Chapitre 1 081
« Je… je vous aime. »
« … »
Une femme venait de me déclarer sa flamme.
Je la fixai, abasourdi, sans savoir qui elle était ni même comment elle s’appelait.
Elle m’aimait ?
Moi ?
… Pourquoi moi ?
Je n’avais jamais entendu ça de toute ma vie.
Et encore moins de la part d’une femme qui m’abordait ainsi.
Le doute commença à s’insinuer en moi.
« Je ne crois pas aux dieux. »
« … Pardon ? »
« Je n’ai pas envie d’entendre des trucs bizarres. Et je n’ai pas d’argent non plus. »
« … Pardon ? »
Je me trompais ?
Plus je parlais, plus sa réaction devenait étrange.
Ce n’était pas ça ? Ça n’avait aucun sens si ce n’était pas ça.
C’était impossible.
Ce n’était pas que je… que je me trouvais laid, mais…
En tout cas, je n’étais pas le genre de personne à me retrouver dans une situation pareille.
La seule personne qui m’ait jamais trouvé beau, c’était Tang So-yeol, et…
Attends…
Tang So-yeol ?
… Tang So-yeol ?
Je plissai les yeux et l’observai. Tang So-yeol… Tang So-yeol, hein.
Dans le même temps, je jetai un coup d’œil à ses vêtements.
« Jeune Dame. »
« O-oui ? »
Je la regardai et lui demandai :
« … Quel est votre nom ? »
« Ah… »
À ma question, la femme hésita, puis retira lentement le voile qu’elle portait.
Je me demandai pourquoi elle l’enlevait tout à coup, mais…
Une fois son visage découvert, je le distinguai encore mieux.
Je l’avais déjà pensé, et la même idée me revint.
Elle ressemblait beaucoup trop à Tang So-yeol. Ses cheveux verts, ses vêtements, tout.
Ce qui signifiait…
Cette femme appartenait elle aussi à une famille que je connaissais.
« … Je m’appelle Tang Seon. »
« … »
Sa présentation confirma mes soupçons.
« Tang Seon… Alors, par hasard… »
« C’est exact… Je suis Tang Seon, du clan Tang du Sichuan. »
J’avais vu juste.
Pas étonnant que quelque chose m’ait paru bizarre.
Tang Seon.
Qui était-ce, déjà ?
Y avait-il quelqu’un de son âge dans la lignée du clan Tang ?
À ma connaissance, il n’y avait que le Roi du Poison.
Je la dévisageai, l’air perplexe.
« C’est exact. Je suis Dokbong. »
Elle parlait comme si elle s’attendait à ce que je la reconnaisse.
Dokbong.
Ce titre familier résonna sur ses lèvres.
Alors, c’était l’ancienne Dokbong.
Cette femme avait dû porter le titre de Dokbong avant Tang So-yeol.
Ce qui voulait dire…
« … Quel est votre lien avec l’actuel Dragon du Poison ? »
« Hein ? »
Puisqu’il y avait un Dragon du Poison à l’heure actuelle, je me dis qu’ils avaient peut-être un lien et lui posai la question.
Tang Seon me lança un regard étrange avant de répondre :
« … C’est ma sœur cadette. »
« … »
Je hochai la tête.
Alors, elle avait une sœur aînée.
Dans le cas de Tang So-yeol, ce serait sa tante ?
J’ignorais que Tang So-yeol avait une tante. Je n’en avais jamais entendu parler, alors ça se tenait.
« Eh bien… Ah, je vois. »
Je hochai maladroitement la tête, essayant de comprendre la situation, puis repris, l’air abasourdi :
« Vous avez dit que vous vous appeliez Tang Seon, c’est bien ça ? »
« Oui, c’est exact. »
« Eh bien… Merci pour vos paroles, mais… »
J’avais compris qu’elle m’abordait parce qu’elle m’aimait, mais…
« J’ai une fiancée. »
« Ah… »
Quand je mentionnai ma fiancée, les yeux de Tang Seon s’écarquillèrent, puis s’assombrirent aussitôt.
« Je… je vois. C’est vraiment dommage… »
« Je vous remercie quand même. »
Ce n’était pas tous les jours qu’on entendait ce genre de chose.
Le problème, c’était que celle qui venait de me le dire était une femme excentrique du clan Tang.
« Merci de me l’avoir dit. Passez une bonne journée. »
Après une révérence polie, Tang Seon s’éloigna rapidement.
Même de dos, elle ressemblait tellement à Tang So-yeol que cela me rendit étrangement nostalgique.
Comment allait-elle ?
D’après ce que m’avait dit Shin Noya, cela ne faisait pas si longtemps.
Mais, de mon point de vue, beaucoup de temps avait passé. Je pensais donc souvent à elle.
Ah, c’est vrai.
Ils me manquaient.
Les autres me manquaient.
Énormément.
Le lendemain
Un jour avait passé.
Malgré l’aube d’un nouveau jour, j’étais toujours dans ce monde.
Je ne m’attendais pas à autre chose, alors ça ne m’inquiétait pas vraiment.
Je chassai simplement ma torpeur, réprimai mon agacement et sortis de l’auberge.
Bon sang, quel temps dégueulassement beau. C’est quoi, ce bordel ?
Comme pour se moquer de mon humeur, le monde restait clair et lumineux, sans se soucier de rien.
Je soupirai en regardant le soleil inonder les lieux.
« … Merde. »
La vie était vraiment étrange.
J’avais connu la Régression, voyagé dans un autre monde…
Et maintenant, je m’étais retrouvé dans l’enfance de mon père.
« La vie… »
Ah, maintenant que j’y pensais, je n’étais même plus humain, pas vrai ?
« Putain. »
Tout en ruminant ces pensées inutiles, je continuai d’avancer. Je franchis bientôt la porte principale et aperçus le quartier général au loin.
À l’approche de l’entrée, j’interpellai le gardien.
« Excusez-moi. »
« Vous avez réussi l’examen ? »
« Ah, oui. »
« Montrez-moi votre certificat d’admission. »
Comme s’il avait fait ça un nombre incalculable de fois, le gardien me demanda mon certificat.
Je sortis celui que j’avais préparé à l’avance et le lui tendis.
Il l’examina attentivement, puis s’écarta pour me laisser passer.
« Vous pouvez entrer. Félicitations. »
« Merci. »
Son expression ne correspondait pas du tout à ses paroles. Ce n’était qu’une formule de politesse, rien de plus.
Mais je comprenais ce qu’il ressentait, alors ça ne me dérangea pas.
… Pauvre type.
Un gardien, hein… J’avais fait ce boulot dans ma vie précédente.
Une existence épuisante.
On m’avait souvent reproché d’avoir l’air trop effrayant pour un gardien.
Un vieux souvenir amer.
Peut-être était-ce pour ça que mon humeur devint tout aussi amère.
Je serrai les dents et pénétrai dans le quartier général.
Il y avait pas mal de monde à l’intérieur, mais moins que la veille.
Tous les candidats semblaient être partis ; seuls les admis étaient restés.
À mon arrivée, je les vis rangés en file, bien sagement.
Je les observai un instant, puis pris discrètement place au bout de la queue.
Alors que j’attendais patiemment…
Tap, tap.
Quelqu’un me tapota l’épaule par-derrière. Je me retournai, intrigué, et vis un jeune homme que je ne connaissais pas.
« … Qu’est-ce que tu me veux ? »
« Tu as réussi quand ? »
« … Pardon ? »
Une question inattendue.
« Hier, c’est ça ? »
« Ah, tu as passé l’examen à un autre moment que moi. Ha ha ! C’était difficile, hein ? Moi, j’ai vraiment galéré. »
« … »
Ah, juste un bavard. Je compris vite à qui j’avais affaire.
« … Eh bien, c’était assez difficile. »
« Assez difficile ? Tu sais que l’examen de cette année est réputé être le plus dur de ces dix dernières années ? »
« Vraiment ? Ah bon ? »
C’était le cas, au juste ?
« Mais oui ! Il y avait trois questions sur les Bêtes de rang rouge dans l’épreuve d’étude des bêtes démoniaques. Les Bêtes de rang rouge n’apparaissent même plus à notre époque, alors personne ne les étudie. Pourquoi poser trois questions là-dessus… ? »
« Ah… »
Maintenant que j’y pensais, j’avais répondu à ces questions sans trop réfléchir. Mais, à cette époque, les Bêtes de rang rouge n’étaient plus d’actualité.
« C’est pour ça que le taux de réussite était lamentable. »
« Ah bon ? »
« Oui. Apparemment, une seule personne a eu la note maximale. »
« Ah. »
« Qui que ce soit, il a dû s’entraîner comme un forcené. Il ira loin. »
Le jeune homme secoua la tête à plusieurs reprises, comme s’il n’en revenait pas.
Au moment où je crus qu’il avait fini de parler et que tout allait enfin se calmer…
« Oh, au fait. »
« … »
Il avait encore quelque chose à dire ?
Ça commençait à devenir agaçant.
« Tu l’as vu hier, pas vrai ? Le Grand Maître est venu. »
« Ah… Oui, je l’ai vu. »
« Bon sang, je suis tellement jaloux ! J’aurais dû m’inscrire hier… Ha… Dire que tu as pu voir l’un des trois Maîtres de tes propres yeux… Je t’envie vraiment. »
« Ah, eh bien… »
Je l’avais vu de près, c’est tout.
Si je lui disais que j’avais eu les trois Maîtres comme serviteurs, professeurs et même gardiens, il s’évanouirait sûrement sur-le-champ.
« Et ce n’est pas tout : il ne s’est pas contenté de venir, il a choisi lui-même un disciple et l’a emmené avec lui. Tu as vu ça ? »
« … »
Comme la conversation portait sur moi, je gardai instinctivement le silence.
« Enfin, je ne l’ai pas vu, mais… Bref, pourquoi ? »
Je ne l’avais pas vu : j’en avais fait l’expérience. Ce n’était pas un mensonge.
« Tu ne l’as pas vu ? Ah, dommage. Je me demandais quel genre de personne avait été choisi… »
Le jeune homme claqua plusieurs fois la langue.
« J’ai entendu dire que c’était une brute gigantesque, un génie martial sans égal. Et il serait si beau et viril que les femmes s’évanouiraient en le voyant. »
« … »
C’était quoi, ces conneries ?
Un seul jour avait passé, et des rumeurs absurdes circulaient déjà.
Mais c’était quoi, cette folie ?
« Enfin, c’est logique. S’il est si remarquable, le Grand Maître ne pouvait que s’intéresser à lui. Et écoute ça. »
Le jeune homme leva l’index, comme s’il s’apprêtait à révéler un grand secret.
« Ne sois pas trop surpris. »
« … D’accord. »
« Apparemment, celui qui a reçu cette proposition est aussi le seul à avoir eu la note maximale à l’épreuve d’étude des bêtes démoniaques. »
« … »
En entendant ça, je ne pus m’empêcher d’afficher une mine légèrement contrariée.
À ma réaction, le jeune homme me tapota soudain l’épaule.
« Ah, ne fais pas cette tête. Je sais que ça a l’air injuste, mais c’est comme ça, la vie, non ? »
Il avait encore mal compris quelque chose.
« Regarde les Dragons et Phénix de notre époque. La vie est juste différente pour certains. Si tu te mets à les envier, tu n’en finiras jamais. Il y aura toujours des gens comme ça, des gens qui vivent dans un monde complètement différent du nôtre, comme ce type d’hier. »
Ah, il croyait que j’enviais la personne dont il parlait.
« Oh, je viens de m’en rendre compte : on ne s’est même pas présentés correctement. »
Quand avions-nous eu le temps de discuter ? J’avais plutôt l’impression de l’avoir écouté monologuer tout du long.
« Je m’appelle Do Yun, de la famille Dao du Shanxi. Et toi, jeune héros ? »
« … Ah, moi, c’est… »
Je me dis qu’il fallait au moins que je me présente. Je m’apprêtais à répondre quand…
« Baek… »
« Baek Yangcheon ! Où est Baek Yangcheon, de la famille Baek ?! »
« … Hein ? »
Je tournai la tête. Au loin, sur l’estrade, quelqu’un hurlait mon nom à pleins poumons.
À cet instant…
« Baek Yangcheon ? Ah, lui. Celui qui a reçu une proposition du Grand Maître et obtenu la note maximale ? Son nom est déjà sur toutes les lèvres. »
Le jeune homme me regarda avec un vif intérêt.
« Je me demandais vraiment à quoi il ressemblait. C’est l’occasion rêvée. Oh, au fait ! Comment tu t’appelles, déjà ? »
« C’est moi. »
« Hein ? Qu’est-ce que tu racontes ? »
« Le type là-bas. »
Je désignai l’estrade.
« Baek Yangcheon !! »
Je pointai la personne qui hurlait mon nom et grimaçai légèrement.
« … Quoi ? »
Le visage du jeune homme se décomposa.
En le voyant, je laissai échapper un petit rire et lui dis :
« On fera les présentations comme il faut plus tard. Je dois y aller, ils m’appellent. »
Je tapotai l’épaule du jeune homme qui s’était présenté comme Do Yun, puis me dirigeai vers l’estrade.
À l’instant, d’innombrables regards se braquèrent sur moi.
« Mmmmm !? »
Quelque part derrière moi, j’entendis Do Yun pousser un cri de stupeur.
J’eus toutes les peines du monde à ne pas éclater de rire.