Chapitre 1 024
La veille de l’exécution
Un an s’était écoulé depuis que Zendrall avait mené une importante troupe de morts-vivants aux côtés de l’armée régulière pour détruire le deuxième sanctuaire du Dieu de la Guerre des Hautes Terres. Mais, au cours de l’opération, un demi-dieu lui avait tendu une embuscade. Une quantité phénoménale d’énergie divine s’était infiltrée dans son organisme, le faisant perdre deux niveaux d’un coup. Il avait eu de la chance que sa pratique de la magie norlandaise l’eût quelque peu transformé ; autrement, il aurait bien pu perdre toute sa mana. Si cela s’était produit, il aurait été contraint de devenir entièrement une liche et de confier sa phylactère à Richard pour qu’il la garde en lieu sûr.
Zendrall était devenu un grand mage quelques années plus tôt, mais, depuis cette blessure, il s’était appuyé sur de longues campagnes pour retrouver peu à peu l’énergie de mort qu’il avait perdue. Pourtant, il n’avait regagné qu’un seul niveau depuis tout ce temps et s’était heurté à un nouvel obstacle pour atteindre le niveau 18, qui n’existait pas auparavant. Grâce à Perspicacité, Richard remarqua que l’énergie divine qui déchirait le nécromancien de l’intérieur restait considérable ; il ne s’était pas remis du tout.
Cela ne semblait toutefois pas inquiéter l’intéressé, qui déclara calmement : « Il me faut seulement du temps, mon seigneur ; vous n’avez pas à vous en faire. Alors, où se trouve le prisonnier dont je dois m’occuper, et pour quand en avez-vous besoin ? »
Richard réfléchit un instant. Link était un grand mage de niveau 16 et, vu l’état de Zendrall, emprisonner son âme lui coûterait extrêmement cher, sans même garantir la réussite. L’énergie divine du Dieu de la Guerre des Hautes Terres pourrait aussi profiter de sa faiblesse pour lancer une attaque prolongée, aux conséquences dévastatrices. Après avoir pesé tous ces éléments, il secoua fermement la tête. « Inutile pour l’instant. Quoi qu’il en soit, voyons qui osera m’empêcher de tuer ce salaud. Je rentrerai à Norland demain. Reposez-vous. »
……
Quand Richard rentra à Faust, la nouvelle que Link Myron avait été condamné à mort par Richard pour avoir tenté d’agresser Rosie Archeron s’était déjà répandue. Dans l’agitation qui régnait déjà au sein de la Cité des Miracles, les petits nobles qui ne possédaient pas leur propre île avaient fait grand cas de l’affaire. Beaucoup haïssaient encore Richard d’avoir tué leurs saints peu auparavant, et voilà qu’il lançait une nouvelle querelle.
Les Myron étaient une famille ducale dont le développement s’était accéléré ces dernières années. Beaucoup pensaient qu’ils se hisseraient parmi les quatorze grandes familles d’ici dix ans, ce qui en disait long sur leur puissance. Link n’avait pas été envoyé étudier dans l’atelier de Rosie pour des raisons d’argent ; ancien élève de Lunor, il était une branche d’olivier tendue à la famille Archeron afin de voir si une alliance était envisageable. À l’époque déjà, les rumeurs allaient bon train sur les altercations entre lui et les disciples directs du maître des runes Lunor.
Depuis qu’il était devenu un véritable maître des runes, Link était passé du statut de jeune talentueux à celui d’héritier central de sa famille. Le duc actuel était son oncle et ne resterait pas les bras croisés tandis que s’éteignait l’espoir de la jeune génération. Tout le monde avait hâte de voir ce qui se produirait le jour de la sentence.
Les Archeron avaient déjà réservé le terrain d’exécution de Faust ; la sentence devait être appliquée le lendemain. Quand Richard rejoignit son bureau, le vieux majordome frappa puis entra pour lui annoncer une nouvelle. « Le duc Myron a envoyé un émissaire peu avant votre retour, mon seigneur. Il a fait une déclaration publique : Link devait être jugé par un tribunal placé sous la supervision de l’assemblée, et les Archeron ne pouvaient pas décider seuls de sa culpabilité. »
« Où est l’émissaire ? » demanda Richard.
« Il… est déjà reparti, mon seigneur. Pardonnez-moi. » Lisez les derniers chapitres sur novelping.com.
« Ah… » Richard tapota l’épaule du vieil homme. « Ce n’est pas votre faute ; vous n’auriez pas dû le retenir sans ma présence. Mais il n’est pas encore trop tard. Faites courir la nouvelle de mon retour ; Myron se précipitera ici dès qu’il l’apprendra. »
Les Archeron étaient au centre de toutes les conversations dans la ville ; toute nouvelle les concernant se répandait donc rapidement. Moins de deux heures plus tard, l’émissaire était de retour sur l’île, apportant avec arrogance le même message. Cette fois, cependant, quelques chevaliers runiques surgirent des ténèbres et tuèrent tous ses gardes. Ils lui brisèrent les deux jambes, puis le jetèrent droit à travers le portail. Ses hurlements de douleur atroce résonnèrent dans le hall commun, gifle adressée au duc Myron.
Peu après, le duc furieux s’équipa pour la bataille et conduisit des centaines de guerriers lourdement armés vers le portail des Archeron. Chacun de ces soldats était au moins de niveau 12 et, à en juger par leur allure, il ne s’agissait pas d’une simple menace. Ils avançaient comme un seul homme, une terrifiante soif de meurtre émanant d’eux ; c’était une troupe qui avait massacré des milliers et des milliers d’ennemis.
Le visage de Myron était froid comme la glace tandis qu’il avançait à grands pas vers le temple de Téléportation. Une fois à l’intérieur, il pointa son épée lourde vers le sol. Son regard était désormais aussi tranchant qu’une lame ; sa barbe à moitié blanche était couverte de givre tandis qu’il faisait signe à ses soldats de s’engager dans l’alcôve menant à l’île Archeron.
Mais le portail s’illumina soudain et une silhouette gigantesque le franchit. Sa seule aura terrifia la moitié des personnes présentes dans le sanctuaire, et un grand nombre d’entre elles s’effondrèrent. « Un seigneur ogre ! » hurla quelqu’un.
Les yeux du duc tressaillirent tandis qu’il fixait Tiramisu. Il avait entendu depuis longtemps que Richard Archeron était suivi par un terrifiant seigneur ogre, et, en le voyant de ses propres yeux, il ne put que reconnaître que cette description était parfaitement juste. Le poids du marteau et de l’armure suffisait à laisser n’importe qui bouche bée ; quant à l’aura de l’ogre, elle était aussi effrayante que celle d’un dragon.
Moyenne Saignante ricana, son œil unique braqué sur les soldats. « Ces vermisseaux sont venus mourir ? J’ai déjà vu leur blason ! »
« Pas encore ! » le réprimanda Tiramisu. « Attends que le Maître arrive, sinon il sera mécontent. »
Moyenne Saignante grogna. « C’est tellement agaçant d’attendre le Boss ! »
Sur ces mots, le seigneur ogre fit tournoyer Tenton. L’air se fendit dans un sifflement, et tous ceux qui approchaient du royaume des saints ou l’avaient atteint frissonnèrent de peur. Le sifflement était si aigu que les gens ordinaires ne pouvaient même pas l’entendre, mais la menace n’en était pas moins évidente. Myron lui-même pâlit, comprenant aussitôt qu’il n’était pas de taille. Il pourrait peut-être tuer l’ogre en engageant toutes ses troupes, mais cela lui coûterait tout de même très cher.
Le portail continua pourtant de luire tandis qu’une file de chevaliers runiques en sortait pour se déployer en formation serrée juste derrière l’ogre. Tandis que les badauds les observaient avec intérêt, le visage du duc devenait toujours plus blême.
Le nombre de chevaliers runiques qui venaient de franchir le portail approchait celui des soldats lourdement armés qu’il avait amenés. En comparaison, même la troupe disciplinée et féroce qu’il commandait faisait pâle figure. Sans une nette supériorité numérique, aucune armée d’élite ne pouvait rivaliser avec des chevaliers runiques. À eux seuls, ces quelque 200 chevaliers runiques pouvaient réduire Myron et ses troupes en poussière !
Pourtant, l’expression du duc changea soudain et il se mit à rire. « Les Archeron ne manquent vraiment pas d’intérêt : ils rassemblent tant de leurs chevaliers runiques à Faust ! »
« Je n’ai peut-être pas beaucoup d’autres talents, mais je sais tirer parti de ma supériorité numérique pour obtenir ce que je veux », résonna une voix claire.
Myron plissa les yeux. « Seigneur Richard ! »
« Duc », répondit Richard avec un sourire, à dix mètres de là.
« Les chevaliers runiques ne font pas tout », ricana Myron.
« Mon expérience me prouve le contraire. Quand ils sont assez nombreux, j’ai constaté qu’ils font tout », lança Richard avec un sourire éblouissant.
« Hé, pourtant, j’entends dire que votre famille n’a toujours aucune légende. »
C’est alors qu’une haute silhouette entra dans le temple de Téléportation. « Seigneur Richard ! Cela fait quelques jours que je ne vous ai pas vu ! »