Chapitre 1 205
Seigneur des abysses
La voix tonitruante ne l’intimidant pas, Richard s’avança droit au milieu de la salle. D’un geste, il fit signe à ses suivants et à ses chevaliers runiques d’entrer à leur tour et de se déployer en formation de combat autour de lui.
Tiramisu fut le dernier à entrer. Avant de rejoindre le reste de la troupe, le seigneur ogre défonça les portes pour s’assurer que la sortie ne serait pas condamnée. À cette vue, le prétendu seigneur abyssal entra dans une colère plus noire encore. « Sales insectes, je vous brûlerai tous dans la lave pendant dix mille ans ! »
Le palais se mit à trembler violemment. Des rochers dégringolèrent du plafond, tandis qu’une conscience gigantesque se rassemblait pour s’en prendre aux âmes des personnes présentes. Quelques chevaliers runiques pâlirent aussitôt, presque paralysés par la peur ; même Kellac et Asiris affichaient des mines anormales. La magie n’était d’aucun secours dans un affrontement direct entre deux âmes.
Richard fut le seul à rester parfaitement imperturbable. Sa puissance légendaire se manifesta tandis qu’il jetait un regard circulaire avant de déclarer d’un ton neutre : « Un seigneur des abysses ? Tu n’as même pas l’air d’un seigneur inférieur. Et même si tu en étais un, rien ne justifierait pareille arrogance. »
« Même vos dieux doivent ramper devant moi ! » Le grondement du démon se fit plus terrifiant encore, tandis que son attaque spirituelle tentait de plaquer Richard au sol.
« Pas les miens. Mais ma patience a ses limites. Ça s’arrête ici ! » Richard leva la main droite, et des étincelles astrales bleues se formèrent dans sa paume. Des flammes semblables apparurent dans tout le palais, dansant dans les airs comme une version agrandie de celles qui brûlaient au creux de sa main. Elles commencèrent à consumer l’épais brouillard qui les entourait. La brume semblait absorbée par les flammes à leur passage, qui n’en devenaient que plus vives et plus puissantes.
Le démon poussa soudain un cri de douleur. « Ces flammes… Comment peuvent-elles brûler les âmes ? Comment peux-tu invoquer une chose aussi puissante ? Qui es-tu ? Quelle sorte de démon es-tu ?! »
Ses plaintes lugubres faillirent faire défaillir les chevaliers runiques, mais Richard se contenta de ricaner. « Je suis Richard Archeron. Maudis-moi tant que tu veux, mais va te faire foutre et retourne dans les abysses, pour l’instant. »
Les étincelles dans la main de Richard se multiplièrent rapidement, tandis que les flammes dans la salle s’intensifiaient à leur tour, jusqu’à ce que des centaines de boules de feu bleues filent dans tous les sens. Le cri du démon monta aussitôt dans les aigus, mais sa puissante conscience fut balayée comme par un courant, jusqu’à disparaître complètement.
« Je reviendrai ! » Une voix faible résonna dans la salle. Le changement avait été si soudain que Richard lui-même en fut un peu surpris. Il grogna, déçu : il avait espéré que le démon poursuivrait son attaque, ce qui lui aurait donné l’occasion de capturer son âme. Rendez-vous sur novelping . com pour lire le chapitre complet.
L’esprit qui les contrôlait ayant disparu, le brouillard du palais se dissipa aussitôt. Cette brume était une manifestation physique de la puissance spirituelle de la conscience ; c’était pourquoi Richard l’avait brûlée. Le seigneur démoniaque s’étant enfui, Richard referma simplement le poing et toutes les flammes regagnèrent son corps.
« Tss, il s’est enfui bien vite », marmonna Richard. Après avoir jeté encore quelques regards autour de lui, il secoua la tête, impuissant. Puis il ordonna aux chevaliers runiques et aux soldats de l’hiver de se disperser et d’explorer le majestueux édifice.
Le palais était immense, plus vaste encore que la salle à l’étage. Il semblait avoir été créé naturellement et ne comportait aucune décoration, mais, tout au fond, se dressait une haute estrade en acier noir surmontée d’un trône. Les accoudoirs représentaient des démons se faisant face, un motif classique chez les seigneurs abyssaux.
Une fois la brume dissipée, l’immensité de l’estrade et du trône sauta davantage aux yeux. Le démon qui l’occupait devait mesurer au moins cent mètres, signe d’une grande puissance dans une société où la taille d’un être reflétait son pouvoir. À cette hauteur, même s’il ne s’agissait pas forcément d’un archiseigneur régnant sur une strate entière, il était bien plus puissant qu’un seigneur inférieur. À la connaissance de Richard, aucun seigneur inférieur n’était assez grand pour occuper un tel trône.
Il ne pensait pas que le démon de tout à l’heure fût un seigneur supérieur ; s’il en avait été un, il aurait été impossible de le faire fuir si facilement. Toutefois, il se demandait encore comment la conscience du démon avait réussi à se soustraire à ses pouvoirs avant de s’enfuir. D’ordinaire, ses flammes auraient suivi la conscience jusqu’à son retour, mais cette fois, elles avaient échoué.
Il s’éleva jusqu’à l’estrade et fit le tour du trône en volant, mais, même après une inspection minutieuse, ne trouva rien de valeur. Les seules choses qui valaient une somme considérable étaient l’acier noir dont le trône était fait et les gravures. Derrière le trône se cachait une porte, au-delà de laquelle l’espace ondulait à peine. Richard comprit rapidement qu’il s’agissait d’un portail intraplanaire de courte portée et que sa stabilité ne présentait aucun danger.
En franchissant le portail, il déboucha dans un espace étrange qui sentait le feu et le soufre. De la fumée emplissait l’air et tourbillonnait sans cesse, éclairée par les rayons de lumière qui filtraient de la voûte. Son regard perça cette barrière naturelle et balaya les environs : il découvrit une vaste cavité souterraine, assez grande pour accueillir une cité naine. La voûte s’élevait à cent mètres, couverte d’une épaisse couche de moisissures luminescentes, et deux cascades jaillissaient du vide au loin.
Les deux cascades et leur étrange aura accaparèrent toute l’attention de Richard. Leur liquide se rejoignait en un petit ruisseau qui serpentait vers une colline lointaine, au-delà de laquelle on distinguait une faible lueur. Il s’envola pour examiner le tout de près et, à sa surprise ravie, découvrit que le liquide était si chargé d’énergie qu’une simple bouteille en aurait fait une potion de grande qualité, même sans raffinage. Recevez plus vite les dernières nouvelles sur NovelPing.
En activant Perspicacité, il finit par comprendre que l’essentiel de l’énergie originelle de la Genèse se dirigeait là, se concentrant en ces deux cascades d’énergie pure qui s’écoulaient vers la colline. Le ruisseau scintillait doucement, et son lit était parsemé de cristaux magiques, comme dans son propre demi-plan. Son courant étonnamment rapide contournait la colline, haute de quelques dizaines de mètres, avant de se jeter dans un bassin.
Lorsque Richard s’éleva pour voir ce qui se trouvait exactement de l’autre côté, il faillit perdre le contrôle de son vol. Dans le bassin d’énergie reposait un corps démoniaque de plus de cent mètres, appartenant sans aucun doute à un puissant seigneur démoniaque, peut-être même un archiseigneur de strate. Par réflexe, il recula d’une centaine de mètres, sans parvenir pour autant à se sentir en sécurité. Si le démon se levait, même un coup porté sans y penser pourrait le frapper et le tuer.
Les seigneurs démoniaques étaient les êtres les plus puissants des abysses ; chacun d’eux était assez redoutable pour faire trembler les autres démons. Parmi les plus puissants, beaucoup régnaient seuls sur des strates entières ; seules les strates les plus vastes ou les plus puissantes étaient partagées entre plusieurs seigneurs. Même Sharon ne pouvait pas encore vaincre un grand seigneur démoniaque, et son premier réflexe fut de s’enfuir aussi loin que possible.
Ce ne fut qu’après s’être éloigné que Richard comprit que le seigneur démoniaque ne bougeait pas. Dans des circonstances normales, il l’aurait forcément remarqué et se serait levé, ou lui aurait au moins lancé une malédiction ou une autre technique pour le réduire en cendres. Au lieu de cela, ses oreilles étaient assaillies par les battements de cœur qui le tourmentaient depuis des mois ; cette fois, ils lui révélaient leur origine.
Ces battements avaient quelque chose d’anormal. Ils ne lui causaient aucun malaise, mais éveillaient en lui une vague tentation qui l’attirait vers le démon. La raison lui ordonnait de rester aussi loin que possible, tandis que son subconscient lui soufflait que s’approcher ne mettrait pas sa vie en danger.
Se reprenant, il apaisa ses suivants, qui avaient senti son trouble incontrôlé, et leur ordonna de rester dans la salle jusqu’à ce qu’il leur donne le signal. Il prit une profonde inspiration, décida de se fier à son instinct et s’approcha prudemment. Les seigneurs démoniaques n’avaient pas à se soucier du nombre d’adversaires de rang saint du ciel : une seule attaque pouvait les anéantir tous. Seuls ceux qui avaient atteint le domaine légendaire méritaient d’être considérés comme des nuisibles.
Même lorsque Richard s’éleva très haut, le corps montagneux du seigneur démoniaque resta étendu au sol, sans le moindre mouvement. Il put alors seulement être certain que celui-ci était mort. Il n’était pas rare qu’un cadavre soit encore en aussi bon état : les seigneurs démoniaques équivalaient aux divinités des autres plans et leur corps était encore plus résistant. Il n’était pas surprenant qu’ils demeurent intacts pendant des millénaires, sans le moindre signe de décomposition.
Pourtant, ce cadavre dégageait clairement des battements de cœur réguliers qui l’attiraient à lui. Le cœur de Richard manqua presque de s’arrêter tandis qu’il observait attentivement le seigneur démoniaque. Le Champ de Vérité rendit son corps translucide et en révéla l’intérieur. Heureusement, la majeure partie de son énergie s’était dissipée, ce qui permettait à Richard de voir au travers et de constater que ses organes internes étaient gravement endommagés. Seul le cœur semblait à peu près intact, mais il était lui aussi bien plus faible qu’à son apogée. Malgré tout, chacun de ses battements soulevait autour de lui une vague d’énergie qui déchirait parfois l’espace un instant.
Un rapide calcul apprit à Richard qu’une seule pulsation du cœur était plus puissante qu’un coup porté de toutes ses forces. Il ne jouait même pas dans la même catégorie que le seigneur démoniaque : celui-ci était manifestement un être épique, voire plus.