Chapitre 1 143
Un jour, je demandai à Paejon :
« Combien y a-t-il de formes ? »
Combien de techniques le Tua Pacheonmu comptait-il au juste ?
« Pour l’instant, on pourrait dire qu’il y en a sept… mais qui sait ? »
À ma question, Paejon réagit à peine, comme si le nombre en lui-même n’avait pas grande importance.
« Le nombre de formes m’importe peu. »
« Qu’est-ce qui t’importe, alors ? »
Le nombre de techniques composant un art martial… comment cela pouvait-il ne pas être important ?
Je ne comprenais pas ce qu’il voulait dire.
Surtout pour les artistes martiaux, qui consacraient leur vie à maîtriser des techniques : ce nombre représentait tout.
Pourtant, Paejon me répondit avec indifférence :
« La perfection. Et la satisfaction. »
« … Quoi ? »
« Si réduire le nombre de formes améliore la perfection de l’art, alors c’est la bonne réponse. Si en ajouter le rend meilleur, alors c’est tout aussi juste. Et si, au bout du compte, cela apporte satisfaction… alors voilà ce que j’appelle la perfection d’un art martial. »
La logique était d’une simplicité déconcertante.
Si l’ajout d’une forme affaiblissait l’art, on la supprimait.
Si sa suppression empirait les choses, on la rétablissait.
C’était ainsi qu’on perfectionnait un art martial.
« … Alors, tu vas continuer à en ajouter ? »
« Bien sûr. »
« Et tu comptes le maîtriser quand, bordel ? »
Il avait dit que perfectionner le Tua Pacheonmu était le rêve de sa vie.
Mais s’il continuait comme ça, quand pensait-il atteindre son objectif ?
À ma question, Paejon éclata de rire.
« Ahaha. Mon cher disciple. »
« Oui ? »
« À ton avis, qu’est-ce que la maîtrise ? »
« Ce n’est pas quand on a appris un art martial dans son intégralité ? »
Apprendre toutes les techniques existantes, les incarner pleinement dans son corps… n’était-ce pas cela, la maîtrise ?
Du moins, c’était ce que j’avais toujours cru.
« Je vois. C’est une façon de voir les choses. »
Mais Paejon ne semblait pas de cet avis.
« Pourquoi ? Pour toi, qu’est-ce que la maîtrise ? »
Je le lui demandai, sincèrement curieux.
« Qui sait ? »
Il ne me répondit pas.
À la place…
« En tout cas, ce n’est pas ce que tu crois. »
Il secoua simplement la tête, absolument certain de ce qu’il avançait.
« Quoi qu’il en soit, les techniques peuvent toujours être modifiées ou complétées. Si j’en ai envie, je le ferai. »
Il n’avait pas tort.
Paejon était le fondateur du Tua Pacheonmu.
Il avait le droit de le faire évoluer comme bon lui semblait.
Le problème, c’était…
« … Alors, quand suis-je censé tout apprendre ? »
Il créait une nouvelle technique, puis l’effaçait.
Ensuite, il en inventait une autre, pour la supprimer à son tour.
S’il continuait comme ça, quand étais-je censé maîtriser le tout ?
Il avait fait de moi son disciple parce qu’il ne parvenait pas lui-même à le perfectionner…
Mais à ce rythme, quand pourrais-je donc mener son objectif à bien ?
Je le lui fis remarquer.
« Ahaha. »
Paejon rit de nouveau.
« Si tu persévères, tu finiras par y arriver. »
« … »
Vieux fou.
Pourquoi tous les vieux qui m’entouraient étaient-ils complètement cinglés ?
Alors que je remettais toute ma vie en question…
« Enfin, au moins, je ne supprimerai rien avant la sixième forme. Tu devrais m’en être reconnaissant. »
« … Tu ne les supprimeras pas ? »
« Exact. J’ai enfin atteint un stade où elles me satisfont. Et puis… »
Tap, tap.
Paejon cogna légèrement son poing contre mon épaule.
« Quoi qu’il en soit, la sixième forme n’a pas besoin d’être modifiée. C’est mon plus grand chef-d’œuvre. »
« … »
C’était sans doute la première fois que j’entendais Paejon parler de la sixième forme.
Son plus grand chef-d’œuvre.
Une technique si parfaite qu’elle n’exigeait aucun changement.
Paejon était pratiquement obsédé par la perfection.
Un fou dont la quête des arts martiaux frôlait la démence.
Qu’un homme comme lui affirme qu’une chose était déjà parfaite…
Quelle sorte de technique était donc la sixième forme ?
Qu’est-ce qui le poussait à réagir ainsi ?
Je n’en avais aucune idée.
Avant même d’avoir la chance de l’apprendre, le désastre frappa.
Et j’avais complètement oublié cette conversation.
« … Ha. »
Ce ne fut qu’à présent, debout ici, que je compris enfin.
« C’est dingue. »
La sixième forme.
Poing unique.
Une seule frappe.
Malgré son nom si simple, je ne trouvais même pas les mots pour décrire ce que je voyais.
Tout le paysage avait changé.
La forêt autrefois luxuriante et verdoyante ressemblait désormais à une terre désolée, comme si une catastrophe naturelle l’avait ravagée.
Les dernières traces de l’énergie de Paejon flottaient encore dans l’air, accompagnées d’une faible odeur de brûlé.
« À ta réaction, on dirait que tu ne l’avais vraiment jamais vue. »
« … Apparemment, non. »
« Hmm. Comment ça se fait ? »
Paejon marmonna pour lui-même, perplexe.
« Tu aurais déjà dû l’apprendre. Pourquoi ne te l’ai-je jamais enseignée ? »
Tout simplement parce que j’avais été trop occupé.
Mais Paejon cherchait à y trouver une raison plus profonde.
« Il y avait une raison particulière ? »
« … Non. J’étais vraiment juste trop occupé. »
« Ah bon ? »
« Oui. »
« Alors, ça tombe à merveille. »
« … Quoi ? »
« Tu devrais l’apprendre maintenant. »
« … Pardon ? »
Maintenant ? Dans cette situation ?
« Pourquoi ? Il y a un problème ? »
« Bien sûr qu’il y en a un ! Pourquoi maintenant, entre tous les moments… ? »
« Qu’est-ce que tu veux dire, pourquoi ? Si tu ne l’as pas encore apprise, tu n’as qu’à l’apprendre auprès de moi. Qui d’autre pourrait te l’enseigner ? »
« … »
Ce Paejon était différent de celui que j’avais connu.
Mais puisqu’il savait seulement que j’avais remonté le temps, il ne voyait pas les choses ainsi.
… Il faut vraiment que je l’apprenne de lui ici aussi ?
Je voulais apprendre la sixième forme.
Pendant un instant, j’avais été captivé par la puissance brute de son coup de poing.
C’était le sommet de l’art du combat.
Shin Noya m’avait dit un jour que s’il existait quelqu’un qui incarnait véritablement le titre d’artiste martial, c’était Paejon.
L’homme qui se tenait au sommet absolu de l’art du combat.
Celui qui avait repoussé les limites de la force humaine plus loin que quiconque.
Voilà quel était le Paejon que je connaissais.
Et j’avais besoin de son enseignement.
Mais…
« Non. Pas maintenant. »
Je refusai.
Du moins, pour l’instant.
« Pourquoi ? »
« … J’ai quelque chose à faire. Et je dois d’abord me rendre quelque part. »
« Tu vas quelque part ? Où ça ? »
« Au Shanxi. »
« … Hmm ? »
Paejon pencha la tête.
« Au Shanxi ? »
« Oui. J’ai quelque chose à régler là-bas. »
« Hmm. »
Il se tut un instant, comme plongé dans ses pensées.
Puis il se tourna vers moi et me demanda :
« Tu as un plan ? »
« … Plus ou moins. »
J’avais déjà demandé de l’aide à mon père.
Et j’avais moi-même imaginé quelques solutions de rechange.
La plupart étaient… violentes. Et parfaitement illégales.
« Je vois. »
Paejon esquissa un sourire.
« Très bien. Dans ce cas, vas-y. Si c’est si important, règle ça d’abord. »
Avait-il vraiment compris ?
À sa réaction, on aurait dit que oui.
« Très bien. Ça me va. Alors, vas-y. »
« … Quoi ? »
Paejon hocha légèrement la tête, comme s’il avait pris une décision, puis se mit en route.
Il fit quelques pas, puis se retourna vers moi.
« Qu’est-ce que tu fais ? On doit rentrer. Si on traîne trop, on sera en retard. »
« … »
Boum !
Paejon bondit dans les airs et s’envola dans la direction d’où nous étions venus.
« Hmm… »
Je fixai sa silhouette qui s’éloignait.
Devais-je le suivre ?
… C’était vraiment tout ?
Paejon avait cédé trop facilement. Ça me laissait un drôle de malaise.
Mais, pour l’instant, j’avais l’impression d’avoir réussi à tourner la page.
Et pourtant…
Pourquoi est-ce que je me sens si mal à l’aise ?
Ce sentiment persistant refusait de disparaître.
Et comme toujours… quand j’avais un mauvais pressentiment…
Je ne me trompais jamais.
Nous retournâmes au quartier général.
Paejon était arrivé avant moi et avait disparu quelque part. Il était introuvable.
Et quand je revins à l’endroit où je me trouvais auparavant, mes compagnons n’y étaient pas non plus.
Je retournai donc naturellement à la Division du Dragon Azur.
« Oh, tiens, qui voilà. »
« Alors, comment s’est passée ta première mission, le bleu ? Tu as réussi à suivre le rythme ? »
Dès que je mis les pieds à l’intérieur, mes aînés m’accueillirent avec des sourires narquois et des ricanements.
Ils semblaient davantage intéressés par l’idée de se moquer de moi que de me saluer.
« Ouais. Ça allait. »
« Ça allait, hein ? Les missions de longue durée, c’est sacrément crevant. Ça a dû être dur. »
« Ou peut-être pas. Tu étais au clan Namgung, non ? Ça a dû te faciliter un peu les choses. »
« Bien vu. »
« … »
Leurs paroles m’agaçaient.
Ils étaient au courant de l’incident des Bêtes de rang Cramoisi au clan Namgung.
Alors pourquoi se comportaient-ils comme ça ?
Je ne comprenais pas. Je les dévisageai donc sans rien dire.
« Écoute, ne prends pas la grosse tête juste parce que tu as accompli une mission. Apprends à te tenir correctement. Je te donne un conseil en tant qu’aîné, alors retiens-le. »
Je hochai la tête.
« Ah, je vois. »
Ces enfoirés.
Ils ne supportaient pas qu’un bleu ait réussi une mission importante.
Ils essayaient donc de me remettre à ma place.
Quand je compris ça, je ris.
« Ne t’inquiète pas. Je n’ai pas l’intention de prendre la grosse tête. Et puis, ce n’était même pas grand-chose. »
Je tournai le regard vers celui qui m’avait le plus provoqué.
« Enfin, il n’y a sûrement personne ici qui n’ait jamais fait quelque chose d’aussi simple. Surtout… »
Je le fixai droit dans les yeux.
« … un idiot qui n’en a jamais fait autant lui-même. »
« Quoi… ? »
« Qu’est-ce que tu viens de dire, bordel ?! »
Le sens de mes paroles leur apparut, et ils se mirent à gronder.
« On t’a traité comme un bleu, on a essayé de veiller sur toi, et maintenant tu te crois… »
Crac.
« Guh !? »
Sa tête pivota brusquement sur le côté.
Je venais de lui coller un coup de poing en pleine figure.
Du sang jaillit tandis qu’il titubait en arrière. Dans un bruit humide, deux de ses dents tombèrent au sol.
« Hein… ? »
Le type était trop sonné pour réagir.
Je lui saisis l’arrière du crâne et lui fracassai le visage contre mon genou.
Crac !
« Guhh ! »
Il s’effondra, inconscient.
Je me tournai vers l’autre type, celui qui m’avait provoqué avec lui.
« Quoi ? Tu as quelque chose à dire ? »
« … »
« Si oui, vas-y. »
Flop.
Je lâchai le premier type, qui s’écroula sur le sol.
L’autre restait figé, abasourdi.
Je poursuivis :
« Assure-toi juste d’être prêt à assumer les conséquences de tes paroles. »
« … »
Allais-je le laisser tranquille selon ce qu’il répondrait ?
Pas question.
« T-toi… »
Il me regardait comme s’il n’avait jamais envisagé qu’un cadet puisse frapper un aîné.
« Comment comptes-tu régler ça ?! Tu te rends compte de ce que tu viens de faire ?! »
« Qu’est-ce qu’il y a à régler ? Tu m’as énervé, alors je t’ai frappé. »
« S-sale… ! Je vais immédiatement signaler ça au commandant ! »
Les dents serrées, il se retourna pour courir vers le bureau du commandant…
Boum !
« Guh !? »
Il s’effondra avant même d’avoir fait un pas.
Et ce n’était pas mon poing qui l’avait frappé.
Le poing qui l’avait atteint était deux fois plus gros que le mien.
« Tss, tss. Un homme ne devrait pas parler à tort et à travers. »
Celui qui l’avait assommé claqua la langue.
C’était Gu Ryunghwa.
« Ah, content de te voir, gamin. »
Il me sourit.
Puis il glissa la main dans sa manche et en sortit quelque chose.
Une collation.
« Si ça ne te dérange pas, on pourrait discuter un peu ? J’ai même quelques friandises pour toi. »
« … »
… Sa façon de présenter ça était vraiment flippante.