Chapitre 1 695
Je me souviens de l'entrée menant du quatrième au cinquième niveau. Je l'ai vue un nombre incalculable de fois, après tout. En fait, j'ai été la première fourmi à la franchir.
Je ne me souviens absolument pas qu'elle ressemblait à ça !
Pour commencer, elle est, genre, dix fois plus grande qu'avant, et au lieu d'un tunnel cauchemardesque menant aux profondeurs de l'enfer, c'est devenu un port industriel qui ne déparerait pas à côté d'Heathrow ! Qu'est-ce qui se passe, bon sang ?
Un tel volume de… trucs est descendu d'en haut que j'ai du mal à tout suivre. Ça ne s'arrête jamais ! À peine une plateforme vide est-elle remontée hors de vue que trois autres descendent pour prendre sa place. La zone sous l'entrée est une véritable fourmilière en pleine activité. Une merveille de logistique en action : des fourmis grouillent partout, empilant, triant, déplaçant, chargeant et transportant. À peine quelque chose a-t-il touché le sol qu'une équipe de fourmis est déjà dessus, décrochant les cordes et déplaçant la cargaison vers un réseau complexe de rails. En quelques minutes, elles l'ont placée sur la bonne ligne et le chargement s'éloigne en cliquetant vers un autre site de distribution, comme le puits que j'essayais d'escalader tout à l'heure.
Oulala. Quand le Conseil a dit que tout ce que la Colonie produisait était déversé dans le cinquième niveau, j'ai cru qu'ils exagéraient. Ils le faisaient probablement, mais pas de beaucoup !
Si ce n'était pas clair avant, ça l'est maintenant : la guerre dans le cinquième niveau pousse la Colonie dans ses derniers retranchements. Plus performante que quiconque dans l'histoire, ma famille a accompli des choses incroyables, mais cela ne signifie pas que se battre là-bas est devenu facile pour autant. On tient le coup pour l'instant, mais ça ne veut pas dire qu'on pourra continuer éternellement.
Il va falloir que je réfléchisse à tout ça. Mais d'abord, j'ai des affaires à régler là-haut.
Il y a une minuscule zone dédiée à ce qui remonte le tunnel, et mes familiers réussissent à s'y faufiler pour commencer l'ascension. Enfin, Tiny et moi commençons à grimper, Crinis fait le trajet avec moi et Invidia s'assoit sur l'épaule de Tiny, comme d'habitude.
La vache, grimper sur des surfaces verticales quand on pèse aussi lourd, c'est dur. En fait, ma compétence Agrippement monte de niveau alors que je suis à mi-chemin, ce qui est une bonne chose. Je crois que je vais avoir besoin de tous les niveaux possibles dans ce domaine.
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La douleur causée par l'Appel augmente régulièrement à chaque pas, mais c'est quand j'atteins le sommet et que je pénètre vraiment dans le quatrième niveau qu'elle s'intensifie pour de bon. Ce n'est rien que je n'aie déjà ressenti, mais ça ne veut pas dire que j'apprécie pour autant.
C'est même tout le contraire, en fait.
Je sais pertinemment que si je reste ici trop longtemps, ça finira par me forcer à redescendre dans le cinquième. Ces maudits Anciens. Une partie de moi est impatiente de leur dire le fond de ma pensée. Et de leur faire goûter à mes mandibules, si je suis honnête.
« Aîné, bon retour parmi nous. »
Oh, un comité d'accueil ! Comme c'est gentil. Sloan et Victor, ainsi que Brendant et Burke, sont là pour me saluer alors que je sors du tunnel. Tiny saute derrière quelques instants plus tard, atterrissant dans une pose de héros classique avec un air sérieux sur le visage. Il la tient un peu trop longtemps.
[Tu as fait du très bon travail, Tiny. Bien joué,] lui dis-je.
Le grand singe hoche la tête, puis me fait un pouce levé rapide, ravi de voir son travail acharné reconnu. Est-ce qu'il se sent en manque d'affection depuis que j'ai dormi si longtemps ? D'habitude, il ne réclame pas autant d'attention.
« Bref… content de vous revoir si vite. Je suppose que c'est vous qui gérez le bazar ici ? »
« Ouais, » répond Burke. « Pas qu'il y ait grand-chose à faire pour le moment. On a battu en retraite et fortifié notre position, abandonnant de vastes étendues de territoire au passage. Les aventuriers continuent de sonder, cependant, donc ça ne les a pas dissuadés. »
« On craignait que ce ne soit le cas, » marmonne Sloan. « Je pense qu'ils ont commencé à installer des points de ravitaillement avancés et des camps protégés plus près du nid. Ils restent plus longtemps sur le terrain et se tiennent plus près de notre ligne de défense qu'avant. S'ils finissent par abandonner cet angle, je pense qu'ils essaieront simplement ailleurs. »
Si la Colonie est forcée de se replier dans les nids à chaque fois que l'Église et ses aventuriers se pointent, notre développement va ralentir jusqu'à s'arrêter complètement. Sans parler du fait qu'on leur donne l'opportunité de piéger notre territoire pour nous coincer. Pas question. Il faut envoyer un message.
« Je suis là maintenant, » dis-je aux membres du Conseil réunis. « Dites-moi où ils sont, et je m'occuperai du reste. »
Sloan et Victor hésitent tous les deux, et je vois bien qu'ils sont toujours inquiets.
« Êtes-vous… sûr de savoir comment vous allez aborder cette situation, Aîné ? C'est… délicat. »
« Je peux être délicat, » les rassure-je. « Je sais parfaitement comment être délicat. Croyez-moi, mon toucher peut être si léger que vous ne vous rendrez même pas compte que quelque chose s'est passé. Je suis comme le rêve d'une plume, une plume elle-même. »
« Vous n'avez aucune intention d'être délicat, n'est-ce pas ? »
« Non, non, pas le moins du monde. »