Chapitre 1 152
Quelle était la cause de tout ça ? Comment diable en était-on arrivé là ?
J’avais trop de questions.
Non, sérieusement… qu’est-ce que c’était que ce bordel ? Comment ça avait pu arriver ?
Comme je ne comprenais pas, je lui posai la question. Hyun Soyeon me répondit calmement :
« J’ai dit que je voulais venir. Alors ils m’ont dit de venir. »
« Attends… quoi ? »
Tu avais dit que tu voulais venir, et ils t’avaient simplement répondu de venir ? C’était quoi, cette logique complètement dingue ?
« …Tu veux dire que le commandant t’a dit ça ? »
« Oui ! »
Elle en était sûre. Elle avait même l’air joyeuse. Mais qu’est-ce que tu étais, au juste ?
J’avais déjà du mal à comprendre pourquoi le commandant avait accepté, mais la grande question, c’était…
« Pourquoi tu veux venir ? »
Je ne comprenais pas pourquoi elle tenait à participer à cette mission. Elle n’avait aucune raison de nous accompagner, alors pourquoi venait-elle avec nous ?
Ah.
« Juste pour vérifier… Namgung Jin vient aussi ? »
« Oh, oui ! Tu n’étais pas au courant ? »
« … »
Namgung Jin venait donc aussi ?
Ce n’était pas ce qu’on m’avait dit au départ. Maintenant que je l’apprenais, tout s’éclairait.
C’est comme ce qui s’est passé avec Mi Horan ?
À bien y réfléchir, lorsque mon père était parti pour Hanam, Mi Horan l’avait suivi. La situation avait l’air assez semblable.
…Non, attends. C’est quand même un peu différent, non ?
Oui, il y avait une différence. Hyun Soyeon ne s’intéressait pas à Namgung Jin lui-même.
Elle avait des sentiments pour Namgung Hyeong.
Du moins, elle avait autrefois éprouvé des sentiments pour le futur Gwiseon.
Et Namgung Jin était déjà amoureux de Mi Horan. Je ne savais pas pourquoi Hyun Soyeon allait aussi loin, mais…
En fin de compte, le vrai problème, c’est que…
Hyun Soyeon venait avec nous.
« Hmm… »
« Pourquoi ? Ça ne te plaît pas ? »
Elle avait remarqué ma réaction et me demanda d’un ton taquin. Je répondis sans hésiter :
« Non. »
« Oh là là ! »
Hyun Soyeon ouvrit de grands yeux, surprise. Je me demandai si je n’avais pas été trop direct. Peut-être que ça allait la vexer.
« Mais tu n’y peux rien. Alors supporte-le. »
« … »
Elle était plus catégorique que moi.
Je sentis venir le mal de tête.
À cet instant…
« Hum… »
Une toux attira mon attention. Je tournai la tête et aperçus Gu Ryun assis non loin de nous.
La voiture était assez grande, mais avec Gu Ryun à l’intérieur, elle semblait incroyablement exiguë.
Paejon était grand lui aussi, mais Gu Ryun l’était encore davantage.
Il avait l’air d’avoir quelque chose à me dire et me regardait d’un air plutôt pitoyable.
J’avais presque envie de faire semblant de ne pas le voir, mais je finis par parler.
« …Tu as quelque chose à me dire ? »
« Hmm… eh bien… »
Il hésita. En le voyant ainsi, j’attendis.
« …Je ne le lui ai pas dit. »
« Ah… »
Je hochai la tête à ses mots.
Il n’avait donc pas dit à mon père que j’étais de sang Gu.
Je m’en doutais.
Je n’étais pas particulièrement surpris. Ancien Il — ou plutôt Gu Ryun, à cette époque — ne semblait pas si différent du vieil homme que je connaissais.
Si c’était Ancien Il…
Il ne dirait rien tant que les faits ne seraient pas établis.
« Merci. »
« … »
Je lui témoignai mon respect, et Gu Ryun hésita.
Il avait l’air de vouloir poursuivre la conversation.
Mais…
« Tss. »
Paejon, qui était assis à côté de nous, claqua la langue.
« C’est beaucoup trop étroit. Je sors. »
« Quoi ? »
Sans prévenir, il attrapa Gu Ryun et l’entraîna dehors.
Je ne savais pas si Paejon avait fait ça pour nous laisser un peu d’intimité ou parce qu’il se sentait vraiment à l’étroit, mais grâce à lui, la voiture parut soudain bien plus spacieuse.
Attends.
En regardant l’espace libéré, une pensée me traversa l’esprit.
On est trop nombreux. Est-ce qu’on va vraiment tous tenir dans cette voiture ?
Aussi grande soit-elle, elle ne semblait pas assez vaste pour nous tous. Tandis que je me posais la question…
« Ne t’inquiète pas. »
« Hein ? »
Hyun Soyeon me sourit et ajouta :
« J’ai fait ajouter une voiture, gratuitement. Le commandant en était très content. »
« … »
Voilà qui expliquait ce mystère. Je me demandais comment elle avait obtenu l’autorisation de participer à cette mission.
Elle avait réglé ça avec de l’argent.
Inutile de chercher plus loin. Maintenant que j’y pensais, Mi Horan n’était pas la seule à être riche : Hyun Soyeon aussi avait largement de quoi faire.
…C’est comme ça que fonctionne l’Alliance martiale ?
On pouvait vraiment tout régler avec de l’argent ?
…En même temps, je ne peux pas trop la ramener.
Si les rôles avaient été inversés, j’aurais fait pareil. L’argent était roi.
Clac.
La porte s’ouvrit.
Cette fois, ce fut mon père qui entra.
En montant dans la voiture, il croisa mon regard.
« … »
Nous n’échangeâmes pas un mot. Il s’assit simplement près de la fenêtre.
Hyun Soyeon lui jeta un coup d’œil, puis prit soudain la parole :
« Qu’est devenue cette dame un peu bizarre ? »
Je faillis m’étrangler.
Par « cette dame un peu bizarre », elle ne pouvait parler que de ma mère. Elle n’avait vraiment aucun filtre.
Mon père la fixa un instant.
« Pourquoi ? Elle ne vient pas avec nous ? »
« …Pas cette fois. »
« Vraiment ? La dernière fois, elle avait l’air de se comporter autrement que le vice-commandant. »
Elle faisait allusion au moment où ma mère s’était infiltrée en secret pendant notre précédent voyage.
Mon père resta un instant sans voix, puis répondit calmement :
« Ce n’est pas grave. Cette fois, elle ne vient vraiment pas. »
« Oh, je vois ? Quel dommage. Elle était intéressante. »
Hyun Soyeon avait l’air déçue, mais elle s’en tint là.
Elle pouvait parler : elle était tout aussi étrange à sa manière.
« …On part ? »
« Oui. »
Mon père acquiesça à ma question.
Les autres avaient apparemment pris des voitures séparées.
…Paejon et Ancien Il.
Je ne savais pas où ils étaient, mais ils nous rejoindraient de toute façon. Ce n’était donc pas important.
On part pour le Shanxi.
Le groupe avait quelque peu changé, mais du moment que nous arrivions au Shanxi, peu importait.
Je venais à peine d’acquiescer à cette pensée que…
Frouf.
« Hmm ? »
Quelque chose me toucha.
Mon père me tendait un objet.
Une lettre ?
En y regardant de plus près, c’en était bien une.
« Qu’est-ce que c’est ? »
« Prends-la. Le commandant m’a demandé de te la remettre. »
« …Comme ça, sans prévenir ? »
« Oui. »
Une lettre, tout à coup ?
Intrigué, je tendis la main pour l’ouvrir.
Clac !
Mon père m’attrapa le poignet.
« Pas maintenant. Lis-la une fois arrivés. Elle concerne une mission confidentielle. »
« … »
À ses mots, je rangeai la lettre. La lire une fois arrivés, hein ?
Et si je la lisais en chemin ?
Dans ce cas, n’aurait-il pas été plus logique de me la remettre une fois sur place ? J’avais des doutes, mais je décidai de laisser tomber.
« …Compris. »
« En route. »
À ma réponse, mon père donna aussitôt l’ordre au cocher.
« On part ! »
Hiiii !
Le claquement sec du fouet fit bondir la voiture.
C’est ainsi que commença notre voyage vers le Shanxi.
Le voyage jusqu’au Shanxi passa rapidement.
Il ne s’y passa pas grand-chose, et le trajet fut plutôt ennuyeux.
Les seuls incidents notables furent quelques chasses aux monstres et l’élimination des derniers vestiges de la Faction peu orthodoxe.
La Faction peu orthodoxe était donc aussi active à cette époque.
À l’époque où j’avais vécu, on croisait rarement des membres de la Faction peu orthodoxe.
Quand le Maître de l’Épée dirigeait l’Alliance martiale, la faction avait subi une vaste purge qui en avait éliminé la plupart des membres.
« Hmm. »
Dans cette perspective, c’était une drôle d’expérience de subir leurs attaques à présent.
Bien sûr…
…En fait, j’avais presque pitié d’eux.
Ceux qui nous attaquaient n’étaient pas particulièrement forts et ne représentaient pas une grande menace.
Pour commencer…
Tous les passagers de cette voiture étaient des monstres à leur façon.
La plupart étaient des artistes martiaux du niveau Hwagyeong, et l’un des Trois Maîtres se trouvait même parmi eux.
Quel fou furieux s’en prendrait à un tel groupe ?
Ce n’est pas comme si nous transportions quoi que ce soit de précieux.
Si nous avions eu quelque chose à voler, j’aurais au moins pu comprendre.
Mais s’attaquer à nous les mains vides ? C’était le genre de coup des petits voyous.
Quoi qu’il en soit, nous nous occupâmes d’eux sans faire de quartier. Pas un seul ne survécut.
Fouuush !
« Aaah ! »
Un artiste martial pris dans les flammes hurla tandis qu’il brûlait vif.
Mon père agita nonchalamment la main, et le feu se réduisit à un tas de cendres encore fumantes.
« …Je crois que je ne pourrai plus manger après ça. »
Hyun Soyeon grimaça en regardant la scène.
C’était plutôt brutal. Du moins, pour la plupart des gens.
En réalité, c’était presque clément.
À mes yeux, brûler vifs ces membres de la Faction peu orthodoxe était un acte de miséricorde.
Namgung Jin et Hyun Soyeon, eux, ne semblaient pas aussi habitués à ce genre de méthodes.
« À voir le vice-commandant, j’ai l’impression… qu’il est plus froid que je ne le pensais. »
« Ce n’est pas une impression. Regarde-le, tout simplement. »
« C’est vrai. »
Ça sautait aux yeux.
Cet homme était raide et impassible.
Ses arts martiaux reposaient sur les techniques du feu, mais je n’avais jamais vu quelqu’un d’aussi glacial que mon père.
Il était déjà comme ça quand il était plus jeune.
Même au sein du fougueux clan Gu, il était exceptionnellement froid.
Jeune ou vieux, mon père n’était pas très différent de l’homme que j’avais connu.
« C’est terminé. En route. »
Après avoir jeté un coup d’œil au tas de cendres, mon père se détourna.
Une fois le nettoyage achevé, la voiture reprit sa route.
Combien de fois cela s’était-il déjà produit ? Vu à quel point ça m’avait laissé de marbre, je supposai que ce n’était pas si inhabituel.
Hiiii !
Les chevaux hennirent tandis que la voiture avançait.
On ne devrait plus tarder à arriver.
Après ce qui m’avait semblé être une éternité dans la voiture exiguë, je plissai les yeux en regardant le paysage défiler.
Je le connaissais.
Même si cette époque était bien antérieure à la mienne, les routes de montagne n’avaient guère changé.
Je connaissais bien cet endroit.
Le Shanxi.
La terre où j’étais né et avais grandi.
Et pourtant, à cette époque, je n’étais pas encore né.
J’étais malgré tout enfin arrivé au Shanxi.
…Hein.
Je me surpris à me raidir. Pour une raison ou une autre, je n’arrivais pas à m’en empêcher.
Calme-toi.
Je devais simplement voir ce que j’étais venu voir.
Vérifier ce qui devait l’être. C’était le moyen le plus rapide de rentrer.
…Enfin, je ne savais même pas si c’était la bonne approche.
Je n’avais aucune certitude que ce que je faisais était la bonne chose à faire.
Mais…
Je n’ai pas d’autre choix.
Je n’arrivais pas à trouver d’autre solution.
Je n’avais donc pas d’autre choix que d’agir.
Au moment où je pris ma décision…
Crac.
« … ? »
Je tournai la tête.
Qu’est-ce que c’était ?
J’avais entendu le faible crépitement de quelque chose qui brûlait.
Ce n’était pas mon père : il était assis, les bras croisés et les yeux fermés.
Alors, d’où venait ce bruit ?
Je crus l’avoir imaginé et tentai de ne pas y prêter attention.
Crac…
Le bruit retentit de nouveau.
Mais qu’est-ce que…
Je ne l’avais pas imaginé.
Sentant que quelque chose clochait, je me mis à scruter les alentours.
Crac !
« Je vois. »
Une voix accompagna le crépitement des braises.
« C’est donc toi qui brûles. »
… !
Je passai aussitôt la tête par la fenêtre.
La voix venait de l’extérieur.
Mais…
…Quoi ?
Il n’y avait personne.
Et le bruit avait complètement disparu.
« … »
Mais qu’est-ce que c’était que ça, à l’instant ?
Encore secoué, j’entendis la voix du cocher à l’extérieur.
« Ah ! Ne vous inquiétez pas ! Nous arriverons bientôt ! Vous pouvez déjà voir l’endroit, là-bas ! »
Je suivis le geste de sa main et regardai devant moi.
Comme il l’avait dit, je le voyais.
Le Shanxi…
Le Shanxi.
J’étais enfin arrivé dans mon ancien pays natal.