Chapitre 565
Le ciel apparut de nouveau. C’était une vision à laquelle il s’était habitué.
Être jeté au sol d’innombrables fois l’avait rendu insensible à l’expérience.
[Disciple.]
Il leva la tête à l’entente de cette voix. Son cou le lança de douleur alors qu’il se redressait pour voir Paejon le fixer avec une expression particulière.
Il semblait que le vieux maître avait quelque chose à demander, mais il n’arrivait pas tout à fait à saisir de quoi il s’agissait.
[Qu’y a-t-il ?]
[Je me posais une question.]
[À propos de quoi ?]
[Qu’as-tu l’intention de faire maintenant ?]
[Hein ?]
La question sortait de nulle part. Il venait tout juste de prendre un moment pour reprendre son souffle après une raclée intense, et voilà qu’on lui sortait ça ?
[Pourquoi cette question soudaine ? Tu prévois de tracer les objectifs de ma vie ?]
[Pourquoi perdrais-je mon temps avec quelque chose d’aussi fastidieux ?]
L’expression de Paejon montrait clairement le peu d’intérêt qu’il portait à de telles considérations.
C’est quoi ce délire ? N’est-il pas censé être mon maître ?
[Alors ?]
Toujours perplexe, il posa la question, et Paejon finit par répondre.
[Ne te l’ai-je pas dit la dernière fois ?]
[Quoi exactement ?]
Vu le nombre de choses que Paejon avait dites, il ne pouvait pas s’en souvenir sur le vif. Dans un soupir, Paejon expliqua.
[J’ai dit qu’il était temps que tu commences à faire ce que tu veux.]
[Ah.]
Le souvenir lui revint. C’était il y a environ trois mois.
C’était au moment où il avait appris avec succès le Tua Pacheonmu, la Danse Céleste à Deux Pas. Une fois l’apprentissage terminé, Paejon lui avait dit :
[Cela devrait suffire.]
Il avait l’air satisfait, voire fier.
[Au moins maintenant, tu ne te feras plus tabasser où que tu ailles.]
Après deux ans et demi d’entraînement intensif sous la tutelle de Paejon, il avait enfin gagné l’approbation du vieux maître.
[Tu es prêt maintenant.]
[Vas-y et secoue les Plaines Centrales comme bon te semble.]
Paejon avait dit cela avec un sentiment d’impatience enthousiaste.
Trois mois s’étaient écoulés depuis.
[Et pourtant, te voilà encore à t’entraîner. Pourquoi n’es-tu pas parti ?]
Paejon le regardait désormais avec un mélange d’exaspération et d’incrédulité.
Sérieusement, si quelqu’un doit être frustré, c’est bien moi.
[Tu me fais vraiment des reproches parce que je me concentre sur mon entraînement ?]
Il n’en revenait pas. Au lieu d’être encouragé, il se faisait sermonner pour être resté dévoué à son entraînement.
L’attitude de Paejon le laissait totalement abasourdi.
[Ne m’as-tu pas dit de m’entraîner jusqu’à devenir exceptionnel ?]
[C’est juste une façon de parler. Personne ne vit uniquement pour s’entraîner.]
[…C’est l’hôpital qui se moque de la charité…]
[Quoi ?]
[Rien. Je m’éclaircissais juste la gorge.]
Whoosh— !
Il tourna la tête juste à temps pour esquiver le poing de Paejon.
C’était passé près — une fraction de seconde plus lent, et son crâne aurait été fracassé.
Ce qui était amusant, cependant, c’était la légère lueur de satisfaction qui apparut dans les yeux de Paejon lorsqu’il esquiva.
[Eh bien, eh bien. Regarde-toi.]
Il y a quelques mois, esquiver aurait été hors de question. À l’époque, il aurait encaissé le coup de plein fouet.
Maintenant, il pouvait éviter quelques frappes.
Cependant...
[Tu pourrais arrêter d’essayer de me frapper sans prévenir ?]
Bien que ses réflexes se soient améliorés, cela ne faisait que renforcer à quel point Paejon était terrifiant de maîtrise.
L’éveil de l’Œil Céleste, un don hérité de la maîtrise du Tua Pacheonmu, avait aiguisé sa perception.
Cela lui permettait de voir le flux de l’énergie interne — la direction et l’intention derrière les mouvements d’un artiste martial — avant même qu’ils n’agissent.
En observant l’énergie elle-même, il pouvait prédire leur prochain mouvement. C’était une capacité remarquable.
Mais elle avait un défaut.
[…Ugh…]
Il se massa les tempes en gémissant doucement.
C’était le revers de la médaille de l’Œil Céleste. L’utiliser sur une période prolongée entraînait une fatigue oculaire intense et des maux de tête fulgurants.
Les flux d’énergie qu’il observait étaient complexes et chaotiques. Même s’il pouvait prédire les mouvements, réagir à temps était une tout autre affaire.
Il ne l’avait utilisé que quelques minutes, et déjà sa tête martelait.
[Comment supportes-tu ça, vieil homme ?]
Paejon avait prétendu utiliser l’Œil Céleste durant tous ses duels — et même dans sa vie quotidienne. Il disait y être tellement habitué désormais que cela ne le dérangeait plus.
La douleur atroce qui accompagnait l’utilisation du Tua Pacheonmu était une autre paire de manches.
Chaque technique que Paejon avait créée était absurdement exigeante.
Ce n’était pas juste de la puissance pour la puissance ; le prix à payer pour la manier était sévère.
D’une certaine manière, c’était presque plus démoniaque que l’énergie démoniaque elle-même.
[Arrête de changer de sujet et réponds-moi.]
[Répondre à quoi ?]
[Qu’as-tu l’intention de faire à partir de maintenant ?]
Se massant les tempes pour soulager son mal de crâne, il vit Paejon plisser légèrement les yeux alors qu’il insistait.
[Tu étais si impatient de mettre les Plaines Centrales sens dessus dessous. Alors pourquoi es-tu toujours terré ici ? C’est ce qui me rend curieux.]
[Je trouve juste l’entraînement amusant, c’est tout.]
[Bien sûr, c’est ça.]
On pourrait penser qu’un maître serait fier du dévouement de son disciple à l’entraînement.
Mais l’attitude de Paejon défiait toutes les attentes.
[Et je suppose que tous ces complots avec tes subordonnés sont aussi juste pour le plaisir ?]
[…Comment es-tu au courant pour ça ?]
[Il n’y a que trois endroits dans ton clan où mes yeux et mes oreilles ne portent pas. Tu penses vraiment que je ne le remarquerais pas ?]
Trois endroits ?
L’un était probablement les appartements privés de son père.
Un autre pourrait être le logement où résidait Cheonjon.
Et le troisième...
Peut-être la chambre souterraine du clan Gu ?
Cette réalisation le fit déglutir inconsciemment. Il tenta rapidement de changer de sujet.
[N’as-tu pas dit que je pouvais faire ce que je voulais après avoir obtenu ta permission ?]
Une fois qu’il avait maîtrisé le Tua Pacheonmu, Paejon avait déclaré qu’il était libre d’agir comme il l’entendait.
[Je l’ai dit. Je l’ai certainement dit.]
Paejon soupira profondément avant de poursuivre.
[Mais en t’observant, je ne peux m’empêcher de m’inquiéter.]
[À mon sujet ?]
[Non. Je m’inquiète du désastre que tu retiens et du moment où il va exploser. C’est ce qui me préoccupe.]
Quel genre d’affirmation absurde était-ce là ?
Il fronça les sourcils face à Paejon, incapable de cacher son irritation.
[Qu’ai-je fait pour mériter ça ?]
[Pas encore. Mais il est clair que tu prépares quelque chose.]
[…Ahem.]
À cela, il ne pouvait nier.
Il préparait effectivement quelque chose.
S’entraîner si intensément et construire ses fondations faisait partie de la préparation.
Paejon avait peut-être dit qu’il était prêt, mais il ne le pensait pas encore.
Ce qu’il visait à accomplir exigeait bien plus que ses capacités actuelles.
À tout le moins, il devait encore réduire l’écart.
Juste un peu plus.
[Ce n’est pas comme si je prévoyais quelque chose d’outrageant.]
Il croisa le regard de Paejon et ajouta :
[Il y a deux personnes que je dois écraser.]
Deux figures qu’il devait arrêter à tout prix.
[Et j’ai trouvé un moyen de les faire tomber toutes les deux en même temps.]
Un plan pour contrer le chaos imminent de Cheonma et affronter le Démon de Sang en même temps.
C’était quelque chose que lui seul pouvait accomplir.
Le plan était simple, presque risible.
Il dépouillerait Cheonma de son influence et de son pouvoir, perturberait le chaos qu’elle cherchait à déchaîner, et rappellerait simultanément aux Plaines Centrales la menace imminente de l’effusion de sang, les forçant à se préparer pour l’avenir.
En même temps...
Je sécuriserai le pouvoir dont j’ai besoin pour affronter Cheonma et le Démon de Sang.
C’était un pari, un pari qui semblait impossible et plus risqué que tout le reste.
Mais il croyait que cela valait la peine d’être tenté.
Le problème était...
Pour rappeler à l’Alliance Murim le danger posé par l’effusion de sang imminente, un incident sera nécessaire.
J’avais discrètement diffusé des informations sur la gestion des bêtes de rang cramoisi via divers réseaux de renseignement, mais changer les perceptions sur un désastre qui ne s’était pas encore produit était impossible par la seule information.
Les humains sont des créatures d’apathie.
Ils ont tendance à prendre les dangers futurs à la légère.
Alors...
J’avais besoin d’une méthode.
Et j’ai trouvé la plus simple.
C’était une logique directe.
Si les gens sont indifférents à quelque chose qui ne s’est pas produit,
Alors il faut le provoquer pour les forcer à prendre conscience.
Pour antagoniser et ébranler les fondations de l’Alliance Murim,
Et pour leur rappeler l’existence d’un être doté d’un pouvoir et d’une influence écrasants qui fit autrefois trembler les Plaines Centrales.
La cheffe du Culte Démoniaque, Cheonma.
Son existence même avait, à une époque, uni l’Alliance Murim fracturée, qui pourrissait sous le poids de l’honneur et de la droiture mal placés.
Elle les avait forcés à rassembler des forces sans précédent et à mener une guerre à grande échelle.
Le phénomène né de la crise qu’était Cheonma.
…Et donc.
Si une crise peut servir un tel dessein,
Alors en créer une est assez simple.
Cela, je pouvais certainement le gérer.
En d’autres termes,
Dans un monde où une telle « crise » n’est pas encore apparue...
[Je pense qu’il est temps que je mette en scène une petite pièce.]
Cela signifiait que j’avais décidé de devenir la crise moi-même.
Le monde vacilla.
« ...Frère. »
Une voix atteignit ses oreilles, bien que ses paupières lourdes refusent de s’ouvrir complètement.
« Allez, réveille-toi... ! »
C’était une voix urgente — celle de Gu Ryeonghwa, peut-être ? Il entrouvrit à peine les yeux, s’efforçant de se concentrer.
Poignet.
Il bougea faiblement son bras.
Cliquetis.
Quelque chose était attaché autour de son poignet. Bien — il semblait que les entraves étaient solidement fixées à nouveau.
Après avoir craché du sang plus tôt, il avait pansé ses blessures, repris ses esprits et était retourné à la prison. Il avait libéré les ondes de choc pour gagner du temps, s’assurant que personne n’approcherait les cachots immédiatement.
Il s’était glissé de nouveau dans la cellule, ne laissant aucune preuve derrière lui — ou du moins, c’est ce qu’il espérait. S’il y avait des traces, Nahi s’en serait occupée.
En se réinstallant dans sa position initiale dans la cellule, il avait dû...
...s’endormir ?
Il semblait qu’il avait brièvement perdu connaissance.
Une erreur.
Je n’avais pas réalisé à quel point j’étais épuisé.
Il aurait dû rester vigilant quoi qu’il arrive. Succomber à la fatigue de son corps et s’évanouir était inacceptable.
Hum.
Il fit circuler une petite quantité d’énergie interne à travers son corps pour évaluer sa condition.
Le chaos à l’intérieur de lui était toujours palpable.
« Tch... »
Bien que son corps récupère lentement, les blessures internes restaient sévères. Il lui faudrait au moins deux mois pour guérir correctement.
...À tout le moins, je n’aurais pas dû utiliser Hwarunseong.
La tentative d’invoquer un soleil dans le vide avait drainé la moitié de l’énergie de son cœur. Se forcer à utiliser un pouvoir qui dépassait son niveau de cultivation avait entraîné une compensation de son énergie face à la tension.
Ce n’est pas durable.
Même s’il pensait avoir rempli les conditions pour l’utiliser, une seule tentative l’avait laissé dans cet état.
S’il devait recommencer, il lui faudrait une méthode plus efficace.
Alors qu’il contemplait des alternatives...
« ...Frère, s’il te plaît, réveille-toi. »
La voix ramena son attention.
Ah, c’est vrai — Gu Ryeonghwa l’appelait. Il répondit rapidement.
« Ah, désolé. J’ai dû somnoler un instant. Je n’ai pas bien dormi la nuit dernière. »
Il supprima les preuves de ses blessures avec son énergie. Tant qu’il n’y avait pas de signes visibles, cela devrait aller.
Gu Ryeonghwa semblait sur le point de dire quelque chose quand...
« Tu dois avoir été très fatigué. »
Une autre voix coupa court.
Il tourna la tête pour voir la Reine de l’Épée se tenir là. Elle avait l’air tout aussi épuisée qu’il se sentait, probablement à cause des événements récents.
Feignant l’ignorance, il lui adressa un sourire poli.
« Votre présence ici doit signifier que tout a été résolu, n’est-ce pas ? »
Cliquetis.
Il leva subtilement ses poignets enchaînés pour qu’elle les voie.
« Cela devient un peu lassant. J’apprécierais que nous puissions dissiper ce malentendu bientôt. Je jure que je n’ai rien volé. »
Il devait agir comme s’il ne savait rien des événements récents.
Son visage avait été dissimulé par un masque, son corps altéré, et même sa voix changée. Il ne devrait y avoir aucune preuve traçable.
Pourtant, il restait prudent.
L’expression de la Reine de l’Épée s’assombrit légèrement avant qu’elle ne parle d’un ton calme.
« J’aimerais vous libérer, mais pour le moment... »
« C’est bon. »
Avant qu’elle ne puisse terminer, une autre voix l’interrompit.
Une silhouette apparut de l’ombre, le faisant claquer de la langue intérieurement.
Je ne les ai même pas sentis.
Peut-être à cause de ses blessures, sa perception sensorielle était émoussée. Il n’avait pas remarqué cette présence, même lorsqu’elle était si proche.
Normalement, une telle erreur serait impossible. Surtout avec quelqu’un dégageant ce niveau de présence.
Le nouveau venu sourit à la Reine de l’Épée et parla.
« Si quelqu’un doit s’excuser, c’est bien nous pour notre discourtoisie, Reine de l’Épée. »
Whoosh.
Une rafale de vent fit onduler les robes blanches immaculées du vieil homme.
Sur les robes, des caractères gras étaient brodés, bougeant avec le tissu.
« Justice. »
La signification était sans équivoque.
C’était un homme qui incarnait la justice et la droiture inébranlables, le cœur des sectes orthodoxes.
Le chef de l’Alliance Murim.
Le Chef de l’Alliance lui-même.
Avec des traits acérés, des cheveux blanc neige, une barbe soigneusement taillée et un corps toujours robuste malgré son âge, l’homme dégageait une aura formidable qui fit instinctivement se tendre son corps.
La présence qu’il émanait était dans une ligue totalement différente de celle de Yu Baek, qui avait été appelé l’Épée Étoile Brillante.
...Alors il est vraiment là.
Le tout premier chef issu d’une secte orthodoxe, l’un des Dix Grands Maîtres des Plaines Centrales, faisant partie des Sept Fers et Trois Poings —
Le chef de Wudang, le Saint de l’Épée de Wudang.
Il était venu enquêter sur les événements qui s’étaient déroulés ici.
« ...Hein ? »
Un son étrange s’échappa de ses lèvres.
Tout le monde se tourna pour le regarder, perplexe.
Ce n’était pas le moment de laisser échapper un tel bruit. Même lui déglutit nerveusement après s’en être rendu compte.
Ce n’était pas intentionnel.
Mais...
Il ne pouvait pas s’en empêcher.
Que fait ce vieil homme ici ?
Se tenant tranquillement aux côtés du Saint de l’Épée de Wudang se trouvait un autre vieil homme.
En le voyant, il ne put réprimer sa réaction.
Sous le poids des regards de tous...
« Hoho. »
Un trait de curiosité et d’amusement s’installa sur le visage du mystérieux aîné alors que son regard se posait sur lui.
« Comme c’est curieux. Très curieux en effet. »
Le vieil homme, voûté comme si son dos était courbé depuis des décennies, tenait une canne pour se soutenir. Ses sourcils broussailleux et négligés retombaient sur ses yeux, les dissimulant presque entièrement.
Thud.
L’aîné s’approcha. Une odeur faible et désagréable flottait autour de lui, comme s’il ne s’était pas lavé depuis des lustres.
Pourtant, personne ne fronça les sourcils face à l’odeur — pas même lui.
S’ils connaissaient l’identité de l’homme, aucun d’entre eux n’oserait manquer de respect.
L’aîné s’arrêta devant lui et parla.
« Ravi de vous rencontrer, enfant. »
En effet, il reconnaissait l’aîné.
Il s’était souvenu de cet homme il n’y a pas si longtemps. Comment pourrait-il oublier ?
« Savez-vous qui je suis ? »
Demanda l’aîné joyeusement.
« ...Oui, je le sais. »
Il répondit avec certitude.
« Hoho, alors allez-y, devinez. »
« ... »
Après une brève hésitation, il finit par parler.
« C’est un honneur de rencontrer le chef de la Secte des Mendiants. »
En entendant cela, les sourcils broussailleux de l’aîné s’abaissèrent légèrement.
Cet homme n’était autre que le chef de la Secte des Mendiants, la faction connue comme les Oreilles de l’Alliance Murim.
Ubong Chwigye, Dobong.
Et pas seulement ça —
Le véritable Voleur Fantôme que Wudang avait cherché à manipuler.