Chapitre 13
"Détachez-moi ! Mais détachez-moi, bon sang !"
Nayora se débattait de toutes ses forces, mais les cordes fermement serrées autour de son corps l'empêchaient de faire le moindre mouvement.
Il fut pourtant si près du but ! Mais ces lâches de Disciples du Loup l'encerclèrent comme un filet de pêche, rendant impossible toute fuite.
Ces vauriens...
Les Disciples du Loup, nom donné aux fervents guerriers de Yalos, dédiaient leur vie à l'entraînement physique pour protéger la cité.
Ceux qui intégraient ce groupe ne pouvaient faire machine arrière ; il s'agissait d'un engagement irrévocable.
La fierté manifestée par ses parents l'avait convaincu de rejoindre ce collectif. Cela aurait pu bien se passer, lui qui aimait s'entraîner dur et apprenait déjà le maniement de l'épée.
Mais... mais ce monstre de Yalos avait tout gâché ! Comment une chose pareille avait-elle pu atteindre le rang de maître respecté de tous ? Bien qu'il conservât généralement sa forme humaine, Nayora était persuadé qu'il s'agissait d'un véritable démon, attendant le bon moment pour réduire la cité en cendres.
Je le démasquerai... le monde m'acclamera !
Bien trop absorbé par ses désirs de vengeance, il ne remarqua pas l'objet qui volait droit vers son visage à la vitesse d'une étoile filante.
Qu'est-ce que... aïe !
La plupart des Disciples du Loup reprirent leurs activités après l'avoir attrapé. Mais la mesquinerie humaine devenait la norme une fois regroupé autour d'un bouc émissaire. Ainsi, une petite bande non négligeable s'amusait à lui lancer des cailloux et à se moquer de lui. Cette humiliation le rendait malade, mais il ne pouvait rien faire pour l'instant. Entravé par de solides liens à un poteau à côté du dojo, seule sa haine viscérale lui tenait compagnie.
Sa situation actuelle pouvait être considérée comme une mise en garde pour les fous qui tenteraient de faire la même chose.
Je... je me vengerai !
Après de longues heures passées dans cette situation inconfortable, une silhouette imposante, bien plus grande que celles des personnes présentes, apparut subitement. On aurait dit qu'elle appartenait à un véritable titan.
Et c'était le cas.
Le colosse dispersa la foule avec une aisance déconcertante. À mesure qu'il se rapprochait, Nayora le reconnut sans peine.
Ce monstre.
Un homme... si l'on pouvait appeler cela ainsi, s'approchait de lui, le regard sévère. Son visage, bien qu'humain, laissait transparaître une bestialité à peine refoulée.
Ses cheveux en bataille et ses épais sourcils arboraient une teinte écarlate, ne laissant aucun doute sur son origine.
Il s'agissait du terrifiant loup sorti du dojo il y a peu : Yalos, la Bête Pourpre.
À ses côtés, deux personnes attiraient bien moins l'attention, gravitant autour de lui comme de petits satellites.
L'un paraissait avoir à peu près le même âge que Nayora. Son visage, bien moins marqué par la vie lui inspira du mépris.
Encore un de ces imbéciles bourgeois qui viennent s'amuser à regarder des gens se battre...
Comme s'il avait entendu ses pensées, le second inconnu se mit à le fixer longuement de ses yeux étranges et déconcertants.
Sa présence, loin d'être oppressante comme pouvait l'être celle de Yalos, n'en restait pas moins lumineuse... littéralement.
On aurait presque dit un morceau du ciel descendu dans la cité.
De qui s'agit-il ? Un autre Relié dont je ne connaissais pas l'existence ?
Sans avoir le temps de terminer sa pensée, le saisissant visiteur prit la parole.
"Tu vois ce type, Asteyle ? C'est un inconscient qui pensait pouvoir s'échapper d'ici aussi facilement. L'entraînement est vraiment rude et, si tu ne veux pas finir comme lui plus tard, réfléchis bien à ton choix."
Nayora le dévisagea alors, brûlant d'une colère facilement lisible sur son visage crispé.
Moi... un inconscient ? Se sont-ils regardés dans un miroir ?
"Je sais qu'il ne s'agit pas d'une décision que l'on peut prendre à la légère. Mais, sans vouloir intégrer complètement les Disciples du Loup, cette épreuve ne peut pas me faire de mal. De plus, celle-ci n'est rien comparée à la Bibliothèque Infinie. Je devrais m'en sortir, pas vrai ?"
Lorsque le noble — visiblement un certain Asteyle — s'exprima, Nayora ne put contenir sa fureur.
"Pour qui tu te prends, imbécile choyé depuis la naissance ! Tu penses que la Bibliothèque Infinie t'a rendu insensible et indestructible face à toutes les épreuves, c'est ça ? N'oublie pas que la majorité des gens l'ont également traversée et ne s'en vantent pas... L'adversité ne s'apprend pas entouré de bouquins, mais uniquement dans le monde réel !"
Encore essoufflé par son explosion de colère, il reprit :
"De plus, tu prétends pouvoir t'en sortir... mais détrompe-toi ! Là où la Bibliothèque Infinie provoquait une souffrance mentale, celle-ci est purement physique ! Un gringalet comme toi, ignorant la couleur de son sang et la sueur sur son front, ne peut prétendre y parvenir aisément !"
Face à ces arguments avancés de manière si brutale, Asteyle resta sans voix. Il tourna alors maladroitement la tête vers son frère, cherchant visiblement de l'aide pour rétorquer.
En constatant l'absence de réaction de sa part, il trouva finalement les mots justes et contre-attaqua sèchement.
"Tu penses avoir une meilleure résistance physique que moi et un corps plus robuste, soit, je te l'accorde. Mais en ce qui concerne le mental, je te surpasse de loin ! Lorsque tu t'es enfui en criant comme une mauviette pour échapper à ce monstre, je serais resté et j'aurais continué à m'entraîner, même avec moins de force brute que toi !"
Le visage de Nayora se figea légèrement ; on aurait presque dit qu'une légère forme de honte s'installait dans son regard.
Asteyle remarqua parfaitement ce changement subtil et décida d'enfoncer le clou encore un peu.
"Je n'ai certes jamais vu mon sang, mais j'ai le courage d'accepter que cela m'arrive à n'importe quel moment... Je suis là pour ça, après tout !"
Une idée lui vint alors. Imitant un orateur au centre de l'agora, il leva le menton et haussa la voix.
"Je te propose un marché ! Si tu ne cherches plus à t'enfuir et que tu m'aides à devenir plus fort physiquement, alors je t'apprendrai à surmonter cette peur qui te ronge ; ton mental s'endurcira comme le sol sur lequel je me tiens !"
Son long discours une fois terminé, on pouvait lire de la fierté sur le visage de son frère, Éralde. Nayora, quant à lui, essayait de digérer ce qu'il venait d'entendre, ravalant sa propre fierté.
Son esprit bouillonnait encore d'une intense furie. Mais, accroché à ce poteau comme un minable, que lui restait-il ?
Il lui restait une part de raison et un objectif insensé.
La vengeance, pour l'affront que la Bête Pourpre lui avait fait subir.
Tss... ça me fait chier d'admettre qu'il n'a pas complètement tort. Si je refuse, je finirai dans la même situation actuelle, encore et encore...
Un moment de silence pesant s'installa. La tension, visible entre les deux jeunes hommes, ne faiblissait pas. Ils se toisaient d'un regard défiant.
Nayora prit sa décision,
"C'est d'accord, j'accepte ton marché."