Chapitre 114
Après plusieurs heures d'une défense épuisante, Tiny se réveille, ses blessures en grande partie cicatrisées et le feu de ses yeux ravivé. Si épuisé que je parviens à peine à formuler mes pensées, je lui ordonne de défendre l'entrée jusqu'à mon réveil et je me retire plus profondément dans le tunnel où je m'effondre, face contre terre.
La torpeur m'envahit comme une étreinte chaleureuse. Comme une épaisse couverture.
Sans fermer les yeux, mes pensées ralentissent jusqu'à se déplacer et s'enfoncer comme de la mélasse, jusqu'à ne presque plus bouger du tout. C'est le repos des fourmis !
Lorsque je m'éveille quelques heures plus tard, je me sens bien plus frais. La lourde fatigue qui m'étouffait auparavant s'est en grande partie dissipée et le repos, combiné à mon alimentation, a refermé presque toutes mes blessures, restaurant presque entièrement mes PV.
J'ai droit à une autre agréable surprise à mon réveil sous la forme d'une gemme sombre : le noyau du Jellymaw que j'ai vaincu. La colonie a dû le repêcher dans la Biomasse restante et l'a laissé ici pour que je m'en occupe, puisque c'est moi qui l'ai terrassé.
Quelle attention ! Vraiment, les ouvrières sont les meilleures des sœurs !
Je suis tenté d'absorber le noyau immédiatement, mais j'hésite finalement et décide de m'en occuper plus tard. À la place, je l'enterre dans la paroi aux côtés des autres noyaux que j'avais apportés dans le tunnel d'évacuation.
Aussi vite que possible, je me précipite vers la ligne de front.
Tiny se tient joyeusement au milieu du mur de défenseurs, des ouvrières rampant sur lui. Le pauvre singe est à nouveau couvert de blessures, prouvant clairement que la vague n'a pas faibli un seul instant pendant que je dormais.
[Tu as assez d'énergie pour une autre offensive ?] demandé-je à mon compagnon simiesque.
Tiny se tourne rapidement pour me dévisager et hoche la tête, un grand sourire illuminant son visage.
Bien sûr qu'il en a, il aime se battre presque autant qu'il aime manger !
Avec l'aide de Tiny, j'active à nouveau le Domaine Gravitationnel et nous travaillons de concert pour nettoyer la salle une fois de plus. Une fois cette tâche accomplie, je conduis les ouvrières à l'extérieur pour collecter autant de Biomasse que possible, sécurisant à nouveau l'approvisionnement en nourriture de la colonie. Sous mes instructions, Tiny traîne un morceau de nourriture dans le tunnel et s'empiffre avant de s'endormir, se reposant pendant que je prends mon tour de garde.
C'est ainsi que nous entamons notre longue veille. Toutes les quelques heures, nous échangeons nos rôles pour nous reposer pendant que l'autre monte la garde face aux vagues incessantes de monstres. Lors de mon deuxième tour de garde, j'ai pris l'initiative d'évacuer autant de terre excédentaire que possible dès qu'il y avait une accalmie dans les combats, mobilisant la main-d'œuvre pour remonter le tunnel pendant que je protégeais l'entrée, collectant la terre déplacée par la Reine et son équipe d'excavation à l'autre bout avant de la transporter jusqu'à la chambre de la Reine pour l'empiler, couvrant partiellement l'entrée.
De cette façon, nous avons pu fermer au moins une partie de l'entrée du tunnel tout en libérant un peu plus d'espace dans le tunnel d'évacuation.
Je ne voulais pas fermer l'entrée complètement ; les monstres qui apparaissaient depuis le Donjon étaient une menace pour nous, mais en même temps notre seule source de nourriture. Chaque fois que je me réveillais de mon repos, ma glande d'énergie gravitationnelle était suffisamment chargée pour que je puisse maintenir le Domaine Gravitationnel jusqu'à ce que presque chaque monstre dans la salle soit tué, fournissant à la colonie, à Tiny et à moi-même la subsistance nécessaire pour guérir et combattre.
Il y avait un prix à payer, cependant. Malgré mes efforts acharnés, malgré le fait que Tiny épuise sa force jusqu'à la limite à chaque réveil, nous n'étions pas en mesure de protéger chaque ouvrière sur la ligne de front. Parfois, un monstre puissant apparaissait dans la salle, frappant avec du mana ou des griffes avant que je ne puisse réagir, ou des monstres en plein combat perdaient le sens de l'orientation et se frayaient un chemin directement au milieu des fourmis. Ces monstres étaient toujours rapidement maîtrisés, mais parfois une ou deux ouvrières malchanceuses étaient tranchées avant que nous puissions les sauver.
Ces pertes faisaient mal. Je ne considérais pas ces ouvrières comme des outils ou des monstres différents de moi. Elles avaient leur propre intelligence enfantine et je les acceptais comme des membres de ma famille ; je voulais toutes les sauver si je le pouvais. Nous étions devenus assez robustes sur la ligne de front, un certain nombre de mes semblables avaient réussi à évoluer de nouveau-nées à ouvrières au fil du temps. Lorsque j'essayais de faire du repérage avec ma détection de mana, j'ai pu découvrir que certaines ouvrières matures avaient en fait condensé un noyau ! Une étape importante qui méritait bien d'être célébrée !
Ce labeur apparemment sans fin apportait des avantages à certains membres de la colonie, même s'il mettait nos nerfs à rude épreuve.
Après quatre cycles de repos et de combat, le premier changement majeur s'est produit.
Heureusement, c'était mon tour de garde quand c'est arrivé. Vers la fin de ma veille, fatigué et meurtri par les combats constants, j'avais failli ne pas remarquer les signes. J'étais tellement habitué à fixer le combat juste devant moi, à détecter les sources de chaleur venant des murs ou du tunnel au-dessus de nous, que j'avais presque oublié ce qui m'avait le plus inquiété au début.
Le tunnel en dessous.
En grande partie bloqué durant les premières heures de creusement du tunnel d'évacuation, le passage menant vers le bas dans le Donjon n'avait jamais été exploré par moi, trop nerveux à l'idée de ce que je pourrais y rencontrer. Je m'étais habitué à ne pas trop me soucier de ce qui se passait là-bas, si bien que lorsque le bruit des combats venant d'en dessous a soudainement changé, je n'ai pas su quoi en penser.
Au début, ce n'était qu'un léger bruit de grattement mêlé à tout le reste du vacarme, je l'avais à peine enregistré. Mon esprit, las des heures de vigilance et de combat, n'en a pris note que mentalement avant de se concentrer sur les menaces plus immédiates.
Il n'a fait que s'amplifier avec le temps.
Finalement, le grattement est devenu de plus en plus clair, une toile de fond constante aux sons plus insistants qui résonnaient devant moi. Puis les sons provenant des chambres inférieures ont changé, les bruits de combat métalliques étant remplacés par les cris stridents de monstres enragés et un mâchonnement plutôt inquiétant.
Il faut un moment à mon cerveau fatigué pour comprendre ce que cela signifie exactement.
Les monstres d'en bas remontent !
Le deuxième choc me frappe exactement au même moment. Dans ma vision périphérique, une lumière scintillante frappe sous un angle étrange, attirant mon attention juste au moment où je m'inquiète du bruit venant d'en bas.
Ce que je vois me glace le sang.
Les veines de mana qui sont la source d'énergie de ce Donjon commencent à pousser dans le tunnel d'évacuation ! Alors que je fixe ces nouvelles veines, mon inquiétude ne fait que grandir.
Non seulement les veines ont commencé à pousser, mais elles s'étendent si rapidement que je peux réellement les voir bouger ! C'est lent, certes, mais bel et bien visible !
Pas bon...