Chapitre 1 062
Encerclé
Explorer les myriades de plans était extrêmement difficile et dangereux, une réalité que les premières vagues de légendes de chaque plan ne connaissaient jamais. Presque tous les premiers Faeloriens à être partis s’étaient aventurés dans le vide, mais beaucoup étaient morts ou s’étaient égarés au cours des décennies suivantes. Leur nombre commençant à diminuer, les dieux de Faelor avaient saisi l’occasion pour attaquer ceux qui restaient.
Ce fut la première guerre entre les hommes et les dieux. Les trois rois de l’Empire du Triangle de fer déployèrent une puissance prodigieuse, tuant à la chaîne les avatars et les enfants de nombreux dieux pour mettre fin à leurs projets. Chacun d’eux avait une puissance comparable à celle de la véritable forme d’un dieu, mais les dieux n’eurent pas le courage d’affronter ainsi les légendes restantes. Hors de leurs royaumes divins, leur mort était définitive. Pire encore, les légendes pouvaient s’emparer de leur étincelle divine et l’utiliser pour se renforcer.
Finalement, un seul des neuf autres légendes parvenus à rentrer à Faelor survécut. Cependant, avec les trois rois du Triangle de fer, il se déchaîna et tua tous les demi-dieux et avatars qu’il put trouver. Seul un dieu supérieur pouvait créer des avatars dotés d’une puissance légendaire, mais le trio les surpassait en force. Chaque mort déformait davantage les lois de Faelor. La situation finit par s’enliser. Les légendes ne pouvaient attaquer les dieux dans leurs royaumes divins, mais les dieux ne parvenaient pas à les rattraper dans le monde des mortels.
Dans un acte de vengeance d’une mesquinerie inouïe, le panthéon rassembla ses Églises séculières afin d’anéantir l’Empire du Triangle de fer d’un seul coup et d’éliminer tous les descendants des trois rois. Les légendes pouvaient fuir, mais pas le reste de leurs familles. Pourtant, alors que cette sombre purge était sur le point de commencer, les trois bêtes astrales suivirent la trace des légendes de retour et franchirent la sphère de cristal pour pénétrer dans Faelor.
Ce fut alors que survint l’incident le plus terrifiant de toute l’histoire faelorienne : l’invasion des bêtes astrales. L’ampleur des destructions ensevelit tout le reste du passé dans les annales du temps. Ces bêtes dévoraient toute forme d’énergie et semaient une pluie de sang sur leur passage, ne laissant aucune vie derrière elles. Face à cet ennemi sans précédent, d’une puissance colossale, les trois rois et les dieux de Faelor n’eurent d’autre choix que de s’allier et d’engager une bataille cataclysmique pour tuer les envahisseurs. Les dieux payèrent cette victoire au prix fort, nombre des leurs ayant péri.
Après cette guerre, les trois rois et les dieux réglèrent enfin leur différend et signèrent le Traité des dieux. Celui-ci stipulait que toutes les légendes parties explorer les myriades de plans ne pourraient plus rentrer à Faelor à leur guise et leur interdisait de divulguer quoi que ce soit sur le monde extérieur. Seules les nouvelles légendes auraient accès à ces connaissances. Affaiblis et en partie responsables de l’invasion, les rois acceptèrent. Depuis lors, Faelor était resté fermé au monde extérieur.
Les rois n’étaient pas partis sans prévoir de recours : ils avaient astucieusement conservé une partie de leur pouvoir à Faelor afin de contourner le traité. Mais les dieux n’étaient pas dupes ; s’ils avaient été éveillés, ils auraient puni une violation aussi flagrante des règles. Suivez les derniers chapitres sur novеlping.com.
Après avoir passé une nuit entière à parcourir ces archives, Richard constata que peu de légendes étaient apparues à Faelor après le départ des précédentes. Il en naissait peut-être une toutes les quelques décennies, et elle repartait rapidement vers l’extérieur, dans le vide. Cette fréquence était si faible qu’il était évident que les dieux manigançaient quelque chose dans l’ombre.
Voilà où en était la situation. Richard avait découvert un monde coupé du reste de l’existence, qui n’en savait rien. Ses habitants pensaient qu’ils étaient seuls au monde et que leurs dieux étaient les êtres les plus puissants qui soient ; la plupart n’avaient d’autre ambition que d’allumer leur propre feu divin. Aux yeux des explorateurs et des envahisseurs, ils étaient faibles et ignorants, bons à éprouver et à exploiter, pas à vénérer. Même la matriarche de la couvée, après avoir atteint le niveau 10, ne les considérait que comme de la nourriture.
À la première lueur du jour, Richard referma les archives et poussa un léger soupir. C’était un monde vaste et fertile, le plan où il avait commencé sa carrière de conquérant. Il aurait autrefois pu devenir semblable à Norland, peut-être même un jour accéder au rang de plan matériel primaire. Mais la stupidité et le manque de clairvoyance avaient anéanti cette possibilité.
Cela lui rappela une réponse qu’il avait trouvée plus tôt dans sa vie à une question qui l’avait longtemps préoccupé : pourquoi étions-nous en guerre contre les autres plans ? Il avait compris qu’un échange était fondamentalement impossible entre deux factions lorsque l’une d’elles avait le pouvoir de piller l’autre. Et maintenant ? Il comprenait qu’un plan ne pouvait même pas se soustraire à son destin inéluctable. Mais Norland ne lui cachait-il pas quelque chose que les plans supérieurs possédaient ? Était-il comme Faelor, ignorant les conséquences de son ignorance ?
Il se mit à arpenter la pièce, profondément troublé par ce qu’il venait de lire. Privées de la protection du Dragon Éternel et précipitées dans l’exploration, la plupart des légendes de Faelor étaient condamnées à mourir avant même d’avoir pu accomplir quoi que ce soit. Même les Norlandais se préparaient des années, voire des décennies, avant d’entreprendre leur voyage.
Il parcourut la pièce du regard et se mit à examiner les divers objets anciens qu’elle renfermait. Yorik aimait ce cabinet d’étude, qui abritait donc bon nombre d’objets précieux et chargés de sens, ainsi que des tableaux de toutes tailles accrochés aux murs. Une lampe magique projetait son ombre tandis qu’il marchait ; les flammes vacillantes lui donnaient l’air d’un elfe dansant. Rendez-vous sur NovelPing pour lire le chapitre complet.
Tandis qu’il avançait, son ombre passa sur une peinture à l’huile représentant la fameuse Guerre de l’Arc-en-ciel des Lunes, qui avait eu lieu des années plus tôt. Dans un recoin hors de son champ de vision, un général du tableau prit soudain vie et le fixa, sa lame détachant silencieusement un morceau de l’ombre. À cet appel muet, les autres soldats se précipitèrent à leur tour, encerclèrent le minuscule fragment et le découpèrent en centaines de morceaux !
Richard s’immobilisa brusquement et se retourna, mais ne vit qu’un vieux tableau. Ce n’était même pas le plus beau de la collection, et rien ne le distinguait de ce qu’il avait déjà vu. Il fronça les sourcils et inspecta la pièce, sans rien trouver d’anormal ; son ombre avait déjà repris sa forme. Il avait constamment l’impression d’avoir perdu quelque chose, sans parvenir à savoir quoi.
Écartant cette étrangeté, il se remit à marcher. Pourtant, dès qu’il eut tourné le dos, le général bougea de nouveau les yeux et posa son regard sur lui. Richard sentit son cœur manquer un battement et se retourna, mais tout semblait aussi normal que jamais.
Cette fois, il examina attentivement les lieux. Les grands mages ne ressentaient pas des choses sans raison : c’était une réaction aux changements de l’énergie ambiante. Quelque chose avait dû se produire, et il devait découvrir quoi. Tout en marmonnant et en détournant le regard, il fit soudain volte-face.
Les généraux et les soldats du tableau regagnèrent précipitamment leur place, tandis que le portrait d’une dame, dans un coin, détournait vite la tête. Leurs mouvements furent si rapides qu’ils s’achevèrent avant même qu’il ait fini de pivoter, mais Richard se contenta de ricaner, les yeux désormais rayonnants. Le monde sembla grisonner tandis que la pièce se déformait ; en augmentant sa puissance, il put voir à travers tout ce qui l’entourait.
C’était le Champ de Vérité, une capacité améliorée issue de sa bénédiction récemment renforcée. Elle pouvait révéler la plupart des illusions et des sorts de dissimulation, lui montrant le monde tel qu’il était vraiment. Les couleurs dans son champ de vision changèrent sans cesse, jusqu’à ce qu’il repère une grande ombre qui se tortillait le long du mur.
C’était une créature cauchemardesque !