Chapitre 1 156
Je réfléchis.
« Hum. »
Puis je réfléchis encore.
« Mmm… »
J’aurais voulu croiser les bras et méditer, mais c’était un peu trop me demander pour le moment. À la place, je me creusai la tête de toutes mes forces.
Je continuai à réfléchir, cherchant un moyen de sauver la situation.
« Hum ! »
Et après tout ce remue-méninges…
Rien. C’était déjà foutu.
Il n’y avait pas de solution. Rien ne pouvait arranger ça.
J’avais beau y réfléchir cent fois, mille fois, la réponse restait la même.
Foutu.
Complètement, irrémédiablement foutu.
Une sueur froide me coula dans le dos tandis que j’évaluais la situation.
Et je n’étais pas le seul.
« …Mon épouse ? »
Gu Seongyeol, qui me menaçait encore un instant plus tôt, était lui aussi figé sur place.
« …C-ce n’est pas possible… »
Gu Ryun, celui qui avait lâché ces mots, était tout aussi abasourdi.
Et puis il y avait Jin Yeonryeong…
« …Un fils ? »
Elle resta là, livide, à me dévisager avec une stupéfaction totale.
« Commandant de division… Qu’est-ce que vous racontez… ? »
« A-ah… Eh bien, c’est… »
« Un fils ? Ce guerrier Baek serait… ? »
Jin Yeonryeong tourna vers moi son regard tremblant.
« …Tu es son fils ? »
« …Dame Jin, ce n’est pas… »
Gu Ryun tenta de s’expliquer, mais…
« Kh… ! »
Il serra les dents, comme s’il venait de prendre une ferme résolution.
Oh, merde.
Je ne savais pas ce qu’il mijotait, mais quoi que ce soit, il fallait absolument que je l’arrête.
« Attendez, Aîné… Non ! Grand guerrier, un instant… ! »
Je tentai vite de m’interposer, mais…
« C’est vrai… ! Cet enfant est le descendant caché du chef de famille… ! »
« Putain. »
Gu Ryun ne s’arrêta pas. Il déballa tout.
Une révélation fracassante éclata au grand jour.
« …Quoi ? »
Gu Seongyeol, lui, restait là, complètement déconcerté.
La nouvelle était tombée de nulle part.
« …Quelle est cette absurdité… Non. »
Affolé, Gu Seongyeol se tourna vers son épouse.
« Non, ce n’est pas… »
« …Quoi ? »
Mais Jin Yeonryeong était trop stupéfaite pour réagir correctement.
« Comment ça, “quoi” ? Arrêtez de chercher des excuses ! »
Visiblement furieux de la réaction de Gu Seongyeol, Gu Ryun l’attrapa de nouveau par le col.
« Ce n’est pas une simple supposition ! La Perle de la Roue de Sang s’est activée ! Nous l’avons confirmé avec le sang de Cheolwoon ! Une telle réaction est impossible si vous n’êtes pas de la même famille ! Vous allez encore le nier ?! »
« …La Perle de la Roue de Sang s’est activée ? »
Gu Seongyeol tourna brusquement les yeux vers moi.
« … »
« … »
« …Ah. »
Un bref silence s’installa.
Ses yeux cramoisis s’illuminèrent.
Une voix résonna dans ma tête…
— Réponds-moi.
— Qui est ton père ?
« … »
Alors, il avait compris.
Je claquai intérieurement la langue, puis répondis.
— L’homme qui se trouve être votre fils, grand-père.
— …
À ma réponse, le chef de famille fronça les sourcils.
Quand je lui annonçai que mon père était son fils, Gu Seongyeol poussa un profond soupir.
Gu Ryun, en revanche, s’emporta davantage.
« Cessez de chercher à vous défiler, chef de famille ! Si vous êtes un homme, assumez vos responsabilités ! Vous allez encore le nier ? Très bien, faisons réapparaître la perle et… »
« Ce n’est pas nécessaire. »
Clac.
Gu Seongyeol écarta la main de Gu Ryun d’une tape.
« Quoi ? »
« …Ça suffit. »
Sa voix était grave, son visage crispé par la contrariété.
« …C’est mon enfant. »
Il soupira en l’admettant.
« …Ah… »
À ces mots, Jin Yeonryeong chancela et s’effondra.
« Oh… ! »
Je me précipitai pour la rattraper dans mes bras.
Elle avait déjà perdu connaissance.
« …Emmenez-la chez le médecin. »
Gu Seongyeol parla d’un ton sombre.
« Et… »
Il se tourna vers moi.
« Tu viendras dans le pavillon du chef de famille. »
« … »
« Nous avons des choses à nous dire. »
Son ton me rappela les fois où mon père me réprimandait.
Après avoir conduit Jin Yeonryeong chez le médecin, je suivis Gu Seongyeol jusqu’à ses appartements.
Criiiic.
La porte se referma derrière moi et je découvris un décor familier.
Je connaissais déjà cet endroit, même dans ma vie précédente : le pavillon du chef de la famille Gu.
Thud.
Gu Seongyeol s’assit dans son fauteuil et pressa ses doigts contre son front.
La pièce était plongée dans l’obscurité.
La seule chose visible dans la pénombre…
C’étaient ses deux yeux cramoisis qui luisaient.
Après un instant, il prit la parole.
« …Allume un feu. La pièce est sombre. »
« … »
Il savait déjà que je maîtrisais la Technique de la Roue de feu des neuf flammes.
Inutile de le lui cacher.
Clac.
Je claquai des doigts et des flammes bleues jaillirent dans les lanternes.
Fwoooosh !
« … »
En voyant leur couleur, Gu Seongyeol inclina légèrement la tête.
Son expression trahissait son mécontentement.
« …Quelque chose d’inhumain s’est mêlé à tes flammes. »
« C’est arrivé comme ça. »
« C’est justement ce qu’il faut éviter par-dessus tout. Un membre de la famille Gu… mêlé à des forces inhumaines ? »
« … ? »
Il me sermonnait sans prévenir.
La famille Gu devait éviter tout ce qui était inhumain ?
« Qu’est-ce que tu as à me regarder comme ça ? »
« C’est juste que… c’est la première fois que j’en entends parler. »
« Quoi ? »
« Oui ? »
À ma réponse, il me regarda comme si le fou, c’était moi.
« …Tu veux dire que tu ne sais rien de la famille Gu ? »
« Non, je sais ce que j’ai besoin de savoir. »
« Et jusqu’où s’étendent tes connaissances ? »
« Et vous, chef de famille, vous en savez combien ? »
« … »
« Je plaisantais. »
Sérieusement. Cette famille n’avait aucun sens de l’humour.
« Je sais pourquoi la famille Gu existe. Ça, c’est certain. »
« …Ha. »
En entendant ça, Gu Seongyeol laissa échapper un rire sec.
« Et pourtant, tu n’es même jamais devenu Jeune maître ? »
« …Eh bien. »
Dans ma vie précédente, j’avais été le Jeune maître.
Seulement… plus maintenant.
Le vrai problème, c’était que…
Même en tant que Jeune maître, je n’en savais pas tant que ça.
Je n’avais appris que quelques choses :
La raison d’être de la famille Gu.
La vérité sur notre lignée.
Et…
Ce qui était enfoui sous terre.
D’innombrables entités inhumaines, dont j’ignorais tout.
Leur existence sous nos pieds.
« …Je ne comprends pas. »
Telle fut la réaction de Gu Seongyeol.
Il ne comprenait vraiment pas ce que je racontais.
Et maintenant, c’était moi qui commençais à être perdu.
« …J’étais censé le savoir ? »
« Ce bon à rien de Cheolwoon ne t’a donc rien dit ? »
« On n’était pas vraiment proches. On n’était pas du genre à avoir de longues conversations de père à fils. »
Je n’en avais jamais entendu parler.
Qu’il ne fallait pas se mêler aux êtres inhumains.
Que l’histoire de la famille Gu ne se résumait pas à ce que je connaissais.
Mon père ne m’en avait jamais rien dit.
Pourquoi ?
Je n’y comprenais rien. Alors que je tentais de digérer tout ça…
« Dans ce cas… »
Gu Seongyeol prit la parole, le visage profondément crispé.
« …Le fardeau qu’il n’a pas pu porter… a-t-il été laissé à son enfant, qui doit le porter seul ? »
« …Quoi ? »
« Quelle décision insensée. »
Gu Seongyeol se mordit la lèvre. Son visage était empreint de regrets.
« …Qu’est-ce que vous voulez dire ? Non, surtout… »
Il fallait que je pose la question.
« Vous me croyez vraiment quand je vous dis qui je suis ? »
Je venais de lui dire sans détour que j’étais le fils du fils de Gu Seongyeol, et il l’avait accepté sans poser la moindre question. C’était pour le moins étrange.
À ma question, Gu Seongyeol me fixa de ses yeux perçants et brillants.
« Aussi étrange que soit la situation, la chaleur qui t’habite et le fardeau que tu portes en sont la preuve. Et puis, dans un monde où des choses encore plus étranges se sont produites, ce n’est pas si étonnant. »
« … »
Ça… se tenait, en fait.
« Quel est ton objectif ici ? Pourquoi es-tu venu, alors que tu n’as pas accompli ce qui t’incombait ? »
« …Ce n’est pas comme si j’avais voulu venir. »
On m’avait traîné ici.
Je m’apprêtais à lui expliquer la situation quand…
Gloups.
« … »
Mes lèvres s’entrouvrirent, puis se refermèrent.
Quelque chose m’obstruait la gorge et m’empêchait de parler.
« …Merde. »
Je me grattai l’arrière du crâne.
Je ne peux pas en parler ?
Je venais d’apprendre quelque chose de nouveau.
Apparemment, je ne pouvais dire à personne pourquoi j’étais ici.
Je ne m’en étais même pas rendu compte avant, puisque je n’avais jamais essayé de le dire à voix haute.
« On dirait que je ne peux pas le dire. »
Je répondis honnêtement.
En entendant ça, Gu Seongyeol prit un air sombre.
« Une entrave. »
« Peut-être. Je n’en sais rien, mais c’est probable. »
Je n’en étais pas totalement sûr, mais c’était l’impression que j’avais.
« J’ai beau y réfléchir, je ne comprends pas… Comment es-tu venu ici en tant qu’Être calciné ? »
Il le répéta.
L’Être calciné.
J’avais perdu le compte du nombre de fois où j’avais entendu ce terme.
« …Ce satané “Être calciné”. Qu’est-ce que c’est, au juste ? »
« …Tu ne le sais même pas ? »
« Je suis censé le savoir ? »
Mon père m’avait aussi caché ça ?
« Les Êtres calcinés sont ceux qui perturbent l’équilibre du monde. Ils marquent la fragile barrière qui le maintient en place. Pour faire simple, ce sont des choses qui ne devraient pas exister. »
« … »
Des choses qui ne devraient pas exister dans ce monde.
C’est moi, ça, hein ?
Ça semblait bien correspondre. Mais…
« …Comment l’avez-vous reconnu immédiatement ? »
« C’est le devoir du chef de famille. Il est impossible de ne pas le savoir. »
« …Quoi ? »
Le devoir du chef de famille ?
Ça me laissa stupéfait.
C’était donc l’une des responsabilités du chef de famille ?
Détecter la présence de ceux qui ne devraient pas exister ?
« …Attendez. »
Mon esprit se vida un instant.
Puis…
Alors, était-ce pour ça…
Était-ce pour ça que mon père, bien qu’il fût chef de famille, quittait souvent le domaine ?
J’avais toujours supposé qu’il s’occupait de questions liées à la Grande Porte de Magyeong ou à la Porte de Magyeong.
Mais si ce n’était pas le cas…
S’il sortait plutôt pour ça…
Tout s’éclaira soudain.
« Les Êtres calcinés ne suivent ni le cours du temps ni celui de l’histoire. On les perçoit simplement dès qu’ils existent. Et il se trouve que l’un d’eux… est mon petit-fils. »
« … »
« Si tu n’es pas venu ici avec un objectif précis, alors pars. Ce n’est pas ta place. »
Aux paroles de Gu Seongyeol, j’avalai ma salive avec difficulté.
« …Ouais. Je le sais aussi. »
Je le savais.
Je voulais partir.
Mais je ne le pouvais pas.
Je voulais en dire davantage, mais…
« Chef de famille ! »
Une voix retentit de l’extérieur.
« Dame Jin a repris connaissance… ! »
« … ! »
À ces mots, Gu Seongyeol se leva d’un bond.
« …Nous reprendrons cette conversation plus tard. Attends ici. »
« …Hein ? Quoi ? »
Dès qu’il apprit que son épouse s’était réveillée, il se précipita dehors.
Lui qui n’avait fait que grogner et s’irriter jusque-là…
Affichait soudain un visage rongé par l’inquiétude.
…Merde.
Il aimait vraiment sa femme à la folie.
« …Sérieusement ? »
Et voilà que je me retrouvais… tout seul.
Il m’avait planté là et avait filé.
Alors que je restais assis, abasourdi…
Ah, oui.
Je me souvins soudain de quelque chose.
Je plongeai la main dans ma robe et en sortis un objet.
Une lettre scellée.
Celle qu’on m’avait dit de lire une fois arrivé à destination de la Division du Dragon Azur.
Elle concernait une mission top secrète.
« …Tiens. »
À vrai dire, je l’avais complètement oubliée.
Puisque j’étais seul, autant en profiter pour la lire.
Mais dès que je dépliai la lettre…
« … ? »
Je me figeai.
Car les mots qui y étaient inscrits…
[Enquêtez sur tout événement inhabituel sur la ligne de front.]
« … ? »
La ligne de front.
Cette expression, qui m’était étrangement familière, me fit grimacer.