Chapitre 1 198
Encerclement de l’adversaire
Le géant ne se lança pas aussitôt dans la bataille à son arrivée. Il scruta plutôt les ombres qui vacillaient dans le ciel, sur ses gardes. La boule de feu avait déformé l’espace alentour et, même si elle n’avait rien réussi à briser complètement, la traverser aurait tout de même infligé de graves blessures.
Richard se retourna lentement. Son œil avait retrouvé son aspect normal. Il sortit une petite fiole de sa robe et la vida d’un trait. L’extrait de mana se répandit aussitôt dans son corps, lui restituant en un instant tout ce qu’il avait dépensé.
Le regard du géant tressaillit devant cette démonstration de puissance, mais, malgré la rage qui déformait son visage, il n’osa pas charger à travers l’espace instable. Comme il se contentait de fixer Richard, celui-ci finit par prendre la parole le premier. « Êtes-vous l’esprit ancestral de ces créatures ? »
« Cessez de tuer mes citoyens et partez immédiatement. Alors, je vous pardonnerai tous vos péchés », répondit le géant avec dignité.
« Des citoyens ? Ces carcasses ? » Richard n’avait nullement l’intention de mettre fin au combat. Ses troupes achevaient désormais les barbares qui avaient survécu aux affrontements.
Ses yeux s’illuminèrent lorsqu’il activa Perspicacité sur le géant. À part ses pommettes saillantes, qui le distinguaient de la plupart des habitants de Faelor, son apparence n’avait rien de remarquable. Ses dix tresses de cheveux brun foncé étaient ornées de divers objets, pour la plupart fabriqués avec les os de bêtes féroces. Il portait essentiellement des peaux de bêtes, seule une petite partie de son épaule étant couverte d’une armure métallique. Dans ses mains reposait un marteau gigantesque, de la taille d’une petite colline.
C’était un véritable géant ; avec ses cent mètres de haut, on pouvait même le qualifier de titan. À première vue, son marteau devait peser une centaine de tonnes, mais il était peut-être encore plus lourd. Sa force brute lui conférait un avantage absolu, difficile à égaler. Il sentit immédiatement le regard scrutateur de Richard et rugit de colère : « Qu’est-ce que tu fais ? »
Richard avait déjà détourné les yeux. « À moitié matériel, à moitié immatériel… Quel âge as-tu ? Tu es à peine vivant, comme toutes ces créatures. À quoi bon une telle existence ? Tu vas finir en zombie, l’esprit embrouillé et terrifié par le soleil ? Le liquide putride dans lequel tu passes tes journées empeste ! »
Il parlait vite, mais chacun de ses mots restait parfaitement clair et semblait viser juste. Tremblant de rage, le géant rugit : « Tu racontes n’importe quoi ! N’importe quoi ! »
« Ha ! Tu as juste peur. À l’attaque ! »
L’ordre prit le géant de court. Il brandit son marteau de guerre et s’apprêta à foncer, mais, en voyant l’instabilité de l’espace causée par les explosions astrales précédentes, il hésita à s’y aventurer. Richard avait vu juste : la partie immatérielle de son corps serait déchirée par les fluctuations. Soudain, une douleur cuisante lui brûla les pieds. Il poussa un cri et leva la jambe droite : un ogre venait de percuter sa plante, traversant ses bottes en peau et lui écrasant deux orteils.
D’un coup de pied instinctif, il envoya Tiramisu voler au loin. Trois silhouettes prirent aussitôt sa place et s’agrippèrent au mollet du géant. L’arme de Zangru se mit à vibrer dès qu’il la planta dans son tibia, dévorant la chair et faisant flétrir et rétrécir les tissus autour de la blessure. Phaser et Waterflower atteignirent l’arrière de son genou et y enfoncèrent leurs épées aussi profondément que possible ; mais, vu la taille de la créature, elles ne parvinrent guère à dépasser la peau. Il leur faudrait encore plusieurs coups pour entailler les tendons. L’immense corps du géant constituait sa meilleure défense.
La douleur cuisante qui lui dévorait la jambe, le géant l’écrasa de nouveau sur le sol. La terre se fendit aussitôt et la secousse renversa nombre de guerriers barbares et de drones. Phaser et Waterflower furent elles aussi projetées par les tremblements, mais la hallebarde de Zangru s’était enfoncée assez profondément pour lui permettre de tenir bon.
Asiris tourna aussitôt la dernière page de son grimoire. Il leva la main et envoya un épais brouillard noir vers le géant, ralentissant ses mouvements. Pourtant, un rugissement furieux dissipa rapidement la malédiction. Le Prêtre sombre blêmit et cracha du sang. C’était la malédiction la plus puissante dont il disposait, mais elle s’était effondrée face à l’explosion de force du géant.
Le géant prit une profonde inspiration et gonfla le torse avant de rugir en direction de Richard. Une onde de choc informe jaillit vers lui, laissant dans son sillage les mêmes ténèbres que le repliement de l’espace provoqué par la boule de feu. Richard plissa les yeux, ses iris se réduisant presque à rien avant de s’élargir brusquement jusqu’à remplir tout l’œil. Son iris gauche prit une teinte or sombre, puis se contracta en une fente verticale.
Les trois visages reparurent, tous tournés vers le géant, et entonnèrent leur incantation aussi vite que possible. Une avalanche de boules de feu aux propriétés diverses s’écrasa contre l’onde de choc. Plus d’une centaine de projectiles érodèrent peu à peu l’énergie qu’elle contenait. Quand l’attaque fut sur le point de les atteindre, l’œil doré se mit à luire. Richard ouvrit la bouche et cria : « À L’ATTAQUE ! »
Une sphère bleu pâle jaillit des lèvres de Richard et fonça droit dans l’onde de choc, la pénétrant sur une centaine de mètres. Les flammes détournèrent aussitôt l’onde, et lorsque la sphère explosa, toute énergie sembla soudain balayée du ciel. Les replis de l’espace se densifièrent, rendant désormais invisible la moitié de la voûte céleste.
Lorsque l’adrénaline de cette attaque retomba, Richard observa les dégâts et sentit un sourire lui monter aux lèvres. Le géant était manifestement un être ancien d’une puissance exceptionnelle, issu d’une race dont les adultes ordinaires atteignaient le royaume légendaire et dépassaient de loin les humains en puissance. Pourtant, même son attaque de toutes ses forces avait été neutralisée. La suite serait beaucoup plus facile.
Le regard du géant fut soudain attiré par une ombre gigantesque. Les yeux écarquillés, il vit la reine des couvées foncer sur lui à toute vitesse. Il rugit de colère et s’accroupit, puis abattit avec violence son marteau montagneux sur le sommet de sa tête, enfonçant la moitié de son corps dans le sol. Richard dut réprimer un frisson devant une telle force, mais, malgré le trou profond de plusieurs mètres qui lui défonçait la tête, la reine des couvées continua d’avancer. Pour une créature comme elle, ce n’était qu’une blessure mineure.
La voyant réorganiser ses ligaments pour tenter de se relever, le géant décida de ne pas la laisser bouger. Il lui écrasa le corps sous son pied, l’enfonçant fermement dans le sol. Après tout, elle n’était pas faite pour le combat : elle pouvait encaisser des coups terribles, mais, dans cette situation, sa seule attaque était son brouillard acide. Ses assauts spirituels ne fonctionnaient que contre des adversaires ordinaires ; un être ancien comme ce géant possédait une âme comparable à celle d’un dieu.
Heureusement, l’acide se révéla quelque peu efficace. La peau du géant et son marteau de guerre commencèrent à se corroder, mais son armure de cuir ne fut pas affectée le moins du monde. De plus, sa peau était extrêmement épaisse ; il faudrait beaucoup de temps à la reine des couvées pour la brûler.
Une lueur rouge sombre envahit soudain le champ de vision du géant tandis que des projectiles enflammés fusaient droit sur son visage. Une série d’explosions le recouvrit de flammes abyssales. Celles-ci n’avaient pas le pouvoir explosif des flammes de Lune bleue de Richard, mais, sur la durée, les dégâts qu’elles infligeaient s’en rapprochaient étonnamment. Le géant hurla de douleur et se frotta le visage à plusieurs reprises pour tenter de les éteindre. Mais, au moment où il baissa sa garde, une voix grave retentit à son oreille : « Attaque. »
Des traînées bleues transpercèrent le brouillard acide et atteignirent le visage du géant, brûlant les poils de sa peau. Sous leur puissance liquide, sa chair se mit à fondre, mais, même après une pénétration d’un demi-mètre, on ne voyait toujours aucun os. Le géant se frappa le front à plusieurs reprises et parvint à éteindre les flammes.
Pourtant, il se redressa soudain en gémissant de douleur. Richard s’était déjà téléporté derrière lui. Clair de Lune et Juge s’enfoncèrent dans le bas de son dos et furent entraînés vers le bas. D’un seul coup, Richard ouvrit une plaie de près de dix mètres de long. Et ce n’était que la première salve de blessures : Fléau de la Vie s’activa quand Richard se téléporta à l’écart, et une volée d’explosions projeta au loin le sang et la chair !
Le géant rugit de douleur et tenta de couvrir sa blessure, mais il lui était difficile de l’atteindre, et ses efforts ne firent qu’aggraver sa souffrance. Cette distraction suffit à la reine des couvées pour se dégager et le déséquilibrer en le chargeant. Il rugit et l’attrapa à deux mains pour la repousser, mais cette fois, il n’avait pas l’avantage.
Pendant ce temps, Richard apparut derrière le genou du géant comme un spectre et y traça une longue entaille profonde d’un mètre. Le tendon sectionné, le géant ne put plus se soutenir et tomba à genoux. Sa jambe gauche céda bientôt à son tour : Tiramisu avait profité de l’occasion pour bondir et frapper la rotule.