Chapitre 998
Fouuuush—
La lumière descendit du ciel. Lentement, peu à peu, sous l’immensité de cette clarté blanche. Tels des lucioles qui se posaient, les rayons s’enfonçaient doucement.
Je contemplai le ciel, hébété.
Un ciel tissé d’énergie. Un ciel que j’avais créé.
« Hahaha. »
Je ne pus retenir un rire. Comment l’aurais-je pu ?
« Ça a vraiment marché. »
Ça avait marché.
Après avoir maîtrisé la Roue de feu des neuf flammes, j’avais tenté plusieurs fois d’y parvenir.
Je ne savais pas comment faire, je l’avais seulement vu. J’avais tâtonné, sans savoir par où commencer.
Mais maintenant, je comprenais enfin.
… Je n’avais pas besoin de l’apprendre ni de me donner du mal pour le comprendre.
Il ne fallait aucun effort pour obtenir ce pouvoir.
Il suffisait de s’en rendre compte.
Une fois que je l’avais atteint, j’avais tout simplement compris.
C’était comme comprendre l’autorité d’un dragon.
Fwoosh.
J’ouvris la paume et fis apparaître des flammes.
Un feu bleu s’épanouit. Pourtant, sa couleur était nettement différente d’avant.
Un peu plus claire.
Non, pas juste un peu. Bien plus claire.
Autrefois d’un bleu profond, elle ressemblait désormais davantage à un ciel limpide. Une lumière éclatante brillait en son sein, et elle avait même quelque chose de sacré.
Flic.
Je refermai le poing, étouffant les flammes.
Puis je levai de nouveau les yeux vers le ciel.
Purifié par mon énergie, il n’avait pas changé.
Et en le contemplant, une pensée me traversa l’esprit.
La transcendance.
La transcendance.
L’état suprême qu’un artiste martial pouvait atteindre.
Un royaume que l’on disait accessible seulement après avoir perfectionné ses arts martiaux.
Dans ma vie passée, je n’en avais jamais même approché.
Tchiiiiik— !
Je restai stupéfait devant la roue de flammes qui tournoyait derrière moi.
… J’y étais vraiment arrivé ?
J’avais parlé de transcendance.
La compréhension que j’avais acquise en maniant l’Art divin de Cheonma ; au moment où je l’avais saisie, j’avais eu l’impression qu’une coquille autour de moi venait de se briser.
… J’avais atteint la transcendance.
Quand j’en pris conscience, mon royaume s’était déjà élargi.
Fwoosh.
Je contractai mon corps, qui se transforma en flammes.
Je n’étais pas simplement enveloppé de feu : je devenais réellement du feu.
Une sensation étrangère.
J’en avais déjà entrevu une partie en atteignant la maîtrise, mais je n’aurais jamais cru connaître une transformation aussi naturelle.
Et en repensant à ce que je venais de libérer, le bout de mes doigts trembla légèrement.
La technique suprême, le sommet de la Roue de feu des neuf flammes.
Le pouvoir que mon père avait autrefois démontré contre une bête de rang blanc.
Les Cinq formes de la Montagne suprême des neuf flammes…
Un pouvoir qu’on ne pouvait obtenir qu’en atteignant la transcendance de la Roue de feu des neuf flammes.
Tchiiiiik— !!
Quand je le libérai du bout des doigts, les flammes bleu ciel s’illuminèrent encore davantage.
Puis, peu à peu, elles blanchirent et chauffèrent ma paume.
Ce n’était pas la Flamme blanche. Je n’avais pas libéré l’énergie de Pama.
La chaleur s’était simplement concentrée à un tel point qu’elle en était devenue blanche.
« … »
Alors, voilà ce qu’était une technique suprême.
La force qui avait purifié le ciel.
La force qui avait émis une lumière si éblouissante ❖ Novelight ❖ (exclusivité Novelight).
Et ensuite—
Que faisait donc ce pouvoir, au juste ?
Je l’avais utilisé, mais je devais en comprendre la signification exacte.
Heureusement, je le savais aussi instinctivement.
D’ailleurs, mon père ne m’avait-il pas déjà montré ce dont il était capable ?
Je tendis la main vers le ciel.
À cet instant—
Fouaaaaa— !!!
Le ciel autrefois bleu, devenu comme en plein jour, se mit à trembler.
Puis, tandis qu’il s’enroulait en un vortex—
Kouaaaa— !!!
La lumière jaillit d’en haut et se rassembla dans ma paume.
Ce n’était pas par hasard que le ciel s’était changé en nuit blanche.
Bien qu’il en eût l’apparence, en réalité—
C’était le Ciel rouge.
La technique de domaine de la Roue de feu des neuf flammes.
C’était le Ciel rouge.
Mais, mêlé cette fois à la technique suprême, son effet avait été amplifié à l’extrême.
L’essence du Ciel rouge résidait dans l’intensification de la chaleur et l’amplification des flammes.
À l’origine, il avait évolué à partir de la Grande Roue des neuf flammes, une technique qui expulsait du feu. Mais désormais, entrelacé à une technique suprême—
J’avais l’impression d’avoir réellement créé un ciel.
Un spectacle à couper le souffle se déploya sous mes yeux.
Et puis, comme pour le défaire, je le rassemblai dans une main.
Tchiiiiik— !!!
Le ciel se condensa dans ma paume.
J’avais créé une perle de flammes, qui luisait d’un bleu céruléen limpide.
Incroyable.
Bien que je l’eusse créée moi-même, je ne pus m’empêcher de l’admirer.
Sa forme était hypnotique, et sa couleur — que je n’avais jamais vue auparavant — ainsi que la qualité exceptionnelle de son énergie la rendaient unique.
Était-ce là le résultat de la transcendance ?
Je serrai la perle de flammes et fis un pas en avant.
Et à cet instant—
Floc.
« … »
Ma vision bascula de nouveau.
Je me retrouvai au-dessus du lac.
Un lac qui, quelques instants plus tôt, débordait d’euphorie et d’arrogance.
Un lac si profond et si trouble que si j’y étais tombé, je m’y serais perdu, noyé dans ses abysses.
Mais maintenant—
Il était devenu peu profond.
À un moment, son niveau avait tant baissé qu’on en voyait le fond.
Quoi ? Depuis quand ?
Qu’est-ce qui avait changé ?
Alors que la question prenait forme dans mon esprit—
« Je vois que tu as encore le temps de te laisser distraire. »
Une voix retentit.
De l’autre côté du lac, Shin Noya se tenait debout, les mains croisées derrière le dos.
« Tu as atteint l’extrême et touché un nouveau royaume. Qu’est-ce que ça fait ? »
« … »
Qu’est-ce que ça faisait ?
« Je ne sais pas. »
Je ne savais pas.
Qu’est-ce que je ressentais, au juste, en cet instant ?
De la pure admiration ? Ou bien de la confusion ?
Je n’en étais pas sûr, et cette incertitude me troublait.
« Bien. C’est la bonne réponse. »
Shin Noya, loin d’être mécontent, esquissa un sourire satisfait.
« Garde en toi cette émotion subtile et inconnue. Et saisis le vide éphémère qui la suit. »
Shing.
Tout en parlant, il dénoua ses mains.
Une épée reposait dans sa poigne.
J’écarquillai les yeux.
« Le Lien éternel… ? »
C’était le Lien éternel.
Je baissai précipitamment les yeux vers mon bras gauche.
Il avait disparu.
Le Lien éternel, qui aurait dû être noué autour de mon bras, s’était retrouvé là-bas sans que je sache comment.
Quand était-ce arrivé ? Je ne m’en étais pas aperçu.
Le Lien éternel avait abandonné sa forme de bandage et pris celle d’une épée.
Et dans la poigne de Shin Noya—
Gronde— !!!
Une aura de combat écrasante se mit à jaillir. Le lac sous nos pieds trembla.
Au moment où les éclaboussures d’eau effleurèrent mes chevilles—
« … ! »
Ma vision redevint normale d’un coup.
J’écarquillai les yeux devant le spectacle. Même si j’avais absorbé le ciel de nuit blanche dans ma main et l’avais effacé, les alentours n’avaient pas changé.
Fwoosh !
Grésille— !
Les braises persistantes continuaient de tout brûler autour de moi. Les rochers et les arbres avaient fondu ; seule subsistait l’odeur des débris calcinés.
Est-ce que…
Est-ce que c’était moi qui avais fait ça ?
Je ne m’en souvenais pas, mais la forme des flammes ne laissait aucun doute : elles étaient à moi. Comme pour le confirmer, dès que je tendis la main, le feu se rassembla aussitôt vers moi.
Je maîtrisai les flammes tourbillonnantes et tournai les yeux vers Shin Noya.
Il dégageait toujours une aura écrasante en s’avançant vers moi.
« Maintenant que tu as repris tes esprits, continuons, tu veux bien ? »
« … »
Pourquoi me battais-je encore contre ce vieil homme ?
Il me fallut un moment pour remettre les choses en place.
Exact.
J’avais saisi la flamme blanche…
J’avais utilisé l’Art divin de Cheonma, que j’avais entrelacé au Poing transperçant le ciel de Tua pour former le Poing unique de Cheonma.
Grâce à lui, j’avais anéanti la flamme blanche.
Quelque chose à cet instant avait provoqué une révélation, me poussant au-delà de mes limites.
Et ensuite—
Mes souvenirs devenaient flous.
Qu’est-ce qui s’était passé après ça ?
J’avais dû chercher Shin Noya instinctivement, après avoir senti que quelque chose clochait.
Je croyais que s’il y avait quelqu’un qui pouvait m’aider, c’était lui.
Il avait dû m’attraper et me jeter dehors dès mon arrivée.
Et voilà comment j’en étais arrivé là.
Élancement !
Une douleur aiguë me transperça la poitrine et je posai la main dessus.
En baissant les yeux, je vis ma paume couverte de sang. J’avais été blessé.
Ça aussi, ça venait sûrement de se produire.
Je me rappelai la Lame mentale de Shin Noya qui m’avait tranché.
Heureusement, mon corps se régénérait déjà.
La nuit n’était pas terminée, et mon physique de la tribu de la Nuit au clair de lune était toujours intact, accélérant ma guérison.
Mais le vrai problème, c’était…
… Est-ce que je dois vraiment continuer à me battre ?
Que mon corps guérisse ou non, fallait-il vraiment que je poursuive ce combat contre Shin Noya ?
À vue de nez, s’il se battait contre moi, c’était à cause de moi.
Essayait-il de me ramener à la raison ?
Comme le dit un vieux proverbe, il n’y a pas de meilleur remède qu’une bonne correction.
Et après avoir encaissé quelques coups de ce vieil homme, j’avais effectivement les idées beaucoup plus claires.
L’euphorie et l’arrogance qui avaient gonflé en moi avaient complètement disparu.
Au fond, il ne restait plus que l’excitation que m’inspirait ce nouveau royaume que j’avais atteint.
Je devrais peut-être lui dire que j’ai repris mes esprits et en rester là ?
Ce serait probablement la décision la plus raisonnable.
Mais au lieu de ça—
« Hoo. »
J’expirai profondément et serrai le poing.
C’était de la pure avidité.
Je veux essayer.
Je voulais voir à quel point j’avais changé.
Comprendre ce qu’était vraiment la transcendance, cet état que j’avais tant désiré atteindre.
Je ne pouvais pas laisser passer cette occasion.
Alors je contractai tout mon corps et soutins le regard de Shin Noya.
Vrouuuum— !!!
Derrière moi, la roue de flammes azur tournoya avec violence.
La chaleur m’envahit et la puissance parcourut mes membres.
Fwoosh— !!
Des flammes remontèrent le long de mes épaules.
J’insufflai encore plus d’énergie dans le feu qui jaillissait de la Perle de flammes que je tenais.
Fwoosh— !!
Elle s’illumina aussitôt. Sa taille n’augmenta pas.
Mais je sentais la puissance qui l’habitait croître jusqu’à son apogée absolue.
Quelle était la véritable essence d’une technique suprême de la Roue de feu des neuf flammes ?
Il ne s’agissait pas d’acquérir un nouveau genre de pouvoir.
Mais de—
Brûler encore plus fort ce que je possédais déjà.
Faire en sorte que rien ne puisse résister à ses flammes.
Faire tourner la roue plus vite. Faire brûler les flammes plus vivement.
C’était simple, instinctif ; pourtant, ce que cela apportait était loin d’être négligeable.
Je saisis la Perle de flammes. À l’instant même, sa forme changea.
Elle prit celle d’une lance, et je m’en emparai.
Je n’avais même pas besoin d’utiliser ma force mentale.
La Lance de l’étoile de flammes se forma avec une telle facilité que j’en fus moi-même surpris.
« Hoo. »
Tenant la lance bleu azur, je tournai les yeux vers Shin Noya.
À quel point étais-je devenu plus fort ?
L’idée de le découvrir me fit frissonner d’excitation.
Si c’était Noya…
Quelle que soit la puissance que je libérerais, je croyais qu’il pourrait y résister.
Cette certitude s’enracina en moi tandis que je raffermissais ma posture.
Fwoosh— !
Des étincelles jaillirent quand mon aura de combat, mêlée aux flammes, explosa autour de moi.
Gronde— !!!
Elle s’entrechoqua violemment avec l’aura qui émanait de Shin Noya.
Je vais tout percer d’un seul coup.
Je devais me méfier de sa Lame mentale, qui pouvait surgir de n’importe où, et de son escrime fulgurante.
Mais pour l’instant, j’allais foncer en misant sur ma force brute.
J’y vais.
Plutôt que de lancer la lance, je percerais la défense adverse en la gardant à la main.
Je rassemblai toute ma puissance dans ce seul but.
Kouaaaa— !!!
À travers mon aura flamboyante, je fixai Shin Noya.
J’allais foncer de toutes mes forces—
« Hum— ! »
« Hein ? »
À ce son, mon corps se raidit.
Shin Noya porta soudain une main à sa bouche et toussa violemment.
L’aura écrasante qu’il dégageait disparut aussitôt.
Qu’est-ce que c’était que ça ?
Pourquoi faisait-il ça, tout à coup ?
Essayait-il de me faire baisser ma garde ?
Si c’était le cas, c’était la manière la plus ridicule de s’y prendre.
Perplexe, j’ouvris la bouche pour demander—
« Noya, qu’est-ce que tu— »
« Hum… ! Guh… »
Sa toux s’aggrava.
Puis il s’effondra sur un genou dans un bruit sourd.
Ploc— !
Du sang jaillit de sa bouche et tacha le sol.
« Noya… ? Noya ! »
Ce n’est qu’alors que je compris que quelque chose n’allait vraiment pas.
Je me précipitai vers lui et tombai à genoux à ses côtés.
« Noya ! Qu’est-ce qui t’arrive ? Réveille-toi ! »
« … »
Il ne répondit pas.
Shin Noya avait perdu connaissance.
« Noya ! »
Et il crachait du sang rouge sombre.