Chapitre 116
La cérémonie
Les suivants à rencontrer la silhouette sombre furent les jumeaux, Kaylen et Kayde, Richard marchant entre eux. Kaylen se trouvait à sa droite, et la silhouette sombre lui barrait directement la route. Pourtant, comme Gaton, elle semblait ignorer la présence qui se tenait devant elle et poursuivait sa chevauchée sans se presser. Les sabots métalliques de sa monture se levèrent l’instant d’après, prêts à frapper le sol. Une flamme singulière vacilla sous les deux sabots avant, alors qu’ils se dressaient. Kaylen semblait avoir gravé une rune de force sur les sabots ; si le coup atteignait sa cible, celle-ci subirait l’équivalent d’une attaque à pleine puissance de sa part !
La silhouette noire n’osa pas agir à la légère, mais cette chevalière au service de Gaton ne craignait rien sur son chemin ! La silhouette hésita un instant, puis esquiva d’un mouvement fulgurant lorsque les sabots frappèrent le sol, avant de disparaître dans les ténèbres. Elle n’avait finalement pas osé attaquer et n’avait eu d’autre choix que de battre en retraite. Après son départ, Richard eut soudain l’impression que les bois qui bordaient la route étaient devenus bien plus silencieux.
Le groupe avança encore sur une centaine de mètres, puis le martèlement rapide de sabots retentit. Une escouade de chevaliers impériaux s’approcha. En apercevant Gaton de loin, leur chef prit aussitôt la parole : « Marquis Gaton ! Sur ordre de Sa Majesté impériale, nous devons vous escorter jusqu’à l’Église du Dragon Éternel pour la cérémonie sacrificielle ! »
À l’apparition des chevaliers impériaux, Richard sut qu’il était désormais en sécurité. Il savait toutefois qu’il n’aurait pas pu éviter de traverser le tronçon de route qu’ils venaient de parcourir. S’ils ne s’étaient pas appuyés sur leurs propres forces pour arriver jusque-là, ils n’auraient jamais rencontré cette escouade.
Les deux groupes échangèrent les salutations d’usage, puis mirent pied à terre. Ils choisirent de parcourir le reste du chemin à pied, afin de témoigner leur révérence au Dragon de l’Éternité et de la Lumière.
Deux rangées de jeunes filles ravissantes de l’Église se tenaient devant les portes. Leurs robes à col haut, d’un or pâle, leur conféraient une allure élégante et pure qui les rendait plus captivantes encore. Elles appartenaient à l’Église du Dragon Éternel. À mesure qu’elles recevraient davantage de bénédictions du Dragon, elles deviendraient des clercs, puis des chamans, ensuite des prêtresses, avant d’accéder au rang de grandes prêtresses et de diriger leur propre église. Nul n’ignorait que le Dragon Éternel avait une préférence pour les filles.
Les chevaliers impériaux s’arrêtèrent devant la porte, tandis que le groupe des Archeron poursuivait sa route. Au milieu de ces chevaliers en armure, Richard, vêtu d’une robe de mage et portant deux coffres de tailles différentes, attirait particulièrement l’attention. Ce chapitre a été copié sur novelping(.)com sans autorisation.
Les portes de l’Église s’élevaient à vingt mètres de haut. Dès qu’il les franchit, la vue de Richard se brouilla soudain, et il se retrouva dans un désert. Une plaine désertique sans fin s’étendait à perte de vue, comme si la notion d’horizon n’existait pas. Le ciel semblait rejoindre la terre, tandis que d’étranges forces avaient réduit le sable en une poudre qui flottait dans l’air. Non loin de là, des piliers de pierre brisés émergeaient de plusieurs dunes, témoins du passage du temps. De l’extérieur, l’Église du Dragon Éternel n’occupait qu’un kilomètre carré, mais, même avec sa Précision, Richard ne parvenait pas à évaluer l’étendue de ce désert.
Au centre de son champ de vision se dessinaient les vestiges de l’église, dont la moitié s’était déjà effondrée. Les hauts murs de granit et les quelques piliers encore debout laissaient deviner la splendeur de l’édifice à son apogée.
Au cœur de cet endroit se dressait une plateforme de pierre brisée. C’était là que serait présentée l’offrande et que se déroulerait la cérémonie.
Plusieurs filaments de lumière affluèrent des confins du désert et formèrent un immense sablier devant le groupe. Une fois achevé, celui-ci se brisa, révélant une femme à l’aura divine et digne. Elle portait de sacrées robes blanches et une triple couronne reposait sur sa tête. Dans ses mains se trouvait un sceptre d’or pâle, tandis que d’étranges runes dorées, empreintes d’une antique solennité, ornaient ses robes et sa couronne.
Gaton s’avança et s’inclina pour la saluer. « Éminente grande prêtresse Ferlyn, voici mon fils Richard. C’est lui qui présentera l’offrande cette fois-ci. »
Ferlyn sourit et hocha la tête. Son sourire était beau et doux, mais aussi distant et ténu ; il semblait transcender l’existence humaine et embrasser toute vie d’un regard.
La grande prêtresse regarda Richard et sourit. « Enfant béni, j’espère que ta sincérité saura satisfaire le Dragon suprême de l’Éternité et de la Lumière par tes offrandes. La cérémonie sacrificielle est prête ; je t’attendrai à l’autel. Quand tu auras terminé tes préparatifs, tu pourras me rejoindre et nous commencerons. » Sur ces mots, la grande prêtresse s’engagea sur une route de lumière dorée pâle qui la conduisit jusqu’à l’autel.
« Des préparatifs ? » Malgré tous ses efforts pour comprendre le déroulement d’une cérémonie sacrificielle, Richard ignorait ce qu’il devait faire en dehors de préparer les offrandes.
Gaton eut un petit rire et lui tapa vigoureusement sur l’épaule. « Il n’y a pas grand-chose à préparer. Même si les offrandes sont identiques, les bénédictions varient selon les personnes. Alors, mon garçon, tout dépend de ta chance. Ah, oui ! J’ai oublié de te dire quelque chose. Comme les Archeron possèdent leur propre île flottante, le Dragon Éternel te demandera comment tu veux répartir les bénédictions entre ta famille et toi. N’en cède aucune. Allez, mon garçon, vas-y ! Bonne chance ! »
Ainsi, non sans mal, Richard traîna les deux coffres jusqu’à l’autel, au milieu du désert. Il avait beau les avoir soumis à un sort de lévitation, ces organes n’étaient pas légers du tout.
Une fois arrivé à sa place, Richard ne put s’empêcher de regarder autour de lui. Il fallait se tenir juste devant l’autel pour sentir pleinement la grandeur archaïque de ce lieu, qui avait résisté à l’érosion du temps. Il semblait n’avoir ni commencement ni fin. Pourtant, si somptueux qu’il fût, tout finissait par périr au fil des ans, devenant un sujet de lamentation pour les générations futures. Mais pourquoi ne voulaient-ils pas reconstruire cet endroit ?
Comme si elle avait lu les doutes de Richard, Ferlyn lui répondit avec douceur : « Enfant, toute véritable église du Dragon Éternel n’est que ruines, et ne peut jamais être réparée. Même si nous bâtissions ici une église magnifique, dotée des plus puissantes formations magiques, dès le début d’une cérémonie, elle serait réduite en ruines dans le fleuve du temps. Pas même les dieux ne peuvent résister au sable du temps ; la scène que tu as sous les yeux est donc la même depuis des éternités. »
« Merci pour vos enseignements. » Le cœur de Richard eut un brusque raté, comme s’il comprenait quelque chose à travers ses paroles. Il s’inclina légèrement, comme il l’aurait fait devant ses professeurs à Deepblue, puis demanda : « Que dois-je faire, maintenant ? »
« D’abord, prépare tes offrandes », ordonna Ferlyn. Lorsqu’elle vit Richard ouvrir les deux coffres, même son indifférence fut quelque peu ébranlée. « La tête d’un grand démon ? Quelle offrande rare ! Et ça… c’est le cœur d’un seigneur démon inférieur ! Quel enfant chanceux ! Commençons la cérémonie : ce cœur ne peut pas rester dehors plus longtemps. »
Ferlyn joignit les mains devant sa poitrine et inclina la tête vers l’autel. Elle entonna une incantation mystérieuse et obscure, aux intonations variées. À chaque syllabe prononcée, les cieux sans fin se couvrirent de fragments d’écritures dorées, pareils à une pluie d’or. Une aura ancienne et mystérieuse émergea du vide et se répandit dans les environs. Bientôt, le ciel s’assombrit, jusqu’à perdre toute couleur.
Au-delà des sables du temps privés de vide, un nouvel univers apparut peu à peu, avec sa propre lumière et sa propre vie. D’innombrables étoiles brillantes se mirent à suivre leur course, attirant l’âme de Richard. Il avait tenté de déchiffrer le sens de toutes les runes, mais il sentit alors son sang s’emballer. Ce n’était ni la ferveur ni la rage qu’il avait éprouvées lors de l’éveil de son sang, mais une soif de la source de la vie et d’un sentiment d’appartenance.
À mesure que l’incantation approchait de son apogée, la voix de Ferlyn devint extrêmement aiguë, comme si un dragon chantait dans le ciel. Elle toucha l’autel avec son sceptre, et la plateforme de pierre brisée se mit à rayonner d’une lumière dorée. Celle-ci forma un pilier qui transperça les cieux. Le pilier s’élargit, jusqu’à recouvrir l’ensemble des ruines ; sur sa surface, des écritures indéchiffrables luisaient et s’effaçaient sans discontinuer. Quant au ciel, il résonnait des cris d’un dragon et du sifflement du vent du désert.
Une aura d’une puissance incomparable descendit, et la grande prêtresse Ferlyn se retira aux limites du pilier de lumière. Richard demeura seul sur l’autel ; à partir de cet instant, ceux qui se trouvaient à l’extérieur ne pourraient plus voir ce qui se passait à l’intérieur.