Chapitre 1 182
Retrouvailles
Richard avait presque épuisé son mana lorsqu’il arriva en Terre du Tumulte. À cinq cents kilomètres à l’heure, le vent seul avait la force d’une lame de vent de rang 6, l’obligeant à maintenir un bouclier en permanence. Après dix heures de vol ininterrompu, il avait cessé de compter le nombre de fois où il avait dû recharger son bouclier.
« Maître ! » La voix de la mère-couveuse retentit dès qu’il pénétra sur son territoire. « Bienvenue dans mon… non, dans notre royaume ! »
Des dizaines de cerveaux clonés se connectèrent aussitôt à lui, lui offrant une vue panoramique de toute la Terre du Tumulte. L’endroit avait véritablement été façonné selon les besoins de la mère-couveuse : la forêt larvaire couvrait désormais toute la région, tandis que des nids de vers hauts de plusieurs centaines de mètres s’élevaient partout. Le ciel scintillait de filaments de force temporelle que même lui n’aurait pas voulu traverser, et trois fours à chair tournaient à plein régime à l’ouest. Deux d’entre eux raffinaient du fer-givre, destiné en partie à la vente et en partie à la fabrication des soldats d’hiver. Le troisième produisait des pièces d’équipement, comme des lames d’épée et des cottes d’écailles, qui seraient transportées jusqu’à Norland pour y être enchantées.
Deux guêpes progressaient lentement dans le ciel, transportant des centaines de tonnes de fer-givre et de pièces d’armes vers l’Oasis de Bluewater. Parallèlement, un bon nombre d’autres revenaient de l’Empire du Triangle de fer, chargées de minerai brut. Dans l’immense réseau souterrain formé par la forêt larvaire, les drones s’affairaient partout, prenant soin des arbres et accomplissant diverses tâches d’organisation. Les racines de la forêt s’enfonçaient sur des kilomètres pour puiser toute l’énergie du sol, tandis que ses hautes cimes ondulaient dans le ciel, en absorbant l’énergie. Chaque arbre n’en captait qu’une infime quantité, mais, sur une surface de cent mille kilomètres carrés, le total atteignait un chiffre astronomique.
La forêt larvaire s’était développée en même temps que la mère-couveuse. Elle pouvait désormais produire seule des unités de niveau inférieur à 6 et, si besoin, former une armée de cent mille soldats en quelques jours seulement.
Après lui avoir montré la Terre du Tumulte, la mère-couveuse se connecta directement à Richard. « Maître, il me faut le sang divin ! »
« Cela te ferait atteindre le niveau 12 ? »
« Non, mais je m’en approcherais beaucoup. »
« Alors non. J’en ai besoin pour autre chose. »
Un étrange bruit leur parvint par leur connexion, presque un gémissement. « Très bien, je peux attendre. Faelor compte de nombreux dieux. Tu ne comptes pas t’arrêter en si bon chemin, n’est-ce pas ? »
Richard sourit. « Bien sûr que non. J’attends seulement de voir qui me cherchera des noises ensuite. »
« Très bien, alors examinons les cristaux de force divine. »
Il ouvrit les deux coffres et versa les cristaux en tas. La mère-couveuse en saisit un avec un tentacule qui avançait à une lenteur extrême et le retourna avec attention avant de presque gémir : « Comme c’est beau ! »
« Tu sais comment tu vas les utiliser ? »
« Le choix est difficile : j’ai beaucoup de possibilités. J’espérais que tu m’aiderais. »
Il acquiesça et ouvrit son âme, se reliant entièrement à elle pour former une conscience commune entièrement tournée vers la meilleure façon d’utiliser les cristaux. Cette énergie d’une pureté extrême pouvait servir à tout : développer ses capacités au combat, augmenter le niveau de ses drones ou créer les élites combattantes dont elle lui avait parlé. Elle pouvait même conférer des aptitudes spéciales aux drones d’élite. Quelques calculs rapides révélèrent que leur puissance équivalait à celle d’un sort de rang 7. Un minuscule fragment de cristal suffisait à alimenter plusieurs aptitudes plus de dix fois, et, accumulés en grand nombre, ils représentaient une menace même pour les êtres légendaires.
Ils finirent par décider d’en consacrer la majeure partie à la création de versions d’élite des soldats d’hiver : mille guerriers de niveau 17, aussi puissants que des chevaliers runiques. Une petite portion servirait à améliorer une unité spéciale de cinq cents bêtes-flèches, capables de tirer jusqu’à trois carreaux magiques à tête chercheuse, d’une portée d’un kilomètre. Cela ne semblait pas grand-chose, mais même les légendes devraient mobiliser toutes leurs forces pour survivre à une seule salve.
Une fois qu’ils eurent décidé de la meilleure marche à suivre, Richard poussa enfin un soupir de soulagement et se déconnecta de la mère-couveuse. Dès qu’il réintégra son propre corps, il se rendit compte du temps qui s’était écoulé et en resta bouche bée : ils avaient passé une semaine à faire cela !
« Maître, ne veux-tu pas reconsidérer la question du sang divin ? Nous pourrions procéder comme à l’instant ; je crois que nous trouverions une meilleure façon de l’utiliser. »
La mère-couveuse n’avait manifestement pas renoncé, mais Richard se contenta de rire et de frotter ses jointures contre le côté plat de l’une de ses pinces. « Arrête d’y penser ! »
« Pff, très bien. Il y a de toute façon tant de dieux en Faelor. Tu as dit que tu continuerais ! »
« Oui, oui », répondit-il en riant devant les jérémiades de la mère-couveuse, puis il remonta sur l’un des messagers et prit directement la direction de Bluewater.
……
Il lui fallut encore une journée pour rejoindre Bluewater, mais il n’y resta que quelques heures avant de repartir pour Norland. La situation à Azan demeurait tendue, et son absence s’était prolongée. Il avait beau avoir confiance en la puissance dont il avait fait montre, nul ne pouvait savoir quand quelqu’un viendrait chercher vengeance.
Après avoir accompagné la cargaison de fer-givre qu’il avait aperçue à son arrivée en Terre du Tumulte, il atteignit le Château de la Rose Noire, où un groupe de marchands l’attendait déjà. La demande d’armes enchantées de grande qualité était inépuisable à Norland, et chaque cargaison de fer-givre lui rapportait cent mille pièces d’or, qui, comme toujours, allaient renflouer l’armée Archeron.
Les soldats Archeron continuaient d’affluer autour d’Azan, rejoints par de nombreux groupes de mercenaires et même quelques saints, attirés par les profits potentiels. Cependant, il n’avait pas besoin de s’occuper de tout cela personnellement : avec l’aide de Goliath et d’Alice, il avait fort peu à faire. Il régla les dernières affaires et partit pour Deepblue le jour même.
……
La première chose qu’il vit en sortant du portail fut un nain gris qui s’éloignait à toute allure, un coffre plus gros que lui-même dans les bras. Blackgold pila dès qu’il aperçut le portail qui s’illuminait, se retourna et s’écria avec chaleur : « Richard ! Qu’est-ce que tu fais là ? Enfin, peu importe. Mes expériences avancent bien, viens voir ! Ça va tout changer ! »
Richard s’approcha et serra le duergar dans ses bras. « Maître est là ? Je dois d’abord la voir. »
Blackgold haussa les épaules. « Son Excellence est dans ses appartements, mais tu devrais faire attention. Elle est de mauvaise humeur ces derniers temps. »
« D’accord, je ferai attention. »
« Viens me voir quand tu en auras fini avec elle ! J’ai une surprise pour toi ! » s’exclama une nouvelle fois le nain gris.
À cette époque, les étages supérieurs de Deepblue avaient été restaurés à la perfection. La seule différence était que les elfes qui gardaient les portes étaient désormais des saints, et qu’ils étaient quatre au lieu de deux. Ils le reconnurent et le laissèrent entrer aussitôt, mais, comme il ne pouvait pas lancer de sorts de détection dans le vaste hall, il dut parcourir ses différentes sections l’une après l’autre. Après un quart d’heure à essayer plusieurs salles en vain, il finit par trouver Sharon dans son laboratoire, à sa grande surprise.
La mage légendaire travaillait sur un cristal de mana, si absorbée qu’elle ne remarqua même pas son entrée. Des faisceaux de mana s’écoulaient du bout de ses doigts jusque dans le cristal ; l’énergie était si dense qu’elle semblait presque couler comme une tige solide de lumière stellaire.
« Sale sorcière, tu vas voir ! » marmonnait-elle entre ses dents, avec férocité. Mais, à mesure que son agitation croissait, le cristal se fissura dans un craquement sonore. Elle le jeta aussitôt dans la corbeille voisine, révélant à Richard qu’elle en avait déjà brisé dix autres. « BON SANG ! »
« Hum… Laisse-moi essayer », dit-il en entrant. Sa voix soudaine fit sursauter la mage légendaire. Un instant plus tard, ses yeux s’illuminèrent et elle se précipita sur lui, le renversa et l’embrassa à plusieurs reprises.
Richard sourit et l’attrapa par la taille, prêt à lui rendre ses baisers, mais Sharon bondit soudain sur ses pieds et se téléporta. Elle revint aussitôt avec une corbeille à la main, qu’elle vida par terre. « Vite ! Charge-moi ces trucs ! »