Chapitre 1 805
Je laisse Solant négocier avec la Légion, car ça ne m'intéresse pas plus que ça. Principalement parce que je suis convaincu qu'elle n'aurait pas pris la peine de le suggérer si elle n'était pas certaine qu'ils allaient accepter. Connaissant le tempérament calculateur de la petite Générale, tout cet exercice de « persuasion » et de « négociation » m'ennuie profondément, puisque je connais l'issue avant même qu'ils ne commencent.
Je sens qu'elle est un peu agacée quand je prends mes cliques et mes claques pour quitter la chambre, mais hé, si je ne mets pas quelques bâtons dans les roues de ses plans bien huilés, que lui restera-t-il comme divertissement ? Improvise, Solant, tu as six pattes après tout !
En dehors de ça, je suis curieux de voir les nouveaux travaux de tunnel dont elle parlait. J'imagine qu'avec l'attention des Krath focalisée sur leur survie plutôt que sur le fait d'être engloutis par un flot incessant de mucus, la Colonie a un peu plus d'espace pour s'aventurer dans les tunnels contaminés et y apporter des changements. Espérant jeter un œil à ce qu'ils font et m'assurer que tout est sûr, je déambule vers les limites extérieures de la forteresse, accompagné de mon fidèle trio d'associés.
Crinis, comme toujours, est étalée sur mon dos comme une seconde carapace, tandis qu'Invidia flotte à côté, ses deux petites mains agrippées fermement à l'épaule absurdement large de Tiny.
[Êtes-vous proches d'évoluer au huitième palier ?] demandé-je alors que nous traversons les tunnels.
Tiny lève une main et l'agite de gauche à droite, l'air mécontent.
[Je suis environ aux deux tiers du chemin, Maître.]
[Je m'en approchhhhhhe aussi.]
Oh, c'est plutôt bien !
[J'ai besoin que vous évoluiez et que vous deveniez plus forts pour que nous puissions prospérer dans le sixième. J'imagine que les choses vont devenir folles une fois là-bas. Plus nous serons forts, mieux ce sera.]
[Oui, Maître !]
[Vous pouvez toujoursssss compter sur moi.]
Tiny lève un bras et contracte un biceps saillant avant de me faire un bref signe de tête.
[Tu n'as pas le droit de réduire ton intelligence, Tiny. C'est un ordre.]
Ses muscles se dégonflent un peu, mais il hoche la tête, bien qu'un peu tristement. Espèce de singe sournois. Il allait certainement essayer de trouver un moyen de maximiser ses gains lors de son évolution, mais j'ai l'intention de le lier par une série d'ordres si stricts qu'il n'aura aucune chance de s'en échapper. En fait, je pourrais même exiger qu'il augmente significativement sa puissance cérébrale. Sa carrure est déjà obscènement disproportionnée ; le voir un peu plus intelligent qu'un lemming commotionné ne pourrait être qu'une bonne chose.
Le récit de l'auteur a été détourné ; signalez toute instance de cette histoire sur Amazon.
Une fois arrivés à la limite extérieure de la forteresse, l'immensité du travail accompli devient immédiatement évidente. La Colonie a profité du chaos pour repousser les attaquants de la plateforme, puis pour s'étendre vers les tunnels environnants. Naturellement, ils ont été contraints d'étendre la bulle de mana purifié pour protéger les ouvrières, ce qui nous coûte une énergie colossale, mais il est clair qu'ils estiment que le jeu en vaut la chandelle.
Grâce à l'absence d'énormes rideaux de mucus qui se refermaient sur la plateforme depuis le haut, je peux enfin voir les tunnels que les limaces utilisaient comme exutoires. Je ne doute pas un instant qu'elles le pompaient depuis les poumons en contrebas, le siphonant des artères par leurs méthodes peu scrupuleuses. Avec cette source coupée, toute la zone a, remarquablement, été drainée.
Je trouve Tungstant en train de diriger les équipes de travail ; ses antennes ébouriffées et ses tics nerveux m'en disent assez sur la pression qu'elle subit avec ce projet.
« Salut, Tungstant », je salue en faisant un signe de la main. « Je ne vais pas te déranger longtemps, je voulais juste voir ce qui se passait ici. J'ai entendu dire qu'on menait un projet d'excavation plutôt majeur ? »
« Majeur ? MAJEUR ? Ha ! Majeur, ce serait construire une forteresse en une semaine. C'est bien au-delà ! »
« Ok, doucement... Je vois que tu es plutôt stressée. Ce n'est pas moi qui ai déversé ce travail sur tes mandibules, d'accord ? Ne t'en prends pas à moi ! »
Enfin... techniquement, je pourrais bien être le responsable, mais je ne pense pas qu'elle le sache. Tungstant soupire, puis congédie la douzaine de chefs d'équipe qui l'entourent pour obtenir ses instructions.
« Je vais te faire faire une visite rapide. J'ai besoin d'un moment pour réfléchir. C'est non-stop depuis quelques jours. »
Je le crois volontiers. Je peux voir que les ombres autour d'elle sont étrangement profondes. Le simple fait qu'elles ne l'aient pas encore emportée est un autre signe de l'importance capitale de ce projet.
C'est fascinant de voir autant de fourmis travailler à l'air libre. Il y en a des dizaines de milliers ici, un tapis vivant d'industrie s'étendant sur plus d'un kilomètre dans toutes les directions. Normalement, elles seraient toutes entassées dans des tunnels pour travailler sur quelque chose comme la forteresse, en la sculptant de l'intérieur. Cet effort ressemble davantage à une mine à ciel ouvert, une impression qui se renforce quand Tungstant nous mène au bord et que nous regardons en bas.
« Ce n'est pas si compliqué, en réalité », explique Tungstant, « c'est l'ampleur du projet et les forces en jeu qui rendent la vie difficile. En fait, nous construisons un système d'égouts. »
« Un système d'égouts ? Pour le cinquième ? Il n'y a pas assez de fourmis dans toute la Colonie pour curer cet endroit correctement. »
« Je suis d'accord », marmonne-t-elle, « mais nous n'avons pas à nettoyer toute la strate, juste tous les tunnels en dessous de nous. » Elle pointe du doigt l'immense fosse. « Nous creusons quatre de ces puits autour de la forteresse. Chacun sera relié à une série de tuyaux et de systèmes de pompage conçus pour évacuer le mucus. Une fois à la bonne profondeur, nous bifurquerons pour construire les prises. C'est très bien tout ça, mais nous ne connaissons pas encore l'emplacement exact des sorties, ce qui va rendre les choses plutôt difficiles. »
« Vous ne savez pas où vous allez déverser tout ce mucus ? Il va y avoir des milliards de litres de cette saleté ! N'est-ce pas important de savoir où ça va atterrir ? »
« Ça va dans le sixième », dit Tungstant en faisant claquer ses mandibules avec irritation. « Est-ce que tu sais où c'est ? »
Oh.
« Pas... pas encore », éludé-je.
« Tu ferais mieux d'y descendre, alors », dit Tungstant en pointant le sol. « Nous devons savoir, et vite. »