Chapitre 990
J’étais destiné à devenir une calamité.
Après avoir entendu ces mots, je restai un moment sans bouger.
Ce petit arbre était l’Arbre divin.
Mon âme avait été déformée jusqu’à ce que je mange le Fruit divin.
Et mon âme, déformée et égarée, n’avait retrouvé sa place qu’après l’avoir consommé.
Tout cela était bouleversant.
Mais au bout du compte, le plus bouleversant était que j’étais destiné à devenir une calamité.
… Alors, tout ça, depuis le début…
Tout avait donc mené à ça ?
Aux paroles de Yeon Il-cheon.
À tout ce que j’avais vécu à Zhongyuan.
Même ma Régression… Tout cela n’était-il que la volonté du monde ?
… Et ma mère aussi ?
Ma mère n’était donc pas venue à Zhongyuan pour y semer une calamité.
Elle était venue y laisser une calamité derrière elle.
La pensée qu’elle était venue laisser derrière elle la véritable calamité…
Je n’arrivais pas à l’assimiler. Mon esprit était complètement vide.
Pourquoi la souveraine de Mangye détruirait-elle Zhongyuan pour prendre sa place ?
Une calamité était censée être quelqu’un qui avait perdu son monde et passait à l’action.
Ma mère régnait déjà sur Mangye, et pourtant, elle était apparue à Zhongyuan.
J’avais cru autrefois que c’était à cause de la Fosse de l’Abîme, une autre souveraine.
… Mais si elle n’était pas venue pour devenir une calamité, mais pour en créer une…
Alors, tout s’expliquait.
Et c’était précisément pour ça que c’était putain d’insupportable.
Parce que si c’était la vérité, si c’était la bonne réponse, alors c’était complètement, absolument insensé.
« Bon sang… ! »
Boum !
Le sol se fendit sous mon poing.
La force de mes émotions, alliée à ma cultivation, écrasa la terre comme du tofu.
« Merde. »
Je voulais le nier.
Il fallait que ce soit faux.
J’espérais que ce ne soit pas vrai.
… Putain.
Mais je ne pouvais pas le nier.
La réalité de la situation ne me le permettait pas.
Et la vie que j’avais menée jusque-là non plus.
Une Régression qui m’avait été imposée ?
Ces choses inconnues enfouies dans mon corps ?
Les événements qui ne cessaient de se produire contre ma volonté ?
Rien de tout cela n’avait d’importance.
Ce qui comptait, c’était…
Même si je le nie, je ne peux rien y changer.
J’aurais beau marteler le sol et hurler que c’était faux, rien ne changerait.
Je le savais.
Je devais donc l’accepter au plus vite et trouver un moyen de le surmonter.
C’était comme ça que j’avais survécu jusque-là.
Mon esprit cherchait déjà une solution…
… Ferme-la, espèce d’abruti.
Le fait que je m’efforce encore de réfléchir rationnellement dans une situation pareille était d’une pitoyable absurdité.
Il fallait vraiment que je sois comme ça, même maintenant ?
… Même après avoir appris que j’étais destiné à devenir une calamité ?
Je n’avais pas le temps de faire mon deuil.
Pas le temps de me mettre en colère.
Je devais encore continuer d’avancer, même maintenant ?
Qu’est-ce que je suis censé faire, putain ?
Après en être arrivé là, qu’est-ce que j’étais censé faire ?
J’avais déclaré que je surpasserais Cheonma et que j’abattrais le Démon de Sang.
Mais si c’est vrai, alors je suis encore plus dangereux qu’elles.
Si j’étais destiné à devenir la calamité de Zhongyuan…
Alors, n’étais-je pas plus dangereux que Cheonma ou le Démon de Sang ?
« Haha… »
Un rire m’échappa malgré moi.
C’était tellement absurde que je ne pouvais pas m’en empêcher.
« C’est… C’est complètement dingue. »
Je levai la main pour frapper de nouveau le sol…
Mais je me retins.
« Qu’est-ce que je fous, au juste… ? »
Je me sentais vide.
Complètement, absolument vide.
J’avais couru sans jamais m’arrêter.
Avec mon caractère insensé, j’avais lutté et forcé le passage à travers chaque obstacle.
Même quand j’avais envie d’abandonner, j’avais tenu bon par pure obstination.
Et pourtant…
« Mais qu’est-ce que… »
Qu’est-ce que j’avais fichu pendant tout ce temps ?
Crac.
Je serrai le poing si fort que mes os craquèrent.
Mon esprit était encore engourdi, incapable de comprendre quoi que ce soit.
Seules mes émotions tourbillonnaient en moi dans un chaos indescriptible.
Une calamité ?
J’étais censé être une calamité ?
Ces mots tournaient en boucle dans ma tête.
Pourquoi moi ?
Pourquoi diable étais-je la calamité ?
Après tout ce que j’avais traversé.
Après tout ce que j’avais enduré depuis ma Régression.
… Et si j’étais à l’origine de tout ça ?
La chose que je devais arrêter…
ce n’était peut-être personne d’autre
que moi-même.
Alors, que devais-je faire ?
Si j’étais vraiment destiné à devenir une calamité…
Je devrais juste mourir ?
Tout s’arrêterait-il si je mourais ?
Si c’était vraiment aussi simple, est-ce que je devais me tuer sur-le-champ ?
Je passai une main dans mes cheveux.
« … Merde. »
Le juron m’échappa instinctivement.
Mourir ?
Ça ne me faisait pas peur.
J’avais depuis longtemps dépassé le stade où la mort m’effrayait.
Mais…
Autre chose me faisait peur.
Les visages que je ne pourrais plus revoir.
Les choses auxquelles je ne pouvais plus renoncer.
Les raisons qui me poussaient à avancer avec une détermination implacable.
En y pensant…
Je compris que je ne pourrais pas me résoudre à mourir si facilement.
« … C’est complètement dingue. »
Je laissai échapper un rire creux.
Puis le doute s’insinua en moi.
« … Ne me dis pas que ça aussi, ça fait partie de ton plan ? »
Et si même cet instant…
si même l’état dans lequel je me trouvais faisait partie des desseins du monde ?
Tout était suspect.
Si le moi que j’étais aujourd’hui n’était rien de plus que le pion d’un autre, à quoi bon tout ça ?
« … Ah. »
Une vague d’épuisement s’abattit sur moi.
Je ne savais absolument rien.
« … Mère. »
Je murmurai ces mots, qui dissimulaient une question que je n’osais pas formuler.
Qu’essayais-tu de faire, exactement ?
M’avais-tu laissé derrière toi comme une calamité parce que c’était la seule raison de ta venue ?
Alors pourquoi as-tu déformé mon âme ?
Noya avait dit que mon âme déformée m’avait permis d’échapper à mon destin.
Qu’elle m’avait détourné de la voie qui aurait fait de moi une calamité.
Alors pourquoi…
Pourquoi maintenant ?
Pourquoi m’avait-elle fait manger le Fruit divin, maintenant ?
C’était Yarang qui me l’avait fait avaler, mais Noya et moi pensions tous deux que les actes de Yarang étaient dictés par les intentions de ma mère.
Noya avait dit…
Si elle avait restauré mon âme à présent,
c’était qu’elle avait un plan.
Qu’il existait une voie à suivre.
Ces paroles m’avaient aidé à reprendre le contrôle de ma respiration.
Mais rester là…
Rester à cet endroit m’était insupportable.
Alors je partis, presque en fuyant.
Je ne quittai pas complètement le mont Hua.
Je m’assis simplement à l’écart, seul, à bonne distance de l’Arbre divin.
Je savais parfaitement que ni Noya ni la tortue n’auraient de mal à me retrouver.
Mais j’étais certain qu’ils ne viendraient pas.
Parce qu’ils savaient…
que j’avais besoin de temps.
Crounch.
Comme si mes mains ne pouvaient rester immobiles, je n’arrêtais pas d’arracher les mauvaises herbes qui poussaient au sol.
Des dizaines de milliers de pensées déferlaient en même temps, m’empêchant de rester sans rien faire.
Si je suis destiné à devenir une calamité…
Est-ce que cela signifiait que j’étais destiné à devenir le souverain de Zhongyuan ?
Si c’était le cas, j’anéantirais tous les êtres vivants pour prendre la place de l’ancien souverain, Muah.
… Comment ?
Si je devais tout anéantir, comment m’y prendrais-je, exactement ?
Par la seule force, comme le Démon de Sang ?
Ou bien y avait-il autre chose ?
En tout cas, je n’avais pas de telles pensées, pour l’instant.
Je n’avais ni envie ni intention de devenir une calamité.
Si je pouvais encore espérer quelque chose, alors peut-être… oui.
Noya se trompe peut-être.
Aussi infaillible que Noya puisse paraître, n’était-il pas possible qu’il se soit trompé, juste cette fois ?
Je m’accrochais à ce mince espoir.
« …… »
Je cessai de réfléchir et me passai une main sur le visage.
Je le frottai jusqu’à le sécher, puis recommençai encore et encore.
« … Ah. »
Qu’étais-je censé faire ?
Qu’est-ce que j’étais censé faire, maintenant ?
Qu’attendait le monde de moi ?
Je l’ignorais.
Et cela ne faisait qu’accroître le poids qui m’écrasait.
Mes mains tremblaient.
Je mordis le bout de mes doigts tremblants.
Un mince filet de sang coula le long de ma main.
Bien que je sache que je m’étais blessé, je mordis plus fort.
Reprends-toi.
Ce n’était pas le moment.
Je devais me ressaisir.
Je devais trouver une voie à suivre.
Je ne pouvais pas me permettre de rester dans cet état.
Il fallait que je trouve une solution.
Même si rien ne me venait à l’esprit…
Je devais me forcer à trouver quelque chose.
Parce que j’avais toujours fait comme ça.
Et que je devais faire pareil, maintenant.
Qu’est-ce que je fais ? Et si Noya avait raison ? Je dois partir du principe qu’il a raison et agir en conséquence ? Dans ce cas, que dois-je prévoir ? Comment échapper à ce destin ? Comment m’en libérer ?
Une question après l’autre.
Un cycle de pensées stériles.
Cette répétition sans fin commença à me ronger.
Je mâchonnais, encore et encore.
Je continuai à me ronger les doigts, le goût du sang emplissant ma bouche.
Ça devait me faire mal, mais je n’en tins pas compte et continuai à mordre.
Et si je devenais vraiment une calamité ? Si je le devenais et que je devais tous les tuer ? Alors, ne devrais-je pas rester à l’écart ? Est-ce que je ne ferais pas mieux de rester ici…
Je sombrais.
Peu à peu, je m’effondrais sous le poids de mes propres pensées.
Et alors…
Frouf.
Quelqu’un m’enveloppa doucement la main et m’empêcha de continuer à me mordre les doigts.
Surpris par ce contact inattendu, je tressaillis.
Flic !
Je retirai vivement ma main et me retournai, stupéfait…
« … Ah. »
« … Toi. »
Celle qui m’avait saisi la main était Cheonma.
Depuis quand était-elle arrivée ?
J’étais tellement perdu dans mes pensées que je n’avais même pas remarqué sa présence.
Alors que je restais figé, déconcerté, Cheonma s’avança et reprit ma main.
Le sang en coulait encore.
« … Ça va ? »
Sa voix laissait percer une pointe d’inquiétude.
Je fronçai les sourcils.
« Mêle-toi de tes affaires. »
Mes émotions étaient en plein désordre et je ne parvenais pas à maîtriser mon ton.
Mes paroles jaillirent comme un grognement.
« … Je ne suis pas en état de te parler, là. Dégage. »
« …… »
Même après que je lui eus craché ces mots, Cheonma, comme toujours, ne bougea pas.
La seule différence, cette fois, c’était que son expression était moins impénétrable que d’habitude.
Il y a quelque chose… de différent, aujourd’hui.
Son regard, d’ordinaire indifférent, était moins détaché.
Une lueur ténue brillait dans ses yeux, son expression avait légèrement changé…
On y devinait presque l’ombre d’un sourire.
J’imagine des choses ?
Mon état me faisait-il halluciner ?
Cette pensée fugace me traversa l’esprit…
Puis elle prit la parole.
« … Tu as beaucoup de mal, en ce moment ? »
« … Quoi ? »
« On dirait que tu traverses une période difficile. »
Je pinçai les lèvres.
« Ah oui ? Et quoi, tu vas me réconforter, maintenant ? »
Mes mots dégoulinaient de sarcasme.
Comme un idiot.
Comme un parfait putain d’idiot.
« Va pas fourrer ton nez là où ça ne te regarde pas. Et ne t’imagine pas qu’on est proches parce qu’on a voyagé ensemble. »
Je me noyais dans mes émotions.
Je me déchaînais comme une bête acculée.
Je savais à quel point j’étais pitoyable.
Je savais exactement à quel point cette scène était répugnante.
Mais je n’arrivais pas à m’arrêter.
« Je te l’ai déjà dit : tu me répugnes… »
Avant que je puisse finir, mon visage fut soudain tiré vers elle.
Tout droit dans ses bras.
« … Qu’est-ce que… ?! »
J’allais lui hurler dessus, furieux, et lui demander ce qu’elle foutait.
Mais…
« … Ça va. »
« …… »
« Ça va. »
Je me figeai.
Une main me tapota doucement le dos.
« … Ça va. Ça va. »
Ce n’étaient pas de vaines paroles, des paroles réconfortantes et fleuries.
Elle se contentait de le dire.
Et pourtant…
Même si c’était la personne que je détestais le plus qui me le disait…
Même si c’était Cheonma…
Peut-être…
Peut-être avais-je simplement eu besoin de quelque chose…
de quelqu’un…
sur qui m’appuyer.
Alors, je gardai le silence.
Je restai là, sans dire un mot.
« … Ça va. »
C’est pour ça que…
« Tu t’en es toujours bien sorti. »
Son ton…
Il était complètement différent de d’habitude.
Bzzzz…
Dans la main qui me caressait le dos circulait une énergie qui m’était inconnue.
Mais à cet instant…
Je ne le remarquai pas.
« … Alors, ça va. »
« …… »
Je ne la serrai pas davantage contre moi.
Je ne pleurai pas dans ses bras.
Je ne fis rien d’aussi stupide.
Je restai simplement immobile.
Je gardai le silence.
C’était tout ce que je pouvais faire.
Quand je finis par sentir que quelque chose clochait…
Quand je m’éloignai lentement de l’étreinte de Cheonma…
« … Adieu. »
Son expression avait déjà retrouvé sa neutralité.