Chapitre 1 021
Je sentis une présence.
Sans hésiter, je me dirigeai vers elle.
Une montagne déserte, couverte de rochers.
Le fait que j’aie été un instant désorienté par l’absence de toute forme de vie me semblait presque risible, à présent. Mes sens détectaient désormais d’innombrables présences.
Comment avaient-elles pu apparaître si soudainement alors que je ne les percevais pas auparavant ?
Pour m’en assurer, je me déplaçai aux côtés de Cheonma.
Nous ne tardâmes pas à découvrir un passage.
Il ne différait pas du reste : il était rempli de rochers, mais une ouverture juste assez grande pour laisser passer une personne s’y trouvait.
Et au-delà…
« La voilà. »
Quelque chose se trouvait là.
Une silhouette montait la garde devant ce qui ressemblait à une porte.
Cependant…
« … Ce n’est pas humain. »
Ce n’était pas humain.
En même temps, je n’avais encore rien vu de véritablement humain à Mangye. Même ce qui s’en rapprochait le plus n’était pas tout à fait pareil.
La tribu de la Nuit au clair de lune avait au moins des oreilles et des queues animales sur des corps humains ; on pouvait donc dire qu’ils ressemblaient, d’une certaine façon, à des humains.
Mais ça… ça n’avait rien à voir.
Impossible de qualifier d’humain l’être qui se tenait devant moi, même de loin.
Une bête, tout simplement.
Elle ressemblait aux membres de la tribu de la Nuit au clair de lune lorsqu’ils se transformaient en bêtes sous la lumière de la lune.
Elle se tenait sur deux pattes, mais son apparence n’avait rien d’humain : elle était entièrement bestiale.
« Si je devais dire… on dirait un chien ? »
Un chien debout. Pour la classer, je dirais qu’elle ressemblait à un chien sauvage.
Un chien sauvage dressé sur deux pattes, une lance à la main.
« C’est quoi, ce putain de truc ? »
À ce stade, plus grand-chose ne me surprenait. J’avais déjà vu des lézards qui marchaient et des petits vieux trapus. Qu’est-ce qu’une bizarrerie de plus ?
La seule chose qui comptait…
« C’est vivant. »
Alors que je n’avais rien senti auparavant, mes sens détectaient à présent d’innombrables présences tout autour.
Le cœur de cet endroit devait se trouver derrière cette porte.
« Hmm. »
Le lieu était entièrement cerné de rochers. Même cette porte se trouvait dans une grotte ; il me faudrait donc passer par l’entrée principale pour pénétrer à l’intérieur.
Je reculai d’un pas. Je n’avais aucune envie de provoquer un conflit inutile.
Y avait-il une autre entrée ? Je m’éloignai, puis bondis dans les airs.
Je m’élevai haut dans le ciel et contemplai toute la montagne.
« Voyons voir. »
De là-haut, ce n’était toujours qu’une montagne rocheuse. Je ne distinguais aucun autre chemin menant à la grotte.
Alors, il allait vraiment falloir que je force l’entrée, hein ?
« Tss. »
Au moment où je me résignai à employer la force…
« Hein ? »
Quelque chose attira mon regard.
Thoum.
Une faible vibration résonna dans ma poitrine. Dès que je la sentis, je concentrai toute mon attention.
Mon Œil du Cœur s’activa, me permettant de scruter de nouveau la montagne rocheuse.
Et alors…
« La voilà. »
Je souris, confirmant mes soupçons.
Tap.
J’atterris, mais pas au même endroit que précédemment. J’avais visé une colline plus élevée.
À peine eus-je touché terre que Cheonma vola à mes côtés, vive comme si elle m’avait attendu.
Sans lui prêter attention, je me concentrai entièrement sur mon Œil du Cœur.
Aussitôt, des fils s’étirèrent dans toutes les directions. Ma vision se remplit de filaments dorés, tissant une toile dense.
Il n’y avait qu’une seule explication…
« De la sorcellerie. »
Un réseau complexe de sortilèges recouvrait le Mont Marryeong.
Et il était particulièrement élaboré.
« Dois-je m’estimer chanceux ? »
Le mot « chance » me semblait étrange, mais un soulagement inexplicable monta en moi.
Si tout l’endroit était dissimulé par des sortilèges…
« Alors, pas besoin de passer par l’entrée de la grotte. »
Ils avaient brouillé la vue à l’aide de magie, ce qui signifiait qu’il devait y avoir plus d’une entrée.
« Regardons ça de plus près… »
Comment cette formation était-elle structurée ? Je calmai mon esprit et l’examinai avec soin.
« Cette trame… Je n’ai jamais rien vu de pareil. »
Elle était différente de tout ce que j’avais vu jusque-là, même de ce que la Tortue m’avait montré. La magie pouvait donc s’employer d’une autre manière.
En l’observant de près, je laissai soudain échapper un petit rire.
« Je deviens fou ? »
À l’instant, je me renfrognai devant la complexité grandissante de la situation. Mais dès que je compris qu’il s’agissait de magie, mon esprit s’apaisa aussitôt.
C’en était presque ridicule.
Srrrk.
Je tendis la main et effleurai doucement les fils magiques du bout des doigts.
Je n’essayais pas de les saisir, juste de voir comment ils réagiraient.
« Je peux les toucher ? »
J’en examinai les angles.
Est-ce que tirer dessus suffirait, ou me faudrait-il employer une méthode plus brutale ?
L’idée me traversa l’esprit, mais ma décision était déjà prise.
Mes doigts, qui glissaient jusque-là à travers les fils, changèrent de mouvement.
Vwooom—!
Mon cœur réagit. La boucle assoupie du sortilège frémissait légèrement.
Et à cet instant…
Ziiiing— !!
Je saisis plusieurs des innombrables fils qui s’étendaient dans les environs. Retenant mon souffle, je concentrai tous mes sens sur eux.
D’où partaient-ils ? Comment étaient-ils agencés ?
Qu’y avait-il à l’autre bout de ces fils ?
Mon esprit s’emballa pour tout analyser.
Vwooooooom.
Au même moment, la boucle du sortilège accéléra sa résonance. Plus elle s’intensifiait, plus je serrais les fils.
Un seul faux mouvement, et ils se rompraient. Ils étaient si fins et si délicats.
Je le savais, et pourtant je n’hésitai pas.
Pour un observateur, j’aurais pu donner l’impression de me moquer qu’ils se brisent ou non.
Mais…
« … Maintenant, tire par ici. »
Je n’agissais pas à l’aveuglette.
Je concentrais toute mon attention sur les fils que je tenais.
Une erreur pouvait causer des ennuis, mais je n’éprouvais pas la moindre hésitation.
J’avais toujours été comme ça, aussi loin que je m’en souvienne.
Malgré mon tempérament naturellement anxieux, dès qu’il était question de sorcellerie, toute hésitation disparaissait.
Comme si je savais instinctivement quoi faire.
« Retisse ce qui était noué derrière. »
Mes mains s’activèrent. Mes doigts dansaient, faisant trembler l’air lui-même.
« Fais un nouveau nœud… »
Vwooom—!
Une vague d’énergie s’écoula hors de moi.
Je m’en moquais.
« Encore une fois, resserre la trame. »
Entièrement absorbé par ma tâche, je tressai les fils en un nœud complexe.
Un bref instant passa. Lorsque je m’en aperçus, j’avais rassemblé tous les fils en un seul lien.
La trame semblait emmêlée et chaotique, mais un ordre sous-jacent s’y tissait.
« … Haa. »
J’expirai longuement, épuisé, puis tendis une dernière fois la main.
Mes doigts saisirent la boucle au sommet du nœud et tirèrent doucement.
Fwoooosh— !!!
Les fils se dénouèrent en un instant, s’épanouissant vers l’extérieur comme une fleur dorée.
Une lumière éblouissante emplit mon champ de vision.
C’était magnifique.
La lueur qui jaillissait des fils défaits était presque aveuglante.
Sans y penser, je laissai échapper un petit murmure admiratif en regardant la scène se déployer.
Vwooom.
Lorsque les fils furent entièrement dénoués, l’air devant moi ondula.
Les couleurs s’entremêlèrent et l’espace se déforma peu à peu.
« Oh. »
Et alors…
Le décor devant moi bascula entièrement.
Le sol, qui n’était qu’une étendue de roche stérile, se dissipa comme de la fumée. Un espace dissimulé jusque-là se révéla sous la surface.
On aurait dit que les nuages s’écartaient.
Un autre territoire apparut devant moi, niché au cœur de l’immense chaîne de montagnes circulaire.
« … Eh bien, regarde-moi ça. »
J’en fus quelque peu surpris. Jusque-là, je n’avais pas aperçu un seul arbre ni un brin d’herbe. Mais dans ce paysage qui venait de se révéler, la végétation abondait.
C’était magnifique. Au point que cette pensée me vint naturellement.
Un ruisseau paisible serpentait dans la vallée, une végétation luxuriante couvrait la terre, et une fraîche odeur d’herbe, chargée de vie, me frôla les narines.
Je humai ce parfum, puis me tournai vers Cheonma.
« Allons-y. Ça va bientôt se refermer. »
Je n’avais pas dissipé la sorcellerie. Je savais qu’il ne s’agissait que d’un voile et que, si je le détruisais complètement, les conséquences pourraient être imprévisibles. Je ne l’avais ouvert qu’un bref instant, juste assez longtemps pour que nous puissions entrer.
La barrière se reformerait bientôt et scellerait de nouveau l’entrée.
Nous devions pénétrer à l’intérieur avant que cela n’arrive. Sans hésiter, Cheonma et moi descendîmes.
Flouf.
Après avoir atterri sans bruit depuis une grande hauteur, je sentis le changement sous mes pieds.
Un instant plus tôt, je me tenais sur de la pierre dure, mais à présent, comme je l’avais vu plus tôt, le sol était couvert de terre.
Et…
« … C’est réel. »
Les présences que j’avais senties de l’extérieur n’étaient pas des leurres. À peine avais-je pénétré dans cet espace que je les sentis tout autour de moi.
Cui, cui—!
Le chant des oiseaux perchés dans les arbres.
Crriii— !!
Le bruissement des insectes dans l’herbe.
Tous ces sons, qui s’étaient tus dans un silence inquiétant, me parvenaient à présent avec une netteté parfaite.
Alors que j’observais les alentours…
Vwooooom— !!
Une vibration parcourut l’air. Ce n’était pas un véritable tremblement, mais le sortilège s’était remis en marche et scellait le ciel au-dessus de nous.
Un épais brouillard, semblable à de lourds nuages, commença de nouveau à envelopper la voûte céleste.
Ce qui était étrange, cependant, c’était que, bien qu’il semblât obstruer le ciel, il restait semi-transparent.
À travers la brume, on distinguait encore le ciel teinté de cramoisi.
Autrement dit…
« On peut voir dehors, mais eux ne peuvent pas voir à l’intérieur ? »
Intéressant.
« Le mont Hua a créé une dimension entièrement séparée… »
Mais ici, ils se contentaient d’utiliser un voile.
Je voulais l’examiner de plus près.
Alors, au moment où j’allais activer mon Œil du Cœur pour sonder plus profondément le sortilège…
« Excusez-moi. »
« … ! »
Une voix m’interpella soudain à côté de moi. Je tournai vivement la tête.
Et là…
« C’est quoi, ce… ? »
Un petit papillon blanc battait doucement des ailes devant moi.
« J’ignore d’où vous venez, mais moi, humble servante, vous souhaite la bienvenue, honorables invités. »
La voix venait du papillon.
C’était une voix de femme.
« … C’est quoi, ce putain de truc, maintenant ? »
Encore sous le choc, je lui posai la question en le fixant.
« Je suis l’esprit chargé de veiller sur ces lieux. »
Le papillon se présenta.