Chapitre 11
Un Relié ?
Ce mot résonna longtemps en Asteyle, toujours tiré par son frère sous l'arche de pierre.
Il n'en connaissait pas la signification, du moins, en tant que nom pour désigner quelqu'un.
Je le découvrirai sûrement bientôt...
Éralde et Asteyle passèrent à la hâte la vaste zone plane. Étrangement, personne ne leur prêta d'attention particulière. Les athlètes, envahis d'une concentration digne des plus vénérables moines, étaient happés par leurs exercices.
Certains s'affrontaient, aussi bien en maniant des armes en bois qu'en utilisant leur propre corps comme moyen d'attaque.
D'autres encore s'essayaient à des figures et des positions impossibles à réaliser, du moins, selon toute forme de logique. Visiblement, elle ne jouissait d'aucune souveraineté en ces lieux.
On peut tenir sur nos deux mains !? Sur une main !
Ce condensé de talents et d'arts martiaux permit à Asteyle d'entrevoir les capacités physiques réelles du corps humain. Celles-ci s'éloignaient grandement des attentes préfabriquées par son esprit avec ses maigres entraînements à la maison.
Des mouvements souples, une coordination parfaite... un tel niveau de maîtrise demandait très probablement des années d'entraînement et un contrôle du corps et de l'esprit en totale synergie.
En voyant cela, Asteyle pressentit qu'une révélation approchait, une particulièrement importante de surcroît.
S'agirait-il d'une phrase anecdotique lancée au hasard par un inconnu ? Un objet dont la simple existence ferait bouillonner son esprit ?
Une rencontre fortuite ?
Il n'en était pas sûr.
Peut-être que ce... Relié en sera la cause...
En une fraction de seconde, les deux frères se retrouvèrent devant le bâtiment central de la cour, solitaire comme une pyramide au milieu d'un désert grisâtre.
Au milieu de cette zone aride, un long dojo en bois survivait. Ses façades, usées par le temps, jaunissaient et se fendaient à certains endroits. La cabane pittoresque s'accordait parfaitement avec le reste de la cour. Pourtant, en la contemplant, on ressentait une sérénité et une tranquillité d'esprit certaines.
C'était comme si sa vue reposait le cerveau, surstimulé constamment par les édifices hauts en couleur et riches en détails qui pullulaient dans la cité. Sa simplicité devenait une bénédiction pour quiconque passerait la journée à visiter la ville tentaculaire.
Mais ce sentiment n'était qu'une façade, au mieux un mirage. Personne n'ignorait la nature des mirages, eux qui se produisent généralement dans les recoins éloignés des étendues désertiques.
L'esprit devait endurer des supplices inimaginables à l'intérieur du dojo, le corps n'étant absolument pas épargné.
Des hurlements de douleur s'en échappaient justement, suffisamment forts et déchirants pour conforter l'horrible hypothèse.
Asteyle pâlit en les entendant.
"Des gens... se font-ils torturer à l'intérieur ?"
Éralde se pinça les lèvres, ne voulant admettre la réalité.
"Torturer ? Évidemment que non, c'est simplement le maître des lieux qui entraîne les nouvelles recrues... Tout compte fait, tu as raison, c'est sûrement une forme de torture."
Au même moment, un jeune homme ouvrit en trombe la porte coulissante du dojo. Déjà ancienne et fragilisée, elle faillit se briser sous la force qu'il exerça dessus. Une expression de terreur pure s'affichait sur son visage couvert de bleus et de marques.
S'élançant à toute vitesse vers la sortie, il ne remarqua pas la présence d'Asteyle et lui fonça maladroitement dessus.
Le malheureux tenta alors désespérément de s'écarter, mais réagit une fraction de seconde trop tard.
Asteyle ne put bouger à temps lui aussi.
Merde !
Les deux se retrouvèrent projetés en arrière dans un fracas tonitruant. Éralde, positionné juste à côté, rattrapa de justesse son frère.
Le jeune fuyard, en revanche, n'eut pas cette chance.
"Est... est-ce que ça va ?"
Asteyle, encore un peu sonné, se rapprocha du disciple maladroit, espérant qu'il ne soit pas trop amoché.
À sa grande surprise, celui-ci ne perdit rien de son empressement, se releva d'un bond et reprit sa folle course en direction de l'arche de pierre.
Sans même se retourner, il cria d'une voix essoufflée :
"Ne restez pas ici ! Fuyez ! Il y a un monstre à l'intérieur ! Un vrai !"
Un monstre ?!
Comme pour répondre à son interrogation, un bruit assourdissant s'échappa du dojo, ne ressemblant en rien à ce qu'un humain pouvait produire.
Les mirages peuvent parfois devenir particulièrement réalistes, surtout lorsque la soif se fait ressentir.
Asteyle, sous le choc, la bouche béante, regarda avec effroi la porte du dojo voler en éclats devant lui. Elle qui avait résisté à la maladresse des nouveaux venus depuis tout ce temps explosa avec une facilité déconcertante.
Lorsque la cause de ce vacarme apparut, Asteyle se demanda si la récente bousculade ne lui avait pas causé un traumatisme crânien.
Un abominable loup sortit sa tête massive du dojo, ses dents capables de déchirer avec aisance un corps humain entièrement. Tel un démon tout droit sorti des enfers, son pelage auburn le faisait ressembler à un véritable Cerbère.
Un regard bestial se posa alors sur le fuyard, empli d'une volonté malsaine.
Asteyle, qui se trouvait juste à côté, se vida de son sang, devenant presque aussi blanc que les colonnes du temple d'Héru.
La terrifiante bête ouvrit grand son immense gueule. Des canines terrifiantes apparurent alors, aussi larges et pointues que des montagnes escarpées.
N'importe qui aurait pensé qu'elle s'apprêtait à pousser un terrible rugissement capable de faire trembler le monde.
Mais à la place, ce furent des mots qui s'échappèrent de ses entrailles, d'une voix aussi inhumaine que profonde.
En l'entendant, Asteyle se raidit de tout son corps.
"Rattrapez-moi ce vaurien que je le déchiquette ! C'est la troisième fois que ce minable tente de s'échapper !"
Une fois ses paroles prononcées, le monde trembla bel et bien finalement. Mais la cause de ces secousses fut bien plus sinistre.
L'ordre de la monstruosité ne tomba pas dans l'oreille d'un sourd : en un rien de temps, l'entièreté des guerriers se mit à la poursuite du malchanceux.
"Attrapez-le !"
"On va l'encercler, il ne pourra fuir nulle part !"
"Que quelqu'un le plaque au sol !"
Ce raz-de-marée fit frissonner Asteyle. Heureusement, une main légèrement chaude et familière se posa sur son épaule tremblante.
Éralde, qui semblait assez calme malgré la situation mouvementée, le rassura.
"Détends-toi, frangin. Cette bête que tu vois ici est un homme. C'est Yalos, la Bête Pourpre."
Les oreilles du terrifiant loup, pointues comme des lames, pivotèrent subitement dans leur direction, ses sens aiguisés lui ayant permis d'entendre les paroles d'Éralde.
Leurs regards se croisèrent alors.
Il reprit son explication, le visage impassible face à la monstruosité qui le scrutait toujours de ses yeux perçants.
Un sourire se dessina sur son visage.
"C'est le Relié qui protège notre cité."