Chapitre 120
Préparatifs
Qu’était cette graine ? Richard eut beau examiner l’œuf vert sombre, il ne parvint pas à en apprendre davantage. Le Dragon éternel lui avait seulement laissé entendre qu’il s’agissait d’une graine, et aucun de ses sorts de détection ne lui fournit la moindre information supplémentaire.
Avant qu’il ne quitte l’Église du Dragon éternel, la grande prêtresse Ferlyn le retint pour lui parler. Elle évoqua les voyages qu’elle avait faits, dans sa jeunesse, vers d’autres églises du continent. Au cours de ces années d’apprentissage, elle avait lu un jour un extrait d’une épopée écrite avant l’apparition de l’Histoire. Le texte faisait l’éloge d’un roi qui possédait une arme d’une laideur repoussante. Il chérissait cette arme suprême par-dessus tout, l’emportait partout avec lui et ne ménageait aucun effort pour en préserver et en accroître les pouvoirs.
Richard remercia sincèrement la grande prêtresse Ferlyn, malgré le caractère vague des informations qu’elle lui avait données. Il s’agissait manifestement d’un indice sur l’usage de la graine : elle lui faisait comprendre son importance et les ressources qu’il devrait lui consacrer à l’avenir. Le garçon perspicace remarqua aussi qu’après lui avoir parlé, de petites rides étaient apparues au coin des yeux de Ferlyn, la vieillissant de quelques années. Pourtant, juste après la cérémonie, elle avait paru resplendissante !
C’était la preuve immédiate que Ferlyn avait perdu une part de sa grâce. La prêtresse qui célébrait la cérémonie recevait normalement la grâce du Dragon éternel, mais ces quelques informations énigmatiques lui avaient en réalité coûté bien davantage que ce qu’elle avait gagné, même lors d’une cérémonie de cette ampleur. Cela suffisait à expliquer l’importance de la graine.
C’est pourquoi Richard s’inclina sincèrement devant Ferlyn avant de quitter l’Église du Dragon éternel et déclara avec gravité : « Merci de m’avoir éclairé ! »
Ferlyn sourit et tapota doucement l’épaule de Richard avec le sceptre qu’elle tenait à la main. « Richard, ne fais preuve d’aucune pitié. Le meilleur moyen de me témoigner ta gratitude, c’est de détruire tous tes ennemis. »
Richard hocha gravement la tête et se redressa, le visage juvénile empreint de sérieux. Ces derniers jours, il avait vécu d’innombrables événements imprévus, et les épreuves où sa vie avait été en jeu lui avaient conféré une aura qui ne correspondait pas à son âge.
Gaton posa une main sur l’épaule de Richard. « Allons-y, gamin. Tu n’as pas beaucoup de temps. Prépare tes affaires ce soir, nous partirons demain matin. Nous parlerons de tout ça en chemin… Ah, et prends soin de cette graine. Ne la laisse pas s’éloigner de toi. »
Ils quittèrent l’église comme ils y étaient arrivés : Gaton en tête, Kaylen et Kayde chargés de protéger Richard, tandis que Senma et Mordred fermaient la marche.
En empruntant le chemin qui descendait de l’église, ils virent l’île des Archeron, toujours en pleine expansion, changer de place avec sa voisine. La deuxième île de la septième strate retentissait de cris ; d’innombrables lumières jaillissaient autour d’elle tandis que ceux qui vivaient à ses abords se téléportaient, fuyant les bâtiments qui s’effondraient. Les rochers de la bordure extérieure se détachaient et tombaient dans les nuages. Les fondations des constructions cédaient ; celles-ci penchaient lentement avant de s’écrouler à leur tour.
Ces îles flottaient à trois kilomètres dans les airs. Sans puissant sort ou pouvoir de vol, tout être vivant qui en tombait mourait sur-le-champ. Les plantes, la végétation et les rochers disparaissaient aussitôt dans les nuages. Mais les bâtiments et les êtres vivants apparus par la suite, eux, chutaient.
À cet instant, d’innombrables regards étaient rivés sur cette scène saisissante. Les autres îles, Faust, et même des contrées lointaines du continent avaient été alertés par l’événement.
Gaton désigna les deux îles flottantes qui changeaient de position. « Tu vois ? C’est le résultat de l’arrangement que tu as conclu. Que notre île flottante avance ou recule n’a aucune importance : ce n’est qu’une vaine réputation. Si j’avais voulu aller plus loin, j’aurais poursuivi mes conquêtes. Si tu veux vraiment rendre aux Archeron ce qu’ils t’ont donné, alors survis aux guerres planaires. Ce n’est qu’après avoir accompli quelque chose et atteint mon âge que tu pourras parler de rendre service à la famille ! » Ce chapitre a été copié sur novelping . com sans autorisation.
Richard serra la graine contre lui et hocha silencieusement la tête. Il avait beaucoup à l’esprit et ne savait pas comment gérer ses relations avec Gaton et les autres Archeron. Il décida donc d’affronter la situation avec calme et lucidité.
Une fois de retour sur leur île, un majordome s’occupa de faire ses bagages. Les enfants de la famille avaient appris le départ de Richard et vinrent lui dire au revoir. Comme prévu, Demi, Venica et Wennington étaient du nombre, mais tous étaient là pour réclamer leurs runes. Leurs raisons, toutefois, n’étaient pas tout à fait les mêmes.
Demi, surtout, avait l’air bien décidée à ne pas laisser Richard s’en tirer à si bon compte. Elle était arrivée au moment où Wennington s’apprêtait à partir et avait forcé Richard à lui promettre d’achever sa rune avant de s’en aller, furieuse. Après son départ, le majordome vint annoncer à Richard que Gaton l’attendait.
Cette fois, ils se retrouvèrent dans le bureau de Gaton. La pièce n’était pas grande ; des étagères adossées aux murs accueillaient des cartes peintes sur du papier magique. Quelques ouvrages portaient sur l’histoire et la philosophie, mais la plupart traitaient des techniques de combat et de l’art de la guerre. Une dizaine de livres environ étaient consacrés à l’histoire culturelle, mais tous semblaient parler des elfes de la Lune d’argent. Derrière Gaton, une carte du continent de Norland était accrochée au mur, accompagnée de cartes de trois autres plans.
Richard ne sentit donc aucune aura de culture ou d’érudition en entrant dans la pièce. Ce fut plutôt une forte odeur de sang et de feu qu’il perçut. Assis sur la table, Gaton nettoyait une épée magique. Il fit signe à Richard de refermer la porte derrière lui et marmonna : « Gamin, à cause de cette graine, tu dois partir explorer d’autres plans sans tarder. Il y a un dicton sur les guerres planaires : “Même les bêtes de Norland sont plus belles que les elfes des autres plans.” Chaque être vivant, jusqu’aux dieux de la vie de ce plan, sera ton ennemi dès que tu y poseras le pied. Chaque. Dernière. Personne. Commence par tuer tes ennemis avant de songer aux autres problèmes. Sois impitoyable et insensible ; dans la plupart des cas, la meilleure solution consiste à anéantir tous tes ennemis. La bonté ne fera que creuser ta tombe. »
« Je ne ferai preuve d’aucune pitié », répondit Richard.
Gaton eut un petit rire. « Ne sois pas trop sûr de toi, gamin. Les guerres de Norland et les guerres planaires sont très différentes. Même moi, j’ai eu du mal à m’y habituer. Tu vas te rendre dans un plan inférieur où la puissance des habitants est limitée, selon nos critères, à environ quinze niveaux. J’y ai déjà établi une base ; tu auras donc quelques guides à ton arrivée. Mais ne t’étonne pas si quelque chose d’imprévu se produit. Ce serait plutôt étrange qu’il ne se passe rien. On ne peut jamais être trop préparé. »