Chapitre 1 059
« Hwaaaaa— »
Un spectacle de pétales qui se dispersaient dans le ciel, captivant mon regard.
Ils fleurissaient sans fin, comme s’ils voulaient couvrir de leur splendeur le ciel gris tout entier et le vide.
Un champ s’étendait dans les cieux. C’était si beau et si pur que même mes yeux desséchés en étaient saisis.
Et plus encore en sachant que ces pétales n’étaient pas apparus naturellement, mais qu’ils étaient nés de la volonté et de l’illumination de quelqu’un.
Comment ne pas être ébloui ?
« Hein… »
Je laissai échapper un souffle léger et creux. Qu’est-ce que c’était ? Ces pétales étaient si beaux que je tendis instinctivement la main. Lorsque mes doigts effleurèrent délicatement l’un d’eux, il frémit légèrement et glissa entre mes doigts.
La sensation était si vive.
On aurait juré un vrai pétale.
« … ! »
Mais dès que je le touchai, je ne pus dissimuler ma stupeur.
« … Quelle condensation d’énergie interne ! »
Chaque pétale, sans exception, renfermait une énergie d’un niveau extraordinaire. Je n’avais jamais été témoin d’une compression aussi intense.
Je me rappelai ce que Shin Noya répétait toujours pendant ses enseignements.
La compression.
L’énergie d’un artiste martial se définissait par la façon dont on la comprimait et dont on la libérait. N’était-ce pas ce qu’il disait ?
Comme pour illustrer ces paroles, les pétales de Shin Noya étaient entièrement imprégnés de son illumination.
Je restai là, émerveillé.
« Tu ne t’émerveilles pas un peu trop tôt ? »
Une voix âgée, teintée d’amusement, me frôla l’oreille.
« Ne regarde pas seulement les pétales. Regarde les racines qui les soutiennent. »
Aux mots de Shin Noya, mon regard se déplaça.
Je vis son dos.
Un dos immense, qui démentait son corps flétri.
Le vieil homme me tournait le dos, son épée abaissée le long du flanc.
Fwoooosh.
Elle n’avait plus la douce teinte azur qu’elle avait prise après avoir absorbé mon énergie. C’était sa forme originelle, celle sous laquelle je l’avais découverte. Une lame débordante d’une riche aura cramoisie.
Tandis que je contemplais la scène en silence…
Tic— !
Les pétales tremblants s’immobilisèrent en plein vol.
Ma respiration se suspendit d’elle-même.
On aurait dit que le temps lui-même s’était arrêté. Cette sensation étrange fixa mon regard sur le dos de Noya.
« Curieux. »
Une voix qui fendait l’espace rompit le silence. Elle venait de la silhouette devant moi.
« Vraiment curieux. »
Un homme aux cheveux azur et aux pupilles entièrement blanches.
Le plus étrange des êtres avait l’audace de trouver autre chose étrange.
« Qu’entends-tu par là ? »
Shin Noya répondit d’un ton calme.
« Comment une forme aussi insignifiante peut-elle contenir autant de choses ? D’une certaine façon, c’est admirable. »
« Tu sembles sincère, mais vu notre relation, tes compliments ne sont pas particulièrement bienvenus. »
« C’est remarquable, en effet. Si tu avais fait un pas de plus, un seul, tu serais peut-être devenu le premier à dépasser tes limites et à atteindre les cieux. »
« Les cieux, dis-tu. »
Shin Noya eut un petit rire à ces mots.
« Quelle idée absurde. Pourquoi devrais-je y grimper ? »
Il se mit lentement en mouvement. À chacun de ses pas tranquilles, les pétales le suivaient, dessinant sa trace.
« Les sommets ne m’intéressent pas. Planter une graine et la voir pousser jusqu’à devenir un arbre, voilà qui me suffit. »
« Un arbre ? »
« Oui. Cette épée, c’est mon arbre. Qu’en dis-tu ? Pas mal, non ? »
Hwaaaaaaaaa— !!!
Les pétales, emportés par le vent, convergèrent vers l’épée de Noya, Gui-jeong.
Pétale après pétale, ils se comprimaient toujours davantage.
Réunir une énergie aussi condensée sans qu’elle se brise sous la pression… J’en aurais été incapable. Mais Noya, lui, y parvint.
« Voilà mon arbre. »
« Hmmm… »
« Tu as dit t’appeler Taechun, c’est bien ça ? Je ne sais pas ce que sont tes “cieux”. Mais pour moi, cela suffit. »
Taechun ?
Je fronçai les sourcils à ce nom. Taechun… Je l’avais déjà entendu.
C’est…
C’était le nom de l’un des Grands Royaumes démoniaques cachés par l’Alliance martiale.
Et même sans cela…
… C’est le nom dont a parlé le Roi de l’Ombre.
Dans le Royaume où Amwang, le Roi de l’Ombre, s’était rendu, le souverain portait le nom de Taechun.
Impossible.
Cet homme pouvait-il être Taechun en personne ?
Que faisait un être pareil ici ?
Et le fait qu’il ait pris la forme d’un corbeau…
Se pouvait-il que celui qui tirait les ficelles derrière les manigances du corbeau… ait toujours été lui ?
Ça n’avait aucun sens. Que faisait ici quelqu’un comme Taechun ?
Alors que la confusion m’envahissait…
« Un arbre, hein ? J’aime bien. »
Taechun hocha la tête en regardant Noya.
« Je le respecte. Et je le reconnais. Ton arbre a de la valeur. »
« Eh bien, merci. »
« Alors, montre-moi. Montre-moi tout ce que tu peux faire tenir dans une âme et un corps aussi petits. »
« Tu veux que je fasse le spectacle ? »
Hé. Hé. Hé.
Noya éclata d’un rire profond et sonore.
Les pétales rassemblés prirent enfin forme.
« Très bien. Il se trouve que j’excelle dans ce genre de démonstration. »
Une épée teintée d’un cramoisi profond, profond.
Dès que je la vis, un frisson me parcourut l’échine.
Ce n’était pas une épée ordinaire.
Un prunier en fleurs.
C’était…
Le prunier en fleurs que j’avais vu tant de fois.
Son parfum. Sa vitalité, son éclat et sa beauté.
Un art martial qui incarnait la nature elle-même.
En tant qu’artiste martial, je ressentis une admiration qui résonna dans tout mon être.
… C’est réel.
C’était possible. J’en avais la preuve sous les yeux.
Une sueur froide me coula dans le dos, et tous les poils de mon corps se hérissèrent.
Cette vision éveilla en moi quelque chose de profondément primitif, quelque chose de guerrier.
Et alors…
« Garçon. »
Noya m’appela.
Je ne pus répondre. Aucun son ne sortit de ma gorge.
« Regarde bien. »
Noya ne semblait pas attendre de réponse, car il fit mouvoir son épée avec une grâce sereine.
Un unique coup traça dans les airs une fine ligne cramoisie, comme si elle avait été dessinée à la peinture liquide.
Son nom : Fleurs de prunier.
Fleurs de prunier.
Pas d’ornements. Pas de grandes déclarations.
Juste ce nom : Fleurs de prunier.
Et je compris.
Elles avaient fleuri, grandi, puis trouvé leur place dans sa main. Rien de plus.
Elles avaient gardé leur vie. Elles étaient restées fidèles à elles-mêmes.
Bien qu’elles fussent faites d’énergie interne pure, c’étaient incontestablement des fleurs de prunier.
Je compris que telle était la vérité derrière la création de Shin Noya.
« Oui. »
La bouche qui refusait de s’ouvrir, comme si elle mentait, finit par s’entrouvrir.
« Voilà mon arbre. Tu le vois ? »
« … Je le vois. »
« L’arbre que tu feras naître n’a pas besoin d’être un arbre. Mais concentre-toi sur ce que tu peux créer. Qu’est-ce que tu feras fleurir ? »
« … »
Je ne pus répondre.
Faire naître quelque chose ? Ça n’avait pas besoin d’être un arbre ? Qu’est-ce que je pouvais créer ? Je n’y avais jamais réfléchi.
Et, une fois encore, rien n’y fit.
« Souviens-toi de ceci. »
Noya ne me pressa pas de répondre. Ce n’était pas une question à laquelle il souhaitait entendre une réponse.
« Peu importe ce que tu deviendras ou ce que tu chercheras à devenir. Si tu veux vivre en tant qu’artiste martial, sache ce que tu veux accomplir et poursuis cet objectif. Cela seul suffit. »
« … »
« À présent, regarde bien. »
Noya bougea.
Les Fleurs de prunier frémirent.
Leur parfum se répandit dans l’air.
« Voilà mon arbre. »
La vie que Noya avait vécue, tenue dans sa main, masqua le ciel.
Comme une brise, l’arbre ondulait au gré du vent.
J’étais attiré par ses immenses pétales. Des fleurs s’épanouissaient sur les branches en bourgeon. Elles voilèrent le ciel gris.
Fleurs de prunier.
La vie du vieil homme s’abattit sur Taechun.
KUUUUUUUUUUNNNNNG— !!!!
Le ciel se fendit en deux. L’espace qui avait créé les cieux gris se déchira sous un seul coup.
« Ha. »
Taechun rit.
Il avait paré le coup avec sa lance, mais sa main tremblait violemment, témoignant de la difficulté de l’entreprise.
« Incroyable… ! »
Sa voix s’éleva.
« C’est la limite. Tu y es presque. »
Presque où ?
Que voulait-il dire par « la limite » ?
Je ne comprenais pas vraiment, mais, d’une certaine façon, j’avais l’impression de comprendre.
« Montre-moi. Montre-moi que tu peux l’atteindre par tes propres forces. »
L’épée glissa. Celle de Noya vacilla, puis poursuivit son mouvement au coup suivant.
Deux entailles.
Deux coups fendirent la montagne. Une ligne en forme de croix apparut dans le ciel.
KUGUGUNNNG— !!!
Le sol trembla violemment. Taechun frappa légèrement le sol du pied. À cet instant, d’immenses tentacules jaillirent de la terre.
Ils étaient bien plus gros qu’avant.
Des tentacules de la taille des Bêtes de rang Cramoisi surgirent, fonçant droit sur Noya.
Noya les observa en silence, puis fit brièvement tournoyer son épée.
PANG— ! PANGPANGPANG— !!!
Les tentacules explosèrent en morceaux et, dans l’ouverture ainsi créée, Noya s’élança.
Il n’était pas rapide : il se contenta d’un pas simple, son épée bougeant avec grâce.
Chaque coup faisait trembler le ciel.
Au-dessous, l’Épée du Cœur apparut.
Taechun sourit en la voyant.
« Impressionnant. »
KUNG— ! KWAGAGANNNG— !!!
L’Épée du Cœur s’enfonça dans la terre. Le choc fit bondir le sol et le secoua.
Le haut du corps de Taechun vola en éclats, brisé et fracturé.
Pourtant, son regard ne quitta jamais Noya.
« Je te convoite. Je te convoite, Shin Cheol. »
L’intérêt se mua en obsession.
À ces mots, les Fleurs de prunier de Noya frappèrent sa gorge.
KANG— !!
Elles ne le transpercèrent pas.
Les Fleurs de prunier de Noya furent arrêtées par un mur invisible.
Mais cela n’avait pas d’importance.
Formation des Fleurs de prunier.
Noya appuya son corps contre la barrière et mobilisa toutes ses forces pour la repousser.
KIIIIIIIIIIIIIK— !!!!
« Hein. »
Bien qu’il n’eût pas réussi à percer la barrière…
Noya prit une profonde inspiration et poussa plus fort.
KWADUK— !!
Et enfin…
Il la brisa.
En voyant cela, Taechun étira davantage ses lèvres fendues, un sourire s’élargissant sur son visage.
« Tu y es arrivé. »
Quelques mots.
Une admiration discrète.
« La divinité. »
La pointe des Fleurs de prunier effleura sa gorge. Elle allait mettre fin à ses jours.
« Félicitations… »
Taechun allait poursuivre, mais fut interrompu.
Crac.
« … Quoi ? »
Ses yeux s’écarquillèrent au bruit.
Gui-jeong tomba.
Le bras qui l’avait tenue s’effritait.
« … Noya ! »
En voyant cela, je me précipitai aussitôt vers lui.