Chapitre 1 078
Destruction immédiate
Des cris de douleur résonnèrent dans la salle à manger tandis que les soldats de Zabal tombaient à genoux, le sang jaillissant entre les interstices de leur armure. Leur équipement de qualité supérieure se déformait à vue d’œil, grinçant comme si des géants primordiaux l’avaient pétri. Il était difficile d’imaginer ce qu’étaient devenus les pauvres corps à l’intérieur, mais nul besoin de le faire.
Les mages et les sorciers n’étaient pas mieux lotis. Beaucoup portaient une armure intérieure métallique pour se protéger, et même ceux qui n’en avaient pas avaient des dagues en réserve. Les anneaux et autres accessoires qu’ils portaient grinçaient eux aussi, broyant leurs os. La magie brisée fit même brûler vifs certains disciples.
Le visage de Zabal resta figé dans son rictus triomphant, son esprit mettant du temps à assimiler la scène infernale qui se déroulait sous ses yeux. Les cris de douleur lui emplissaient les oreilles et, tandis que l’odeur du sang se répandait, il vit les couverts sur la table se tordre et se mettre à danser. La scène était terrifiante, et une voix semblait hurler un avertissement dans son esprit. Pourtant, il avait déjà perdu toute capacité de réagir.
« Lyos ?! Mais il n’est pas mort ?! » lança une vieille voix, pas très fort, mais suffisamment pour tirer Zabal de sa torpeur. Il balaya les environs du regard et vit que tous ses hommes étaient tombés à terre, rougissant le tapis de velours de leur sang.
Richard ne prit même pas la peine de regarder le duc. Les yeux levés vers le dôme, il activa le Champ de Vérité et captura du regard une ombre fugace qui disparaissait au loin. Il eut un sourire entendu : le pathétique individu en contrebas n’aurait jamais pu déployer une formation aussi vaste d’un seul coup.
Cela lui révéla toutefois la présence d’un autre ennemi. Richard repéra le conscient légendaire par la pensée et le força à livrer un combat de force mentale. Un cri de douleur retentit dans le ciel tandis que le conscient parvenait de justesse à se libérer, avant de fuir deux fois plus vite, gravement blessé. Richard gloussa. Cette âme avait tout d’un assassin, et ceux-ci comptaient généralement parmi les êtres les plus faibles de volonté. Les combats d’âmes dépendaient de la détermination, du lignage et de la puissance brute ; sans atouts naturels considérables, il fallait entraîner constamment ces trois aspects.
Si la légende était restée cachée si longtemps et avait perdu son sang-froid en reconnaissant le talent de Lyos, c’était que sa volonté n’avait rien d’exceptionnel. De plus, il n’avait envoyé qu’un conscient et laissé son corps principal derrière lui ; pris par surprise dans un duel, il avait aussitôt perdu. Cette histoire est hébergée sur novelping . com.
Mais Richard ne se satisfit pas de cette petite victoire. Alors que l’ennemi rompait le combat, il parvint tout de même à laisser une marque dans le conscient, qu’il pourrait suivre à la trace. Elle ressemblait à une simple blessure, mais déformait légèrement les lois alentour, d’une façon que seul le Champ de Vérité permettait de remarquer. À moins que son adversaire ne maîtrise les lois mieux que Richard ne savait les percer à jour, celui-ci pourrait remonter jusqu’au clone.
Avant cela, il devait encore s’occuper de Zabal. À la vue de Richard, le duc sembla avoir marché sur des braises. Il dégaina une épée courte orange, bondit sur la longue table et fonça vers lui. « Tu es un mage, mais moi, je suis un tueur ! CRÈVE, ESPÈCE DE SALAUD ! »
Une lueur de pitié passa dans le regard de Richard. Il sortit Clair de Lune et abattit calmement son arme. Le coup n’avait rien d’élaboré, mais il était rapide et précis. Avant même que Zabal ait pu cligner des yeux, une épée sembla surgir de nulle part. Il leva son épée courte pour parer, mais la lame traversa l’arme et son corps comme si rien ne s’était produit. Figé sur place, il vit la moitié supérieure de sa lame tomber à terre.
« C’est… une… épée… légendaire… » murmura-t-il en s’effondrant sur le dos. Une ligne rouge sinistre apparut sur son front et descendit jusqu’à son menton, le fendant en deux tandis qu’il continuait à marmonner : « Je suis… sou… »
Le sang jaillit soudain du milieu de son corps, qui se scinda en deux. Dans ses derniers instants, Zabal vit une boule de feu bleue détruire le dôme censé résister à la magie. Le duc ne comprenait tout simplement pas comment son épée courte légendaire avait pu échouer à parer l’attaque.
Ce que Zabal ignorait, c’était que Clair de Lune avait déjà retrouvé son rang d’arme divine : indestructible, elle était assez tranchante pour découper sans peine des armes de rang épique. En revanche, son épée à lui avait été corrompue par Acier-roi et affaiblie au point de ne plus être qu’à peine épique. Le résultat était évident.
Richard ne se soucia même pas de savoir si son coup avait tué Zabal ; il était déjà à la poursuite de la légende. Alors qu’il s’envolait par la nouvelle ouverture dans le toit, trois disciples du dragon, chacun comparable à un saint de Norland, lui barrèrent la route. Ils fondirent sur lui comme Zabal, mais Clair de Lune brilla à quelques reprises et les découpa tous en morceaux.
Cette fois, même Richard fut surpris. Les effets d’Acier-roi se superposaient à ceux de Désintégrateur, donnant à Clair de Lune une puissance inconcevable. Ces disciples n’étaient guère moins forts que de véritables saints de Norland, et pourtant, ils ne purent opposer aucune résistance.
« Le grand Ramillon est éternel ! » cria en langue draconique l’un des disciples, tranché à la taille. Il brûla ce qui lui restait de vie et sembla obtenir une énergie sans limites, avant de se jeter sur Richard, les bras écartés. Quelques nouveaux éclairs de Clair de Lune réglèrent rapidement le problème.
Richard regarda le disciple qui venait d’être frappé de nouveau et renifla une odeur forte avant de lâcher : « Fichus lézards… »
C’était l’odeur d’un sang-mêlé, ce qui signifiait que ce disciple était en réalité un draconien au lignage faible. Les humains et les dragons ne pouvaient se mêler ; leur union ne donnait naissance qu’à des créatures brutales, qui ne recherchaient guère que le sang, le sexe et les plaisirs les plus vils. Les draconiens torturaient les êtres plus faibles pour se divertir, et ceux dont le lignage était le plus dilué étaient les pires de tous. Dans bien des plans, on les tenait pour les plus méprisables des créatures.
Richard avait même vu dans les yeux de ce sang-mêlé une foi absolue, sans la moindre peur de la mort. Ces ennemis étaient toujours les plus difficiles à affronter. Après avoir encore pesté, il activa le Champ de Vérité et scruta les environs. Une traînée de lumière scintillante partait vers le nord-ouest : c’étaient les perturbations laissées par sa marque, qui indiquaient clairement la direction de la fuite du conscient.
Après s’être assuré qu’aucun adversaire ne se trouvait près du manoir, il s’envola et retrouva en chemin le cerveau cloné. Il aurait pu parcourir quelques kilomètres bien plus vite, mais cela lui aurait coûté beaucoup de mana et n’aurait pas été viable sur la durée. Le drone était bien plus adapté à une poursuite prolongée, pour peu qu’il le rejoigne.
Peu après le départ de Richard, les étincelles dans le ciel commencèrent à s’affaiblir et à s’éteindre, tandis que les lois perturbées retrouvaient leur calme. En quelques minutes seulement, toute trace aurait disparu, même aux yeux d’un être doté d’une perception supérieure à la sienne.