Chapitre 1 166
Guerre civile
Richard voulait vaincre les armées des trois empires ! En théorie, la stratégie était simple, mais quiconque l’entendait ne pouvait que le croire fou. Comment un seul noble pouvait-il tenir tête à une telle puissance réunie ?
L’un de ses généraux déglutit et demanda avec hésitation : « Votre Grâce… Est-ce bien prudent ? Ils n’ont pas encore attaqué, ni même déclaré la guerre. Si nous envoyons nos troupes, ne leur offrirons-nous pas le prétexte idéal ?
— Pour nous attaquer ? » Richard eut un petit rire. « Ils le feraient de toute façon.
Au cours des jours suivants, Richard s’enferma dans son laboratoire et n’en sortit pas. Pourtant, chaque jour, des dizaines, voire des centaines d’ordres furent transmis : certains aux soldats qui entouraient le Château de la Rose Noire, d’autres à ses divers plans. Cinq jours exactement plus tard, tous les portails du château s’illuminèrent, laissant passer un à un ses compagnons, chacun auréolé d’une présence imposante. Senma, Asiris, Tiramisu… À l’exception d’Olar et de Gangdor, pratiquement tout le monde était arrivé.
Derrière eux s’étirait un flot ininterrompu de guerriers, dont la majorité venait de Faelor. Les soldats de l’hiver, grands et musculeux, attiraient tout particulièrement les regards et éclipsaient les bêtes-flèches, pourtant tout aussi puissantes. D’autres drones les avaient rejoints : les humanoïdes étaient les plus faibles du lot, mais formaient tout de même une troupe redoutable, rare sur Norland.
Mais le plus impressionnant, c’était leur nombre. Le long défilé de soldats stupéfia même certains des généraux de Richard. Tous les grands nobles dissimulaient leur force de combat principale dans leurs plans privés, mais atteindre un tel niveau de qualité et de quantité avait de quoi surprendre.
Lorsque tous les soldats furent sortis, Richard parut à son tour. Il balaya les troupes du regard, invoqua la licorne et descendit la colline à son dos. Ses compagnons lui emboîtèrent aussitôt le pas ; chevaliers runiques, chevaliers ordinaires et fantassins se mirent en formation juste derrière lui. En quelques minutes à peine, une armée de cent mille hommes suivait Richard vers le nord.
……
Les troupes de l’Alliance sacrée apprirent que Richard s’était mis en marche avant même que ses soldats aient achevé leur formation. Le duc Turing convoqua aussitôt une réunion d’urgence pour discuter de la stratégie. Une centaine de personnes s’entassèrent dans sa tente de commandement, certaines contraintes de rester debout. Pourtant, chaque famille était limitée à deux représentants ; presque tous avaient trouvé une raison ou une autre d’amener des personnes supplémentaires, simplement pour le prestige.
« Il ose vraiment nous attaquer ?
— Il a perdu la tête !
— Nous devrions l’affronter de front !
La tente devint un véritable tumulte ; nombreux étaient ceux qui jugeaient l’initiative de Richard inacceptable. Les nobles étaient furieux, ayant presque oublié la puissance et l’agressivité des Archeron, déjà manifestes avant même qu’ils possèdent une île flottante. Suivez les derniers chapitres sur novelping.com.
Le duc Turing fronça les sourcils, comprenant que tout cela n’était que du vent. Ceux qui vociféraient ne possédaient ni les moyens ni les ressources nécessaires pour agir efficacement, et personne ne proposait de stratégie. Ils ne faisaient que décharger leur colère en paroles creuses. Pourtant, il ne pouvait pas non plus les congédier. Cette alliance était très lâche, et ceux qui avaient amené leurs troupes pouvaient tout aussi bien repartir à tout moment. Il commandait l’armée, mais n’exerçait pas une autorité absolue sur tous.
Le duc se tourna vers un mage d’âge mûr et lui demanda à voix basse : « Qu’en pensez-vous, maître Cassius ?
Cassius n’était pas très puissant, il n’était même pas encore grand mage, mais le duc Turing le traitait avec le plus grand respect. L’homme désigna les nobles et sourit. « Regardez-les. Nous en sommes déjà là. Pouvons-nous encore éviter cette bataille ? Croyez-vous vraiment que nous ayons une chance de la perdre ?
À ces mots, les sourcils froncés du duc Turing se détendirent enfin. L’Alliance sacrée avait rassemblé ici plus de cent cinquante mille soldats, soutenus par douze escouades complètes de chevaliers runiques. La plupart des soldats provenaient de familles mineures et n’étaient pas des combattants d’élite, mais leur nombre suffisait largement à compenser. En outre, ils avaient bien plus de saints que Richard. S’ils n’osaient pas relever le défi malgré ces avantages, ils seraient la risée de tous.
Turing comprit soudain qu’il avait en réalité été effrayé par la légende d’invincibilité de Richard. Mais un nouveau regard vers Cassius suffit à lui rendre confiance. Il avait recruté le mage plus d’un an auparavant ; malgré sa faiblesse personnelle — il n’était que de niveau quinze —, cet homme possédait des talents de chef et de gestionnaire sans pareils, un atout pour n’importe quelle famille. En quelques mois à peine, Cassius avait mis fin à une impasse vieille de plusieurs années dans un plan privé, vaincu les deux empires les plus puissants qui s’y trouvaient et conquis le plan tout entier. Le duc lui faisait entièrement confiance.
Il devait tout de même le mettre en garde : « Richard n’est pas un adversaire facile.
— Je le sais », répondit Cassius avec un petit rire. « Faites-moi confiance, je ne sous-estime jamais mes ennemis.
Le duc hocha la tête, monta sur l’estrade et fit signe à l’assemblée de se taire. Quand le calme fut revenu, il déclara d’une voix claire : « Si Richard ose défier notre honneur, alors donnons-lui la bataille qu’il réclame !
Un bref silence suivit, puis la salle retentit de vivats.
……
Au nord d’Azan s’étendait un vaste plan parsemé de montagnes et de rivières. C’était un champ de bataille naturel, propice aussi bien aux affrontements de grande ampleur qu’à la guérilla tactique. Quand Richard conduisit son armée dans les plaines, il aperçut, à l’horizon, une longue rangée de tentes qui l’attendaient déjà. Cassius avait lui aussi choisi cet endroit comme champ de bataille.
La guerre commença dès le lendemain. Richard déploya trente mille soldats sur les ailes et en conduisit soixante mille au cœur de la bataille, face aux cent vingt mille hommes du duc Turing.
…
« Il va forcément perdre, déclara Cassius calmement. Retrouvez le chapitre original sur novelping.com.
Turing hocha la tête. « Il est déjà en infériorité numérique, et il ose quand même diviser ses troupes. C’est une véritable bataille, avec des centaines de milliers d’hommes, pas une petite escarmouche. Ha ! Le prétendu roi du champ de bataille ne comprend même pas la différence.
— À partir de maintenant, le nouveau roi du champ de bataille, ce sera vous », flatta Cassius, arrachant au duc un sourire satisfait.
…
Richard arrêta sa licorne et contempla l’armée de l’Alliance sacrée, à un kilomètre de là. Ils avaient été du même camp peu de temps auparavant, mais se retrouvaient à présent adversaires sur le champ de bataille. Le cœur de Richard se serra. Il ordonna à ses troupes de s’arrêter et s’avança seul. De l’autre côté, le duc Turing vint également à sa rencontre au galop.
« Richard, vous ne pouvez pas affronter toute l’Alliance à vous seul. En souvenir de notre connaissance, je vous accorde une dernière chance. Rendez-vous immédiatement, réintégrez l’Alliance et jurez fidélité à l’impératrice. C’est la seule façon d’échapper à la destruction ! » déclara fermement Turing.
Richard sourit. « Vous m’ôtez les mots de la bouche. Rendez-vous immédiatement, et votre famille pourra encore conserver son île.
Le visage du duc s’assombrit. « Soit. Nous n’avons plus rien à nous dire.
Ils regagnèrent leurs armées. Des cris de guerre glacials résonnèrent au-dessus du champ de bataille, et les immenses troupes se mirent en mouvement. Turing jeta un regard à son escadron de chevaliers runiques : ils étaient cent vingt en tout, et leur présence l’exaltait. Il ne comptait pas sur eux pour vaincre Richard — tout le monde savait que les Archeron en possédaient plus de deux cents —, mais, comme nombre d’entre eux étaient retenus dans d’autres plans, il espérait qu’ils contiendraient les soldats les plus puissants de Richard pendant que son armée remporterait la guerre. Avec l’avantage que leur conférait leur nombre de chevaliers runiques, la bataille était à moitié gagnée.
Du moins le croyait-il. Lorsque la marée noire de la cavalerie de Richard se mit en marche, que ses montures féroces, ses armures noires et les auras déchaînées des lances de l’ombre entrèrent en action, un frisson lui parcourut le cœur. Les autres nobles à ses côtés pâlirent eux aussi en songeant à la réputation des lances de l’ombre : elles étaient les tueuses de chevaliers runiques.
« N’ayez crainte, lui rappela Cassius sans tarder. « Nous avons des troupes d’élite capables de leur tenir tête.
Dès que Richard avait dévoilé ses lances de l’ombre, toutes les familles de Norland s’étaient mises à chercher comment les contrer. Certaines avaient leurs propres troupes spéciales pour leur résister, mais Cassius avait relevé deux points essentiels. Premièrement, un grand nombre de chevaliers runiques suffirait à les écraser. Deuxièmement, une troupe d’élite spécialement entraînée pourrait les contenir et viser leurs véritables faiblesses.