Chapitre 1 059
Les conséquences
Le monde s’éveilla lentement. La terre se mit à trembler avec violence, jusqu’à ce que son grondement devienne le seul bruit au monde. Des ondes de choc se propagèrent depuis le point d’impact, telles de puissantes mains invisibles qui aplatissaient les décombres sur leur passage. Même les soldats du Duché, pourtant éloignés, battirent en retraite, terrifiés, tandis que les soldats impériaux à l’intérieur même du château se dispersaient dans la panique.
Pourtant, les ondes de choc ne parcoururent qu’une centaine de mètres avant qu’une force invisible ne les attire toutes vers elle, les condensant en une énergie déchaînée qui jaillit vers les nuages. Un pilier de lumière s’éleva sur cent mètres, puis disparut entièrement. Non qu’il manquât d’énergie : il avait percé l’espace et s’était évanoui dans le vide.
Même après la dissipation du pilier, tous retinrent leur souffle pendant une minute, dans l’attente de nouvelles destructions. Zendrall fut le seul à rompre le silence ; le mage ne put s’empêcher de demander : « Quel est le nom de ce sort ? »
« Une boule de feu, je suppose… » Richard haussa les épaules. Quels que fussent les ajouts qu’il y avait apportés, au fond, cette chose restait une boule de feu.
Mais le nécromancien s’emporta devant tant de désinvolture. « Comment ça, une boule de feu ? C’est un puissant sort légendaire, il lui faut un nom ! »
« Très bien, très bien. Appelons-le Explosion du Cœur en fusion. Ça te va ? »
Richard avait dit cela pour plaisanter, mais Zendrall se plongea dans une profonde réflexion avant d’acquiescer gravement. « Ce n’est pas un mauvais nom. Voilà un autre sort épique pour le monde. »
« Ha, épique ? On en est… très loin », répondit Richard en secouant la tête. Les portails explosifs de Sharon lui vinrent aussitôt à l’esprit : un seul d’entre eux aurait pu raser le Trône gelé tout entier, alors qu’il n’avait détruit qu’un tiers du palais. Dans l’ensemble, cette boule de feu ne devait avoir qu’un dixième de leur puissance. Le seul problème des bombes à portail de Sharon, c’était qu’elles étaient difficiles à maîtriser, et rien n’indiquait qu’elle puisse leur ajouter des effets de poursuite…
Il dut chasser cette pensée. Une capacité aussi terrifiante, à laquelle même l’impératrice Apeiron ne pouvait échapper complètement, avait-elle vraiment besoin d’être maîtrisée ? Jusqu’à quel point ces portails deviendraient-ils puissants si l’on pouvait les modifier comme des sorts ordinaires ? This chapter was taken from NovelPing without permission.
Richard se désintéressait peu à peu du sujet, mais Zendrall et les autres venus de Faelor ne partageaient pas son avis. Ils avaient déjà vu la puissance de Godfrey, et ce sort la dépassait assurément. Le nécromancien était convaincu qu’il s’agissait bien d’un sort épique, d’un miracle de la magie. Même ceux de Norland reconnaissaient la puissance du sort, bien qu’ils sachent qu’il n’avait pas encore atteint le rang épique. Même les saints de Norland seraient presque certainement tués dans un rayon de trente mètres autour de l’impact, et grièvement mutilés dans un rayon de cent mètres. Aucun soldat de niveau dix ou inférieur ne pourrait survivre dans un rayon de trois cents mètres. Son seul défaut était le temps qu’il fallait pour le lancer : plusieurs minutes.
Mais cela tenait au fait que Richard avait élaboré ce sort de manière méthodique. Il était parti d’une boule de feu élémentaire, à laquelle il avait ajouté couche après couche de modifications jusqu’à la rendre si terrifiante. Si mécontent qu’il fût, cette attaque avait anéanti toute volonté de résistance de l’Empire.
Une file de personnes sortit lentement des ruines, leurs silhouettes déformées par la chaleur qui s’élevait. Au centre marchait un vieil homme vêtu avec faste, dont la tenue indiquait clairement qu’il s’agissait de l’empereur du Triangle de fer. Il paraissait bien trop fragile pour résister à la chaleur, mais une sous-légende non loin de lui déversait sans cesse une énergie glaciale dans les environs afin de lutter contre la température élevée.
L’épuisement manifeste sur le visage de l’homme témoignait de la puissance de ces seules répercussions. La terre alentour s’était changée en verre sous l’effet de la chaleur ; les sous-légendes qui se tenaient autrefois sur les remparts n’étaient plus que cendres, emportées par l’air. Le sol était presque glissant, mais les nuages sombres au-dessus atténuaient heureusement son éclat aveuglant.
L’empereur semblait marcher jusqu’au bout du monde lorsqu’il arriva devant Richard. Il bomba le torse. « Je suis Yorik, le trente-cinquième empereur du Triangle de fer. J’ordonnerai à mes soldats et à mes citoyens de cesser la résistance. J’espère donc que vous empêcherez vos soldats de massacrer les gens du peuple. »
« Il n’y aura plus de morts s’ils déposent les armes », répondit Richard avec détachement.
Le vieil empereur prit un air grave. « Dois-je comprendre que c’est là votre promesse en tant que souverain ? »
Richard fut un instant décontenancé. Il n’avait simplement aucune envie de tuer ceux qui ne résistaient même pas. Mais les paroles de Yorik lui firent prendre conscience de l’importance qu’il avait désormais acquise à Faelor. Avec cette victoire, le Duché cramoisi serait bientôt proclamé empire, ce qui le rendait important aux yeux de tous, partout sur le plan.
Ce ne fut que lorsque Richard acquiesça que l’empereur se détendit. Il s’adressa aux gens derrière lui. L’aide qui veillait à son confort sortit un cor et souffla de toutes ses forces ; son son désolé résonna dans toute la ville. À ce signal, la plupart des soldats impériaux s’arrêtèrent, hébétés ; certains fondirent en larmes, comme si leur âme même leur avait été arrachée. Quelques-uns continuèrent même à se battre et se jetèrent comme des fous sur l’Armée cramoisie, mais on s’en débarrassa rapidement.
Au départ, le Trône gelé n’avait été qu’une minuscule ville, mais ses remparts n’avaient jamais été franchis en mille ans. La cité s’était peu à peu affranchie de son statut d’État vassal pour devenir un duché indépendant, puis un royaume et enfin un empire. Elle avait grandi avec les terres environnantes : ce qui en formait autrefois les limites extérieures n’était plus désormais que l’enceinte du château. Les bâtiments impériaux s’étaient élevés toujours plus haut sur la montagne, tandis que les gens du peuple s’enfonçaient toujours plus bas. On avait creusé la montagne elle-même pour leur permettre de bâtir davantage.
Pourtant, le son désolé du cor annonçant la reddition balaya toute cette fierté. Aucun des soldats impériaux n’aurait imaginé entendre un jour ce son ; à présent, sa plainte funèbre emplissait leurs oreilles.
Richard ne bougea pas, mais son armée continua de tuer ceux qui persistaient à résister. Ceux qui déposaient les armes étaient regroupés dans les espaces dégagés de la ville, sous la surveillance des chevaliers runiques et des lances d’ombre. Les bruits de bataille s’éteignirent peu à peu ; seule une poignée de soldats tenta encore de recourir à la guérilla. Mais les humanoïdes eurent vite fait d’éliminer cette gêne mineure.
Yorik sembla ne pas pouvoir supporter la scène. Il leva la tête et ferma les yeux tandis que des larmes coulaient sur son visage. Il lui fallut un moment pour retrouver son calme et reprendre la conversation. « Votre Grâce… Non, Votre Majesté, je crois qu’il est temps de discuter des conditions de la reddition. Tout d’abord, la lignée impériale… »
À cet instant, l’empereur ne put plus contenir sa peur. À Faelor, la tradition voulait que l’on élimine entièrement la famille d’un souverain vaincu. Leurs lignées étaient généralement puissantes, et les laisser en vie pouvait se retourner contre le vainqueur à l’avenir. Même un conquérant clément faisait tuer les hommes de la lignée et prenait les femmes dans son harem, se donnant ainsi l’occasion de mêler le sang royal au sien.
Richard marmonna un moment, les yeux brillants d’une lueur bleue tandis qu’il examinait l’empereur de la tête aux pieds. « Je veux voir toute la famille impériale. Vous ne survivrez pas tous, mais vous ne mourrez pas tous non plus. Salwyn sera le prochain empereur, et votre empire continuera donc d’exister ; c’est lui qui s’occupera de tout. Je ne serais pas surpris qu’il fasse de vous de petits nobles, avec les mêmes droits que les autres. »
Les yeux de Yorik s’écarquillèrent, et ceux de son entourage s’emplirent eux aussi d’incrédulité. Cette générosité inattendue dépassait ce que même les plus optimistes d’entre eux avaient osé espérer après une défaite aussi écrasante.
Avant qu’ils aient pu répondre, Zendrall s’avança et demanda avec inquiétude : « Est-ce bien raisonnable, mon seigneur ? Et s’ils complotent dans l’ombre ? La tradition veut que tout le monde soit tué. »
« J’ai consacré une décennie entière à Salwyn, tu sais. Je dois bien lui laisser quelques parents », répondit Richard en riant. Mais son expression se glaça aussitôt. « Bien sûr, ils peuvent essayer s’ils le veulent ; ce n’est pas comme si des fourmis pouvaient faire quoi que ce soit. De toute façon, Salwyn devrait savoir comment s’occuper d’eux ; je ne le crois pas capable de laisser en vie d’éventuels rebelles. »
L’empereur frissonna de peur, sachant que Richard ne faisait qu’énoncer la vérité. La famille royale ne lui importait pas ; il la ferait exterminer si elle se rebellait.