Chapitre 1 077
Quand la tempête se fut calmée, je me mis à me préparer seul, au milieu du silence général.
Je sentais sans cesse des regards peser sur moi. Bon sang, j’avais beau essayer, impossible de les ignorer.
Des chuchotements résonnaient autour de moi, un bourdonnement de voix.
La curiosité, la jalousie, l’envie… Je connaissais trop bien ces émotions.
« Qui est-ce ? »
« Il a l’air jeune. De quelle famille vient-il ? »
« … Peut-être qu’il vient d’une famille Seiga. »
« Qu’est-ce qu’il a donc pour que Paejon veuille en faire son disciple ? »
« Il n’a pas l’air de payer de mine… Oh, mais il a une tête assez effrayante. Hiiik ! »
Je fusillai du regard l’homme qui venait de parler avec mépris. Il tressaillit.
Ça commençait vraiment à me courir sur le système.
Je poussai un long soupir, tandis qu’un sentiment que je n’avais que rarement éprouvé refaisait surface.
« Vieux débris. »
Il avait fallu que ça tombe au moment précis où j’essayais de faire le point tranquillement. Ça pouvait vraiment être une coïncidence ?
Je ne le croyais pas.
« Ha… »
Je passai les doigts dans mes cheveux.
« Qu’est-ce que Paejon a bien pu déceler ? »
Qu’avait-il ressenti exactement en me regardant ? Il n’avait pas pu percevoir mon Tua Pacheonmu ; j’avais pris soin de le dissimuler.
Dès que j’avais senti la résonance, je l’avais cachée. Paejon ne l’avait certainement pas remarquée.
Donc, ce n’était pas la résonance. Il ne restait que…
« Mon corps, rajeuni à rebours. »
J’avais l’air jeune, et mon corps avait rajeuni après s’être libéré de ses limites. C’était ce que Paejon cherchait avec tant d’acharnement.
C’était sans doute pour ça qu’il s’était donné tant de mal pour faire de moi son disciple.
Si c’était bien ça…
« Ça recommence ? »
J’ignorais comment Paejon l’avait compris, mais on aurait dit que c’était pour cette raison qu’il m’avait abordé à l’improviste et s’était mis à me palper.
Cependant…
« Il a vraiment pu le deviner rien qu’en me touchant le bras ? »
Qu’avait-il bien pu discerner en me touchant simplement le bras ? Il n’avait même pas fait circuler son énergie.
Il s’était contenté de le palper, et pourtant, Paejon avait dû sentir quelque chose.
« Tss. »
C’était embêtant.
Si Paejon se mettait à m’obséder, les choses allaient se compliquer sérieusement.
« Qu’est-ce que je fais ? Je change encore d’identité ? »
Je pouvais facilement modifier mon visage et mon corps, puis me servir de mes pouvoirs pour changer d’identité autant que nécessaire.
Ce n’était pas ça, le problème.
« C’est le moment qui coince. »
L’examen d’entrée de l’Alliance martiale. Voilà le problème.
J’avais entendu dire qu’il avait lieu aujourd’hui et que c’était la dernière chance. Si je le ratais, je ne pourrais pas intégrer l’Alliance avant l’année prochaine.
Changer d’identité maintenant serait compliqué.
« Ou alors… »
Et si je volais l’identité de quelqu’un au sein de l’Alliance martiale pour me faire passer pour lui ?
Ça pourrait marcher.
J’y réfléchissais quand…
« Suivant. Avancez. »
Une voix me parvint de devant. En levant les yeux, je vis quelqu’un sur une estrade de combat, l’air indifférent.
C’était le premier tour de l’examen d’entrée de l’Alliance martiale.
Plusieurs autres candidats se tenaient aussi sur d’autres estrades.
La première épreuve était simple.
Il fallait affronter les examinateurs, là-haut. Après quelques échanges, l’examinateur décidait si l’on était reçu ou non.
Une épreuve d’une simplicité absurde.
Et…
« D’une facilité écœurante. »
L’épreuve n’avait pas été conçue pour être équitable. Le meilleur moyen de réussir, c’était la corruption ou les relations.
« Voyons voir. »
Si l’Alliance martiale était celle dont je me souvenais, la corruption et le favoritisme y faisaient déjà rage.
Qu’en était-il de l’Alliance actuelle ? J’étais curieux.
« Mais les choses étaient-elles différentes à l’époque où Jukcheon dirigeait l’Alliance ? »
À l’apogée de l’Alliance martiale, sous la direction de Jukcheon, les choses avaient peut-être été différentes. Plein d’espoir, je regardai l’estrade de combat.
« Hein ? »
Je ne m’en étais pas rendu compte tout de suite, mais…
Mon examinateur.
« Attends, je connais ce visage. »
Il me semblait familier. C’était le visage de qui, déjà ?
Je plissai les yeux pour tenter de m’en souvenir, mais ça ne me revint pas tout de suite.
Alors que je le dévisageais, il tourna soudain les yeux vers moi. À la rencontre de nos regards, le visage de l’homme se crispa et il lança :
« Avancez. »
« Ah. »
C’était mon tour ? Je montai sur l’estrade.
L’examinateur me dévisagea alors d’un air étrange.
Son expression ne laissait aucun doute : il n’en revenait pas. « C’est ce type qui a attiré l’attention de Paejon ? »
« Hum. »
Il se racla la gorge, puis prit la parole.
« Je suis Bumdong, de la Division du Dragon Azur. »
« Ah. »
J’écarquillai les yeux en entendant sa présentation.
Pas étonnant qu’il m’ait semblé familier. C’était donc lui ?
C’était le type qui me cherchait des noises et qui s’était fait tabasser pour ça.
« Qu’est-ce qu’il y a ? »
Bumdong, dans sa jeunesse. Il avait l’air d’avoir une vingtaine d’années.
Remarquant mon étrange réaction, il me demanda d’un air perplexe :
« Ah, rien. Vous me rappelez simplement quelqu’un que je connais. »
« Hmph. Vraiment ? Il est rare de trouver quelqu’un qui me ressemble. Mais si vous comptiez parler de Ji Yeon, vous feriez mieux de surveiller vos paroles. »
Bumdong répondit sans émotion, d’un ton sans appel. Il me faisait clairement comprendre qu’il ne tolérerait aucune tentative de corruption.
Intéressant.
« Il était déjà comme ça, à l’époque ? »
Dans mes souvenirs, Bumdong avait déjà bien déchu, mais à présent, il semblait étrangement différent.
Alors que je l’observais avec curiosité…
« N’ayez pas trop peur. »
Bumdong tira son épée et s’adressa à moi.
« Je ne vous ferai pas de mal. Je n’ai pas l’intention de m’en prendre à quelqu’un de votre niveau. »
À ce qu’il disait, Bumdong devait avoir à peu près mon âge.
Puisqu’il venait de la Division du Dragon Azur, il devait déjà en faire partie à l’époque.
Son niveau…
« Au seuil du Royaume du Sommet. »
Si je devais estimer, il venait tout juste de franchir le Royaume du Sommet.
Pour son âge, c’était vraiment impressionnant.
Même le Bumdong que je connaissais était un guerrier du Hwagyeong ; il devait donc avoir un talent exceptionnel.
« Quelle arme utilisez-vous ? » « Je n’utilise pas ce genre de choses. » « Vous êtes donc un Artiste martial. Bien. »
Bumdong se déplaça légèrement et pointa la pointe de son épée vers moi.
« Attaquez quand vous voulez. » « … »
Je fixai l’épée en silence.
« Je vous laisse prendre les devants. »
Patatras.
Bumdong s’effondra au sol en plein milieu de sa phrase.
« Hein ? » « … Quoi ? » « Mais qu’est-ce que… ? »
Les spectateurs écarquillèrent les yeux. D’un coup de pied désinvolte, j’envoyai Bumdong à terre valser au loin.
« Vous avez dit que je pouvais attaquer quand je voulais. » Je m’approchai et le frappai au menton pour en finir.
J’aurais bien voulu lui fracasser le visage, mais il y avait trop de monde pour nous regarder.
Avec un sourire en coin, je poussai Bumdong sur le côté et me tournai vers l’examinateur.
« Vous avez besoin d’une autre démonstration ? » « Euh… euh… »
L’examinateur, décontenancé, me répondit :
« Baek Yangcheon, du clan Baek, à Guangdong. O-Oui… vous avez réussi… » J’avais réussi la première épreuve.
Je m’y attendais.
Je passai directement à la deuxième épreuve. Heureusement, elle ne s’annonçait pas trop extravagante.
À mon arrivée, ceux qui avaient déjà réussi étaient assis et s’affairaient à quelque chose.
En regardant de plus près, je vis des feuilles posées sur les bureaux ; la plupart des candidats semblaient plongés dans leurs réflexions.
« Vous êtes là pour l’examen ? » demanda une voix depuis l’intérieur.
« Oui. » « Asseyez-vous ici, s’il vous plaît. »
Je me dirigeai vers la place qu’on m’indiquait. Comme tout à l’heure, une feuille et un pinceau étaient posés sur le bureau.
Je m’assis et examinai le sujet.
« C’est donc ça. »
C’était bel et bien un examen.
Il y avait des questions sur les bêtes démoniaques.
« Écrivez vos réponses. Vous avez une demi-heure. »
« … »
Je parcourus les questions en silence. La plupart portaient sur les bêtes démoniaques vertes et bleues. Quelques-unes concernaient les rouges.
Mais il y avait très peu de questions.
Évidemment.
« Les bêtes démoniaques rouges n’apparaissent pas à cette époque. »
Les incursions des bêtes démoniaques s’étaient stabilisées et des mesures relativement bien organisées avaient été mises en place.
Une fois ce problème réglé, les humains avaient commencé à s’affronter de plus en plus souvent.
« Hmm. »
Je contemplai le sujet en silence.
Mais…
« C’est trop facile. »
Les questions étaient beaucoup trop simples.
« J’ai bien terminé premier à l’examen du Pavillon Shinyong. »
Pour quelqu’un qui avait fini premier au Pavillon Shinyong, ce n’était rien.
Je pris le pinceau et rédigeai rapidement mes réponses. Peu après, je levai la main pour signaler à l’examinateur que j’avais terminé.
« Hum ? »
L’examinateur gloussa doucement en voyant ma main levée.
« Essayez donc un peu plus. Si vous abandonnez déjà… »
« J’ai terminé. »
« Quoi… ? »
La réponse le fit écarquiller les yeux.
« … Vous avez tout terminé ? » « Oui. » « … C’est absurde. »
On nous avait accordé une demi-heure, mais je n’en avais même pas utilisé la moitié.
Pourtant, je prétendais avoir terminé ; l’examinateur en était visiblement surpris.
« Ne notez pas des réponses au hasard. » « Ce n’est pas le cas. Vous pouvez vérifier. »
« … »
L’examinateur saisit ma feuille avec méfiance et la vérifia.
Après un bref silence…
« Ha… »
Il poussa un petit soupir exaspéré.
« … Tout est juste ? »
Aucune réponse n’était fausse.
« Je peux y aller, maintenant ? »
« Non… »
Comment était-ce possible ? Après un instant de réflexion, l’examinateur hocha la tête, comme s’il venait de comprendre quelque chose.
« … Je vois. Alors, qui êtes-vous, exactement ? »
« Pardon ? »
« … Laissez tomber. Inutile de poser la question. Allez-y. »
L’examinateur s’exprima avec un air quelque peu sinistre.
Il avait l’air mécontent. En le regardant, je compris.
« Ah, ce type. »
Comme j’avais terminé trop vite, il soupçonnait que quelqu’un m’avait soufflé les réponses. Il croyait que j’avais triché.
À en juger par ses paroles…
« Qui d’autre aurait pu faire ça ? »
On aurait dit que quelqu’un d’autre avait semé le trouble.
« Hmm. »
C’était absurde de se faire accuser à tort, mais… quoi qu’il en soit, j’avais réussi.
Je fis demi-tour et sortis aussitôt.
« La troisième… »
Une fois la dernière épreuve terminée, j’intégrerais enfin la Secte, pas vrai ?
« Franchement… »
Dans ma vie précédente, j’avais tellement rechigné à y aller, et me voilà maintenant en train de passer des examens pour y remettre les pieds.
C’était absurde.
Je me grattai la joue et m’apprêtai à partir quand…
« Excusez-moi. »
« Hum ? »
Quelqu’un m’interpella.
Je tournai la tête.
« C’est vous qui venez de réussir l’examen ? »
Une femme à la voix grave et froide me posa la question. Je me demandai qui elle était et la regardai.
Et alors…
« … Hein ? »
En découvrant celle qui m’avait adressé la parole, je ne pus m’empêcher de réagir vivement.
C’était une très belle femme.
Ses yeux étaient un peu froids et son aura dégageait une véritable glaciale froideur ; c’était le genre de beauté qu’on aurait qualifiée de remarquable partout où elle allait.
Elle semblait tout juste sortie de l’adolescence et me rappelait la ravissante fille du clan Moyong.
Mais surtout, je connaissais cette femme.
« Si c’est bien le cas, j’aurais une proposition à vous faire… »
« Mi… Madame… ? »
« … Qu’avez-vous dit ? »
À ces mots, Mi Horan, de la secte Baekhwa, fronça les sourcils.