Chapitre 1 214
Marchandise disparue
Lorsque le responsable de l’entrepôt entra dans le bureau de Richard, ses jambes se dérobèrent aussitôt sous lui. Richard tapotait doucement la table, mais chaque coup lui semblait frapper son cœur. Sans chercher à dissimuler sa colère, il dégageait une aura terrifiante. Le mage de niveau 16 dut lutter de toutes ses forces pour ne pas s’effondrer.
« Où est le lot d’or divin qui devrait se trouver dans mon entrepôt en ce moment ? Où est-il ?
— Votre Grâce, ce lot était acheminé par les paladins de l’Église de la Gloire. Ils devaient l’envoyer directement à Azan, mais ils ont été pris dans une embuscade près de la frontière et entièrement anéantis. Toute leur cargaison a également été emportée.
— Vous voulez dire que quelqu’un, dans l’Empire de l’Arbre Sacré, a décidé qu’il pouvait tuer tout un groupe de paladins ? Qui a fait ça ?
— Il s’agirait d’un groupe de mercenaires qui se font appeler les Faucons cramoisis. Ils n’ont fait aucun quartier ; pas un seul paladin n’a réussi à s’enfuir.
La colère de Richard retomba et se mua en un sourire élégant, mais glacial. « Alors, qu’avez-vous fait ? Inutile de me parler de la façon dont ces Faucons cramoisis ont découvert l’existence de l’or divin ; nous verrons cela plus tard.
— J’en ai immédiatement informé la comtesse Alice, Votre Grâce. J’ai également envoyé mes hommes auprès du seigneur de ce territoire pour lui demander d’enquêter. Il s’appelle le marquis Brahms. J’ai aussi envoyé des hommes à l’Église de la Gloire ; techniquement, les marchandises ont été perdues de leur côté, et elles ne nous avaient donc pas encore été remises. Ils devraient nous fournir un nouveau lot ou nous dédommager.
— Un nouveau lot ? » Richard ricana. « Il leur faudra une année entière pour m’en envoyer un autre. Je ne peux pas attendre aussi longtemps. Qu’ont-ils répondu ?
— Ils ont dit qu’ils nous donneraient bientôt de leurs nouvelles, répondit prudemment le responsable en s’essuyant le front.
— Bien. Et qu’en est-il de Brahms ? J’ai entendu dire qu’il était difficile à traiter. L’enquête est terminée ?
— Je crois qu’une lettre nous a déjà été envoyée, Votre Grâce. Puis-je m’absenter un instant pour aller la chercher ? Lisez les derniers chapitres sur novelping.com.
D’un geste de la main de Richard, le mage se précipita vers la porte et regarda dans le couloir. L’un de ses subordonnés fut envoyé chercher la lettre. Quelques minutes plus tard, le responsable revint dans le bureau, l’air perplexe. « Le marquis Brahms dit qu’il a trouvé le repaire des Faucons cramoisis… Il les aurait tous tués et aurait retrouvé l’équipement dérobé, mais pas la moindre once d’or divin.
BAM ! Richard tapota le bureau avec la même douceur qu’auparavant, mais cette fois, il le réduisit entièrement en poudre. Il tendit calmement la main, et le responsable lui remit la lettre qu’il tenait. Le texte était poli et concis, et comportait même une liste des objets récupérés lors de l’opération.
Aucune arme ne manquait, mais il n’y avait pas la moindre once d’or divin ? Et aucun des Faucons n’avait survécu ? Le responsable se sentit aussitôt mal à l’aise, comme si un énorme rocher pesait sur sa poitrine. La lettre était certes rédigée avec politesse et élégance, mais il aurait fallu être un imbécile pour ne pas y déceler une arrogance flagrante.
Richard posa la lettre avec une délicatesse infinie, comme si elle venait d’une amante. Le bureau avait beau être réduit en poussière, la lettre et tous les autres documents continuaient de flotter dans les airs, comme si une table solide les soutenait encore. Cela exigeait une maîtrise terrifiante et, à en juger par les apparences, reposait sur la seule mana. Aux yeux d’un grand mage, c’était presque un miracle divin.
Richard continua de tapoter la table, faisant résonner des coups nets, puis demanda : « C’est Brahms qui nous a appris que les Faucons cramoisis avaient attaqué notre convoi ?
— Oui, Votre Grâce.
— Bien. Vous pouvez partir.
Le responsable poussa un soupir de soulagement et se retira. Juste avant que la porte ne se refermât, il vit des flammes bleues réduire silencieusement la lettre et les débris en poussière ; les documents qui n’avaient pas été lus, eux, restèrent intacts. Il ne put retenir un frisson et referma vivement la porte du bureau avant de s’en aller.
……
« Richard ! Qu’est-ce qui est si urgent pour que tu aies besoin de me contacter de cette façon ? Ça coûte cent mille pièces d’or par minute ; tu ne peux pas utiliser ce dispositif à ta guise juste parce que c’est moi qui paie ! Je n’ai pas beaucoup d’argent…
Richard sentit poindre un léger mal de tête et interrompit Martin, qui gardait son sourire habituel. Malgré ses jérémiades, celui-ci avait l’air parfaitement à l’aise à bavarder pendant des minutes entières en utilisant cette formation hors de prix. « Combien d’or divin as-tu ?
— Combien j’en ai ? » Le Saint prit un air d’un étonnement exagéré. « Mon cher Richard, nous ne parlons pas ici de ton fer-givre. Je t’ai déjà donné tout ce que j’avais accumulé au cours des cinq dernières années ; il ne m’en reste pas une once. Si tu en veux davantage, il faudra attendre l’année prochaine.
— Ce lot a été volé, dit froidement Richard.
— Quoi ? » L’expression enjouée de Martin s’effaça aussitôt. Il savait parfaitement ce que représentait l’or divin pour un maître runique saint, surtout quand il était mage. « Je m’occupe de quelques hérétiques dans les Hautes Terres désolées, ces derniers temps, alors je n’ai guère suivi les affaires politiques. As-tu découvert qui a fait le coup ?
— C’est arrivé sur les terres du marquis Brahms. Apparemment, je suis censé croire qu’une bande de mercenaires a tué tous les paladins, volé l’or divin, puis l’a expédié vers une destination inconnue, avant d’être à son tour entièrement exterminée par Brahms. Cette histoire est hébergée sur novelping.com.
— C’est vraiment…
— Oui, c’est beaucoup trop évident. On dirait presque qu’il a peur que je ne comprenne pas qui a fait le coup.
— Hmm… Mais, à vrai dire, il n’y a aucune faille dans son récit. Du moins en apparence, il agit dans le respect de la loi et se montre irréprochable.
— Tu as une suggestion ?
— Tu me demandes mon avis ? » Martin eut un sourire contrit. « Tu as déjà dû trouver quelque chose, alors à quoi bon ? Je peux seulement te dire que Brahms est un personnage de haut rang, le neveu de l’archevêque Ruford. Il n’est devancé que par Hendrick, et l’écart de pouvoir entre eux n’est pas particulièrement grand. En tout cas, il est bien plus puissant que moi.
— Donc, c’est quelqu’un d’important, dit doucement Richard en souriant.
Martin conserva son expression. « Qui peut être important face à un maître runique saint de génie comme toi ? Personne en dehors du domaine épique ne fait le poids. Cette fois, c’est moi qu’ils visent.
Richard leva les yeux et soupira. « Peu importe, ils m’ont impliqué dans l’affaire, maintenant. Essaient-ils de m’empêcher de fabriquer des runes saintes cette année ? Est-ce un avertissement ?
Le Saint comprit que le ton de Richard différait de l’ordinaire et sentit soudain le bout de son nez le démanger. « Ça ne devrait pas trop t’affecter, si ? Ce ne sont que quelques millions ; ils savent encore où est leur place. Ils veulent juste que tu cesses de m’aider.
Les lèvres de Richard s’incurvèrent en un sourire étrange. « Ce n’est pas une question d’argent, mais de temps. Je dois obtenir quelque chose pour assurer la survie de mon enfant à naître, mais pour cela, je vais devoir faire quelque chose de dangereux. Il me faut une rune qui augmente mes chances au-delà d’un simple pile ou face ; si j’attends un an, l’enfant et sa mère seront morts. Tu trouves que ça m’affecte assez ?
L’expression de Martin changea aussitôt. « Oh. Donne-moi quelques jours. Je retournerai auprès du pape et je le convaincrai d’en sortir quelques-unes de sa collection personnelle. J’enverrai aussi des hommes auprès de Brahms pour voir ce que je peux lui soutirer, mais ça risque de prendre du temps.