Chapitre 1 020
Fiii… !! Boum… !!
Après avoir plané un moment dans les airs, je m’écrasai au sol.
J’atterris sur un rocher, encaissai le choc et repoussai aussitôt la main qui me tenait par la nuque.
Je lançai, les sourcils froncés :
« C’était quoi, ce bordel ?! »
Je me dégageai de Cheonma et la fusillai du regard. Je venais tout juste de me préparer au combat. Alors pourquoi m’avait-elle entraîné au loin ?
« Tu n’as même pas participé au combat, et maintenant tu fais toute une histoire. Qu’est-ce qui te prend ? »
Je lui demandais pourquoi elle était intervenue, mais elle me répondit :
« Il y avait quelqu’un d’autre. »
« Quoi… ? »
Je fronçai les sourcils. Quelqu’un d’autre ?
« Où ça ? »
« Pas loin. »
« … Tu ne parles pas de ce bœuf, quand même ? »
« Non. Autre chose. Un oiseau. »
« Un oiseau ? »
« Oui. Un oiseau. »
Pas le bœuf, mais un oiseau ? Je passai mentalement en revue ce que je savais.
Il y avait autre chose… ?
J’avais beau y réfléchir, je n’avais rien senti. À part le chef ◆ Nоvеlіgһt ◆ (Uniquement sur Nоvеlіgһt), aucune autre présence ne s’était manifestée.
Et pourtant, elle avait remarqué quelque chose ?
Cheonma affirmait avoir senti une autre présence que celle du chef. C’était pour ça qu’elle m’avait entraîné au loin.
… Elle est sérieuse ?
Je n’arrivais pas à la croire. Si je n’avais rien senti, comment avait-elle pu le faire ?
« …… »
Mais quand je vis Cheonma me regarder fixement, je ne sus quoi répondre.
Peut-être parce que nous étions ensemble depuis tout ce temps… ?
Une idée me traversa l’esprit : Cheonma n’agissait jamais sans raison.
… Merde.
Ce n’était pas bon. Le fait que je commence à lui faire confiance n’était pas bon du tout.
Et pourtant…
Elle n’a rien fait pour me nuire.
Quand je repensais à tout ce qu’elle avait fait jusque-là, elle ne m’avait jamais mis en difficulté.
Au contraire, elle m’avait plus souvent aidé qu’autre chose.
C’était pour ça.
C’était pour ça qu’à mon insu, une confiance instinctive en Cheonma avait commencé à s’enraciner en moi.
… Ressaisis-toi.
Je secouai la tête pour chasser ces pensées.
Même si tout semblait bien se passer pour l’instant, je devais rester prudent.
On ne sait jamais.
Elle pouvait très bien gagner ma confiance pour mieux me jouer un tour plus tard. Je ne devais pas baisser ma garde.
Mais…
… Cette fois.
Je devais admettre que Cheonma n’aurait pas agi sans raison.
Et elle m’avait déjà expliqué pourquoi.
Il y avait autre chose. Quelque chose de si subtil que même moi, je ne l’avais pas remarqué.
Qu’est-ce que c’était ?
Un oiseau, avait-elle dit.
Pas un bœuf, un oiseau. Elle devait avoir une raison de le décrire ainsi.
Un oiseau…
Qu’est-ce que ça pouvait être ?
J’essayais encore de comprendre quand une autre pensée me vint soudain à l’esprit.
Rien à voir avec la situation, mais…
« Hé. »
« Hmm ? »
« Tu es rapide, en fait. »
« …… »
À ces mots, Cheonma tressaillit.
Je l’avais remarqué un peu plus tôt, quand elle m’avait attrapé et avait filé dans les airs.
« Tu allais presque aussi vite que moi, non ? »
Quand nous avions comparé nos vitesses avant de quitter le mont Hua, elle était nettement plus lente.
Mais maintenant ?
« Tu n’étais pas lente du tout, hein ? »
Elle allait au moins deux fois plus vite qu’avant. La différence entre nous était à peine perceptible.
Elle était peut-être un peu plus lente, mais pas au point que ça change quoi que ce soit si nous avancions ensemble.
« …… »
Cheonma détourna le regard.
« … Tu l’as fait exprès, pas vrai ? »
« … Non. »
« Tu parles. Regarde-moi dans les yeux. »
« …… »
Elle garda la tête immobile, mais me jeta un coup d’œil en biais.
Petite peste…
« … Ah, j’ai faim. Il me faut à manger. »
Sur ces mots, elle se détourna et s’éloigna.
« Tu crois que la bouffe va te tirer d’affaire ? Réponds-moi correctement. »
Je l’avais portée sur mon dos pendant sept foutus jours, et voilà qu’elle m’annonçait qu’elle avait toujours été rapide ?!
« Hé ! Reviens ici ! »
Je lui courus après tandis qu’elle s’éclipsait à toute vitesse.
Au bout d’un moment, nos chamailleries s’essoufflèrent.
La nuit passa, et le jour se leva.
Je n’avais pas quitté le mont Marryeong. J’étais resté sur place, à observer attentivement les environs.
En même temps, je repassais dans ma tête mon combat contre le chef.
Et j’en arrivai à une conclusion.
C’est un adversaire sacrément pénible.
C’était un autre Général, comme Yusa, mais il avait des particularités bien différentes.
Ses mouvements restaient sauvages, sans techniques structurées.
Et pourtant…
Sa façon de combattre était différente.
Comme je m’y attendais, il s’appuyait sur son immortalité pour se jeter dans la bataille sans la moindre prudence.
Mais…
Il évaluait rapidement la situation.
Il ne se contentait pas de lancer son corps dans les attaques, sans réfléchir.
Il se déplaçait avec efficacité.
Malgré son allure brutale, ce n’était pas un idiot.
Ça le rend encore plus pénible.
S’il n’avait été qu’une brute, il aurait été facile à gérer.
Mais malheureusement, ce n’était pas le cas.
Et sa force…
… était écrasante.
Il était d’une puissance absurde.
Un seul coup bien placé aurait pu m’être fatal.
Ce qui signifiait que…
Face à une brute aussi téméraire, ma seule option était d’esquiver sans relâche tout en lui portant des coups efficaces.
Heureusement, Myeong avait eu un effet sur lui.
Si je m’en servais, je pourrais le gérer sans trop de mal.
Mais j’aurais aimé pouvoir en faire davantage l’expérience.
Je n’avais pas eu l’occasion de l’examiner en détail.
Tam devrait pouvoir le retenir.
J’avais vu son immortalité de mes propres yeux. Yusa avait lui aussi régénéré instantanément des membres tranchés et ses blessures, mais…
Sa vitesse et la qualité de sa régénération n’avaient rien à voir.
L’image de son abdomen réduit en miettes qui s’était reformé en un clin d’œil restait gravée dans ma mémoire.
Tam peut vraiment retenir un truc pareil ?
Je ne l’avais pas encore vérifié, alors impossible d’en être sûr. Mais je devais croire que ça marcherait.
Et puis, il y avait cette dernière chose.
Cette transformation, à la fin.
Quand tout son corps était devenu rouge.
Comme s’il avait concentré toute la chaleur en lui.
Sa peau et sa fourrure noircies étaient passées au rouge cramoisi.
Et, à cet instant, sa présence avait complètement disparu.
Qu’est-ce que c’était ?
J’avais fui avant de pouvoir comprendre, alors je n’en savais rien.
Mais le vrai problème, c’était…
Sa perception.
Même après avoir complètement effacé ma présence et réduit mon aura à néant, il avait réussi à me repérer.
C’était ça qui me dérangeait le plus.
Ce n’était pas une simple intuition.
La sensation était différente.
Ça n’avait aucun sens de dire qu’il m’avait simplement repéré grâce à son instinct. Trop de détails étranges ne collaient pas.
Il y a autre chose.
Ses sens cachaient forcément un secret.
Que cela lui soit vraiment utile au combat était une autre question, mais…
Rien qu’à en juger par sa réaction…
Il ne m’avait pas trouvé parce qu’il avait senti l’énergie que j’avais libérée. C’était ce que j’avais cru au début.
Mais après avoir entendu ce que le chef avait dit, je compris que ce n’était pas ça.
Il le savait déjà.
Depuis le moment où j’avais posé le pied sur le mont Marryeong, le chef était au courant de ma présence.
Comment c’est possible, bordel ?
Sa perception était-elle à ce point étendue et précise ? Ça ne pouvait pas être la seule explication.
Yusa avait lui aussi une excellente intuition, mais là, c’était complètement différent.
Il ne s’agissait pas seulement d’avoir un bon instinct.
C’était quelque chose qui dépassait la perception.
Pourrait-il encore savoir où je suis, même si je m’enfuis ?
Si le pire était vrai, s’il pouvait suivre ma présence simplement parce que je me trouvais sur le mont Marryeong…
Alors, s’enfuir ne servirait à rien.
Mon objectif se trouvait sur le mont Marryeong, mais s’il pouvait savoir exactement ce que je faisais, où que j’aille…
Ça va se compliquer.
Je devais donc faire de sa mort ma priorité.
« Tss… »
Je claquai la langue. J’avais recueilli quantité d’informations, mais la situation était devenue bien plus problématique.
Cette terre entière est étrange.
Une montagne immense, qui s’élevait jusqu’au ciel, et pas le moindre signe de vie ? C’était impossible.
Même les arbres morts abritaient encore des insectes.
Même dans des ruines désolées, les bêtes sauvages trouvaient un endroit où vivre.
Quel que soit l’environnement, la vie ne disparaissait pas comme ça.
Et pourtant…
Pourquoi ici ?
Pourquoi le mont Marryeong était-il dépourvu de toute présence ?
Cette anomalie inquiétante et sinistre continuait à me tarauder.
Creuse davantage.
Quelque chose me disait qu’il y avait encore plus à découvrir.
Il y avait quelque chose ici.
Quelque chose que je devais comprendre.
Mon instinct me titillait.
Tap. Tap.
La sensation était si nette, si physique…
Tap. Tap.
… Attends.
Ce n’était pas qu’une impression.
Quelqu’un me tapotait vraiment.
« … Qu’est-ce que tu fiches ? »
Je me retournai et lançai un regard noir à Cheonma.
C’était elle qui me tapotait.
« J’ai déjà assez de choses en tête. Pourquoi tu me déranges ? »
« Regarde. »
« Quoi ? »
Sans se soucier de mon irritation, Cheonma pointa quelque chose au loin.
La montagne rocheuse et désolée n’avait pas changé.
Le paysage était toujours aussi uniforme…
De la roche à perte de vue.
« … Quoi ? » Je fronçai les sourcils. « Il n’y a rien là-bas. »
« Il y a quelqu’un. »
« … Quoi ? »
« Il y a quelqu’un. »
« Qu’est-ce que tu racontes ? Attends. Quoi ? »
Il y avait quelqu’un là-bas ?
J’écarquillai les yeux en entendant Cheonma.
Je concentrai aussitôt mon énergie dans mon cœur.
J’activai mon champ sensoriel, mais, contrairement à la dernière fois, je ne l’étendis pas trop loin.
Je devais rester prudent.
Si le chef réagissait de nouveau, nous aurions un problème.
Prudemment, avec précaution, je dirigeai ma perception vers l’endroit que Cheonma avait désigné.
J’élargis peu à peu sa portée et fis avancer mon aura à pas feutrés.
Puis, tout à la limite de ma conscience…
« … Hein ? »
Il y avait quelque chose.
J’inspirai brusquement.
« C’est quoi, ce bordel ? »
La veille au soir, je n’avais rien senti du tout.
Mais maintenant…
Je les percevais.
Des êtres vivants.
Et pas seulement un ou deux.
« Il y en a… beaucoup. »
Une foule de présences, bien plus nombreuses que je ne l’aurais cru.