Chapitre 1 038
Combat à mort
L’armée impériale avait déjà encerclé toutes les troupes de Richard. Elle chargeait en hurlant, avide de tuer. Les défenseurs n’étaient qu’une petite tache dans une mer noire qui déferlait sans cesse sur eux, laissant derrière elle une traînée de sang.
Un guerrier humanoïde traversa soudain les lignes de bataille et fonça vers l’un des généraux en chef. En quelques secondes, son corps et sa monture furent couverts de blessures. Pourtant, il ne sembla pas ressentir la moindre douleur et poursuivit sa charge de toutes ses forces, avant de ramener son arme vers l’avant et de la plonger dans la poitrine du général. Toutes sortes d’armes lui arrachèrent des lambeaux de chair, mais il ne s’en aperçut même pas, concentré qu’il était sur la rotation de son arme pour élargir la plaie.
Des scènes semblables se déroulaient partout, les deux camps infligeant de lourdes pertes à leurs adversaires. Cette brève explosion de violence épuisa les dernières réserves des combattants, et la bataille se mua en guerre d’usure qui mit à l’épreuve l’entraînement des soldats. La situation faisait ressortir l’avantage du Duché cramoisi en matière d’équipement : celui d’un simple soldat des frontières valait plus de cent pièces d’or, tandis que celui des troupes d’élite impériales ne représentait même pas le tiers de cette somme. Les fantassins devaient frapper de toutes leurs forces pour percer l’armure des gardes-frontières, et même ainsi, leurs blessures restaient superficielles. Il fallait trois ou quatre coups pour abattre un homme, et leurs lames commençaient à se tordre avant d’y parvenir. En revanche, les gardes-frontières pouvaient tuer un soldat d’un seul coup porté à pleine puissance, et leurs armes résistaient bien plus longtemps.
Des flammes bleues submergèrent l’armée impériale, illuminant tous ceux qui se trouvaient dans un rayon de dix mètres avant de disparaître. Elles frappaient chaque fois les points les plus menacés, soulageant grandement les défenseurs. Au milieu de ses troupes, Richard renversa la tête et avala une potion de mana. Il sentit ses réserves, qui s’épuisaient, commencer à se reconstituer. Plus de deux mille soldats avaient déjà péri sous ses sorts, mais ce nombre restait presque insignifiant face aux cinquante mille hommes de l’armée impériale.
À mesure que le temps passait, les attaques de l’armée se firent plus élaborées et exercèrent sur lui une pression considérable. Plus de cinq mille de ses propres soldats avaient déjà péri, et chaque perte renforçait encore l’avantage de Salwyn. S’ils tenaient toujours, c’était uniquement grâce à sa magie : elle se révélait bien plus puissante dans une bataille d’une telle ampleur et, malgré tous les efforts de Salwyn, Richard parvenait toujours à repérer les failles parfaites où s’engouffrer pour éventrer les formations.
Pourtant, les soldats impériaux étaient tout simplement trop nombreux. En théorie, Richard aurait pu venir à bout des cinquante mille hommes, mais il lui aurait fallu près d’une journée de combat, à condition que son armée parvienne à les retenir. En l’état, il ne pouvait que retarder l’anéantissement de ses troupes. Profitant d’une brève accalmie pour laisser la potion faire effet, il saisit le Jumeau du Destin et tira deux traînées bleues vers des points névralgiques, embrasant des dizaines de cavaliers impériaux.
Salwyn faisait preuve d’une maîtrise remarquable du champ de bataille ; le rythme de ses attaques épuisait considérablement les gardes-frontières. Le prince s’était endurci depuis leur dernière rencontre et savait désormais tirer parti de petits avantages tactiques pour frapper avec toujours plus de cruauté.
Et pourtant, l’écart entre leurs deux plans ne pouvait se combler aussi facilement. Richard secoua finalement la tête et cria : « Nasia ! » This story is hosted at nоvelping.com.
Les gardiens célestes ordinaires étaient liés à leurs maîtres par l’âme, mais Richard ne parvenait presque jamais à ressentir ce genre de lien avec le Chevalier sans visage. Incapable de lui transmettre ses ordres par la pensée, il ne pouvait que les crier. Pourtant, dès qu’il prononça son nom, une lueur dorée enveloppa son corps : les effets de la Frénésie guerrière commençaient à se manifester.
« Garde le front ! » hurla-t-il avant de s’élancer. Il ignorait où elle se trouvait, mais elle l’entendait forcément. Cette distraction momentanée lui coûta cher : une flèche grise lui transperça le dos. Il gémit à peine ; une lueur dorée expulsa la hampe et referma sa chair. Il ne s’attarda même pas sur la sous-légende qui l’avait touché et fila en direction de Salwyn.
Plusieurs sorts et flèches acérées atteignirent Richard, mais tous rebondirent sur son armure dorée. Voyant son unique sort de rang 9 ricocher contre la barrière lumineuse, un grand mage s’écria, stupéfait : « UN LÉGENDAIRE ! »
Le mot plongea presque tout le champ de bataille dans le silence, l’espace d’un instant. À Faelor, le terme « légendaire » avait quelque chose de profondément sacré.
Richard ne tenta même pas d’esquiver en se dirigeant vers sa cible. Désormais de rang 10, ses barrières traitaient les attaques des Faeloriens comme de vulgaires plaisanteries. Les imprudents qui osaient lui barrer la route étaient aussitôt réduits en cendres par les flammes bleues.
Boum ! Il atterrit juste à côté du prince. D’un simple geste, il réduisit le cheval de guerre en cendres, et Salwyn, indemne, s’effondra au sol. Richard le saisit par le col et le souleva. « Fais capituler ton armée. »
Salwyn ricana, puis sa voix, amplifiée par la magie, retentit tandis qu’il éclatait de rire : « Exécutez l’ordre final ! »
Tous les généraux tournèrent vers lui des regards indéchiffrables, mais le cœur de Richard se serra lorsqu’il vit la détermination remplacer leur hésitation. L’un d’eux rugit soudain : « TUEZ CES SALAUDS DU DUCHÉ CRAMOISI ! »
« À L’ATTAQUE ! »
« TUEZ-LES TOUS ! »
Des cris divers résonnèrent sur le champ de bataille. Les généraux semblaient être devenus fous : ils dépassèrent les soldats ordinaires et chargèrent eux-mêmes en première ligne. Tandis qu’ils disparaissaient sous des montagnes de cadavres, les yeux des soldats impériaux s’injectèrent de sang à la vue du courage de leurs chefs, et ils se ruèrent à leur tour sur les troupes de Richard. Les gardes-frontières leur répondirent par des hurlements rauques et se regroupèrent pour défendre leurs positions, mais leurs rangs furent bientôt déchiquetés. This chapter is updated first at novelping(.)com.
Le visage de Richard se durcit. Il emporta Salwyn dans les airs et s’éleva à quelques dizaines de mètres, avant de dresser un mur de flammes bleues autour de ses troupes. Sa silhouette se mit alors à apparaître et disparaître ; chaque fois, il surgissait près des mages et des guerriers les plus puissants de l’armée adverse, son épée luisant de force lunaire tandis qu’elle transperçait leurs cœurs. Le ciel fut entièrement débarrassé de ses ennemis : plus de dix saints faeloriens y trouvèrent la mort.
En observant la bataille qui faisait rage en contrebas, il eut soudain l’impression que tout cela n’était qu’un mirage. Le massacre semblait irréel, et pourtant une soif de sang impitoyable jaillit en lui, le poussant à détruire tout être vivant au-dessous de lui. Il se perdit un instant dans ses émotions, jusqu’à ce que la voix de Nasia le ramène à lui : « J’ai fait tout ce que je devais faire. Rester plus longtemps serait dangereux. Je m’en vais pour l’instant, tu peux poursuivre la bataille. »
Richard savait qu’elle était partie depuis longtemps lorsque ces mots lui parvinrent. Même sous l’effet de la Frénésie guerrière, il n’avait aucun moyen de savoir où elle avait disparu. Il tourna plutôt les yeux vers le prince qu’il tenait entre ses mains et le secoua violemment. « Tu ne vas pas capituler ? »
Mais Salwyn se contenta de fermer les yeux. Richard détourna le regard et sa silhouette se remit à vaciller. Clair de Lune scintilla par intermittence tandis qu’il se mettait à exécuter les généraux qui dirigeaient l’armée impériale. Puis il fit pleuvoir des flammes bleues translucides ; elles étaient loin d’être aussi puissantes que ses premières boules de feu, mais couvraient tout de même une zone de cinq mètres et blessaient leurs cibles au point de les mettre hors de combat.
« EN AVANT ! NE VOUS OCCUPEZ PAS DE LUI ! » Les cris ne cessaient pas. Les généraux survivants donnaient l’exemple en franchissant le cercle de feu à la tête de leurs troupes.
À ce stade, Richard ne voyait lui-même plus guère de solutions. Il avait déjà mobilisé tous ses drones au maximum, les envoyant en première ligne pour livrer les combats les plus dangereux, mais beaucoup avaient péri. Ses soldats encore en vie subissaient eux aussi des pertes, et des hommes mouraient à chaque seconde.
Sans plus se soucier de son mana, il fit soudain jaillir un immense volume de flammes bleues pour renforcer les murs de feu, les rendant cette fois infranchissables. Mais les soldats impériaux semblaient avoir perdu toute raison : ceux qui se trouvaient en tête chargèrent tout de même, sacrifiant leur vie pour user les flammes. Leurs compagnons ne se souciaient même pas de marcher sur leurs cadavres et poursuivaient leur progression.