Chapitre 1 030
Kuuuuuuuuung---!!!
Une explosion tonitruante retentit au loin. Je tournai la tête vers sa source, les yeux plissés.
On dirait qu’ils ont attrapé quelque chose.
L’autre camp avait enfin commencé, semblait-il.
Avant d’affronter le chef, j’avais demandé une faveur à Cheonma :
Si ce salaud inconnu de tout à l’heure réapparaissait, qu’elle s’en charge elle-même.
À ma demande, elle avait hoché la tête avant de répondre :
« Je peux le tuer ? »
Sa question, plate et dénuée d’émotion, avait quelque chose de glaçant. Mais, en entendant ces mots, je m’étais contenté de hocher la tête [N O V E L I G H T], sans la moindre hésitation.
Après tout, j’étais curieux.
Curieux de savoir si la personne qu’elle déciderait de tuer serait assez forte pour survivre à sa colère.
Et maintenant…
Kuaaaaaaaa----!!!
Une colonne d’énergie noire jaillit vers le ciel et je claquai la langue.
Rien qu’à son aura, on voyait qu’elle était d’une puissance écrasante.
Cette brume noire… n’était que de la magie pure.
Une obscurité profonde, d’un noir d’encre, sans la moindre nuance d’une autre couleur.
Elle était si dénuée de lumière qu’elle paraissait étrangère au monde — anormale et menaçante, mais pourtant… sacrée dans sa pureté.
Peu importait à quel point Cheonma semblait différente dans cette vie…
Son aura était toujours la même.
Cette énergie sinistre et oppressante n’avait pas changé d’un iota.
Kwaaaaaah—!!!
Le déferlement d’énergie me parvenait malgré la distance considérable qui nous séparait.
Ma peau picota et je frissonnai malgré moi, avant de détourner le regard.
Elle s’occuperait de ce côté-là.
Moi, je devais me concentrer sur mon propre combat.
« Grrrrr—!!! »
Kugugugung--!!
Le sol trembla sous le grondement guttural de la bête.
Kyaaaaaaa--!!!
Kwaaadeudeuk--!!! Kugugung--!!!
L’air retentissait du fracas d’innombrables corps qui s’entrechoquaient dans une mêlée furieuse.
Les bêtes démoniaques que j’avais invoquées grâce à mon pouvoir affrontaient violemment la horde monstrueuse de l’ennemi.
Elles n’hésitaient pas : seul parlait l’instinct.
Elles se déchiquetaient sans se soucier que leur propre chair fût arrachée dans la bataille.
Craac—!!
Les crocs s’enfonçaient dans les gorges. La chair se déchirait.
Les os volaient en éclats sous les griffes qui transperçaient les corps, mais aucun des deux camps ne cédait.
Sssssssss—!!!
Plus le combat durait, plus mon énergie se consumait à une vitesse alarmante, comme l’eau qui s’échappe d’un barrage éventré au fond de mon cœur.
Invoquer ces créatures était terriblement inefficace.
Je le savais depuis la dernière fois.
Le spectacle avait beau être impressionnant, invoquer autant de bêtes n’était pas vraiment la stratégie la plus pratique.
Je levai la main…
Fwoosh.
Une vague de chaleur trembla au bout de mes doigts…
Kuaaaaaaaa---!!!
Kyaaaaaaa--!!!
Une marée de flammes noires déferla et engloutit tout ce qui se trouvait devant moi.
Les bêtes poussèrent de brefs cris aigus avant d’être réduites en cendres en un instant.
Si c’est aussi facile de les anéantir, à quoi bon s’embêter à invoquer des bêtes ?
Un simple geste avait effacé toute la horde.
Et, à vrai dire, ces bêtes n’étaient pas si redoutables que ça.
Enfin… elles n’étaient pas faibles non plus.
À en juger par leur puissance, les plus faibles équivalaient à des guerriers de Première classe, tandis que les plus puissantes pouvaient atteindre le niveau des grands maîtres au sommet de leur art.
Leur rang de bêtes démoniaques allait du rang bleu jusqu’au rang rouge.
Autrefois, je n’aurais jamais pu les affronter de front.
Mais aujourd’hui ? Aujourd’hui, c’était différent.
Wuuuuuuuung—!!!
Giiiiiiiing—!!
Derrière moi, un anneau de feu s’embrasa et se mit à tourner, répandant des braises brûlantes qui restèrent suspendues dans les airs.
Elles vacillèrent, puis s’immobilisèrent… et se rassemblèrent en orbes flottant dans le vide.
« Constellation d’étoiles flamboyantes. »
Une constellation d’orbes de feu illumina le ciel nocturne — bien que leur couleur fût noircie, loin de celle qu’on pourrait associer à des étoiles.
D’un mouvement de la main…
La guirlande d’orbes fusa vers l’avant…
Kogogogogogogo---!!!
Un bombardement.
En un instant, les bêtes de flammes que j’avais invoquées furent anéanties, balayées par le feu même que j’avais déchaîné.
Voilà pourquoi, dans ma vie précédente, on m’avait surnommé le Faucheur des champs de bataille.
Un pouvoir conçu pour les massacres de masse.
Pas besoin de viser avec précision : il suffisait de tout ravager sur son passage.
Et comme arme de guerre, rien ne pouvait l’égaler.
Mais…
La qualité de mes flammes avait encore progressé.
Grâce à la compression et à la pression, ainsi qu’au frottement qu’elles engendraient…
J’avais appris à maîtriser chaque aspect du feu.
Ce n’était plus le pouvoir que je maniais autrefois.
Je le sentais encore à cet instant…
Les flammes répondaient librement à ma volonté.
Ça, c’est bien.
Je ne les maîtrisais plus vraiment…
Les flammes se mouvaient selon ma volonté.
Il ne s’agissait plus de les manipuler, mais simplement de bouger…
La différence était aussi grande qu’entre le ciel et la terre.
Tandis que je poursuivais le bombardement, j’ajustais leurs trajectoires — avec une finesse et une fluidité qui m’auraient été impossibles auparavant.
Les orbes balayèrent chaque recoin du champ de bataille dans un déluge dévastateur, anéantissant tout sur leur passage.
Voilà pourquoi invoquer des créatures me paraissait inutile.
Mais…
Je n’en doutais pas…
De l’autre côté, mon adversaire devait penser la même chose.
« KuoOOOOOO—!! »
Kwaaaang---!!!
Un rugissement tonitruant retentit tandis qu’une explosion perçait mon bombardement.
Quelque chose jaillit en fendant mes flammes.
Cette flambée n’avait pas la même teinte que mon feu noir…
C’était un brasier d’un rouge éclatant.
« KuoOOOOAAAA---!!! »
Boum ! Boum boum boum---!!!
Le voilà.
Le chef, sa carrure massive enveloppée de flammes écarlates rugissantes, faisait tournoyer sa hache colossale en de grands arcs qui pulvérisaient tout sur son passage.
Sa peau et sa fourrure étaient devenues d’un rouge sombre, incandescent, et son corps dégageait une chaleur brûlante.
Quand il prenait cette forme, sa présence semblait toujours disparaître…
Et cette fois ne faisait pas exception.
Mais sa présence n’était pas la seule chose qui avait changé…
Sa vitesse et sa puissance étaient d’un tout autre niveau.
Ce n’était pas qu’un simple changement d’apparence : il avait dépassé ses limites d’autrefois.
D’un seul coup de hache, il anéantissait des vagues entières de bêtes que j’avais invoquées.
Pourtant, mes bêtes étaient de rang rouge, le plus élevé que je pouvais invoquer…
Elles ne parvenaient même pas à le retenir.
« Misérable… !! »
Le chef rugit. Sa voix vibrait de fureur et de défi tandis qu’il fixait son regard sur moi, à l’origine du déluge de flammes.
Boum !!
Il frappa le sol du pied, qui se fendit en projetant des débris dans toutes les directions.
Il s’accroupit, les muscles tendus, les articulations pliées…
Un prédateur sur le point de bondir.
Mais avant qu’il ne puisse se lancer…
Une nouvelle vague de mes bêtes se rua sur lui.
Kruaaaaah--!!!
Krrrrr--!!
D’immenses bêtes gigantesques l’assaillirent, l’enveloppant dans un déchaînement chaotique…
Mais…
« Disparaissez ! »
Kugugugung—!!!
Une seule déflagration de son aura projeta les créatures au loin, leurs corps virevoltant dans les airs comme des pantins.
Puis…
Boum— ! Kwaaaaah—!!!
Le chef se rua sur moi avec une férocité implacable. En un clin d’œil, il fut sur moi et abattit sa hache de toutes ses forces…
La lame, enveloppée de flammes, fendit l’air et s’abattit sur moi…
À cet instant…
« Bloque. »
Un murmure discret franchit mes lèvres.
« — !! »
Quelque chose apparut sous les yeux du chef. Dans un grognement de surprise instinctif, il tordit sa hache en plein mouvement et dévia son coup.
La trajectoire bifurqua vers la gauche…
Et…
Un crissement. BOUM—!!
La hache s’abattit au sol avec une force dévastatrice…
Kwagagagang—!!!
Une onde de choc assourdissante jaillit de l’impact. Le sol, à sa gauche, se brisa et d’immenses fissures se ramifièrent à travers la terre éclatée.
« Quoi… ?! »
Cette intervention soudaine arracha un grognement stupéfait au chef.
Et il avait raison d’être déconcerté.
Car ce n’était pas moi qui avais arrêté son attaque.
« Kirurururururu. »
Un son. Un cri déformé, contre nature, bien distinct des hurlements des bêtes entendus quelques instants plus tôt.
« Kyarrururururu. »
La créature qui s’était interposée était grotesque…
Une forme humanoïde desséchée, au corps décharné couvert de chair flétrie, avec des ailes repliées et déchiquetées qui lui sortaient du dos.
Elle était plus grande qu’un humain, mais beaucoup trop petite pour être une bête ordinaire.
Et pourtant…
« Kyarrururururaaaa—!!!! »
Quand elle poussa son cri, l’aura qu’elle déchaîna dépassa de loin celle de n’importe quelle bête de rang rouge.
Elle était si puissante que même le chef tressaillit malgré lui.
Oui…
C’était là mon pouvoir.
Le pouvoir connu sous le nom d’Invocation — une technique qui ne me permettait d’appeler que des créatures que j’avais moi-même chassées et absorbées.
Et celle-ci…
C’était une bête de rang blanc que j’avais chassée à Hanam.
« Occupe-toi de lui. »
« Kyaaaah—!!! »
À mon ordre, la bête se rua sur le chef, qui grimaça et se mit aussitôt en garde.
Ses griffes acérées comme des rasoirs fendirent l’air…
Le chef repoussa l’assaut d’un large coup de hache.
Screeeeech—!!!
Griffes et lame s’entrechoquèrent, et la force de leur collision fit exploser des vagues de puissance.
Derrière mon masque, mes traits se crispèrent.
Ça… c’est plus difficile que prévu.
À vrai dire, jusqu’à présent, je n’avais jamais été capable d’invoquer une bête de rang blanc.
La quantité d’énergie nécessaire était colossale, et je n’avais encore jamais réussi à la matérialiser complètement.
Mais maintenant…
Depuis que j’avais atteint la Transcendance…
C’était enfin possible.
Je l’avais invoquée aussitôt pour éprouver sa puissance.
Et…
Cette chose est dingue.
Sa puissance dépassait mes attentes.
Était-elle vraiment à la hauteur d’une bête de rang blanc naturelle ? Peut-être pas.
Mais…
Elle n’en était pas loin.
À tout le moins…
Cette chose pouvait anéantir sans peine un maître martial au niveau Hwagyeong.
Elle n’était peut-être pas tout à fait assez puissante pour tenir tête aux dix grands maîtres…
Mais…
N’importe quel maître inférieur serait écrasé.
Sans le moindre doute, c’était un monstre à craindre.
Et regardez-la, même à présent : elle tenait tête au chef.
Enfin…
Craac—!!
La victoire n’était pas à sa portée.
« Kiaaaaaah—!!! »
La bête poussa un cri atroce quand la hache du chef lui trancha le bras.
Pourtant, elle ne ressentait aucune douleur — car ces créatures ne connaissaient pas la douleur.
Et…
Avant que le chef ne puisse profiter de son avantage…
Shlrrrrrp—
Son bras se régénéra aussitôt, la chair se ressoudant en un clin d’œil.
La bête bondit de nouveau, les griffes prêtes à frapper.
Cette régénération…
C’était la marque des bêtes de rang blanc, conservée jusque dans leur forme invoquée.
Mais…
… Bon sang. Mon énergie.
Chaque parcelle de puissance dépensée pour sa régénération…
Elle me la prenait directement.
L’invocation seule avait déjà dévoré une grande partie de mon énergie…
Et maintenant, chaque attaque, chaque blessure puisait dans ma Force vitale pour lui permettre de subsister.
Je ne pourrai pas tenir comme ça très longtemps.
La pression montait : le combat ne pouvait pas s’éterniser.
Je devais en finir vite.
Mais…
Pas encore.
Il me restait une chose à vérifier.
« Espèce d’enfoiré… !! »
BOUM—!
Le poing du chef transperça le ventre de la bête.
« Grrrhh… Tu vas continuer à te cacher derrière tes pantins comme un rat ?! »
Sa voix tonna en ma direction, débordante de frustration.
Mais moi…
Je gloussai doucement, un sourire en coin se dessinant derrière mon masque.
« C’est pas toi qui as amené ces autres bêtes en premier ? »
« Grrrrr—!! »
Un grondement de rage lui échappa à ma provocation.
Dans un grognement, il projeta la bête sur le côté.
Cette fois, la créature ne se releva pas. Elle resta immobile, à terre. Plus de régénération.
« Ça suffit, tes manigances. Cette fois, tu ne m’échapperas pas. »
Le chef se pencha, les muscles bandés, prêt à bondir…
Mais…
Je levai la main.
Et pointai…
Le ciel.
« …… ? »
Son regard suivit mon geste…
Et ses yeux…
S’écarquillèrent.
« Ce n’est pas fini. »
« Je t’ai réservé un dernier cadeau. »
Et là…
Dans le ciel…
Une deuxième faille venait de s’ouvrir.
Immense — bien plus grande que la précédente.
Car, comme je l’avais dit…
Le pouvoir d’Invocation…
Ne me permettait d’appeler que les créatures que j’avais moi-même chassées et absorbées.
Et…
Je n’avais pas absorbé une seule bête de rang blanc.
« Dévore, Mang. »
Kugugugung—!!!
Dans un fracas pareil à celui du ciel qui se déchire…
Quelque chose d’immense descendit de la faille.
Un colosse, grand comme une colline…
Sa gueule hérissée de crocs gigantesques et dentelés…
Il plongeait droit sur le chef…
Pour le dévorer tout entier.
Kuuuuuuuuuuung----!!!!