Chapitre 1 037
Ennemi
Les seules paroles méprisantes envers les boules de feu de Richard vinrent de son propre camp. Nasia commenta d’un ton nonchalant : « Ce n’est pas mal, mais pourquoi déployer autant de puissance contre des péquenauds sans augmenter la zone d’effet ? C’est vraiment mauvais ! »
Il ne répondit pas à cette critique et forma trois nouvelles boules de feu dans ses paumes. Elles semblaient ordinaires au premier abord, mais l’affinité élémentaire de Richard les teinta de rouge, tandis que son nom véritable transforma leur cœur en lave à demi figée. Enfin, la puissance de la lune bleue rendit ces cœurs bleus et les rapetissa. Les boules de feu se mirent à tournoyer avant de fuser, leur vitesse prodigieuse témoignant de leur portée accrue. Des flammes dansèrent à leur surface, une protection contre les autres sorts que les Faeloriens ne pouvaient comprendre.
Au premier abord, ces trois boules de feu semblaient identiques aux deux premières, mais, en atterrissant selon une formation triangulaire, elles firent se chevaucher les bords extérieurs de leurs zones d’effet et formèrent un anneau pâle de cinquante mètres de large. Tous les soldats pris dans son rayon s’embrasèrent aussitôt, mais les plus robustes, à la périphérie, parvinrent à survivre. Même ainsi, leurs blessures leur seraient probablement fatales avec le temps ; au bout du compte, ce deuxième anneau causa à lui seul plus de dégâts que les trois premiers.
« CHARGEZ ! » hurlèrent les commandants, hystériques. Les soldats foncèrent sans se soucier du danger, tandis que la cavalerie légère, aux deux extrémités, accélérait pour couper toute retraite. Une fois les cent prochains mètres franchis, ils auraient dépassé la route de la mort.
Salwyn observait la scène avec calme ; une fois son armée parvenue à encercler les défenseurs, Richard pourrait s’échapper, mais ses troupes seraient anéanties. Les éclaireurs avaient signalé que personne ne se trouvait à moins de trente kilomètres en mesure de leur tenir tête : cette guerre était déjà gagnée. Son visage tressaillait à l’idée de devoir considérer comme une victoire quelque chose d’aussi déséquilibré, mais il réprima sa honte.
L’armée impériale avançait telle une marée noire qui enveloppait peu à peu les troupes de Richard. Celui-ci lança cinq autres boules de feu droit sur l’infanterie qui chargeait de front. Aussi intrépide fût-elle, une armée comptait toujours des soldats qui tentaient instinctivement d’échapper à la mort. Les esquives et les roulades de dernière seconde ralentirent ceux qui se trouvaient derrière eux.
De nouvelles explosions bleues ébranlèrent la terre, creusant cinq autres cercles et ouvrant un chemin de trois cents mètres dans les rangs qui chargeaient. Les boules de feu elles-mêmes n’en avaient provoqué qu’un dixième, mais les soldats terrifiés s’étaient instinctivement dispersés. Cette brèche menait droit à Salwyn, qui se trouvait au cœur des troupes !
La stupeur traversa le visage de Salwyn, mais avant même qu’il pût ordonner de combler la brèche, il vit Richard s’élever dans les airs à l’autre bout. Ils étaient encore séparés par un demi-kilomètre, mais cette distance sembla s’évanouir lorsque le Duc cramoisi accéléra. L’air siffla tandis qu’il fonçait droit devant lui.
Les mages impériaux s’élevèrent dans les airs pour tenter de barrer la route à Richard, mais un geste de sa main gauche les enveloppa de ténèbres. Ils sentirent soudain leurs membres s’alourdir et leur corps s’engourdir ; le flux de mana ralentit, et ils plongèrent droit vers le sol. Même de simples malédictions de ralentissement devenaient terrifiantes entre ses mains.
Un seul homme ne s’écrasa pas au sol : un grand mage de niveau dix-huit. Mais un geste de la main droite de Richard fit déferler trois boules de feu vers lui. Bien plus rapides que d’habitude, elles ne mirent qu’un instant à surgir devant le mage. La première frappe pulvérisa sa barrière, la deuxième détruisit tous ses objets défensifs et lui carbonisa le corps. Quand la troisième passa, deux jambes séparées tombèrent du ciel, leurs plaies béantes cautérisées. Son torse avait disparu.
Richard fila comme le vent, poursuivant Salwyn. Le ciel retentit de nombreux sifflements aigus tandis que des dizaines de flèches acérées fusaient comme l’éclair ; elles étaient manifestement l’œuvre d’un puissant guerrier. Richard laissa tomber sans broncher autant de boules de feu grosses comme le doigt, qui les détruisirent en plein vol, terrifiant les témoins.
À cet instant, un guerrier qui courait en tous sens comme un poulet sans tête bondit soudain dans les airs et se dirigea en silence vers le dos de Richard. Son aura impressionnante révélait qu’il était de rang sous-légendaire. Un autre homme le rejoignit bientôt, sautant hors des rangs. Une lueur de jubilation passa dans les yeux de Salwyn : son piège avait fonctionné !
Pourtant, son expression se figea aussi vite qu’elle était apparue. Une corde jaillit d’un endroit invisible au sol, s’enroula autour du second aspirant à l’assassinat et le piégea dans les airs. L’homme poussa un cri de surprise et se retourna : la corde était réglementaire, et son autre extrémité attachée à la taille d’un groupe de soldats. Malgré sa puissance, il ne pouvait pas voler en s’appuyant sur sa seule énergie et lutter contre huit fantassins lourdement équipés.
L’homme, dépité, décocha un coup de pied ; son énergie se concentra sur ses orteils pour former une lame qui le libéra. Mais ce délai avait brisé leur attaque coordonnée. Il balaya le champ de bataille du regard sans parvenir à trouver le responsable.
Le premier assassin avait déjà réussi à se glisser derrière Richard et abattait vivement ses deux dagues. Mais un éclat émeraude illumina le ciel lorsque les lames rencontrèrent une épée que Richard semblait avoir tirée de nulle part. En le forçant à se battre de front, Richard fit tournoyer l’épée longue comme si elle ne pesait rien et repoussa les deux dagues en moins de dix échanges. Un coup horizontal de Clair de Lune trancha la tête de l’assassin. Lisez ce roman sur nоvelping.com pour une expérience optimale.
L’autre guerrier de rang sous-légendaire venait d’arriver, désormais assez près pour frapper. Mais son compagnon avait déjà péri sous les coups de Richard, et il comprit aussitôt qu’il subirait le même sort s’il persistait. Tout courage l’ayant abandonné, il prit la fuite.
Richard ne s’en préoccupa même pas et poursuivit sa course vers Salwyn. Le prince comprit enfin le danger et se mit à fuir ; cela sema la confusion dans les rangs, mais les généraux chevronnés rétablirent l’ordre. Celui qui se trouvait en tête entraîna ses hommes pour poursuivre l’assaut contre les soldats de Richard.
Des centaines de flèches s’élancèrent dans le ciel, talonnant Richard. Son corps continuait de luire tandis que toutes sortes de sorts tentaient de l’atteindre, mais ses barrières les bloquaient. Les archers et les mages de l’armée firent preuve d’une coordination alarmante, s’efforçant de lui couper toute retraite ; même s’il semblait entouré d’un nombre infini de couches protectrices, ils maintinrent leur assaut sans relâche.
À la fin, quelque chose devait céder. À tout juste cent mètres de Salwyn, une aura sombre enveloppa Richard et son corps s’affaissa aussitôt. Il tenta de résister aux douzaines d’autres malédictions, mais finit lui aussi par être touché par un sort de ralentissement. Son expression changea ; il recula aussitôt et regarda les flèches qui se rapprochaient. Une grêle de boules de feu en détruisit la moitié, mais les tambours de guerre résonnèrent au loin tandis que les archers continuaient à en décocher.
Secouant la tête à contrecœur, il renonça à la poursuite et décida de rejoindre ses troupes. Une corde traversa aussitôt le champ de bataille, s’enroula autour de sa taille et le tira vers l’armée. Ce brusque mouvement faillit lui faire perdre la tête, mais il remarqua vite que Nasia tenait l’autre bout.
Des soldats impériaux entouraient Nasia, mais elle semblait ne pas les voir, comme s’il s’agissait de soldats de son propre camp. Après avoir renvoyé Richard vers les siens, elle se retourna et se retrouva face à un guerrier de rang sous-légendaire du Triangle de fer, qui brandissait son épée longue. « Qui diable êtes-vous ? »
« Ta mort », répondit froidement la femme présentée comme le Chevalier sans visage. Elle arracha deux épées à un soldat près d’elle et se rua sur lui. Les lames sifflèrent trois fois en tout : le premier coup écarta l’épée de son adversaire, le deuxième et le troisième visèrent le cœur et la tête. L’homme s’écroula sur-le-champ, faisant passer le meurtre de l’assassin par Richard pour un travail bâclé.
« Ils osent vraiment jouer à l’épée devant moi », ricana-t-elle en jetant les deux lames au sol. Puis elle se retourna et disparut dans la foule des soldats impériaux.