Chapitre 1 065
Surprise
Les sept jours passèrent en un clin d’œil. Richard se tenait de nouveau dans la salle de l’autel, sur une plateforme qui s’avançait depuis le mur, et contemplait le bassin de sang en contrebas. Le ciel du Trône gelé était couvert, mais aucun vortex terrifiant ne s’y déployait, contrairement au retour de Godfrey. Les portails planaires de Norland avaient un millénaire d’avance sur ceux de Faelor, et le cercle d’invocation d’Asiris ne provoquait pas autant de remous que le premier.
L’espace commença à se fissurer au-dessus de l’autel, la déchirure s’élargissant peu à peu jusqu’à ce que deux silhouettes illusoires en jaillissent. Le bassin de sang bouillait à présent à gros bouillons, et certains jets s’élevaient à plusieurs mètres. Les deux silhouettes ne se pressèrent pas d’y entrer ; elles prirent plutôt le temps de regarder autour d’elles tout en conversant.
« Ce retour s’est étrangement bien passé, Lyos. Je ne pensais pas que les coordonnées seraient aussi précises.
— Je suis d’accord. Nos descendants s’affaiblissent avec le temps ; ils n’auraient pas dû être capables d’envoyer un signal aussi précis.
— Hmm… Cela dit, plusieurs siècles se sont écoulés depuis notre dernière visite. Il y a peut-être eu quelques génies entre-temps. C’est plutôt une bonne nouvelle, même si les déchets dans leurs royaumes divins ne vont pas apprécier. À ton avis, comment se déroule la guerre ?
Lyos resta silencieux un moment. « Espérons qu’elle ne se passe pas trop mal. L’ennemi semble redoutable, cette fois. Godfrey n’a plus donné de nouvelles depuis son départ. Je ne peux pas m’empêcher de m’inquiéter.
— Et alors ? Puisque nous sommes revenus tous les deux, les fauteurs de troubles vont payer le prix fort. Que dirais-tu de détruire leur pays ?
— S’ils ont atteint la ville, c’est probablement qu’un dieu les soutient. Nous devons découvrir lequel, puis éliminer tous leurs demi-dieux et toutes leurs Églises dans le royaume des mortels.
— Hé hé, ça représente quelques millions de vies !
— Ce n’est qu’un nombre. Il faut qu’ils sentent le fer en fusion circuler dans leur sang ! Ils ont dû retirer leurs principales forces, maintenant, non ?
— Oui… Allons d’abord voir les corps. La lignée semble correcte, mais espérons qu’elle leur permettra de tenir encore quelques jours. Tout a l’air en ordre, ici. » Ce chapitre a été copié depuis NovelPing sans autorisation.
Lyos acquiesça et entra dans le bassin de sang avec Cyril. La surface se calma rapidement, puis le sang se vida, révélant deux jeunes hommes qui examinaient leurs corps. Alors qu’ils hochaient la tête, satisfaits, et s’envolaient, d’innombrables runes noires jaillirent de l’autel, recouvrant le bassin comme un immense filet et s’imprimant sur eux.
Les deux légendes poussèrent aussitôt des cris de rage, tandis que le pouvoir des marques les faisait retomber du ciel. D’autres sceaux noirs traversèrent le bassin désormais vide et les recouvrirent, pareils à un nid de frelons qu’on aurait dérangé.
Un intense éclat argenté jaillit du bassin avant d’être rapidement contenu ; sa puissance réduisit en cendres les runes alentour. Cyril s’éleva dans les airs et balaya les environs du regard. « Qui est là ? Montre-toi, lâche immonde !
— Allons, allons, Cyril. Je crois que nous sommes tombés sur quelqu’un qui possède une véritable puissance. Il faut respecter les forts, dit Lyos d’une voix grave en s’élevant à son tour.
Richard dissipa le voile spatial qui les avait dissimulés jusque-là et laissa son aura se déployer à son maximum. Les deux légendes se tournèrent aussitôt vers lui, d’abord perplexes, puis graves. Même le fougueux Cyril se calma soudain. « De qui descends-tu ? Fais venir ton ancêtre. Je crois que nous le connaissons.
Il voyait bien que Richard était proche du royaume légendaire malgré son âge absurdement jeune, signe qu’une puissante figure et une organisation tout aussi redoutable le soutenaient. Même parmi les dieux, un tel cas était rare dans l’histoire du plan.
Richard secoua pourtant la tête. « C’est ma décision, cela n’a rien à voir avec mes ancêtres. De toute façon, tu ne peux pas les connaître. Occupe-toi plutôt de ta propre situation. Tu as été marqué et tu ne peux pas quitter ce plan.
Le corps de Cyril resplendit d’un éclat argenté ; des filaments métalliques en jaillirent et dansèrent dans les airs. Pendant ce temps, Lyos flotta jusqu’à l’autel et posa la main sur le sol. Toute la salle trembla, tandis qu’un long grincement métallique résonnait. Des bras d’acier surgirent de terre, et le sol de granit, pourtant dur, semblait aussi meuble que du sable. Les golems qui se hissaient au-dehors ouvrirent les yeux les uns après les autres et se tournèrent vers Richard.
Cette première démonstration de force avait suffi à Lyos pour invoquer plus de dix golems d’acier, malgré les marques de péché qui limitaient ses pouvoirs. Cela montrait à quel point le Trône gelé lui convenait pour combattre. Pourtant, les filaments d’argent de Cyril, qui semblaient capables de recouvrir toute la salle, ne s’étendirent que sur une douzaine de mètres avant de s’immobiliser, ce qui arracha un sourire à Richard. Le Roi de l’Acier et l’Ami de l’Argent maniaient des métaux différents, mais la loi fondamentale sur laquelle reposait leur pouvoir était la même. Comme l’énergie de cette loi était limitée dans cet espace, l’un devait céder le pas à l’autre.
Bien sûr, de telles restrictions n’existaient pas hors de la salle de l’autel. Mais les deux hommes ne pouvaient pas déployer toute leur puissance, et leur affrontement risquait de les rendre moins efficaces ensemble que si Lyos combattait seul à pleine force. La salle de l’autel se trouvait au cœur de la montagne, entourée de pierre et de minerai ; très peu d’énergie ambiante parvenait à s’y infiltrer. Cette disposition avait été voulue lors de sa construction, mais elle constituait à présent un obstacle de taille. Lisez ce roman sur novelрing.com pour une expérience optimale.
Du haut de sa position, Richard contempla les deux hommes et leur adressa un large sourire. « Je vous ai préparé un cadeau. J’espère qu’il vous plaira !
Tout en parlant, il tendit la main et traça quelque chose dans les airs, faisant apparaître un portail à partir de rien. Cyril le regarda et ricana. « Tu invoques des cauchemars ? Quelle surprise veux-tu nous réserver ? Quatre soldats de l’ombre ? Dix ? C’est insignif— QUOI ?
Les yeux de la légende s’écarquillèrent soudain tandis que le portail devant lui se métamorphosait, devenant de plus en plus solide jusqu’à se changer en une porte gigantesque, haute de près de dix mètres. Elle avait un véritable encadrement, le long duquel rampaient deux serpents d’ombre. À son sommet, l’emblème de la Légion des Cauchemars protégeait une gemme géante qui émettait une lueur verte.
Cette porte-portail était entièrement noire et dégageait un éclat métallique si réaliste qu’elle ne semblait pas avoir été créée par magie. Des runes mystérieuses la recouvraient, si complexes que Cyril ne parvenait même pas à en saisir le sens. La porte s’entrouvrit à peine, et d’innombrables guerriers de l’ombre déferlèrent de l’autre côté !
Il ne s’agissait pas de dix créatures cauchemardesques. Ni même de cent. C’était une marée sans fin !
Lyos lui-même eut un mouvement de recul à cette vue. Il tenta aussitôt de déchirer l’espace pour s’enfuir, mais les marques s’activèrent sur son corps et maintinrent son âme prisonnière de son enveloppe actuelle. S’il partait maintenant, les tempêtes spatiales qui soufflaient dans le vide le mettraient en pièces. Il chercha Richard du regard, mais ne vit qu’une barrière qui bloquait la sortie.
Richard secoua la tête devant leurs cris furieux, puis emprunta le passage pour rejoindre l’autre côté, jetant un coup d’œil aux différents cercles magiques disposés près de la sortie. Tous ses fidèles attendaient là, tandis que les deux cents chevaliers runiques formaient une seconde ligne de défense un peu plus loin.
La montagne tremblait légèrement à présent, et tous changèrent d’expression. Ils ne s’étaient pas attendus à ce que les légendes de Faelor possèdent une puissance aussi terrifiante ; même sur Norland, leur capacité à faire trembler les montagnes n’avait rien de négligeable. Godfrey avait déjà porté un coup terrible à l’orgueil des fidèles, et voilà que deux hommes plus puissants que lui se trouvaient sous leurs pieds. Ils n’oseraient plus sous-estimer la situation.
En voyant Richard sortir, plusieurs de ses fidèles frémirent de surprise. Asiris et Nasia furent encore plus frappés que les autres : nul ne savait ce que Richard avait préparé là-bas pour affronter deux légendes, mais les secousses de la montagne prouvaient que les deux hommes se battaient de toutes leurs forces. Si ce n’était pas un exploit isolé, cela signifiait qu’il pouvait désormais tenir tête aux légendes, alors qu’il venait à peine d’atteindre le niveau 20.