Chapitre 5
Chapitre 5
Le bar de l'Ishtar, naguère temple de la débauche et du faste, n'était plus qu'un amas de débris fumants, un champ de bataille où le marbre brisé rivalisait avec les éclats de verre et les flaques de sang. Les lumières, vacillantes, dessinaient des ombres mouvantes sur les murs crevassés, tandis que la fumée des bouteilles brisées montait en volutes âcres. Ethan, assis sur une chaise boiteuse, buvait à même la bouteille qu'il partageait avec Raven. Leurs corps, meurtris par l'affrontement, portaient encore les stigmates de leur duel, mais une trêve, fragile et incertaine, s'était installée entre eux.
C'est dans ce décor de fin du monde que la jeune brune fit son apparition. Elle déboula dans le couloir, projetée par la violence du choc avec les jumelles, et roula sur le sol avant de s'arrêter devant eux, les vêtements déchirés, le souffle court. Elle se releva d'un bond, agile comme une panthère, et ses yeux bleus, d'une intensité presque douloureuse, parcoururent la pièce avant de se fixer sur Raven.
— Raven ! Qu'est-ce que tu fous ici ? hurla-t-elle, les poings serrés. Tu m'avais dit que tu allais chercher ta sœur. De force, si nécessaire. Et au lieu de ça, je te trouve en train de boire un verre avec un inconnu ?
— Hope, calme-toi, souffla Raven, levant les mains en signe d'apaisement. Je sais ce que je fais.
— Qui est-ce ? demanda Hope, désignant Ethan d'un mouvement de menton.
— Ethan, je te présente Hope Skarline. Une déicide comme nous. Hope, voici Ethan Moon, également tueur d'immortels.
Hope plissa les yeux, détaillant Ethan avec une méfiance à peine déguisée. Le rouquin, malgré ses blessures, se leva et s'inclina avec une ironie qui n'échappa pas à la jeune femme.
— Enchanté, dit-il. Même si les circonstances ne sont pas idéales.
— Les immortels de la famille NOX sont tous ici, coupa Hope, ignorant la politesse. Ils sont réunis dans leur salle de réunion. C'est le moment de les attaquer, tous à la fois. Nous avons une chance.
— Une chance ? ricana Ethan. Avec les forces qu'il nous reste ? Nous sommes trois, épuisés, contre six immortels.
— Cinq, corrigea Raven. Le patriarche ne se battra pas tout de suite. Il laissera ses enfants faire le travail sale. C'est son habitude.
— Et alors ? demanda Ethan.
— Alors nous avons une chance de les éliminer un par un.
— Je suis partant, dit Ethan, un sourire sans joie aux lèvres. Mais après, nous réglerons nos comptes.
— Marché conclu, répondit Raven.
Avant qu'ils puissent élaborer une stratégie, un bruit de verre brisé leur parvint du bar. Les jumelles, Stéphanie et Mariane, déboulèrent dans la pièce comme deux tornades, leurs corps élancés fendant l'air avec une rapidité surnaturelle.
Stéphanie chargea directement Hope, ses poings fendant l'air en une série de coups rapides comme des morsures de serpent. La jeune brune para, recula, encaissa, puis riposta, ses ongles d'acier tailladant l'épaule de l'immortelle, qui s'écarta en grimaçant.
Mariane, de son côté, fonça sur Raven. Il para son coup d'une main, saisit son poignet, et d'un mouvement de genou, la projeta en l'air. Avant qu'elle ne puisse reprendre son équilibre, son talon s'abattit sur son visage, déformant ses traits avec un bruit de carton froissé. Mariane s'écrasa au sol, s'enfonçant dans le bois comme un clou dans une planche.
Le combat faisait rage, trois guerriers contre deux immortelles, dans un ballet de coups, de parades et de feintes. Stéphanie, plus expérimentée, prit l'avantage sur Hope, la déséquilibrant d'une balayette, puis lui assenant un coup de poing qui la fit voler contre un mur. Mais Hope, dans sa chute, planta sa jambe dans le sol, stoppa sa course, et se releva, les yeux étincelants de rage.
Raven, lui, n'avait pas de temps à perdre. Il souleva Mariane, encore étourdie, par le col, et d'un geste sec, plongea sa main dans sa poitrine. Il sentit son cœur battre, un rythme frénétique, avant de le serrer dans son poing. Mariane se vida de sa couleur, sa peau se flétrissant comme une fleur coupée. Elle se désagrégea en une poussière grise qui se répandit sur le sol, emportée par un courant d'air.
— Une de moins, murmura Raven, le regard froid.
Mais il n'eut pas le temps de savourer sa victoire. Une force brutale le propulsa à travers la pièce, l'écrasant contre la table de jeu détruite. Ses trois frères, Richard, Horace et Ralhan, venaient d'arriver. Ralhan, le gérant, tenait Ethan par la gorge, le soulevant du sol comme une poupée de chiffon.
Ethan, les mains crispées sur le poignet de l'immortel, tentait de se libérer, mais la poigne de Ralhan était de fer. Il sentait l'air se raréfier, sa vision se brouiller. Autour de lui, les immortels se déployaient, prêts à en finir.
C'est alors que Crimson fit son entrée. Le patriarche, les mains gantées de blanc, applaudit avec une lenteur délibérée, son sourire aux lèvres.
— Vous êtes soit fous, soit audacieux, dit-il, sa voix résonnant comme un glas. Je dois vous le concéder. Mais vous pensiez quoi, en vous attaquant à moi ?
Il se tourna vers ses enfants, un geste négligent.
— Finissez-en.
Il s'enfonça dans l'obscurité du couloir, tandis que la bataille reprenait.
Raven, se relevant d'un bond, fonça sur Richard et Horace. Les deux immortels barrèrent sa route, mais le noir, dans un mouvement surprenant, prit appui sur le plafond, rebondit et attaqua de nouveau. Richard para, l'onde de choc de leur choc projetant Ralhan en arrière, permettant à Ethan de se libérer.
Ethan frappa le torse de Ralhan pour prendre de l'élan, puis s'éloigna, reprenant son souffle. Mais Ralhan ne lui laissa pas de répit. Il fondit sur lui, une tornade de coups qui obligea Ethan à se replier en position défensive.
Le combat se déroulait sur plusieurs fronts. Hope, harcelée par les deux jumelles, se trouvait acculée dans un angle de la pièce, ses parades devenant plus lentes, plus désespérées. Stéphanie et Mariane, synchronisées comme une seule entité, frappaient sans relâche, leurs poings trouvant des brèches dans la défense de la jeune déicide.
Raven, de son côté, résistait tant bien que mal à Richard. Mais Horace, surgissant de derrière, le frappa dans le dos, un coup si violent que le sweat de Raven se déchira, révélant le tatouage de loup sur son épaule.
Raven fléchit les jambes. Son pouls s'accéléra, son sang se réchauffa, une chaleur brûlante envahissant chaque veine. Il ferma les yeux une seconde, puis les rouvrit. Ses iris s'étaient transformés, devenus ceux d'un loup, jaunes et perçants. Des griffes, courtes mais acérées, poussèrent au bout de ses doigts. Sa peau rougit, parcourue de veines gonflées, et son tatouage s'illumina d'un éclat surnaturel.
— Il est temps, murmura-t-il.
Il se retourna, saisit Horace par le bras, et lui enfonça son poing dans l'abdomen. L'onde de choc fut si puissante que le ventre de l'immortel explosa, ses organes se répandant sur le sol. Horace s'effondra, son corps se régénérant avec peine, tandis que Raven, sans un regard, se tournait vers Richard.
Un uppercut déforma la mâchoire de Richard, un direct du droit fit éclater son crâne. Richard tituba, mais ne tomba pas, sa régénération agissant déjà.
Raven se tourna vers Stéphanie, occupée à torturer Hope. Il la transperça de derrière, arracha son cœur et le piétina. L'immortelle se réduisit en cendres, tandis que Hope, libérée, se relevait, le souffle saccadé.
— Merci, murmura-t-elle, les yeux écarquillés.
Il ne répondit pas. Il s'avança vers Mariane, terrifiée, sa main griffue prête à frapper. Mais un corps s'interposa : celui d'Horace, qui avait pris la place de sa sœur au dernier moment. Il disparut en cendres, un sourire aux lèvres.
Raven venait de tuer deux des enfants de Crimson. Mais le combat continuait.
À l'extérieur, dans une ruelle, Ethan et Ralhan s'affrontaient sans merci. Le rouquin, affaibli, ne faisait plus que parer, ses forces l'abandonnant peu à peu. Ralhan, impitoyable, le balança contre un mur. Le béton explosa, projetant Ethan de l'autre côté de la ruelle.
Ethan, les côtes brisées, la vision trouble, se releva. Un énorme coup le percuta au visage, le propulsant dans le bitume. Il se releva, encore, ses poings serrés. Et soudain, il sentit une faille, une ouverture dans le rythme de Ralhan.
Il bondit. Sa main traversa la poitrine de l'immortel, emportant son cœur.
— Enfin... dit-il, avant de s'effondrer, son bras droit arraché par Richard qui venait de le frapper.
— Mon bras... hoqueta-t-il, regardant le moignon qui saignait.
— Le tien, Raven, dit-il, la voix brisée. C'est ton dernier combat. Je te laisse vaincre Crimson.
Il s'éteignit sous les yeux de Raven et de Hope, un sourire aux lèvres, libre enfin.
Le soleil allait bientôt se lever, et la bataille finale approchait.