qu’il se trouvât à bonne distance, Martin sentit immédiatement le changement. Les sourcils froncés, perplexe, il ne dit rien lorsqu’il comprit que Richard maîtrisait si efficacement la hiérarchie de l’Armure céleste. Peut-être était-il censé assister à cela ; une amitié ne pouvait durer que si les deux parties étaient à peu près égales.
Les trois Midren fondirent sur le céleste sans pitié, combattant en parfaite harmonie. Michael hurla et gémit sans relâche, mais, même sans que Richard intervînt, il peinait à les repousser. Alors que l’ange commençait à perdre patience, une lumière rouge sang jaillit et enveloppa tout son corps, manquant de l’engloutir. Il parvint à la trancher, mais se mit à trembler dans la foulée, au point de presque lâcher son épée.
Lorsque la lumière rouge se dissipa, Michael comprit enfin qu’il affrontait la même épée qu’il avait réussi à endommager auparavant. Les yeux écarquillés de surprise, il se demanda si l’arme était devenue immunisée contre ses flammes. Et l’autre, alors ? Une vive douleur lui fournit bientôt la réponse. Un regard inquiet lui révéla une lame verte plantée dans le ventre. L’armure n’avait nullement arrêté l’arme.
« Cette… épée… » Quelque chose sembla s’éclairer dans l’esprit de Michael ; il fixa Clair de Lune, le visage blême.
« Oui, elle est plutôt bonne », sourit Richard en se reculant. Le céleste le regarda avec stupeur tandis que la petite blessure éclatait soudain en une pluie de sang doré. Le Fléau de la Vie avait enfin fait effet, même si seule l’arme qui avait absorbé son sang y était parvenue.
Les yeux flamboyants, Michael fusilla Clair de Lune du regard ; sa haine pour cette épée dépassait même celle qu’il vouait au Juge. Il allait parler, mais les trois Midren se jetèrent sur lui de concert.
La bataille dans le ciel atteignit ainsi son paroxysme : le céleste mobilisa ses dernières forces et forma un soleil doré. Les trois Midren furent projetés au loin, mais chacun tenait une aile brisée. Clair de Lune en avait également une enroulée autour d’elle, tandis que le Juge s’efforçait d’en avaler une autre.
Michael était couvert de sang doré ; sa seule aile restante peinait à le maintenir dans les airs. En contemplant l’ange qui avait autrefois eu six ailes, Richard dit lentement : « Tu as eu ta chance. »
« Tu… Tu t’allies au mal… Un jour, tu connaîtras ta perte… » Michael vacilla, et sa dernière aile se désagrégea dans une lumière cramoisie. Son sang se mit à brûler furieusement, formant une aura dorée autour de lui tandis qu’il tombait au sol.
Boum ! Des milliers de soldats furent projetés au loin par l’impact ; des flammes déchaînées creusèrent un vaste cratère de plusieurs dizaines de mètres de large. Tout ce qui se trouvait à portée fut réduit en cendres, jusqu’aux chevaliers runiques. Lorsque Richard descendit, il ne restait plus qu’une armure dorée et une épée en flammes.
L’armure était l’ensemble d’Armure céleste qui avait formé Michael. Elle était cabossée et fissurée de toutes parts, mais demeurait intacte. La cuirasse et le casque, eux, étaient sans défaut ; sur ce dernier, l’emblème du Seigneur radieux brillait toujours. Un seul regard suffit à Richard pour savoir qu’il pourrait la réparer sans difficulté.
L’épée brûlait encore de flammes sacrées, mais Richard remarqua aussi qu’elles puisaient dans les derniers vestiges de la force divine de Michael. Elles s’éteindraient en quelques minutes. Il tendit la main à travers la chaleur et retira l’arme du sol, dispersant l’énergie dans toutes les directions ; la terre calcinée se cristallisa sous l’effet de la chaleur.
En termes de puissance pure, ces flammes sacrées étaient loin d’égaler les flammes liquides créées par la Lune bleue. Celles-ci avaient la propriété de détruire et de déstabiliser la structure de tout être qu’elles touchaient, tandis que les autres ne pouvaient compter que sur leur température. Il était toutefois évident que ces flammes divines étaient bien plus brûlantes que les bleues. Cette épée était une véritable arme divine, probablement la deuxième après la robe et le bâton que portait le pape.
Le seul problème, c’était que l’épée était monstrueusement grande. Trois mètres convenaient parfaitement à un grand céleste, mais les humains étaient minuscules en comparaison. Bien sûr, Richard ne pensait pas que ce serait un obstacle : il avait largement la force nécessaire pour manier l’arme. C’était aussi la première fois qu’il voyait une arme aussi résistante que Clair de Lune.
Une fois l’épée en sa possession, Richard examina plus attentivement l’Armure céleste étendue au sol. En soulevant la cuirasse, il découvrit un gros cristal d’or qui flottait à l’intérieur : le noyau céleste, assez semblable à un noyau démoniaque ou à un cœur humain. C’était la source d’énergie fondamentale des célestes, et celui de Michael égalait déjà celui d’un seigneur démon inférieur. Dans le système du Dragon éternel, il aurait constitué une offrande de rang 2, à la limite du seuil.
« HÉRÉTIQUE ! TU OSES PROFANER LE SQUELETTE SACRÉ ! » hurla soudain saint Thomas lorsque Richard arracha le noyau ; son corps tremblait de rage. Martin aussi semblait mal à l’aise, mais le pape, lui, resta calme.
Le vieil homme contempla sans émotion les dizaines de cadavres en robe rouge à ses pieds, sans même se soucier de Ruford qui agrippait désespérément le bord de sa propre robe. Le prêtre légendaire n’avait pas plus de cent ans ; même si les ecclésiastiques vivaient moins longtemps que ceux qui obtenaient leur pouvoir par leurs propres moyens, il lui restait encore un siècle pour gagner en puissance. Sans Martin, enfant divin, il aurait même été mieux placé qu’Hendrick pour prétendre à la papauté.
Mais tout était fini, à présent. Saint Thomas voulut se précipiter, mais Senma, ragaillardie, le retint. Les trois Midren soutenaient alors le champ de bataille, lui permettant de garder le vieil homme à distance. Richard rangea ses deux épées et leva bien haut sa nouvelle arme, dans laquelle il insuffla sa propre énergie. Les veines cramoisies de son armure s’illuminèrent de nouveau et les flammes sacrées virèrent au rouge sang. Lorsqu’il se tourna enfin vers son adversaire, Thomas ne vit qu’indifférence derrière le masque.
Richard tendit la main gauche et traça un portail dans le ciel. Le paladin légendaire, stupéfait, disparut dans son ouverture, se rappelant à peine qu’il avait été mage avant que des flammes rouge sang ne le dévorent par-derrière.
Il fallut quelques instants aux flammes pour s’apaiser, mais tous virent saint Thomas qui peinait à repousser l’épée avec sa lance. Les flammes cramoisies avaient déjà balayé son corps et l’avaient laissé blême ; ses cheveux tremblaient tandis qu’il résistait de toutes ses forces. Son cheval argenté poussa un cri de douleur lorsque ses membres furent réduits en bouillie. La bête, qui avait combattu aux côtés du paladin pendant plus de cent ans, ne pouvait supporter la puissance de Richard.
Thomas hurla de douleur, mais son cri s’interrompit net lorsqu’il se retourna et découvrit une lance plantée dans son dos. Senma serra les dents et déversa son énergie dans le corps du paladin, lui broyant tous les organes. Richard retira son épée et soupira : « Comme je l’ai dit, c’est une vendetta. Tu es le premier. »
La gorge de Thomas se noua, mais il ne put prononcer un seul mot. Lorsque Senma retira sa lance de son corps, les derniers vestiges de sa vitalité s’évanouirent et son cadavre s’effondra au sol. La bataille était terminée.