Chapitre 1 094
Théâtre légendaire (2)
Des milliers de draconiens s’agitaient dans la forêt desséchée, où ils bâtissaient un immense réseau magique. Tous les entrepôts des environs débordaient déjà de matériaux, et de gros tas s’entassaient encore un peu partout. Des dragons venaient régulièrement en apporter davantage ; rien que leur empressement à s’en charger personnellement montrait la valeur de ces matériaux.
Kralkalor tournoyait dans le ciel, rugissant de colère à intervalles réguliers. Chacun de ses rugissements faisait trembler de peur les draconiens en contrebas ; ces derniers jours, il était devenu violent et irascible, et tuait régulièrement ses subordonnés. Chaque regard jeté aux montagnes de matériaux lui rappelait l’énorme dette qu’il venait de contracter auprès de Bahamut ; s’il ne la remboursait pas à temps, il perdrait sa compagne bien-aimée.
Mesmerwing n’était pas seulement d’une beauté remarquable dans le monde draconique : elle possédait aussi une puissante lignée. Ses descendants étaient promis à un grand avenir et, dans un an à peine, elle entrerait en chaleur — un phénomène qui ne se produisait qu’une fois tous les trente ans. Kralkalor n’avait qu’une idée en tête : tuer tous les humains de Faelor et espérer qu’ils possédaient assez de ressources pour rembourser Bahamut. Il était hors de question de renier sa dette ; Bahamut était un être puissant, à la hauteur de Tiamat, contre lequel il ne pouvait rivaliser.
Kralkalor avait toujours eu le sang chaud et ne supportait pas d’attendre une seconde. Depuis que le portail était assez grand pour le laisser passer, il ne cessait de le surveiller, ne se retenant de le franchir que parce qu’il risquait d’être blessé dans l’opération. Cela aurait également alerté les dieux de l’autre côté, et il ne voulait pas que ceux de Faelor s’en mêlent avant qu’il ait retrouvé l’humain maudit qui avait tué son fils.
Alors qu’il jetait une nouvelle fois un regard au portail, celui-ci s’illumina soudain et une silhouette solitaire le franchit. Kralkalor piqua vers elle, mais, en reconnaissant la personne, battit violemment des ailes pour s’arrêter.
C’était Nolan ! Le Tueur de dragons était là !
Nolan avait autrefois fait trembler quantité de dragons à ses pieds. Dans sa jeunesse, Kralkalor lui-même avait échappé de peu à la mort face à cette légende humaine. Lorsque l’aura du Tueur de dragons commença à s’embraser, des souvenirs traumatisants lui revinrent en mémoire. Le dragon rugit de terreur et de rage, puis lança une attaque de souffle avant même que les gardes aient pu réagir.
Le prétendu Tueur de dragons s’évanouit en un nuage de fumée, entraînant dans la mort de nombreux draconiens. Deux modules du portail de téléportation furent également détruits dans l’opération.
Kralkalor resta figé, déconcerté. Le cauchemar de tous les dragons venait donc de disparaître, comme ça ?
Avant même qu’il ait pu reprendre ses esprits, une autre silhouette familière franchit le portail. Elle ne lui était pas moins connue que Nolan : le Sage céleste Ruben, entouré de sa pluie d’étoiles caractéristique. Kralkalor cracha instinctivement une nouvelle attaque de souffle, et cette silhouette disparut à son tour. Un autre module du portail fut endommagé dans l’opération. Vous lisez sur novelping . com, la source officielle.
Le portail resta silencieux quelques minutes, puis une troisième personne apparut. Cette fois, c’était Richard. Kralkalor avait retenu la leçon et ne réagit pas tout de suite ; il ordonna plutôt aux draconiens de se mettre en formation. L’humain lui disait quelque chose, mais il ne se rappelait plus son nom.
Comme Nolan et Ruben, Richard fit monter son aura jusqu’au niveau d’un saint et commença à gesticuler comme s’il lançait un sort. Mais cette fois, ce n’était pas une illusion : une douzaine de boules de feu jaillirent de ses mains, et une tempête de flammes bleues engloutit aussitôt les draconiens alentour. Ce ne fut qu’au moment où Richard se retourna et repassa par le portail que Kralkalor comprit qu’il s’agissait d’un véritable adversaire.
……
Cette première attaque de Richard ne fut que le début du supplice. Au cours des jours suivants, Kralkalor vit défiler quantité d’êtres légendaires, du Souverain du Sang Orden au Seigneur élémentaire Tumon, en passant par le Haut érudit Soremburg et même Sharon, la récente Dompteuse de dragons.
En quelques jours, le dragon eut l’impression que son cœur s’était considérablement endurci, bien davantage qu’au cours de ses huit siècles d’existence. Quel que fût celui qui sortait du portail, il n’attaquait plus de toutes ses forces ; s’il recommençait, il n’aurait plus de matériaux pour reconstruire le réseau magique. Il avait déjà dépensé tout ce qu’il avait emprunté ; il lui était impossible de se procurer ne serait-ce qu’une pierre spatiale supplémentaire. Malgré tout, il lui fallait mobiliser toute sa patience pour calmer les battements affolés de son cœur chaque fois qu’il reconnaissait une silhouette.
À ce stade, il en venait même à se dire que ce n’était pas si bien d’être un dragon. Les siens vivaient longtemps et en savaient trop ; s’il ne reconnaissait pas toutes ces silhouettes effrayantes qui traversaient le portail, il serait moins tourmenté.
Toutes sortes de puissants personnages franchirent le portail. Orden apparut six fois, et Nolan neuf. Richard se montra huit fois, tandis que Zangru, Phaser, Waterflower et Tiramisu passèrent chacun cinq ou six fois. La plupart étaient des faux, mais chaque apparition réelle causait des pertes considérables autour du portail, même sans endommager celui-ci. Les draconiens n’étaient guère plus que du bétail, mais même Kralkalor trouvait pénible d’en perdre autant.
Incapable de supporter ces pertes, le dragon finit par éloigner les gardes du portail, afin que les arrivants puissent s’approcher sans danger. La méthode fonctionna contre les premiers faux, mais Richard changea ensuite de stratégie. Il ne fit qu’un pas hors du portail avant de se tourner vers un réseau magique inachevé et d’y lancer une boule de feu. Lisez les derniers chapitres sur novelping . com.
À la vue des flammes bleues, le dragon eut l’impression qu’on lui avait planté des griffes dans le cœur. Il hurla de désespoir et se précipita sur les lieux, décidé à encaisser la prochaine attaque de son propre corps, mais Richard se contenta de repasser le portail.
Le dragon savait que les étranges flammes bleues de Richard étaient d’une puissance exceptionnelle, mais les dégâts infligés au réseau magique faillirent tout de même le faire s’évanouir. Près d’un mètre cube de la solide base avait fondu ; comment une simple boule de feu pouvait-elle avoir une telle puissance ? Même le souffle d’un dragon rouge adulte n’était pas aussi puissant !
Kralkalor mit un certain temps à retrouver son calme. Après avoir examiné les dégâts, il poussa un soupir de soulagement en constatant que les pierres spatiales n’avaient presque pas été touchées. Les autres ressources coûtaient cher, mais il pouvait s’en procurer davantage. La barrière de rang 9 autour du module avait servi à quelque chose, mais elle s’était déjà évaporée.
Les dents serrées, le dragon décida qu’il ne pouvait plus tolérer de telles pertes et renvoya ses subordonnés garder les portails. Un nombre effarant d’entre eux périssaient chaque jour, entamant encore ses maigres réserves. Il finit par tout épuiser et dut emprunter à d’autres dragons pour couvrir les frais. Son crédit diminuant de jour en jour, il ne pouvait qu’accepter des conditions toujours plus strictes.
À force, le dragon doré était devenu la risée du Plan draconique. Mais il ne pouvait plus revenir en arrière ni se rabattre sur quoi que ce soit ; il ne lui restait qu’à espérer conquérir Faelor et rembourser toutes ses dettes. Kralkalor avait bien envoyé autrefois un groupe de draconiens franchir le portail pour harceler l’humain de la même façon, mais aucun n’étant revenu, il avait compris combien cette idée était stupide. Il devait protéger les réseaux magiques autour du portail, contrairement à Richard. Même à présent, il comptait sur l’excès de confiance des humains, espérant qu’ils le laisseraient achever le portail au lieu de simplement en fermer l’autre extrémité. Dans le même temps, il avait perdu la plupart de ses saints et de ses grands démonistes, et ceux qui lui restaient ne pouvaient rivaliser avec les partisans de l’humain.
À l’exception de Richard, Tiramisu, Phaser, Waterflower et Zangru avaient tous la capacité de tuer des dragons. Mountainsea avait elle aussi franchi le portail une fois. Son niveau d’énergie n’avait rien de remarquable, mais son corps était terriblement puissant. Dès son arrivée, elle repéra l’un des dragons subordonnés de Kralkalor, se rua sur lui et abattit Eleventon. Le dragon ignora complètement la baguette, fine comme un cure-dent, et tenta de repousser l’intruse d’un coup de patte ; mais un craquement net retentit et ses griffes furent réduites en miettes.
Par chance, le dragon avait eu la présence d’esprit de s’envoler aussitôt, s’éloignant avant qu’elle ne puisse le poursuivre. Quant à Mountainsea, voyant qu’elle ne pouvait pas l’atteindre immédiatement, elle suivit les instructions de Richard et retourna en arrière.
Les jours passèrent, et les dragons qui gardaient le portail virent défiler un nombre croissant d’êtres légendaires, célèbres dans d’innombrables plans. Au début, Richard n’avait envoyé que des modèles d’habitants de Norland, mais il finit par contacter Thor, à l’Association des mages, afin d’obtenir toutes les informations non confidentielles sur les autres. En une seule journée, la chrysalide astrale en expédia ensuite plusieurs centaines, des légendes de toutes sortes, parmi lesquelles Maranos le Dévoreur de cerveaux, que Philip avait tué lors de son attaque contre le Fort de l’Aube. Il s’agissait d’une version miniature, qui ne mesurait que dix mètres du museau à la queue ; mais Richard ayant vu le cadavre de ses propres yeux, la mère de couvée n’en avait pas omis le moindre détail.
Au cours des jours suivants, presque tous les voyageurs planaires célèbres de cette partie du vide se montrèrent dans le Plan draconique. De nombreux dragons désœuvrés accoururent à la nouvelle, désireux d’assister au spectacle tout en se moquant des échecs de Kralkalor.