Chapitre 1 129
Hyun Soyeon nous a trahis.
Namgung Hyung prit un air tourmenté.
Pourquoi parlait-il soudain de Hyun Soyeon ?
Je me tournai vers lui, l’air interrogateur. Il fronça les sourcils avant de répondre.
« … Il n’y avait que Hyung-nim et moi qui connaissions l’emplacement de ce tunnel. »
« … Ah. »
« Et pourtant, ce type nous attend ici. Je pense que tu comprends ce que ça signifie. »
Ses paroles me firent froncer les sourcils.
Nous n’étions que deux à connaître l’existence du tunnel.
Et maintenant, Père était assis là à nous attendre, comme s’il avait su exactement où nous allions déboucher.
Il n’y avait qu’une seule explication.
Et avant que j’aie le temps d’y réfléchir davantage…
« Bonne réponse. »
Une voix douce et délicate retentit à côté de Père.
Hyun Soyeon apparut, son joli visage dépassant de derrière lui.
« … Hyung-nim. »
Namgung Hyung la dévisagea, incrédule.
Elle soutint son regard avec un sourire gêné.
« Je suis désolée. »
« Tu m’as vraiment planté un sacré couteau dans le dos, tu sais ? »
« Je n’avais pas le choix. »
« Pas le choix ? Qu’est-ce que tu racontes, bon sang ? »
La voix de Namgung Hyung se fit glaciale.
Était-il contrarié parce que son plan avait échoué ?
Ou…
*Est-il en colère parce que Hyun Soyeon l’a trahi ?*
Sans doute les deux.
Mais ce n’était pas ce qui m’intéressait.
*Plus que sa trahison…*
Pourquoi Père l’avait-il écoutée ?
Voilà le vrai problème.
J’évaluai rapidement la situation, scrutant les alentours à la recherche d’une menace cachée.
*Il n’y a pas grand monde dans le coin.*
Si je le voulais, je pourrais forcer le passage.
Mais…
*Eux aussi.*
Si nous nous battions ici, des renforts afflueraient aussitôt.
*Hmm.*
J’hésitai.
Est-ce que je devais simplement laisser tomber ?
Si je balançais Namgung Hyung maintenant, je pourrais sans doute m’en tirer sans une égratignure.
Mais…
*C’est un peu tard pour ça.*
À ce stade, ça ne changerait plus rien.
Je retins ma frustration et poussai un soupir.
C’est alors que…
« Je n’avais pas le choix », dit Hyun Soyeon en regardant Namgung Hyung.
« Je te l’avais dit, non ? Ce n’est pas le moment. Je t’avais demandé d’attendre encore un peu. Mais tu ne m’as pas écoutée. »
« Ahaha. »
Namgung Hyung rit.
Mais ce n’était plus son rire enjoué de tout à l’heure.
C’était le rire de quelqu’un qui tentait de réprimer quelque chose.
« Tu as aussi entendu ma réponse, à l’époque, non ? J’ai dit que j’allais le faire. Que je n’avais pas l’intention de rester plus longtemps dans ce putain de trou à rats. »
« Oui, tu l’as dit. »
Hyun Soyeon s’approcha d’un pas.
« Et comme je savais que tu ne m’écouterais pas, j’ai fait ce qu’il fallait. »
« Quoi ? »
« Je ne pouvais pas t’arrêter toute seule. Et je ne voyais pas d’autre solution. Tu comprends, n’est-ce pas ? »
Elle sourit.
C’était ce même sourire éclatant qui me faisait toujours m’immobiliser un instant, parce qu’il ressemblait à celui de Namgung Bi-ah.
« Je ne pouvais pas aller trouver le chef de famille pour lui en parler. »
« … Ah, alors tu es allée le voir, lui ? »
« Oui. Et j’ai dû y mettre le prix, en plus. Mais ça m’a paru être la meilleure solution. Oh, quoique… »
Elle tourna les yeux vers moi.
« … La carte que tu as amenée avec toi était inattendue. Je ne l’avais pas prévue. »
« Haha… »
Namgung Hyung laissa échapper un petit rire rauque.
« Je ne comprends pas. »
Frouf.
Namgung Hyung se releva.
L’atmosphère enjouée se brisa net.
Son expression était grave. Terriblement grave.
Je plissai les yeux.
*… Intéressant.*
C’était différent.
Le Namgung Hyung habituel, insouciant et enjoué, avait disparu.
Son expression était plus froide que celle de n’importe qui.
C’en était presque inquiétant de se dire qu’il avait pu jouer les insouciants avec un visage pareil.
« Dans ce cas, tu aurais dû aller directement trouver le chef de famille. »
« … »
« Je te l’ai dit clairement. Si tu ne voulais pas m’aider, au moins, ne te mets pas en travers de mon chemin. »
Namgung Hyung lui avait demandé la même chose qu’à moi.
Mais il y avait une différence.
« Et surtout, toi, tu n’aurais pas dû faire ça. »
Sa voix était chargée de rancœur.
« Tu aurais dû être la dernière personne à me barrer la route. »
« Haa… »
Hyun Soyeon soupira.
« Tu es vraiment trop naïf. »
Son expression changea.
J’écarquillai les yeux un instant.
*On dirait Namgung Bi-ah.*
Quand elle affichait cette expression, quand elle devenait sérieuse, elles étaient presque identiques.
« Si tu t’enfuis maintenant, tu as la moindre idée des dégâts que ça va causer ? »
« Quoi ? »
« Les patrouilleurs qui n’ont pas réussi à t’arrêter seront punis. Et en plus, Jeune Maître Baek, qui s’est retrouvé mêlé à cette histoire, en subira aussi les conséquences. Tout ça à cause de toi. »
Ses paroles étaient précises et cinglantes.
Le visage de Namgung Hyung se figea.
Mais Hyun Soyeon n’en avait pas fini.
« Que tu veuilles fuir cet enfer ou non, ça m’est égal. Mais n’entraîne pas les autres dans ta chute. Alors retourne tranquillement d’où tu viens. »
Elle essayait de le raisonner, de le calmer sans s’emporter.
Du moins, c’est ce qu’on aurait dit.
Pourtant…
« Si tu rentres maintenant, je ferai comme si je ne t’avais jamais vu… »
« Hyun Soyeon. »
« … »
Namgung Hyung l’interrompit.
Il prononça son nom d’une voix neutre.
« Ça suffit, les excuses. »
Son visage se déforma sous l’effet de l’irritation.
Hyun Soyeon tressaillit.
« Pourquoi tu te mets soudain à parler des autres ? Dis-le franchement. »
Le regard de Namgung Hyung se fit perçant.
« Tu n’en as rien à foutre des autres. Tu as juste peur que le chef de famille me tue. »
« … »
« Alors arrête de raconter des conneries et avoue. C’est ça, la vraie raison, non ? »
Il parla avec une telle franchise, une telle froideur, que Hyun Soyeon se figea sous mes yeux.
*Ouah.*
Pour être honnête, c’était plutôt divertissant.
Namgung Hyung avait laissé tomber toute marque de respect, et elle était visiblement déstabilisée.
Il ne s’agissait ni des patrouilleurs ni de leurs responsabilités. Elle avait simplement peur qu’il meure.
*Vraiment ?*
Ça devenait intéressant.
Et alors…
« … Jeune maître Hyung. »
Le ton de Hyun Soyeon changea.
Sa voix trembla légèrement.
« Si tu le sais, alors ne fais pas ça. »
« Je suis désolé, mais… »
« Jeune maître Hyung, il est déjà trop tard. »
Namgung Hyung ne répondit pas à Hyun Soyeon.
Il redressa simplement les épaules, le visage impénétrable.
« Il est déjà trop tard pour ça. Et je vais le répéter. »
Une énergie lente et intense commença à émaner de son corps.
« Je quitte cet enfer ce soir. Quoi qu’il m’en coûte. »
« … »
Sa détermination devint presque tangible, se muant en une pression qui envahit l’air.
La légère distorsion de l’air, ces vagues de chaleur visibles autour de lui, firent mordiller sa lèvre à Hyun Soyeon avant qu’elle ne prenne la parole.
« … Tu crois vraiment que le Seigneur du clan Namgung n’est pas au courant ? »
Elle lui demandait si Namgung Jeohwi ignorait vraiment la tentative de fuite de son fils.
« Bien sûr que non. »
Namgung Hyung rit de nouveau, calmement.
« Ce vieil homme a beau avoir l’air incompétent, il sait tout de ce qui se passe au sein du clan Namgung. Même s’il donne un banquet en ce moment, il a pu prévoir une solution de secours.
« Et à mon avis… »
Frrt.
Namgung Hyung plongea la main dans sa robe et en sortit quelque chose.
Noe-a.
« Je pense que toi, Hyun Soyeon, tu es le dernier recours que mon père a mis en place.
« Et vu ton intelligence, tu le savais déjà, pas vrai ? »
« … »
« Alors finissons-en ici. »
« … En finir avec quoi ? »
« Peu importe ce que c’est. Je ne ferai rien. Je ne saurai rien. »
Serrements.
Hyun Soyeon se mordit la lèvre jusqu’au sang en entendant ses paroles.
Je ne saurai rien.
Voulait-il dire qu’il ferait semblant de ne pas comprendre que Hyun Soyeon n’était qu’un autre pion préparé par Namgung Jeohwi ?
Ou…
*Est-ce qu’il veut dire qu’il fera semblant de ne pas voir ce qu’elle ressent ?*
Avait-il compris qu’elle languissait après lui ?
Il le savait, mais choisissait de faire comme s’il ne voyait rien.
*Alors, ce type… n’est pas idiot, finalement.*
Pour une raison ou une autre, cette révélation me surprit.
À cet instant…
« Laisse-moi d’abord te poser une question. »
Tchi-i-i-i-iik.
L’air crépita tandis que Namgung Hyung bandait ses muscles et tournait les yeux vers quelqu’un.
Père.
« Si je veux partir d’ici, je dois te vaincre ? »
« … »
Père réagit à ses paroles.
Il se leva lentement de sa chaise.
Puis…
« Vous avez fini de parler ? »
Crac.
Il fit rouler ses épaules pour détendre ses muscles.
« Ouais, on vient de finir. Merci d’avoir attendu, Dragon Divin. »
« … »
Père ne répondit pas à Namgung Hyung.
Il se tourna plutôt vers Hyun Soyeon et lui demanda…
« Dame Hyun. »
« … Oui ? »
« Je tiendrai ma promesse. »
« … Je vous en prie. »
Une promesse ?
J’ignorais tout de l’accord qu’ils avaient conclu, mais à leurs réactions, il ne jouait pas en faveur de Namgung Hyung.
*Qu’est-ce qu’elle a bien pu céder en échange ?*
Qu’est-ce qui comptait autant pour que Père accepte ?
« Namgung Hyung. »
Père s’adressa enfin à lui.
« Quoi ? »
« Je vais répondre à la question que tu m’as posée tout à l’heure.
« Oui, tu as raison. »
Tap. Tap.
Il fit de nouveau rouler ses épaules ; de minuscules étincelles jaillirent de ses mouvements.
« Si tu veux partir, tu dois me vaincre. »
Sa voix était grave.
Et à cet instant…
« … Oh ? Vraiment ? »
Namgung Hyung resserra sa prise sur Noe-a.
Crac !
Une étincelle jaillit de la lame.
Puis…
BOOOUM !
La foudre explosa depuis Noe-a et enveloppa Namgung Hyung de la tête aux pieds.
*Ah.*
Je reconnus cette forme.
C’était…
*… La Descente du Dieu du Tonnerre.*
Une technique qui fusionnait complètement avec Noe-a et décuplait la puissance de l’esprit de l’artefact.
*Namgung Hyung pouvait donc l’utiliser, lui aussi ?*
Dans ma vie précédente, je n’avais vu que Ma Geomhu l’employer ; dans celle-ci, c’était Namgung Bi-ah.
Alors L’Étrange savait aussi s’en servir.
« Dans ce cas… je suppose que je n’ai pas le choix. »
La foudre grondait autour de lui, tandis que Namgung Hyung dégageait une intention meurtrière.
Père, imperturbable, prit position.
Et moi ?
Je me mis à réfléchir.
*Qu’est-ce que je devrais faire ?*
Je pouvais… les laisser se battre ?
Je regardai Père, pas Namgung Hyung.
Je trouvai rapidement la réponse.
« Attendez, attendez… »
Je soupirai et m’avançai.
BZZZT !
En bougeant, je saisis Namgung Hyung par le poignet.
À peine l’eus-je touché que la foudre jaillit de son corps, cherchant violemment à me repousser.
« Q-Qu’est-ce que… ?! »
Namgung Hyung tressaillit et tenta de se dégager.
Mais…
« Calme-toi, putain. »
J’ignorai complètement la foudre.
« … Quoi ? »
Namgung Hyung me regarda, stupéfait.
Je ne pris pas la peine de lui répondre.
Je me tournai plutôt vers Père et pris la parole.
« On vous a demandé à tous les deux d’être là pour quelqu’un d’autre.
« Alors les personnes concernées devraient s’écarter. Vous ne croyez pas ? »
« … »
Père me fixa, le visage fermé.
« Qu’est-ce que tu veux dire ? »
Je répondis aussitôt :
« Je veux dire que… »
Je tirai Namgung Hyung derrière moi et fis un pas en avant.
« C’est exactement ce que ça veut dire. »
Je me plantai devant Père. La différence de taille entre nous sautait aux yeux : il me dépassait d’une tête entière.
Je levai quand même les yeux vers lui et déclarai :
« Oublie-le.
« Bats-toi plutôt contre moi. »
« … »
Les sourcils de Père tressaillirent violemment.