Chapitre 1 025
« J’ai dit non. »
« … »
L’esprit se raidit à mes mots. Même avec le voile qui lui couvrait le visage, je devinai sans peine son expression.
« Q-que voulez-vous dire… ? »
Exactement ce que j’ai dit. Non.
Je me grattai la joue et lui répondis en observant sa confusion manifeste.
« Je comprends la situation. »
J’avais tout compris : le Chef était apparu et avait transformé ce lieu autrefois paisible en ruines.
Le Seigneur de Tous les Royaumes avait prédit qu’un sauveur viendrait.
Et ils supposaient à présent que j’étais ce fameux sauveur.
J’avais tout compris.
« Mais je ne me porte pas volontaire. »
Désolé, mais je n’étais pas un héros.
« Je ne suis pas du genre à aider juste parce qu’on me le demande. »
« … Hein ? »
L’esprit avait l’air complètement abasourdi. On aurait dit qu’elle n’avait même pas envisagé que je puisse refuser de les sauver.
« A-alors… que désirez-vous… ? »
« À vous de le découvrir. »
Je laissai échapper un petit rire.
« Je ne veux pas grand-chose de votre part. Mais je n’ai pas non plus envie de faire quoi que ce soit gratuitement… »
Je tournai le regard vers l’entrée par laquelle j’étais arrivé.
« Trouvez quelque chose pour me convaincre. Si ça me plaît, alors d’accord, j’envisagerai de vous accorder le “salut” que vous souhaitez. »
« Ah… ô Grand Être… »
L’esprit s’inclina de nouveau à la hâte, mais je l’ignorai et demandai :
« Comment faire pour revenir après être sorti ? »
« … Pardon ? »
« Je dois sortir un moment. Comment revenir ? »
« … »
« J’ai d’autres choses à régler. Je compte revenir, alors expliquez-moi clairement. »
« En suivant le chemin, vous trouverez une sortie. Vous pourrez revenir par la même entrée… Cependant. »
« Cependant ? »
« À la tombée de la nuit… l’entrée sera scellée jusqu’au matin. Vous ne pourrez pas rentrer avant le lever du jour. »
« Ah ? En fait, ça m’arrange. »
De toute façon, je n’avais pas l’intention de rester après la tombée de la nuit. Aucun problème, donc.
« Bon, j’y vais. »
Je pris le chemin de la sortie. Au même moment, je me retournai vers l’esprit.
« Réfléchissez bien à ce que je vous ai dit. »
« … Ah— »
Elle tenta d’ajouter quelque chose, mais je ne l’écoutai pas.
Fouuu !
Des flammes jaillirent de mon corps et je fus propulsé sur le chemin.
Comme l’esprit me l’avait indiqué, je repérai bientôt ce qui ressemblait à une sortie.
Un gardien en surveillait l’accès, mais je ne pris même pas la peine de le saluer.
« Hein ? »
Fouuu— !!!
« Guh !? »
Avant qu’il ait le temps de réagir, je me changeai en flamme et le traversai. En un instant, je me retrouvai devant l’immense porte, les mains agrippées à sa surface.
Grrr— !!!
« Ah ! Mais qu’est-ce que… ?! »
Le gardien réagit trop tard. Les battants s’ouvraient déjà, juste assez pour me laisser me faufiler.
Avant qu’il puisse s’approcher, je me propulsai à l’extérieur.
Fouuu !
Mon corps enveloppé de flammes jaillit de la vallée de Mareong.
Suspendu dans les airs, je contemplai une fois de plus les montagnes rocheuses.
Rien n’avait changé.
Il n’y avait toujours que de la pierre. Après avoir constaté cela, je me mis aussitôt en mouvement.
Je devais vérifier quelque chose.
Fouuuuu— !!!
Les flammes jaillirent au-dehors, se ramifiant dans toutes les directions.
Le brasier tournoyant à toute vitesse se répandit comme un incendie, ses filaments fins comme des fils s’étirant de toutes parts. Ils ressemblaient à des branches et à des racines.
Ils s’étendirent lentement, devenant toujours plus denses.
C’était une autre forme de perception sensorielle fondée sur le feu.
Elle me permettait de percevoir mon environnement avec davantage de précision et de finesse.
Avant longtemps, mes sens avaient recouvert presque tout le Mont Marryeong.
« Hmm… »
Une quantité innombrable d’informations afflua dans mon esprit. Je plissai les yeux en les analysant.
Il y en avait beaucoup, mais au bout du compte…
« Rien n’a vraiment changé. »
Je ne percevais rien de différent par rapport à la veille au soir.
« Toujours rien. »
Il n’y avait presque aucune trace de vie. Je percevais encore la présence de ceux qui se trouvaient dans la vallée de Mareong, mais à part eux…
« Comme avant. »
En dehors de cela, aucun signe de créature vivante.
Est-ce que je devais étendre davantage mon champ de perception ?
J’y réfléchis, puis secouai la tête.
Fouuu— !!!
Les branches de feu se rétractèrent à toute vitesse et regagnèrent mon corps. Les flammes refluèrent vers mon cœur, et je mis enfin un terme au brasier.
« … Tss. »
Je me mordis le pouce en fronçant les sourcils.
« C’est quoi, ce bordel ? »
Je ne comprenais pas. Pas seulement cette satanée montagne, mais surtout…
« Où est passé le Chef ? »
Je ne percevais pas la moindre trace du Chef que j’avais affronté la nuit dernière.
« Je voulais vérifier quelque chose. »
Le Chef ne se déplaçait que la nuit. Si je pouvais le localiser en plein jour, il serait bien plus facile de m’occuper de lui. C’était pour ça que j’étais sorti.
« Où est-ce qu’il a bien pu disparaître ? »
Sa présence avait été si écrasante la nuit dernière et, à présent, je ne sentais plus rien.
Il s’était enfoncé dans le sol ? Évanoui dans le ciel ?
Ou peut-être… avait-il quitté le Mont Marryeong ?
« C’est aussi une sorte de pouvoir ? »
Je doutais qu’il soit simplement parti. Si l’esprit disait vrai et qu’il ne pouvait se déplacer que la nuit…
« Il a dû prévoir quelque chose pour se protéger le jour. »
Il avait forcément pris ses dispositions.
« Tss. »
Je claquai la langue, frustré.
Évidemment, rien n’était jamais simple.
Ce qui signifiait que…
« Il faudra que je vérifie de nouveau cette nuit. »
Une fois la lune levée et le Chef en mouvement, je devrais mener de nouvelles recherches.
Est-ce que ce sera seulement possible ?
La nuit dernière, il m’avait repéré immédiatement.
Ça voulait dire qu’il devait y avoir un mécanisme quelconque.
« Sinon, ça n’aurait aucun sens. »
Il ne pouvait pas m’avoir repéré simplement grâce à l’acuité de ses sens.
« Son pouvoir cache un secret. »
Sa perception hors du commun, et la raison pour laquelle je ne le sentais plus maintenant…
« … Pour l’instant, je vais en rester là. »
Je mis de côté mes recherches sur le Chef. J’avais autre chose à régler d’abord.
« Qu’est-ce que tu fais ? »
« … Putain de merde ! »
Cette voix soudaine me fit presque bondir de frayeur.
« Merde ! »
Évidemment, c’était Cheonma.
« Tu pourrais au moins faire un peu de bruit en bougeant ? Tu m’as fichu une de ces trouilles ! »
« Désolée. »
Cheonma répondit d’un ton neutre. Son expression ne laissait voir aucun remords sincère.
« Merde. »
Depuis quand était-elle arrivée ?
Je ne l’avais pas du tout sentie approcher. Avait-elle profité du moment où je venais de retirer mes sens et où j’étais resté distrait un bref instant ?
Ça se tenait.
« … Ou pas ? »
Est-ce que c’était vraiment tout ?
« … Tu as encore disparu quelque part ? »
Cheonma avait disparu soudainement, puis réapparu. Elle faisait souvent ça, mais cette fois, c’était différent.
On n’était même pas au Mont Hua. Où était-elle donc allée ?
À ma question, Cheonma répondit avec son habituelle expression impassible.
« Me promener. »
« Mon cul. Si tu vas me sortir une excuse à la noix, au moins, fais en sorte qu’elle soit crédible. »
C’était complètement absurde.
« … C’est la vérité. »
« Tu parles. Tu crois vraiment que c’est le genre d’endroit où l’on va se promener ? »
Il n’y avait que des rochers, ici. Une « promenade », c’était la chose la plus ridicule que j’aie jamais entendue.
Même un chien errant en aurait ri.
« Dis-moi la vérité. Qu’est-ce que tu faisais ? »
« … »
Cheonma ne répondit pas.
Je fronçai les sourcils.
« Tu ne comptes pas répondre ? »
Je me méfiais déjà d’elle, et maintenant, elle refusait de parler. Ça ne faisait qu’aggraver mon irritation.
Qu’est-ce qu’elle mijotait ? Était-elle vraiment partie faire quelque chose dans mon dos ?
Le doute qui grandissait en moi me poussa à m’approcher.
« … Je cherchais quelque chose. »
Cheonma finit par parler. Elle cherchait quelque chose ?
« Quoi donc ? »
Qu’est-ce qu’elle pouvait bien avoir besoin de trouver ici ?
Elle était partie chercher un rocher à la forme bizarre, ou quoi ?
« La chose qu’on a vue hier. Je la cherchais. »
« La chose qu’on a vue… ? Tu veux dire ce salaud ? »
Elle parlait du Chef ? Mais pourquoi Cheonma le cherchait-elle ?
Je plissai les yeux, intrigué par ses paroles.
« Non. Pas lui. »
Cheonma secoua la tête.
Si ce n’était pas le Chef, alors…
« Quelque chose d’autre. »
« Quelque chose d’autre… ? »
Attends.
Je m’en souvins.
« Tu veux dire celui dont tu m’as parlé, celui qui se cachait ? »
« Oui. »
Quand j’affrontais le Chef, Cheonma avait prétendu que quelque chose nous observait en cachette.
C’était pour ça qu’elle m’avait entraîné loin du combat en plein milieu.
Elle le cherchait ?
Il était donc toujours là, caché quelque part ?
Mais alors…
« Je ne l’ai pas repéré avec mes sens. »
Je venais de sonder toute la montagne.
Si quelque chose se cachait encore ici, ça m’avait complètement échappé.
Cette prise de conscience me glaça le sang.
Mais alors—
« Il n’est plus là. »
Les paroles de Cheonma tombèrent, et je me sentis soulagé malgré moi.
Je fronçai aussitôt les sourcils.
« Imbécile. Pourquoi est-ce que tu es soulagé ? »
Pourquoi diable faisais-je si facilement confiance à ce qu’elle disait ?
Agacé contre moi-même, je faillis me donner une tape derrière la tête.
« Pourquoi es-tu sorti ? »
demanda Cheonma.
« Quoi ? »
« Pourquoi es-tu parti ? »
Elle voulait savoir pourquoi j’avais quitté la vallée de Mareong.
« Pour la même raison que toi. »
J’avais quelque chose à trouver.
Que ce soit le Chef ou autre chose.
Et puis…
« Cet endroit me met un peu mal à l’aise. »
La vallée de Mareong, où résidait l’esprit.
Pour une raison ou une autre, je n’aimais pas être là-bas.
Le fait qu’ils s’attendent à me voir jouer les sauveurs était déjà assez ridicule, mais en plus…
« Il y a quelque chose là-bas. »
Il y avait quelque chose dans la vallée de Mareong. Quelque chose chez l’esprit.
J’en étais certain.
Parce que…
« Cet être, l’“esprit”. »
Une créature qui serait née à l’image de leur maître.
« Elle me cache quelque chose. »
Elle m’avait témoigné le plus grand respect, mais dissimulait quelque chose derrière cette attitude.
Et cela me troublait plus que tout.