Chapitre 1 185
À sec
À mesure que les jeunes pousses se développaient, Sharon lança un regard furieux à Richard, puis bondit de l’autre côté du demi-plan. Son atterrissage creusa dans le sol une fosse carrée d’un mètre de côté.
« Ce sera ta réserve de mana », gronda la grande mage entre ses dents serrées. Elle fit plusieurs allers-retours en volant et creusa trois rigoles pour relier la réserve aux arbres absorbeurs d’énergie. Une légère brume s’en éleva tandis que le mana commençait à rayonner depuis ses profondeurs et qu’un liquide limpide la remplissait peu à peu. Richard s’approcha et en recueillit un peu dans ses deux mains. La substance était étrangement visqueuse et dégageait une puissante aura de mana : c’était manifestement l’une des meilleures sources de mana qui soient. Une seule fiole de ce liquide passerait pour une potion de mana très puissante et se vendrait plus de mille pièces d’or.
Pourtant, cette réserve n’était pas fortifiée : ce n’était qu’un trou creusé dans le sol, sans aucune mesure pour empêcher le mana de s’en échapper. Le fait qu’elle continuât de se remplir témoignait de la valeur inestimable des dix-huit arbres absorbeurs d’énergie.
Sharon soupira. « Voici les coordonnées. Tu devrais pouvoir venir ici en trois portails, et tu es assez fort pour survivre tant que tu restes à l’intérieur. La transformation de l’énergie ne devrait pas être difficile à maîtriser. Alors, quand tu auras le temps, termine toi-même la construction de cet endroit. Tss ! »
Sans quitter les arbres absorbeurs d’énergie des yeux, Richard leva un doigt et demanda : « Comment pourrais-je en obtenir d’autres ? »
« Tu en veux… Bah, si tu consacres toute l’énergie absorbée à faire pousser de nouveaux arbres, tu obtiendras un jeune plant tous les trois à cinq décennies. Si tu les utilises comme maintenant, il te faudra environ un siècle. Tant d’années à les chercher et à les récolter, et maintenant, ils sont tous à toi. Être ton maître va finir par me tuer ! À quoi sers-tu, à part à être tendre et délicieux ?! »
La grande mage le dévisageant de si près, Richard ne put que sourire avec amertume. Il avait été ravi de rapporter du sang divin à Deepblue, persuadé qu’il pourrait enfin s’affirmer dans leur relation et donner autant qu’il recevait. Mais voilà qu’il se retrouvait encore accablé d’une dette colossale, sans savoir quand il pourrait la rembourser.
À la vue de son visage, l’expression de Sharon s’adoucit aussitôt. Elle lui caressa la joue avec un doux sourire. « Ne t’en fais pas pour mes récriminations. Tu t’en sors très bien, bien mieux que je ne l’aurais jamais imaginé. Prends ton temps et deviens fort ; un jour, tu me surpasseras. En attendant, ne parle de ces arbres à personne, pas même à tes petites amies. Compris ? »
Richard acquiesça. Des objets aussi mystérieux et puissants que ces arbres risquaient d’attirer l’attention d’êtres épiques.
La grande mage se hissa sur la pointe des pieds et lui déposa un baiser sur les lèvres. « De toute façon, tout ce qui m’appartient sera à toi un jour. »
Le cœur de Richard tressaillit à ces mots. Son esprit retourna à la vision qu’il avait eue des décennies plus tôt : un vide sans fin, où flottait une silhouette plongée dans le sommeil ou dans la mort. Le visage blême, il esquissa un sourire forcé. « Impossible ! Tu l’as dit toi-même : tu n’es peut-être pas la plus puissante, mais tu es sans aucun doute la plus riche. »
« Bien sûr ! » Son visage s’illumina. « Bon, rentrons et laissons un peu de temps aux arbres. Tu pourras revenir demain. »
Tandis que Sharon ouvrait un portail vers Deepblue et le franchissait, Richard traça au sol un réseau de stabilisation et l’activa, avant de former le sien. À l’autre bout du portail se trouvait le même laboratoire que celui d’où ils étaient partis. Quand il en sortit, la grande mage, stupéfaite, s’exclama : « Tu as réussi en un seul portail ? Et avec une telle précision ? Ta maîtrise des lois de l’espace est remarquable ! »
Pour une fois, Richard fut heureux d’être celui qui surprenait l’autre. « Le Dragon Éternel m’a conféré le titre de Seigneur de l’Espace. Ça m’a aidé à approfondir ma compréhension. »
« Parfait ! » Elle lui tapa vigoureusement dans le dos, l’envoyant s’écraser au sol. « Maintenant, au travail : il reste cent cristaux étoilés ! Ne t’inquiète pas, j’ai autant de potions de mana qu’il t’en faudra ! »
……
Le lendemain, Richard connut quatre fois de suite l’épuisement total de son mana, avant de le voir remonter rapidement à son niveau maximal. Même lui commençait à avoir la nausée à la seule vue des cristaux, mais l’heure de travailler sur son demi-plan arriva enfin et il s’échappa sans tarder.
En une seule journée, le demi-plan s’était agrandi de deux mètres. Les racines des arbres absorbeurs d’énergie flottaient toujours dans les airs, condensant l’énergie en terre élémentaire. Richard creusa droit vers le rocher qui avait servi de fondation au demi-plan. Pour l’essentiel, il s’agissait encore de pierre ordinaire, mais il distinguait déjà en son sein les mêmes fins cristaux élémentaires que dans le reste du sol. Il ne faudrait pas longtemps avant que la transformation soit complète et que le demi-plan soit entièrement constitué de terre élémentaire, plus dure que la plupart des roches.
La réserve de mana était déjà pleine à ras bord ; le liquide débordait et se faisait absorber par la terre. Là où l’eau chargée de mana était absorbée, des grains de cristaux magiques se formaient. Une fine couche en tapissait déjà le fond, avec des dizaines de cristaux, dont l’un était devenu d’un blanc laiteux, signe d’une grande pureté.
À elle seule, cette réserve pouvait rapporter dix mille pièces d’or par jour, mais l’endroit ouvert par Sharon était manifestement trop petit pour qu’elle atteigne son plein potentiel. Richard sortit quelques outils de son espace de stockage pour tenter de l’agrandir, mais sa pelle de qualité supérieure se brisa en deux dès qu’elle toucha le sol. Il fouilla son équipement à la recherche d’un objet de qualité épique qui pourrait faire l’affaire, mais, faute de mieux, finit par sortir Clair de Lune et l’enfoncer dans la terre. L’arme divine manifesta aussitôt son mécontentement, mais elle se révéla finalement adaptée à la tâche. Ce chapitre a d’abord été publié sur novelping(.)com.
Après une demi-journée d’efforts, la réserve mesurait désormais trois mètres de large et un mètre de plus en profondeur. Richard dispersa la terre excavée dans la zone où s’était trouvé le rocher afin de la transformer. Puis il grava un réseau magique destiné à contrôler le fonctionnement de la réserve, renforça la stabilisation spatiale et retourna à Deepblue.
À peine de retour, il dut s’attaquer une nouvelle fois aux cristaux étoilés.
……
Une semaine passa rapidement. Le demi-plan de Richard atteignait désormais vingt mètres carrés et avait bien meilleure allure qu’avant. La réserve agrandie s’était de nouveau remplie, mais il choisit de laisser le mana se condenser en cristaux plutôt que d’en mettre en bouteille. Deux cristaux de qualité supérieure reposaient déjà tout au fond, et l’ensemble serait bientôt rempli.
Les réseaux défensifs destinés à atténuer la tempête d’énergie étaient également achevés, mais Richard les laissa inactifs pour l’instant. Ils devaient permettre à des êtres plus faibles de se rendre ici. Toutefois, tant que le secret des arbres absorbeurs d’énergie était en jeu, il ne pouvait pas encore se le permettre. Il était loin d’avoir atteint le niveau de Sharon, dont la richesse et la puissance dépassaient celles d’empires entiers.
Une porte de téléportation avait été construite pendant cette période, ce qui économiserait beaucoup d’énergie lors des prochains voyages. Les fondations du demi-plan étaient ainsi achevées. La tour magique, le laboratoire et les homoncules attendraient. Les dix-huit arbres absorbeurs d’énergie étaient restés au bord du terrain, près de la tempête d’énergie ; Richard comptait donc bâtir un entrepôt au centre pour y conserver ses objets les plus précieux.
À Deepblue, il avait consacré son temps aux cristaux étoilés. Il en avait désormais terminé quatre cents, dépassant de loin les exigences initiales de Sharon. Mais, constatant son efficacité, elle avait décidé de le vider de son mana jusqu’à la dernière goutte. Bien sûr, chaque nuit, dans sa chambre, elle le vidait aussi de ses forces d’une tout autre manière. C’était toujours douloureux, mais agréable. Au milieu de tout cela, il étudiait l’Aria de Deepblue sur son corps, se préparant à s’y atteler sérieusement.
À la fin de la semaine, après avoir achevé les fondations de l’entrepôt, il revint. Mais, au lieu du familier seau de cristaux, il trouva Sharon qui ruminait dans un coin du laboratoire. Dès qu’il arriva, elle se tourna vers lui. « Tu as quitté l’Alliance ? »
Cette question laissa Richard perplexe, jusqu’à ce qu’il se rappelle qu’il n’avait pas parlé de cette affaire à Sharon. Le simple souvenir des événements lui laissa un goût amer, mais il lui raconta tout, du début à la fin.
Quand il en arriva à ce qui s’était passé dans la Salle des Miroirs, Sharon bondit dans les airs, nimbée d’une aura meurtrière. « CETTE GARCE ! Qui d’autre oserait s’en prendre aux miens ? Elle croit pouvoir te faire lécher ses bottes, et que je vais encore me soucier de ce gros lard qui m’a aidée en secret il y a si longtemps ? Au diable mon rôle de protectrice ! Ne t’inquiète pas, je vais réduire Faust en miettes pour leur donner une leçon ! »
Sharon tapa vigoureusement Richard sur l’épaule en s’envolant vers un portail, et l’envoya rouler à terre. « Non, je vais m’en occuper ! » cria-t-il derrière elle, mais elle était déjà partie. Il lui fallut un moment pour se relever et se remettre du choc. Dès que l’engourdissement se dissipa, il ouvrit un portail et tenta de suivre son aura.