Chapitre 1 145
J’étais fichu.
Ce fut la première pensée qui me vint à l’esprit.
Ah, je suis vraiment fichu.
Ça n’allait pas. Je n’aurais jamais cru que cette relique apparaîtrait ici.
Je ne savais même pas qu’elle existait encore.
Les archives secrètes du Clan Gu étaient plus modestes que celles des autres grandes familles, mais elles renfermaient tout de même un nombre non négligeable de reliques.
Je ne les avais pas toutes mémorisées. Mais si je me souvenais de celle-ci, c’était…
Parce que c’est un objet vraiment étrange.
Une relique capable de déterminer si deux personnes étaient liées par le sang.
Rien que l’existence d’un tel objet avait de quoi surprendre.
Le plus ironique, c’était que de nombreuses familles prestigieuses étaient prêtes à débourser une fortune pour l’emprunter.
Apparemment, dans les familles où les choses étaient particulièrement compliquées, ce genre de vérification s’avérait nécessaire plus souvent qu’on ne l’aurait cru.
J’en savais donc au moins un peu à son sujet.
Mais je n’aurais jamais pensé…
Que ce serait moi qui subirais le test.
Je fronçai les sourcils en regardant le sang couler le long de la perle. La Perle de la Roue de Sang. Voilà comment elle fonctionnait.
L’utilisateur insufflait son qi dans la perle.
Puis il y versait le sang de la personne à tester.
Si la perle réagissait au cours de l’opération, elle se mettait à luire.
… Et maintenant, voilà.
La perle, qui brillait désormais d’une lueur dorée, n’avait qu’une seule signification, impossible à contester.
La preuve d’un lien de sang.
Elle confirmait que le propriétaire du qi et celui du sang appartenaient à la même lignée.
« Elle brille sacrément fort. Vous ne trouvez pas ? »
« …… »
Gu Ryun sourit de toutes ses dents en parlant, mais je me contentai de le fusiller du regard. Puis je poussai un profond soupir et retirai ma main de la perle.
« Bon sang… Espèce de vieux sournois. »
« Qu’as-tu dit ? »
Gu Ryun réagit à mes paroles.
« Oh ho… Vous entendez ça, le gamin ? »
Pendant un instant, je crus l’avoir vraiment contrarié.
Mais alors…
« Avec un caractère pareil, tu es vraiment du Clan Gu ! Hahahahahaha ! »
Il éclata de rire, comme s’il en était sincèrement ravi. Quel vieil homme étrange.
Puis…
« À ta réaction, je vois que tu le savais déjà, pas vrai ? »
« …… »
Gu Ryun avait l’esprit vif. Ma réaction agacée ne fit que renforcer ses soupçons.
… Bon sang.
Ça me rendait fou.
Pourquoi fallait-il que cette relique apparaisse ici, précisément ?
Et, pour ne rien arranger…
C’était Paejon qui la transportait ?
Si Gu Ryun la tenait de Paejon, cela signifiait qu’elle lui avait appartenu à l’origine.
Pourquoi diable aurait-il besoin d’un truc pareil ?
Je ne comprenais pas pourquoi Paejon avait pris la peine de la garder… mais ce n’était pas le problème le plus urgent pour le moment.
« …… Haah. »
Qu’avait compris Gu Ryun, au juste ? Qu’il ait fait tout ce chemin juste pour s’en assurer était absurde.
C’était seulement parce qu’on se ressemblait ?
Je n’avais aucune idée de ce qui l’avait poussé à vouloir faire ce test et, franchement, je ne comprenais même pas par où commencer.
… Et mon père. Pourquoi ?
Que Gu Ryun lui ait demandé du sang… et que mon père le lui ait donné, c’était tout aussi incompréhensible.
Tandis que je m’empêtrais dans mes pensées…
« Pour que la perle brille autant… votre lien de sang doit être très proche. »
L’intensité de la lueur de la Perle de la Roue de Sang dépendait de la proximité du lien de sang entre deux personnes.
Et pour qu’elle brille si fort…
Il n’y avait qu’une seule explication.
Évidemment. Je suis son fils.
Son Descendant direct.
Son fils unique. Si le sang de mon père avait servi au test, il était normal que la réaction soit aussi forte.
Gu Ryun ne pouvait pas l’ignorer, et son expression se décomposa encore davantage.
« Toi… »
« …… »
Gloups.
J’avalai ma salive avec difficulté en soutenant le regard de Gu Ryun.
« … Tu es le fils illégitime du chef de clan ? »
« …… »
Pendant un instant, je faillis perdre contenance.
Je parvins de justesse à garder la tête froide et à reprendre mes esprits.
… Ouais, cette réaction se comprend.
De son point de vue, il était évident que je ne pouvais pas être le fils de mon père.
Alors, dans l’esprit de Gu Ryun, il ne restait qu’une possibilité : le chef de clan, autrement dit mon grand-père.
C’était logique.
Surtout que…
Il avait dit que je lui ressemblais.
On m’avait toujours dit que je ressemblais bien plus à mon grand-père qu’à mon père.
La réaction de Gu Ryun était parfaitement compréhensible.
Comme je gardais le silence, il le prit pour une confirmation, et son expression s’assombrit à vue d’œil.
« …… Impossible. Aussi fou soit-il, cet homme n’a jamais été du genre à semer sa descendance à tout-va. »
« …… »
Son jugement sur mon grand-père était pour le moins… particulier. Qu’il le traite de fou me déplaisait.
Clac !
Gu Ryun me saisit soudain l’épaule. Sa poigne était d’une force surprenante.
« Qui est ta mère ? Du Clan Baek ? Comment un enfant du Clan Gu a-t-il pu se retrouver là-bas… »
« … Ça fait mal. Lâche-moi. »
« Oh, mes excuses. »
En entendant mon ton irrité, Gu Ryun desserra aussitôt sa prise.
Son attitude changea subtilement.
« Je trouve déjà votre comportement déplacé. Je ne vois pas pourquoi je devrais vous expliquer quoi que ce soit. »
Je lui fis comprendre aussi clairement que possible que je n’appréciais pas la situation.
« Hmph… »
Gu Ryun, comprenant qu’il était allé trop loin, pinça les lèvres, embarrassé.
« … Je comprends ta position, mais il fallait que je le vérifie. »
« Pourquoi ? »
Je me forçai à repenser à mon enfance.
À l’époque où ma mère avait disparu, où j’étais resté brisé et où mon père ne m’aimait pas.
Ma voix s’assombrit naturellement.
« Ça ne signifie rien. Il n’y a aucune raison de le savoir. Je ne suis pas du Clan Gu, je suis du Clan Baek. »
« …… »
« Qu’est-ce que ça peut faire, de savoir où quelqu’un était censé appartenir ? Pour quelqu’un qu’on a abandonné, ses origines n’ont aucune importance. »
Les mots sortirent plus naturellement que je ne l’aurais cru.
Par le passé, quand j’avais essayé de me forcer à jouer un rôle, ça n’avait jamais marché. Mais en y mêlant un peu de mes véritables sentiments, le résultat était complètement différent.
À peine eus-je prononcé ces mots que l’expression de Gu Ryun changea.
Son regard se teinta de pitié.
« J’ignore pourquoi vous avez tenu à vérifier, mais ne vous préoccupez pas de moi. Je n’y penserai pas non plus. »
« Non, c’est… »
« Si vous avez terminé, je m’en vais. »
Je tournai les talons, laissant Gu Ryun derrière moi, le regard tremblant…
« Attends… ! »
Il tendit la main vers moi pour me saisir.
Je le sentis venir et raffermis mes appuis, prêt à prendre mes distances et à m’enfuir à tout instant.
Mais alors…
« Ça suffit. »
Clac !
Une main surgit et saisit le poignet de Gu Ryun.
C’était Paejon.
« Tss. Quelle honte. À votre âge, vous devriez savoir vous tenir. »
Il apparut, ses robes flottant dans le vent, et s’interposa entre nous.
Le visage de Gu Ryun se rembrunit complètement.
« Paejon. »
« Gu Ryun. Quand je t’ai vu t’emparer de cette perle à la hâte, je me suis demandé ce que tu mijotais. Et voilà que tu te ridiculises. »
« Mêle-toi de tes affaires. C’est une affaire de famille. »
« Ah oui ? Une affaire de famille, dis-tu ? »
Paejon rit.
« Eh bien, mon disciple est concerné lui aussi. En tant que maître, comment pourrais-je rester là sans rien faire ? »
Sa voix avait un poids indéniable.
Gu Ryun retroussa les lèvres en un sourire narquois.
« Ça ne fait pas longtemps qu’il est ton disciple. As-tu vraiment le droit d’intervenir ? »
« Si l’on suit cette logique, qu’en est-il de toi ? Tu viens à peine de comprendre qu’il pourrait être de ta famille, et voilà que tu joues les proches inquiets contre sa volonté. »
« … Quoi ? »
Fwoooosh.
Une vague de chaleur jaillit du corps de Gu Ryun.
Oh… Je le savais déjà. Même avant cet instant, l’énergie qu’il dégageait dépassait de loin tout ce à quoi je m’attendais.
« Tu ferais mieux de surveiller tes paroles. »
« Que pourrais-je dire de plus clairement ? Je le répète : c’est honteux. »
Paejon ne se laissa pas démonter.
« Tu dépasses les bornes, Gu Ryun. Tu es trop vieux pour te comporter ainsi. »
« …… »
À ces paroles calmes mais fermes, Gu Ryun serra les mâchoires.
« … Paejon. »
« Oui ? »
« Tu le savais déjà ? »
… Hein ?
Cette fois, les paroles de Gu Ryun me firent grimacer.
De quoi parlait-il ?
« Tu savais déjà que cet enfant était du Clan Gu ? »
Il s’adressait à Paejon.
Ah, alors ce vieux se disait…
Paejon est tellement calme qu’il le savait peut-être déjà ?
J’imagine que ça se tenait, de son point de vue. Mais honnêtement, je pensais que Paejon était simplement fidèle à lui-même.
Et alors…
« Oui. »
… Hein ?
Paejon hocha la tête sans ciller.
« Quoi ? »
« Je ne l’ai pas vraiment compris exprès, mais… j’en avais une vague idée. »
Qu’est-ce que tu racontes, avec ta vague idée, espèce de vieux taré ?
Le fait qu’il puisse mentir aussi facilement, sans même changer d’expression, était complètement absurde.
« Alors, ne t’emporte pas. De toute façon, je comptais t’en parler un jour. »
« …… Qu’est-ce que vous voulez dire ? »
« Ce gamin. »
Boum !
Paejon posa soudain sa grande main sur ma tête.
Son geste était rude et sans délicatesse.
« J’avais de toute façon l’intention de me rendre au Shanxi. Ce Dragon Divin que tu tiens en si haute estime et moi sommes déjà parvenus à un accord. »
« …… Qu’est-ce que vous avez dit ? »
Aux paroles de Paejon, le regard de Gu Ryun se tourna vers moi.
« C’est vrai ? »
« …… »
Bon sang. Je lançai à Paejon un regard chargé de reproches. Pourquoi diable avait-il dit ça ?
« …… Ouais. J’ai quelques affaires à régler là-bas. »
« Hoooh. »
C’était vrai : j’allais au Shanxi. À voir l’expression de Gu Ryun, il venait de comprendre quelque chose.
Pour lui, « aller au Shanxi » devait signifier se rendre au Clan Gu.
Et c’était bien le cas.
Je n’avais aucune vraie raison de le nier. Je ne voulais simplement pas qu’il le sache.
Et Paejon, fidèle à lui-même, venait de lâcher l’information sans la moindre précaution.
Pourquoi diable avait-il fait ça ?
Complètement déconcerté, je me tournai vers lui.
Et alors…
« Alors, je viens aussi. »
« Quoi ? »
« … Quoi ? »
J’ouvris de grands yeux.
« … Où ça ? »
« Au Clan Gu, évidemment. »
« Pourquoi ? »
« Qu’est-ce que tu veux dire, pourquoi ? Je t’ai déjà dit que j’avais encore beaucoup à t’enseigner. »
« …… »
Ah, donc c’était pour l’entraînement martial.
Attends.
« … Tu viens vraiment juste pour m’enseigner ça ? »
« Bien sûr. »
« Tu te fous de moi… »
« Enfin, ce n’est pas la seule raison. J’ai aussi quelques affaires à régler avec le chef du Clan Gu. Ça tombe à merveille. »
« …… »
Paejon ne faisait même pas semblant de se soucier de mon avis.
« Alors, Gu Ryun, tu devras repasser une autre fois. J’ai… »
Serre.
Cette fois, ce fut Paejon, et non Gu Ryun, qui me saisit brusquement l’épaule.
« … encore quelques petites choses à discuter avec mon disciple. Tu ne crois pas ? »
« …… »
À ces mots, je rentrai la langue dans ma bouche.
… Un obstacle après l’autre.