Chapitre 1 107
Une convention de runes légendaires
À peine eut-elle franchi le portail de Faelor que Sharon parut plus furieuse qu’enthousiaste. Elle avait maintenant l’air assez pitoyable : sa robe bleue était en lambeaux et son équipement légendaire avait très certainement été détruit. Sa peau à découvert était criblée de blessures superficielles, dont certaines étaient recouvertes d’une brume noire qui les empêchait de guérir.
Les trente chevaliers runiques rassemblés autour de la porte de téléportation formèrent un demi-cercle autour d’elle et pointèrent leurs hallebardes vers le ciel en criant à l’unisson : « Votre Excellence ! »
On les avait informés qu’elle serait bientôt de retour, et Richard connaissait les goûts de la mage légendaire. Leurs puissantes clameurs résonnèrent dans toute la Vallée des Dragons, bien plus fort que les rugissements d’un ou deux dragons. Sharon fronça les sourcils un instant, mais, dès qu’elle en vit la source, son visage s’illumina et elle prit la pose. Se faire valoir était l’un de ses passe-temps favoris.
Il n’y avait pas grand monde qui pouvait envoyer trente chevaliers runiques former un comité d’accueil. Même les familles qui en comptaient autant n’en feraient rien : les chevaliers runiques étaient considérés comme des héros des champs de bataille et auraient trouvé la chose humiliante. Seul Richard disposait d’un nombre tel de chevaliers runiques qu’ils ne se sentaient pas si exceptionnels et acceptaient ces missions capables de réjouir et de satisfaire la pointilleuse Sharon.
Elle ignorait que les ordres de Richard avaient aussi un autre objectif. Le cri des chevaliers runiques apprenait à tous ceux qui se trouvaient dans un rayon d’une douzaine de kilomètres que Son Excellence était de retour. Ceux qui n’avaient rien de mieux à faire feraient mieux de rester chez eux, au cas où ils la provoqueraient par mégarde.
« Vous êtes tous très doués ! » s’exclama Sharon en éclatant de rire. « Et si… beaux ! »
Elle avait voulu dire qu’ils étaient forts, mais, à ses yeux, leur force ne valait vraiment rien. Sharon aimait exagérer, mais elle n’était pas du genre à mentir. Les chevaliers runiques avaient d’ailleurs bien du mal à contester ce fait : tandis qu’elle s’avançait, un dragon agonisant fut tiré hors du portail derrière elle. Tous la regardèrent s’envoler, hébétés, doutant de leurs propres yeux.
Cette fois, Sharon se déplaça rapidement, sans provoquer autant de remous, et même un peu moins vite que la fois précédente. Une bulle bleue la protégeait des vents violents qui soufflaient en altitude ; si elle allait à toute vitesse, sa prise finirait vraiment par mourir.
Même en se dirigeant vers le Plan draconique, elle avait senti que le passage était instable. Lorsqu’elle avait tenté de ramener cinq dragons adultes, elle avait aussitôt rencontré des difficultés. Le passage avait bien failli s’effondrer entièrement, mais, heureusement, elle avait pu repousser une grande partie des tempêtes par la seule force de ses muscles. Parvenant de justesse à maintenir la connexion, elle s’était frayé un chemin à travers les crues spatiales et était rentrée à Faelor.
Cependant, elle en était ressortie couverte de blessures, tandis que le dragon qu’elle transportait avait failli mourir. Sans sa volonté de le garder en vie, elle n’aurait pas eu l’air aussi pitoyable. Bien sûr, un dragon vivant valait bien plus qu’un dragon mort ; en songeant aux profits qu’elle allait en tirer, elle se moquait bien de l’allure misérable qu’elle avait.
À mi-chemin environ de Bluewater, la mage légendaire poussa soudain un soupir dépité. Elle avait capturé cinq dragons d’un coup, une prise considérable qui méritait d’être célébrée, mais l’image des dragons qui l’entouraient ne quittait pas son esprit. Elle était de celles qui estimaient que tout ce qu’elles voyaient leur appartenait ; au lieu de se réjouir d’en avoir capturé cinq, elle pensait surtout aux centaines qui lui avaient échappé.
Malgré sa déception, elle continua de foncer à toute allure. Le dragon qu’elle tenait ne tiendrait pas longtemps, et elle n’avait aucun moyen de le soigner pour l’instant. Elle ne pouvait qu’attendre d’arriver à son antre.
Ce ne fut qu’après le départ de Sharon de Faelor que le plan reprit soudain vie. Toutes sortes de gens s’activèrent ; les dieux achevèrent leurs différentes tâches « importantes » et commencèrent à donner à leurs avatars et à leurs enfants l’ordre de se mettre en mouvement. On aurait dit de la mousse poussant après la pluie.
……
L’atmosphère à Faust était incroyablement étouffante. Nombreux étaient ceux qui ressentaient un poids étrange dans leur cœur. Les initiés en connaissaient la cause, mais même ceux qui n’étaient pas au courant sentaient l’immense pression qui pesait sur les environs.
La pression avait déjà été considérablement contenue, mais quelques bribes continuaient de s’échapper. Elle était si écrasante qu’on aurait dit une tempête déferlant sur la ville, dont l’œil se trouvait à l’Association des mages. C’était au dernier étage de ce bâtiment que Richard tenait sa toute première convention de runes depuis qu’il était devenu maître des runes saint.
Contrairement aux conventions ordinaires, qui attiraient des milliers de personnes, celle-ci ne comptait qu’une vingtaine de participants. Pourtant, chacun d’eux était une figure de premier plan, célèbre dans tout Norland, et Sa Majesté Apeiron était du nombre. La poignée de saints du ciel se détachait du lot : ils représentaient tous des légendes qui n’avaient pu venir en personne. Parmi eux figuraient le disciple du Saint de l’Épée, les Drakons ainsi que la bras droit de l’Impératrice Gelan, la comtesse Zaney. Ce chapitre a été copié depuis nоvelping.com sans autorisation.
Le plus faible du groupe était un prêtre de niveau 18, incroyablement jeune, qui arborait un doux sourire empreint d’assurance. Les autres personnes présentes l’auraient probablement écrasé sans même livrer un véritable combat, mais, en matière de statut, il n’avait rien à envier à la plupart des légendes. C’était le saint Martin, le tout nouveau saint de l’Église de la Gloire de l’Empire de l’Arbre Sacré et le candidat le plus susceptible de devenir le prochain pape. Il était même plus important que le célèbre archevêque Hendrick.
Depuis sa défaite face à Richard, Martin n’avait cessé de gravir les échelons. Il avait gagné plusieurs niveaux en peu de temps, tandis que tous les autres prétendants à la sainteté avaient disparu les uns après les autres. Cette soudaine faveur du Seigneur radieux dépassait les attentes de tous ; pourtant, ses pairs se demandaient comment un homme qui avait presque laissé piller une grande cathédrale avait apparemment pu progresser sans avoir rien accompli.
Richard se tenait sur une estrade provisoire et expliquait en détail l’Acier-roi et le Marcheur furtif. Il n’avait pas besoin de faire beaucoup d’efforts pour exposer leur fonctionnement aux experts présents, mais il devait davantage s’appliquer à leur expliquer comment ces runes s’articulaient avec les lois.
L’apparition d’une âme magique n’était pas entièrement due au hasard. Si un maître des runes ne comprenait pas les lois correspondantes, il était presque impossible d’obtenir une âme magique liée à celles-ci, à moins d’une intervention divine. On ne pouvait pas tenter l’expérience avec des runes de grade 5, mais, si Richard expliquait les choses assez clairement, les personnes présentes pourraient juger de son honnêteté. Voilà pourquoi même les représentants devaient être des saints du ciel.
Parmi les personnes présentes se trouvaient des légendes des générations précédentes, comme l’Étoile du Sud et Kenny, ainsi que le mythique Sage céleste. Ruben était devenu une figure épique des siècles plus tôt, réputé non pour sa force, mais pour sa profonde compréhension des systèmes planaires. Il ne pourrait peut-être pas vaincre Apeiron, mais il était bien plus doué qu’elle pour explorer la myriade de plans.
Cette concentration de figures surpuissantes expliquait la pression qui pesait sur Faust, mais presque aucune d’elles n’y prêtait attention, tant elles écoutaient Richard avec avidité. Les interruptions étaient fréquentes : on lui posait des questions sur les moindres détails pour être sûr d’en apprendre le plus possible sur les runes.
La puissance des runes saintes augmentait avec celle de leurs utilisateurs. Une meilleure compréhension des lois fondamentales renforçait leur puissance, et pouvait même ouvrir des possibilités entièrement nouvelles. À mesure que la discussion se poursuivait, une journée entière passa en un clin d’œil. Il n’y eut ni applaudissements, ni fleurs, ni belles jeunes filles : seulement un groupe de personnes de toutes sortes qui débattaient de nombres obscurs et de théories profondes.
Telle était une convention de runes donnée par un maître des runes saint.