Chapitre 1 078
« Qu’est-ce que tu viens de dire ? »
Une voix glaciale m’enveloppa les oreilles. Le mécontentement dans son ton était évident, et son regard acéré s’accordait parfaitement à sa voix : impossible de l’oublier.
Son expression indiquait clairement qu’elle pensait avoir mal entendu, mais, sous cette apparente incrédulité, l’irritation bouillonnait.
Elle semblait avoir tout juste dépassé la vingtaine. Elle portait de la soie luxueuse et des accessoires somptueux.
N’importe qui aurait deviné qu’elle venait d’une famille fortunée.
« Qu’est-ce que tu viens de me dire ? »
En la voyant, je revins brusquement à moi.
« Ah. »
Madame Mi.
La femme qui se tenait devant moi était bien la Madame Mi que je connaissais.
La matriarche de la famille Gu et la dirigeante de l’une des plus grandes maisons de commerce de Zhongyuan.
Et, surtout, quelqu’un dont je ne savais toujours pas comment me débrouiller.
Cette jeune et belle femme qui se tenait devant moi… c’était elle.
« … Qu’est-ce que tu viens de m’appeler, au juste ? »
En l’entendant, je repris enfin mes esprits. De toute évidence, je n’aurais pas dû appeler à la légère « Madame » une femme aussi jeune.
Je changeai rapidement de sujet.
« Ah, veuillez m’excuser. Vous ressemblez à quelqu’un que je connais. »
« … Lui aussi porte le nom de Mi ? »
« … »
Bon sang. De toutes les choses que j’aurais pu dire, il avait fallu que je l’appelle Madame Mi.
« Oui… C’était une étrange coïncidence, c’est tout. »
À ma réponse, Madame Mi haussa les sourcils.
« À t’entendre parler de coïncidence, je suppose que tu sais qui je suis ? »
« … »
Ah, putain.
J’avais gaffé. Je devais être plus décontenancé que je ne le pensais.
En voyant Namgung Jin et Moyong Tae, j’avais déjà compris que je finirais forcément par croiser des gens que je connaissais dans ce monde.
Et pourtant, bien que je le sache, je m’étais laissé prendre au dépourvu.
Comment rattraper le coup ?
Je n’eus pas besoin de longtemps pour me décider.
« … Je sais qui vous êtes. Vous êtes très connue, après tout. »
Madame Mi devait être célèbre à cette époque aussi.
Une personne comme elle ne pouvait pas jouir d’une simple petite notoriété.
À ces mots, elle ricana.
« Alors, dois-je comprendre que tu t’es moqué de moi en toute connaissance de cause ? »
Elle était donc vraiment célèbre.
« Moqué de vous ? Pas du tout. C’était juste une petite erreur. »
« Je doute qu’il y ait une autre femme à Zhongyuan qui me ressemble. »
« Si, il y en a une. Elle vous ressemble presque trait pour trait. »
« Quelle excuse ridicule. Pourquoi ne pas simplement dire que je ressemble à ta mère ? C’est une phrase que les hommes sortent tout le temps. »
« … »
Je marquai une pause.
Ressembler à ma mère, hein ?
Sa remarque me fit réfléchir un instant.
« … Vous lui ressemblez un peu, oui. »
« Ha. »
Madame Mi laissa échapper un bref rire incrédule.
« Tu comptes continuer à plaisanter ? Avec moi ? »
« Si je vous ai offensée, je vous prie de m’excuser. Ce n’était pas mon intention. »
Comme si j’étais assez fou pour plaisanter avec Madame Mi.
« … Alors, que me voulez-vous, dame Mi ? »
Je ramenai habilement la conversation au sujet principal.
Madame Mi plissa les yeux.
Elle semblait hésiter entre continuer à relever mes paroles ou passer à une discussion plus constructive.
Mais, finalement,
« Comme je le disais tout à l’heure, j’ai une proposition à te faire. »
Elle choisit de réprimer son irritation et de revenir à la raison de sa venue.
Ce choix m’en apprit beaucoup sur sa personnalité.
« Une proposition, pour moi ? »
« C’est exact. J’ai une offre à te faire. »
« Et vous savez qui je suis, dame Mi ? »
Je me forçai à employer ce titre qui sonnait bizarrement dans ma bouche.
« Pas dans les moindres détails. Je connais seulement ton nom. »
« Et ? »
« En revanche, je sais que maître Paejon s’est intéressé à toi. »
« … »
Ah.
« Alors, c’est ça, le problème ? »
Si Paejon s’était intéressé à moi et que cela avait poussé Madame Mi à venir me parler…
« Mais pourquoi ? »
Malgré tout, je ne voyais pas ce qu’elle me voulait.
Alors que j’allais froncer les sourcils, perplexe…
« Une maison de commerce te soutient-elle actuellement ? »
« Ah. »
Sa question me permit de comprendre son raisonnement.
Un soutien financier.
« Elle essaie de mettre la main sur moi. »
Pour une maison de commerce, soutenir un artiste martial revenait à déclarer implicitement qu’il lui était affilié.
Plus une maison de commerce soutenait d’artistes martiaux, plus son influence grandissait.
« La maison de commerce Baekhwa soutenait donc activement des combattants, à cette époque ? »
À ma connaissance, la maison de commerce Baekhwa ne soutenait que la famille Gu et n’accordait aucun soutien à des personnes extérieures.
Mais elle tentait maintenant une autre approche ?
« Un soutien, hein… »
« D’après ce que je sais, tu es un fils de la famille Baek, mais aucune maison de commerce en particulier ne te soutient. »
« … »
Elle connaissait déjà mon nom, sans même que je me présente.
Elle avait même enquêté sur le statut de ma famille. Comment avait-elle pu agir aussi vite, bon sang ?
« Même moi, j’en sais rien. »
Je m’étais contenté de choisir au hasard une famille prestigieuse pour me donner des origines. Comment étais-je censé savoir si la famille Baek avait des soutiens ou non ?
« Si tu n’as personne derrière toi, notre maison de commerce peut te proposer d’excellentes conditions. »
« Hum… »
Un soutien de la maison de commerce Baekhwa.
Je me grattai la joue, embarrassé.
« … C’est de plus en plus pénible. »
D’abord Paejon, maintenant Madame Mi.
Pourquoi est-ce que je me retrouvais toujours mêlé à ce genre d’histoires ? Et pourquoi les rapports de force se déroulaient-ils toujours de la même façon ?
À l’époque, même si j’étais le disciple de Paejon, on m’avait tout de même officiellement proposé un poste.
Et maintenant, même si je faisais partie de la famille Gu, on me proposait encore un soutien.
La situation était absurde.
Mais,
« Qu’en dis-tu ? Ce ne serait pas une mauvaise offre pour toi non plus, jeune maître Baek… »
« C’est une mauvaise offre. »
« Quoi ? »
« J’ai dit que c’était une mauvaise offre. »
Je répondis à Madame Mi, dont l’expression se crispa légèrement.
« Qu’est-ce que tu… »
« À voir la façon dont dame Mi m’a abordé, j’imagine que vous pensiez que je manquais d’expérience. »
Je me grattai l’arrière de la tête et poursuivis :
« Mais là, c’est un peu fort. »
« Qu’entends-tu par là, exactement ? »
« Si même maître Paejon s’est intéressé à moi, vous avez dû comprendre que j’avais quelque chose de précieux. Et pourtant, vous venez me faire cette proposition dès la fin de l’examen ? »
Je plissai les yeux.
« Et vu votre attitude en me présentant votre offre, je doute que vous me proposiez de bonnes conditions. »
« … »
Comme je continuais de parler sans m’arrêter, Madame Mi resta un instant sans voix.
Cela confirma mes soupçons.
« Elle est jeune. »
La femme devant moi n’était pas la Madame Mi que je connaissais.
La Madame Mi que je connaissais ne m’aurait jamais abordé de cette manière.
Elle se serait comportée tout autrement.
« Elle manque encore de finesse. »
Elle laissait trop de signes de son inexpérience.
« Comparée à Moyong Hee… »
« … Ha. »
Madame Mi laissa échapper un rire, comme si elle n’en croyait pas ses oreilles.
Son orgueil était-il blessé ? Une légère surprise se lisait dans ses yeux tandis qu’elle me fixait.
« Tu es bien différent de ce à quoi je m’attendais. »
« Et à quoi vous attendiez-vous, exactement ? »
« À ce que tu viens de décrire. »
Naïf, inconscient et lent à la détente.
Elle ne prit pas de gants pour me dire ce qu’elle avait pensé de moi.
« Il semblerait que je me sois trompée. Je vous prie de m’excuser. »
Madame Mi effaça aussitôt son expression et s’excusa dans la foulée. Elle savait vite s’adapter.
« Dans ce cas, accepterais-tu que je t’aborde autrement la prochaine fois ? »
Il était déjà trop tard pour cela, mais elle ne semblait pas s’en soucier.
« Non. »
Je refusai sans détour.
Pour une raison toute simple.
« J’ai déjà un soutien. »
« … Quoi ? »
Les traits de Madame Mi se figèrent à mes mots.
« C’est impossible… »
« J’ignore quelles informations vous avez réunies. Il est vrai que la famille Baek ne bénéficie d’aucun soutien, mais ce n’est pas mon cas. »
« … ! »
Madame Mi ouvrit de grands yeux.
Elle avait compris ce que je sous-entendais.
J’avais un soutien personnel.
« De qui ? »
« Je ne vois pas pourquoi je devrais vous le dire. »
« Tss… »
Madame Mi claqua la langue, comme si elle venait de comprendre qu’elle avait eu un coup de retard.
Alors,
« … C’est étrange. Comment se fait-il que je n’aie entendu parler de quelqu’un comme toi que maintenant ? »
« Je n’aime pas beaucoup sortir de chez moi. »
« … »
« Avons-nous terminé ? J’apprécie votre offre, mais il me sera difficile de travailler avec la maison de commerce Baekhwa. »
Je m’inclinai légèrement et m’éloignai.
Je fis comme si j’étais calme, mais mon cœur battait à tout rompre.
« Waouh. »
Et si ma voix avait tremblé ? Et si je m’étais embrouillé en parlant ?
J’avais été assailli par ces pensées, mais j’avais apparemment bien géré la situation.
« Je n’arrive pas à croire que j’aie vraiment rencontré Madame Mi. »
Ça m’avait vraiment pris au dépourvu. J’avais failli tout gâcher.
« … Je dois régler ça vite et passer à autre chose. »
Je ne pouvais pas me permettre un autre faux pas. Il fallait que j’en finisse et que je réfléchisse à la suite.
Je devais me dépêcher de terminer l’examen.
Alors que je pensais à cela…
« Hahaha ! Attendez, dame Mi vient de se faire recaler ? »
Un rire clair et perçant retentit au loin.
« Tu vois ? Peu importe comment tu t’y prends, certaines choses ne marchent tout simplement pas. »
À cette voix, je tournai la tête.
Et, encore une fois…
Cette façon de parler…
Impossible.
J’écarquillai les yeux. Madame Mi se tourna elle aussi vers la silhouette qui approchait.
Elle lui lança un regard agacé, puis prit la parole :
« … Phénix Blanc Baek Bong. Je ne suis pas d’humeur à écouter tes sottises. »
« Ah bon ? Quel dommage. J’avais justement envie de t’embêter. »
La femme qui taquinait Madame Mi avec un sourire éclatant…
Elle avait les cheveux bleu marine, une aura glaciale, mais une expression d’une fraîcheur réjouissante.
Son nom…
« Moyong Biyeon. »
« Oh ? Tu me connais ? »
L’Épée du Lotus blanc, Moyong Biyeon.
Dans ma vie précédente, elle avait été liée à Moyong Hee d’une manière incroyablement profonde.
Leurs apparences se ressemblaient indéniablement.
Mais leurs présences n’avaient rien à voir.
Alors que je restais là, incapable de dire quoi que ce soit, à la regarder…
« Hé. »
Moyong Biyeon me regarda et sourit d’un air séducteur.
« Qu’est-ce que tu as à me regarder comme ça ? Tu es tombé sous le charme de ta grande sœur ? »
« … Pardon ? »
« Oh, tu as donc bon goût ? Évidemment, je suis mieux que cette femme glaciale, là. »
« Espèce de folle… »
Attends…
Avais-je mal entendu ?
Madame Mi venait de la traiter de folle ?
Pourtant, malgré l’insulte, Moyong Biyeon n’avait pas l’air de s’en soucier le moins du monde.
Elle en rajouta même :
« Désolée de te décevoir, mais ta grande sœur a déjà quelqu’un. »
« … Quoi ? »
Boum.
Je m’interrompis au milieu de ma phrase et tournai la tête sur le côté.
Tout à coup, mon cœur se mit à réagir.
Sssss.
Mon souffle se réchauffa.
Boum ! Boum !
Mon cœur battait à tout rompre…
Je le forçai à se calmer et regardai dans la direction d’où venait Moyong Biyeon.
Cette sensation…
« Ah, le voilà. Mon partenaire. »
Moyong Biyeon agita la main et quelqu’un s’approcha au loin.
Je le regardai, moi aussi.
Ma Roue de feu des neuf flammes s’affolait.
C’était peut-être mon imagination, mais malgré l’air glacial, je sentais une chaleur se répandre.
Une silhouette se dessina.
Et avant toute chose, ce qui me frappa fut…
Ces yeux rouges.
Il me dépassait d’au moins une demi-tête. Sa carrure était imposante.
La cicatrice qui aurait dû lui barrer le nez… n’y était pas.
Il semblait un peu plus âgé que moi. Il n’avait probablement pas encore trente ans.
Pas à pas…
Lentement…
Le jeune homme marcha vers nous.
Je pris une profonde inspiration, m’efforçant de garder mon calme.
« … Est-ce que je le vois vraiment si tôt ? »
Inutile de poser la question.
Je le savais à ses seuls yeux rouges.
Et même si cela n’avait pas suffi, la réaction de la Roue de feu des neuf flammes me révélait tout.
C’était lui.
La raison pour laquelle j’étais venu dans ce monde.
« Père. »
Gu Cheolwoon, le Héros à l’épée.
Non… le Dragon Divin, Gu Cheolwoon.
Nos regards se croisèrent.