Chapitre 1 164
La qualification suffit. Tu en es capable, alors essaie.
Je ne sus quoi répondre à ces mots.
… Qu’est-ce que ça veut dire ?
Il disait que j’avais acquis la qualification ?
« Ça veut dire que j’ai atteint la maîtrise ? »
Je tentai de préciser : parlait-il de la maîtrise de la Roue de feu des neuf flammes ?
« Ce n’est que le point de départ. Tu devrais le savoir. »
Gu Seongyeol réagit comme s’il voulait dire : « De quoi tu parles ? »
« Je ne comprends pas. »
Que voulait-il dire par là ?
Je n’en avais aucune idée. Je n’arrivais pas à comprendre.
Il dit que j’ai acquis la qualification.
J’en étais digne, maintenant ? J’en étais capable, non ? Pourquoi l’attitude de Gu Seongyeol me semblait-elle si étrange ?
« Je ne sais pas comment faire. »
Si j’avais su, je l’aurais déjà fait.
Surtout après avoir frôlé la mort tant de fois. J’aurais essayé à l’époque.
C’était forcément quelque chose qui dépassait l’ordinaire.
Cette forme inspirait naturellement la crainte. Elle n’avait rien d’humain ; elle venait d’un plan supérieur.
« Maîtrise » serait peut-être le terme qui convenait ? Shin Noya détesterait sûrement ça, mais pour l’instant, c’était le seul mot qui me venait à l’esprit.
Si j’y arrivais…
Ça me faciliterait la tâche.
Je savais que cela m’aiderait énormément à surmonter les épreuves qui m’attendaient.
Mais comment je m’y prends, au juste ?
Je n’en avais pas la moindre idée.
Pourquoi Gu Seongyeol affirmait-il que j’en étais capable ? Je le dévisageais toujours, perplexe.
« … Hum ? »
Gu Seongyeol remarqua ma confusion et plissa les yeux.
« Tu ne sais vraiment pas ? »
« Si je le savais, je serais encore là à vous regarder ? »
« … »
Fwoosh.
Ça…
Mon ton l’avait-il irrité ? Soudain, Gu Seongyeol fit apparaître des flammes dans sa main.
« Ah, ce n’est pas ce que je voulais dire… »
J’allais m’excuser quand…
« Mais le maître ne s’est-il pas exprimé bizarrement ? »
Je ne pus m’empêcher d’ajouter cette dernière remarque. Bon sang, ma grande gueule m’attirait toujours des ennuis.
Peut-être était-ce précisément cette phrase qui avait mis le feu aux poudres.
Fwoosh !
« … ! »
La main de Gu Seongyeol me transperça soudain la poitrine.
Je écarquillai les yeux en la voyant s’enfoncer sans difficulté.
Juste à l’endroit où se trouvait mon cœur.
Quel malade.
Comptait-il me tuer ? Comme je n’avais pas senti d’intention meurtrière, ma réaction fut tardive.
Mais…
Boum !
Qu’est-ce qui se passe ?
Le cœur qu’il tenait se mit à battre.
Je n’avais pas mal. Je ne ressentais qu’une douce chaleur.
Boum. Boum.
Boum…
« … »
« Qu’est-ce que… vous avez fait ? »
« Ah, je vois. »
Gu Seongyeol hocha la tête, mon cœur dans la main. Il semblait avoir compris quelque chose.
Fwoosh !
Il retira la main qui m’avait transpercé la poitrine. Étrangement, je n’avais aucune blessure.
« Il y avait une barrière. »
« … Une barrière ? »
Je touchai l’endroit où ma poitrine avait été transpercée.
Un.
« Tu es le dernier. »
« Hein ? »
Il continuait à débiter des choses qui n’avaient aucun sens.
Gu Seongyeol me regarda avec un étrange éclat de lucidité dans les yeux.
« Tu es le dernier héritier de la famille Gu. Je ne me trompais pas tant que ça, n’est-ce pas ? »
« C’est quoi, ces conneries ? »
Si vous avez quelque chose à dire, dites-le clairement. Je ne comprenais rien à ces paroles décousues.
« Que voulez-vous dire par “dernier” ? »
« Je me demandais comment tu avais atteint ce niveau sans être devenu maître. Quelqu’un a dû t’aider. Qui était-ce ? »
« … »
Je me figeai devant son assurance. Une foule d’hypothèses me traversa l’esprit.
« Et ce n’est pas une simple étincelle. Les choses de l’au-delà ont fusionné avec toi. Qu’est-ce qui t’empêche de t’effondrer ? »
« … »
Ce corps devenu semblable à celui d’un dragon.
L’énergie que j’avais acquise à Mangye.
J’avais déjà dépassé les limites de l’humanité, et tout cela s’était entremêlé en moi.
Et l’Art d’Absorption du Ciel démoniaque me permettait de tenir le coup.
Gu Seongyeol semblait l’avoir compris.
Alors c’est pour ça qu’il s’est trompé ?
Un corps rempli de toutes sortes de choses.
Et, naturellement, tout cela avait élevé mon niveau. En voyant ça, Gu Seongyeol avait dû supposer que je pouvais aussi atteindre le niveau de maître.
Alors que j’y réfléchissais, il reprit la parole.
« Les barrières qui se sont formées entravent désormais ta véritable nature. C’est ça, le mur. »
« … Hein ? »
Je ne m’attendais pas du tout à ça.
Ce qui m’a rendu si fort… m’entrave maintenant ?
Selon lui, ce qui m’avait rendu plus fort m’empêchait désormais d’avancer. Je fronçai les sourcils en l’entendant.
« Pour le dire clairement, c’est pareil pour les regrets auxquels tu n’as pas renoncé. Que veux-tu devenir ? »
« … »
Ses paroles firent écho aux doutes qui me tourmentaient depuis quelque temps.
« Où veux-tu demeurer ? Ou… où demeures-tu encore ? »
« … Qu’est-ce que vous voulez dire ? »
« Vas-tu tout porter et tout gérer ? Ou vas-tu tout vider pour ne garder qu’une seule chose ? Tu dois trancher avant d’obtenir ce que tu désires. »
Gu Seongyeol éteignit les flammes qui entouraient sa main, puis poursuivit :
« Même si tu portes beaucoup de choses, tu ne pourras jamais être comblé. Leurs formes diffèrent, alors des vides subsisteront. C’est ce qui crée l’imperfection. Décide-toi vite. Il ne semble plus te rester beaucoup de temps. »
Je ne sus quoi répondre.
Le dilemme qui me tourmentait ces derniers temps, c’était précisément celui qu’il venait de cerner.
Il ne me restait plus beaucoup de temps.
Qu’est-ce que cela voulait dire ?
Ma puissance ? Ou…
Était-ce de ma situation qu’il parlait ?
À l’entendre, cela concernait forcément ma force, mais…
Je continuais d’en douter.
« Pourquoi me dites-vous tout ça ? »
« … »
Pourquoi Gu Seongyeol me disait-il tout cela ? Voilà ce que je voulais savoir.
« Vous n’êtes pas particulièrement proche de moi, si ? »
J’appartenais à la famille Gu. J’étais le fils de Gu Cheolwoon, le fils de Gu Seongyeol.
Il m’avait peut-être aidé, mais je n’étais pas quelqu’un à qui il aurait normalement transmis de tels enseignements.
La famille Gu n’était pas vraiment un endroit chaleureux ou agréable, et je le savais. Gu Seongyeol le savait aussi.
Je pouvais comprendre les enseignements de Paejon, mais…
Pourquoi ce vieil homme fait-il ça ?
Gu Seongyeol m’avait montré la Maîtrise sous mes yeux.
C’était destiné à mon père, mais…
On dirait qu’il veut me montrer quelque chose.
La forme et la puissance qu’il avait déployées.
Il était évident qu’il m’avait montré tout cela.
C’est pourquoi je me posais des questions.
« Qu’attendez-vous de moi ? »
Il devait espérer quelque chose. Sinon, pourquoi ferait-il tout ça ?
Je lui demandai franchement ce qu’il voulait.
« … »
Gu Seongyeol ne répondit pas.
C’est ça.
Il était juste de dire que j’en avais la qualification.
Quoi ? Y avait-il quelque chose que je pouvais faire pour lui ?
Alors que je m’interrogeais, il me demanda :
« Je vais te poser une question. »
Gu Seongyeol me posa sa question.
« Dans le lieu où tu vis… qu’est-il arrivé à ma femme ? »
« … »
J’écarquillai les yeux à sa question.
Qu’est-ce qu’il me demandait ?
Il parle de ma grand-mère ?
Se pouvait-il que…
« … C’est ça que vous vouliez savoir depuis le début ? »
Il s’était soucié de ma maîtrise de mon état et m’avait guidé, mais tout ça, en fin de compte, c’était pour…
Pour sa femme ?
Il cherchait des nouvelles de son épouse ?
C’est absurde.
J’avais déjà compris qu’il était un peu bizarre.
Mais quand même…
… Est-ce que je devrais seulement lui répondre ?
J’avais entendu sa question, mais j’ignorais si je devais lui répondre.
Bah, après tout, ça ne changeait rien, non ? De toute façon…
Les choses que je ne devrais pas dire…
Peut-être que ça se bloquait tout seul, puisque je n’en avais pas reçu l’autorisation.
« Je ne sais pas. »
« Quoi ? »
Je lui répondis donc honnêtement.
« Je ne sais rien de votre femme. Je ne l’ai rencontrée qu’en arrivant ici. »
« … »
« J’aimerais vous en dire davantage, mais c’est tout ce que je sais. Je n’ai jamais entendu mon père en parler… ni le fils du chef de clan. »
J’avais rencontré mon grand-père, mais on ne pouvait pas vraiment appeler ça une rencontre.
Comme me l’avaient expliqué mes ancêtres…
À l’époque, mon grand-père n’était pas vraiment mon grand-père.
C’était un être qui avait renoncé à toutes ses émotions, ne gardant que la conviction qu’il devait protéger la porte et continuer à remplir son devoir.
Mes ancêtres m’avaient dit qu’il fallait le considérer séparément de l’être qu’il avait été auparavant.
Alors, je mis mon grand-père de côté.
Quant à ma grand-mère…
C’était une personne que je n’avais jamais rencontrée de ma vie. C’était aussi le cas de ma tante, Gu Seon.
Je ne savais donc pas grand-chose.
Après ma réponse sincère, le visage de Gu Seongyeol s’éclaircit.
Il était amer.
Une profonde amertume se lisait sur son visage.
« Alors, tout s’est terminé comme ça. »
« … Chef de clan ? »
« Merci de me l’avoir dit. Repose-toi, maintenant. »
« Pardon ? »
L’émotion qui avait brièvement paru sur son visage disparut aussitôt.
Il me tourna le dos et s’éloigna. Attendez, c’est tout ?
Je restai là, à le regarder partir.
« Ah, encore une chose. »
Gu Seongyeol s’arrêta et se tourna vers moi.
« Ne t’intéresse pas au sous-sol pendant quelque temps. C’est un conseil, pas un avertissement. »
« … ! »
Fwoosh !
Après ces mots, il disparut aussitôt dans les flammes.
« … C’est dingue. »
Je dus me forcer à rire.
« Quel homme perspicace… »
Il avait dû comprendre que j’avais quelque chose à faire dans les souterrains de la secte.
Mais un « conseil », pas un « avertissement » ?
C’était une façon bien étrange de me dire de ne pas y aller.
« Hmm. »
Qu’est-ce que je devais faire ?
Je comptais y aller aujourd’hui.
Mais, maintenant, ça me semblait un peu gênant de m’y rendre.
Après avoir entendu ça, j’avais vraiment l’impression que je ne devais pas y aller.
… Pour l’instant.
Je détournai le regard. Mes yeux se fixèrent sur un endroit éloigné, administré discrètement par la secte.
Si je ne vais pas dans les souterrains, je peux aller là-bas.
Puisqu’il m’avait déconseillé d’aller sous terre, il me restait une autre option.
C’était l’endroit où j’avais prévu de me rendre dès mon arrivée à la secte, et j’avais maintenant une bonne raison d’y aller.
La ligne de front.
Cette terre maudite, grouillant de ma-mul, était rigoureusement administrée au nom de la secte orthodoxe.
On dirait que…
« Je ferais mieux d’y aller, non ? »
Il allait falloir que je m’y rende aujourd’hui.