Chapitre 100
Complot
Richard et Warren sortirent ensemble du Temple de Téléportation et suivirent le boulevard ombragé en direction de l’église, au sommet de la montagne. Le trajet faisait plusieurs kilomètres, mais les paysages qui le jalonnaient étaient assez beaux pour le faire paraître plus court.
Richard était venu seul, tandis que Warren était accompagné de quatre gardes, chacun arborant sur la poitrine le blason frappant des Archeron. La circulation était dense : chevaliers runiques en armures somptueuses, carrosses fastueux et foule de piétons encombraient les rues. L’Église du Dragon éternel, si sacrée aux yeux de Faust, comptait de nombreux fidèles. L’impossibilité de la reconstruire n’avait fait que renforcer sa place dans leur cœur. Une fois à moins d’un kilomètre de l’église, même l’empereur de l’Alliance, Philippe le Sanguinaire, descendait de son carrosse et poursuivait le chemin à pied, afin de témoigner de sa dévotion au Dragon éternel.
Richard bavarda avec Warren pendant qu’ils avançaient vers l’église. Le jeune garçon, qui avait passé davantage de temps en ville, en savait bien plus que Richard à son sujet ; ils auraient de quoi s’occuper tout au long du trajet en évoquant les secrets des quatorze familles et de la maison impériale.
Au détour d’une rue, alors qu’ils s’engageaient sur la route menant à l’église, un groupe surgit devant eux. Il s’agissait de quelques jeunes aristocrates qui ricanaient, accompagnés de cinq ou six gardes. Celui qui se détachait du lot semblait protégé et escorté par les autres. Sa tenue raffinée et luxueuse affichait son statut et ses puissantes relations. Surtout, le blason aux trois épées longues qu’il portait sur la poitrine indiquait qu’il était un descendant de sang de la Famille Joseph.
Richard ignorait à peu près tout des rancœurs opposant les Archeron aux Joseph. Warren, en revanche, n’avait pas l’air de bonne humeur. Il ricana et fit quelques grands pas pour barrer le chemin à ceux qui leur faisaient face.
Les adolescents furent d’abord surpris par cette intervention soudaine, puis agacés. La provocation était manifeste : les gardes d’en face retroussèrent leurs manches et s’avancèrent, prêts à en venir aux mains.
Les gardes de Warren étaient moins nombreux et moins forts, mais ne montrèrent aucun signe de peur. Ne pas avoir peur ne signifiait pas pour autant manquer de jugeote : l’un d’eux était déjà parti prévenir le château. À présent, le conflit serait difficile à désamorcer.
« On dirait que tu as la belle vie, Faulk, cracha Warren entre ses dents.
Le jeune homme ainsi apostrophé éclata de rire. Il remarqua que Warren lui avait adressé la parole, puis répondit avec emphase : « Tiens ! Mais n’est-ce pas le petit maître Warren des Archeron ? Ma foi, je mène très bien ma vie, grâce à Thor. J’ai gagné une belle somme au casino et j’ai même remporté ce qui serait l’héritage familial d’une ancienne tribu elfique ! J’ai aussi appris une nouvelle stupéfiante, aujourd’hui. Ça vous intéresse ?
Les adolescents autour de Faulk se mirent à parler tous en même temps, comme s’ils attendaient avec impatience un oracle des dieux. Warren affichait une mine épouvantable : c’était lui qui avait perdu cet héritage. Quant à la nouvelle stupéfiante de Faulk, il n’avait aucune idée de ce que l’autre racontait, mais était certain que ce ne serait rien de bon.
Richard, derrière Warren, observait Faulk et sa bande en plissant les yeux. Une multitude de chiffres s’agitaient devant lui avant de se stabiliser, révélant plusieurs données cruciales. Les variations de leurs mouvements lui permettaient d’estimer la puissance de ses adversaires, à peu près comme il évaluait la réserve de mana d’un mage à partir de son aura.
Faulk semblait être un combattant au corps à corps de niveau dix à douze, et ses gardes étaient tous entre les niveaux huit et dix. Quant aux adolescents qui gravitaient autour de lui, ils étaient soit peu puissants, soit faibles ; le plus fort d’entre eux atteignait à peine le niveau de Warren.
Richard tapota rapidement l’épaule de Warren et dit : « Allons-y, nous devons encore rejoindre l’église.
S’ils passaient à l’action dans cette situation, ils finiraient tous deux roués de coups. Même avec ses techniques des enfers, Richard ne pourrait pas tenir tête à six gardes redoutables et à Faulk ; il n’était pas un guerrier, après tout. Il lui faudrait sans doute la bénédiction du Dragon éternel pour affronter un groupe aussi nombreux de combattants au corps à corps. À une distance aussi courte, il n’aurait pas la place de lancer un sort, même s’il avait eu de quoi le faire instantanément — ce qui n’était pas le cas.
En outre, c’était Warren qui avait provoqué l’incident. Selon les usages aristocratiques, cette bagarre serait vaine et risquait même de faire d’eux la risée de la ville. Richard n’aimait pas se faire tabasser sans raison ; de plus, il n’était pas si proche de Warren. Sans leur sang commun, ils auraient à peine été de simples connaissances.
Warren se retourna et cria à Richard : « Qu’est-ce que tu en sais ? Ce type est de la Famille Joseph ! C’est le troisième fils du duc Joseph, et le plus insupportable de tous !
Richard, peu ravi de se faire hurler dessus, retira sa main de l’épaule de Warren et recula d’un pas. Il ne s’était jamais intéressé aux querelles et aux rancunes de la famille, et il était évident que Warren cherchait à provoquer une scène. Le ton de Faulk laissait entendre que l’incident entre lui et Warren avait peu de rapport avec l’hostilité entre leurs familles : il s’agissait plutôt d’une querelle puérile entre jeunes gens.
Et Richard n’aimait pas qu’on se serve de lui, même si c’était un membre de sa propre famille.
Faulk prit alors la parole : « J’ai appris qu’après avoir perdu contre moi, quelqu’un était allé s’amuser au Jardin des Délices. Devine ce que cette traînée de Nancy m’a raconté ensuite ? Elle m’a dit qu’un certain individu ne tenait pas plus de cinq minutes ! Et qu’il en avait une plus petite que les elfes terrestres, ha ! Ce chapitre a été copié sur novelping.com sans autorisation.
Les adolescents autour de Faulk éclatèrent de rire. À leurs yeux, la chambre à coucher était un champ de bataille parfois plus important que les guerres planaires. Le visage de Warren s’empourpra de honte et il cria d’une voix étranglée : « Faulk ! De qui tu parles ?
Le regard de Faulk se glaça. « Je parle de ce fils de pute. Un problème ?
Warren poussa un hurlement de rage et se rua sur Faulk, lui décochant un coup de poing au visage. Ses réflexes d’archer le rendaient rapide ; Richard n’eut même pas le temps de réagir.
Pan ! Un bruit sourd résonna contre la pommette de Faulk, et le haut de son corps bascula sous l’impact. Il n’avait pas esquivé : il était resté sur place, laissant Warren lui fracasser le visage. Guerrier de niveau dix, il bougea à peine. Malgré tout, même si la force n’était pas le point fort de Warren, son coup suffit à faire enfler le visage de Faulk et à lui coller un hématome violacé autour de l’œil.
Faulk grimaça en regardant Warren, puis sourit d’un air sinistre. « Espèce de bâtard ! J’attendais que tu fasses ça !
Richard sentit le danger et fut saisi de crainte. Le regard de Faulk était meurtrier ! Mais il était déjà trop tard pour préparer un sort. Il plongea vite la main dans sa poche, sans y trouver la moindre dague. Gaton avait depuis longtemps jeté dans le volcan celle que Naya lui avait donnée pour se défendre.
La scène qu’il redoutait finit par se produire. Faulk pointa un doigt accusateur vers Warren et lança : « Tuez-moi ces enfoirés d’Archeron !
Les six gardes de la Famille Joseph se ruèrent sur eux et les encerclèrent. Les quelques adolescents qui suivaient Faulk se joignirent eux aussi à la mêlée. Ils étaient médiocres individuellement, mais leur supériorité numérique leur donnait un avantage considérable dans ce genre de rixe.
Faulk, lui, resta un instant à sa place, puis tendit les bras et s’avança.