Chapitre 1 135
« Sssssss… ! »
La lune disparut du ciel noirci.
Les dernières lueurs s’effritèrent, et les ombres s’abattirent sur la forêt glaciale.
L’obscurité était là.
Sinistre. Oppressante. D’une profondeur insondable.
Namgung Hyung la sentit s’infiltrer jusqu’à ses os et, sans même s’en rendre compte, déglutit péniblement.
« Descendant. »
La voix de Noe-a résonna dans son esprit.
Son corps, jusque-là entièrement pétrifié, se détendit enfin un peu.
« Guhk… ! »
Le souffle qu’il retenait dans sa gorge jaillit.
« Hah… Hah… ! »
Son corps se contracta de lui-même.
Il avait l’impression que quelque chose lui comprimait la poitrine, empêchant ses poumons de se remplir d’air.
Une sueur froide ruissela de tous ses pores et lui trempa la peau.
« Qu’est-ce que c’est que ça ? »
Qu’est-ce… que c’était ?
Les yeux tremblants, Namgung Hyung regarda droit devant lui.
Crac…
Une femme en robe noire, la foudre serrée dans sa main.
De longs cheveux flottants.
Une silhouette imposante, presque haute de huit pieds.
Et, sans la moindre hésitation, elle broya la foudre dans sa poigne.
« … Hah. »
Cette foudre…
Ce n’était pas une foudre ordinaire.
C’était celle du Seigneur céleste, le Patriarche Namgung, le maître incontesté d’Anhui.
Son grand-père…
Un homme qui, s’il le souhaitait, pouvait à lui seul rayer Namgung de la surface de la terre.
Et pourtant, cette femme venait de déchirer cette même foudre.
À mains nues.
« … Qui est-elle ? »
Sa vision tremblait. Il avait repris le contrôle de sa respiration, mais ses pensées restaient engourdies.
Cette sensation…
« … Pourquoi est-elle plus forte que lorsque j’ai affronté mon grand-père ? »
Quand il s’était tenu devant le Seigneur céleste, il avait éprouvé de la peur.
Mais à présent, derrière cette femme…
Il ressentait quelque chose de plus puissant encore.
Un vide — une présence qui semblait n’être rien et qui, paradoxalement, révélait tout.
Comme si la nuit elle-même avait pris forme humaine.
C’était ce que ressentait Namgung Hyung en regardant cette femme.
« Cheonma… »
Le Seigneur céleste murmura ce nom, le répétant.
Puis il laissa échapper un petit rire.
« J’ai entendu parler de vous. On disait qu’un grand maître était apparu récemment. C’était donc vous ? »
La femme ne répondit pas.
Mais Namgung Hyung comprit enfin qui elle était.
Il avait lui aussi entendu les rumeurs.
« Un maître monstrueux est apparu et a anéanti les Bêtes de rang blanc et les créatures de Magyeong. »
Lors de la catastrophe connue sous le nom de Porte de Magyeong de rang blanc,
un mystérieux être absolu était apparu, avait massacré les monstres en un instant…
puis avait disparu sans laisser de trace.
Sa puissance écrasante était restée entourée de mystère, mais les murmures s’étaient répandus.
Un être du niveau des trois Maîtres.
« Et ce maître… »
Se tenait juste devant lui.
À cet instant…
« Descendant. »
Noe-a l’appela de nouveau.
« Fuis. »
Pour une fois, sa voix trembla.
Les yeux de Namgung Hyung s’écarquillèrent.
« Fuir ? »
Noe-a venait-elle vraiment de lui dire de fuir ?
« Éloigne-toi le plus possible de cette chose. »
« Cette chose ? »
Namgung Hyung n’avait pas besoin de demander.
Il savait exactement ce que Noe-a voulait dire.
La femme appelée Cheonma.
Noe-a lui disait de fuir devant elle.
« Pourquoi ? »
Pourquoi ?
Il voulait poser la question, mais au fond, il connaissait déjà la réponse.
Parce que ses instincts…
Son âme même…
lui criait la même chose.
Chaque organe de son corps, chaque parcelle d’énergie dans son noyau…
Tout lui hurlait :
« Fuis cette chose maudite. »
Tout le suppliait de s’enfuir.
Et pourtant…
Serrements.
« … Guh. »
Namgung Hyung ne s’enfuit pas.
Ou plutôt, il ne le pouvait pas.
Chaque pensée raisonnable lui ordonnait de fuir.
Chaque instinct exigeait qu’il s’échappe.
Mais, pour une raison quelconque…
Quelque chose de minuscule.
Quelque chose d’insignifiant, pas même gros comme un grain de poussière…
le retenait.
Une voix ténue lui souffla :
« Ne pars pas. »
« Ne quitte pas cet endroit. »
Alors que cette faible hésitation le retenait…
Sssk.
« … ! »
La femme au masque blanc — Cheonma — tourna légèrement la tête.
Ses yeux violets croisèrent ceux de Namgung Hyung.
Et, à cet instant…
« Ah… »
Quelque chose — quelque chose d’inexplicable — s’empara du corps de Namgung Hyung.
*******
Derrière le masque
« Qu’est-ce qui lui prend, bon sang ? »
Derrière son masque, la femme fronça les sourcils.
Namgung Hyung restait planté là, hébété.
« Pourquoi il fait cette tête, bon sang ? »
C’était déconcertant.
Absolument répugnant à voir.
« J’ai fait tout ce chemin pour lui sauver la peau, et il reste là comme un idiot ? »
Pourquoi ne s’enfuyait-il pas ?
Pourquoi gâchait-il le temps qu’elle lui avait gagné ?
« Merde. »
Tout son corps lui faisait mal.
L’énergie qu’elle avait dépensée plus tôt ne s’était pas encore entièrement reconstituée.
Son corps — ce maudit corps — guérissait vite, mais pas instantanément.
Avec quelques jours de repos, elle irait bien.
« Mais là, ce n’est pas le cas. »
Elle ne pouvait pas se permettre de perdre du temps.
Dans ces moments-là, Mangye lui manquait presque.
Là-bas, il lui suffisait de respirer pour retrouver son énergie en un instant.
« Tss. »
Elle claqua la langue et modifia son appui.
Et alors…
« Vous vous êtes appelée Cheonma. »
Le vieux monstre de Namgung — le Seigneur céleste — prit la parole.
« Qu’êtes-vous exactement ? »
« Ce que je suis ? »
Elle inclina la tête.
Ce fichu gamin de Namgung l’avait distraite une seconde.
« Vous m’avez entendue, non ? »
« Hmph ? »
Elle pointa le ciel du doigt et répondit :
« Je suis le Ciel. Ni plus ni moins. »
« … Hah. »
Le Seigneur céleste eut un rire grave.
Et alors…
Crac.
La foudre qui l’entourait gronda.
« Le Ciel, dites-vous ? Voilà donc pourquoi vous vous faites appeler Cheonma. Un démon envoyé par le ciel ? Quelle arrogance. »
KUUUUUUUUURRRR… !!!
Au-delà du Ciel noir, un éclair de lumière jaillit.
La foudre s’enroula dans les cieux, comme si le ciel lui-même s’emportait contre ses paroles.
« Et vous osez dire ça devant moi ? »
Le Seigneur céleste.
Un homme qui avait touché le Ciel — non pas avec une épée, mais de tout son corps.
Personne n’avait jamais osé se prétendre le Ciel devant lui.
Et voilà que quelqu’un le faisait sous ses yeux.
Ça le dégoûtait.
« Ça suffit. Je me fiche désormais de savoir qui vous êtes. »
CRAC… !!!
BOOOOUM… !!!
Le Ciel noir se brisa.
La foudre déferla dans les cieux.
« Bon sang. »
Un souffle admiratif lui échappa.
Comme prévu, en matière de puissance brute, le Seigneur céleste était le plus fort des trois Maîtres.
La seule aura qu’il dégageait pesait déjà d’un poids immense.
« … Les trois Maîtres. »
Les Trois Vénérés (三尊).
Les Transcendants qui s’élevaient au-dessus des cieux, le sommet absolu des artistes martiaux.
Pour la première fois, elle était véritablement témoin de toute leur présence.
Peut-être était-ce parce qu’elle avait elle aussi atteint la transcendance…
Elle percevait désormais des choses qui lui avaient jusque-là échappé.
« Pas étonnant qu’on l’appelle un monstre. »
Comment une chose pareille pouvait-elle être humaine ?
Retenant un rire amer, elle marmonna :
« Peu importe ce que vous êtes. Au bout du compte… »
KUUUUUURRRR… !!!
Le ciel se fendit et la foudre s’abattit sur le Seigneur céleste.
« Je n’ai qu’à le découvrir. »
« … »
Face à cette force écrasante, elle inclina légèrement la tête.
PING… !
Un son strident déchira l’air.
Ou plutôt, la lumière arriva la première.
BOOOOUM… !!!
Une explosion retentit derrière elle. La seule onde de choc engendra une pression colossale.
Le Seigneur céleste avait lancé sa foudre.
« Ah, merde. »
Ça allait être pénible.
Elle se mordit la lèvre, tentant d’évaluer l’écart de puissance.
Pouvait-elle gagner ?
Elle n’en était pas sûre.
À vrai dire, elle n’avait aucune confiance en elle.
Même si elle avait atteint la transcendance, le temps passé au sommet comptait.
Et sur ce point, elle était loin derrière.
Pouvait-elle se défendre contre tout ça et malgré tout l’emporter ?
Elle n’en savait rien.
« Alors dépêche-toi de fuir, que je puisse m’enfuir aussi ! »
Elle attendait que Namgung Hyung s’échappe, mais, pour une raison ou une autre, cet idiot ne bougeait pas.
Au contraire…
Le gamin la regardait.
Ses yeux brillaient d’impatience.
« Merde. »
« Tel maître, tel disciple. »
Elle s’était toujours demandé pourquoi Wu Hyuk avait fini comme ça.
À présent, elle en était sûre.
C’était à cause de cet abruti.
Ils se comportaient exactement pareil.
« Tch. »
Chassant cette pensée, elle se concentra de nouveau.
KRRRRRMMMBLE… !!
La foudre dévala les cieux comme des lianes…
Une cascade de milliers d’éclairs fonça sur elle.
Chaque arc électrique suivait une trajectoire parfaite.
Le claquement de son manteau fouetté par le vent lui succéda.
VWOOOOOM… !
VWOOOOOM… !!
Ce n’était pas le bruit d’une épée qu’on brandissait.
C’était le hurlement de quelque chose de bien plus meurtrier.
Un seul contact, et elle serait déchiquetée.
« D’abord… »
Elle devait analyser.
Esquiver, réduire la distance.
Fshhh… !
Floc.
Évitant une nouvelle attaque, elle prit appui au sol et se rapprocha.
Les yeux bleus et perçants du Seigneur céleste suivirent ses mouvements.
KIIIIIIIIII… !!!
La foudre se tordit anormalement et convergea vers elle, telle une meute de crocs vivants.
Des dizaines.
Des centaines.
Une symphonie de mort électrique.
La Volonté de foudre du Ciel.
Une technique que seul le Seigneur céleste pouvait manier.
La puissance brute des Arts du tonnerre du clan Namgung…
Déchaînée dans toute sa force.
La forêt elle-même était engloutie.
« Ha. »
Voulait-il qu’elle s’approche ?
Ou bien, même à courte portée, cela ne changerait-il rien ?
BOOOOUM… !!!
La foudre se transforma en déluge.
Une tempête de tonnerre prit la forme de lances.
« Aucun doute. »
Elle le sut dès qu’elle le vit.
« Je ne peux pas affronter ça de front. »
La Danse de Tua qui fend le Ciel, à elle seule…
ne suffirait pas.
Elle prit sa décision sur-le-champ.
BOUM… !!
Son cœur se mit à battre à grands coups.
La puissance déferla dans son corps.
Des anneaux de flammes noires l’encerclèrent…
Des étincelles jaillirent tandis qu’elle les condensait en une sphère.
Balle météore de Jade de Flamme.
Une boule de feu d’obsidienne comprimée…
Fut lancée droit dans la tempête de foudre.
BOUMBOUMBOUMBOUMBOUM… !!!
D’innombrables explosions se propagèrent dans les airs…
L’électricité éclata comme un feu d’artifice.
« … ! »
Les yeux du Seigneur céleste s’écarquillèrent.
Il ne s’y attendait pas.
Ne croyait-il pas que rien ne pouvait arrêter sa foudre ?
Plissant les yeux, il observa la scène.
« Comme je le pensais. »
Ce doute persistant au fond de son esprit…
Il avait vu juste.
Sans hésiter…
Elle se lança en avant.
Réduisant la distance…
Droit sur le Seigneur céleste stupéfait.
« … Hah. »
Le vieil homme allait réagir…
Mais elle fut plus rapide.
Danse de Tua qui fend le Ciel, troisième forme.
Frappe d’impact de Tua.
Un coup unique porté à une vitesse absurde.
Droit dans la poitrine du Seigneur céleste.
BOOOOUM… !!!
CRAC… !!!!
« Guh… ! »
Le Seigneur céleste fut projeté au loin…
Il pulvérisa des arbres sur son passage.
Il traversa la terre elle-même.
Il déchira le paysage comme une flèche…
avant de finir par…
BOOOOUM… !!!
Une gigantesque explosion éclata au loin.
La poussière et les débris s’élevèrent dans le ciel.
Et tandis qu’elle contemplait les ruines…
Une certitude s’imposa à elle.
« J’avais raison. »
À voir le Seigneur céleste lutter…
la vérité était claire.
« Je peux gagner. »
Elle en était certaine.
Elle pouvait vaincre le Seigneur céleste.