Chapitre 1 016
« On part pour le mont Marryeong ? »
« Oui. »
Avant de prendre la route du prochain Arbre divin, je discutai avec la tortue qui gardait l’entrée menant à celui-ci.
Comme la fois précédente, la tortue tendit son bâton pour communiquer avec moi.
« … Alors, ton maître t’a dit d’aller au mont Marryeong ? »
« C’est ça. »
« Hmm… »
« Pourquoi ? De toute façon, il faut bien trouver tous les Arbres divins, non ? »
Puisqu’il nous fallait tous les localiser, se diriger vers le prochain semblait être la décision la plus logique.
« C’est une question de distance. »
« De distance ? »
« Oui. En termes de distance, le Palais du Phénix Noir est en réalité bien plus proche que le mont Marryeong… Alors pourquoi aller là-bas en premier ? »
Le Palais du Phénix Noir ?
Le Palais du Phénix Noir.
Le nom était plutôt singulier.
« La différence de distance est si importante que ça ? »
« Au moins du simple au double. Pour rejoindre Yahwol, il te faudrait une demi-journée. Mais atteindre le Palais du Phénix Noir prendrait deux mois, et le mont Marryeong… au moins deux fois plus. »
« Bon sang… »
Présentée ainsi, la distance était effectivement immense.
Si c’était le temps qu’il fallait à des voyageurs ordinaires…
À mon allure…
Il me faudrait probablement environ sept jours et sept nuits.
Et comme les failles épuisent à peine mon énergie externe, j’irai peut-être encore plus vite.
Tout cela n’était qu’une question de vitesse, mais du point de vue de la distance, la tortue avait raison : c’était vraiment étrange.
… Mère avait-elle une raison de choisir le mont Marryeong en premier ?
C’était probablement une autre de ses intentions, mais qu’avait-elle en tête, au juste ?
Si je n’avais pas parlé à l’apparition de Mère…
J’aurais tout naturellement choisi de me rendre d’abord au Palais du Phénix Noir, en me fiant à la distance.
Est-ce que quelque chose aurait changé ?
L’ordre de notre voyage était-il censé avoir une incidence ? Une question me traversa soudain l’esprit…
Mais à quoi bon ?
Y penser maintenant ne changerait rien.
Pour l’heure, ma destination était le mont Marryeong.
Perdre du temps à me poser la question ne servirait à rien.
« Quoi qu’il en soit… qu’on aille au mont Marryeong ou au Palais du Phénix Noir, il faut partir. Je voulais d’abord me renseigner. »
J’avais besoin d’informations sur le mont Marryeong. Et si le Palais du Phénix Noir se trouvait sur notre route…
Alors inutile de faire un détour : on n’aura qu’à passer par là.
En modifiant légèrement notre itinéraire, nous gagnerions du temps.
« Des informations, hein… »
La tortue réfléchit un instant, puis répondit :
« Pour commencer, on ne sait presque rien du Palais du Phénix Noir. »
« Quoi ? Rien du tout ? »
« Oui. Tout ce qu’on sait, c’est que son dirigeant n’appartient pas à la tribu Wolya, contrairement à Yusa, et qu’il s’est rarement montré. »
« … »
Un général avait son propre territoire, et pourtant, ni son identité ni la moindre information à son sujet n’étaient connues ? C’était pour le moins suspect.
Décevant.
Connaître son adversaire à l’avance ou foncer à l’aveugle, c’était le jour et la nuit.
Même Yarang, la générale nommée le plus récemment, avait fait l’objet de quelques renseignements. Alors qu’il n’existait rien sur le dirigeant du Palais du Phénix Noir ? C’était étrange.
Je devais garder ça en tête, mais pour l’instant, je posai une autre question.
« … Et le mont Marryeong ? »
« On connaît mieux cet endroit. Celui qui y règne a toujours été un sacré sauvage. »
« Un sauvage ? »
« Oui. D’après ce que j’ai entendu, tu l’as déjà rencontré. »
« Hein ? Ah. »
À ces mots, je me rappelai aussitôt mon premier jour à Mangye.
Ce salaud que j’avais croisé, ce jour-là.
Lui aussi était un général.
Il s’appelait…
« Du Ryeong, le Taureau à Cornes Noires. »
« Exactement. Le mont Marryeong est le territoire de Du Ryeong. »
Ce gigantesque taureau noir qui soufflait par les naseaux.
Une créature à la carrure colossale et à la force écrasante.
À l’époque, il avait agi sur ordre du dirigeant de Mangye, qui lui avait demandé de m’assassiner.
Et ensuite, Shin Noya lui avait foutu une raclée.
Je me souvenais qu’il s’était fait écraser, incapable de riposter.
Donc le mont Marryeong est son territoire…
Vu que c’était une montagne, ça lui allait plutôt bien.
« Hmm… »
Je repensai à Du Ryeong, celui qui avait craché des flammes et tenté de me tuer, puis demandai à la tortue :
« Il y a quelque chose dont je devrais me méfier ? »
« Si tu te retrouves à combattre Du Ryeong, ne l’affronte jamais la nuit. »
« Pourquoi ? »
« Il ne peut pas mourir tant que la lune est levée. »
« Il ne peut pas mourir ? »
« Oui. Sous la lumière de la lune, il est absolument immortel. »
La tortue répondit avec assurance, ce qui me fit froncer les sourcils.
Ça se tient.
À l’époque déjà, Shin Noya l’avait tailladé sans relâche, mais Du Ryeong refusait de mourir.
On appelait ça l’immortalité, non ? Je me souvenais que quelqu’un avait dit que c’était le pouvoir qu’il possédait.
« Ha. »
Un petit rire m’échappa.
« Alors, ça n’a aucune importance. »
« Comment ça ? »
La tortue me regarda, déconcertée.
Si une autorité l’empêchait de mourir, alors ça n’avait effectivement aucune importance.
Pour moi.
Tant que j’avais Tam,
son autorité ne pouvait pas agir sur moi.
Je me tenais à la périphérie de la Secte du Mont Hua, prêt à partir.
Je n’avais presque rien à emporter : quelques vêtements et de l’eau à boire.
Non pas que j’aie besoin d’eau, mais j’en avais pris au cas où.
Malgré ça, je trouvais que je voyageais léger pour un si long périple.
« … C’est tout ce que tu emportes ? »
« Ouais. »
Cheonma, qui était sortie sous le ciel nocturne, faisait encore plus fort que moi.
Elle n’avait rien emporté. Pas même des vêtements.
Autrement dit, elle n’avait pas une seule affaire sur elle.
« Tu comptes vraiment partir comme ça ? »
« Ça ne va pas ? »
« Enfin, ce n’est pas que ça ne va pas, mais… »
En y réfléchissant, est-ce que ça avait vraiment de l’importance ? Si Cheonma s’en fichait, moi aussi.
« … D’accord. »
Je m’apprêtais donc à partir quand…
Quelque chose me parut un peu bizarre.
« Hé. »
« Hmm ? »
« Tu vas à quelle vitesse ? »
« Hmm ? »
Voyager ensemble, ça allait, mais la vitesse de Cheonma était importante. Maintenant que j’y pensais, je n’avais aucune idée de l’allure à laquelle elle pouvait se déplacer.
Comme il nous fallait arriver aussi vite que possible, je lui demandai une estimation approximative.
« Je ne sais pas. »
Cheonma répondit comme si elle l’ignorait vraiment.
« Hmm… »
Après un instant de réflexion, je désignai un arbre au loin.
« … Tu vois cet arbre, là-bas ? »
« Ouais. »
« Cours jusqu’à lui aussi vite que… »
Fwoooosh — !!
Avant même que j’aie fini ma phrase, un tourbillon éclata.
Le sol sous les pieds de Cheonma s’affaissa. Une explosion assourdissante retentit, et des débris jaillirent dans toutes les directions.
Laissant derrière elle le terrain dévasté, je suivis sa course des yeux.
Elle avait déjà atteint l’arbre et posé la main dessus.
« … C’est ta vitesse maximale ? »
Je plissai les yeux en posant la question.
« Ouais. »
Elle répondit du même ton calme que précédemment.
« Hmm… »
Elle était rapide. Pas lente du tout.
… Mais moins que moi.
Comparée à moi, elle était plutôt lente.
Et en plus…
Pourquoi avait-elle couru comme ça ? Elle n’avait même pas utilisé le Pas léger.
Elle s’était contentée de courir, en s’appuyant uniquement sur sa force physique brute.
Vu les circonstances, c’est une vitesse insensée.
Avant d’atteindre la transcendance, j’allais à peine un peu plus vite qu’elle.
Mais comparée à moi aujourd’hui, elle était bien plus lente.
À ce rythme…
L’emmener avec moi me ferait perdre beaucoup trop de temps.
Qu’est-ce que je fais ?
Je la laissais derrière ?
J’y songeai un bref instant.
Perdre du temps inutilement en chemin serait inefficace. Mieux valait donc l’abandonner et partir seul.
« Ssshh… »
Après avoir mûrement réfléchi, je tendis la main.
Fwoosh — !
« Hein ? »
Grâce à mon énergie, le corps de Cheonma s’éleva dans les airs.
Elle ne résista pas et se laissa porter jusqu’à moi.
Thud — !
Je l’attrapai par la peau du cou et la retournai.
Elle s’ajusta naturellement et enroula les bras autour de mon cou.
Au lieu de la porter, elle se retrouvait à présent suspendue à moi.
« Ne lâche pas. Si tu tombes, je ne reviendrai pas te chercher. »
« D’accord. »
À ces mots, elle resserra ses bras autour de mon cou.
Je sentis sa prise et soufflai, agacé.
… C’est pénible.
Ça me tapait sur les nerfs.
Cette sensation m’était familière, ce qui rendait les choses encore pires.
Son odeur était différente, mais la sensation était presque identique.
Était-ce parce qu’elle ressemblait trait pour trait à Wi Seol-ah ?
Même sa façon de s’accrocher à moi était étrangement semblable.
Comment décrire ça, au juste ?
Dans cette vie, j’avais souvent porté Wi Seol-ah sur mon dos.
Et dans ma vie précédente, j’avais porté Wi Seol-ah tandis qu’elle se vidait de son sang et que je courais pour sauver ma peau ➤ NоvеⅠight ➤ (Lisez la suite sur notre source).
À présent, l’être même qui m’avait poursuivi dans cette vie passée s’accrochait à mon dos.
Comment diable étais-je censé appeler ça ?
C’était une sensation impossible à décrire.
Si je devais dire que c’était désagréable, ce ne serait pas faux.
Si je devais dire que c’était compliqué, ce le serait certainement.
Impossible de résumer ça en quelques mots.
Alors, je ne dis rien.
Je refoulai toutes mes pensées et me concentrai sur l’énergie que je rassemblais dans mes jambes.
Ssssshhhhh…
La chaleur s’accumula, et le sol sous mes pieds commença à roussir.
Mon corps s’abaissa lentement : le sol fondait.
Lorsque j’eus rassemblé assez de chaleur, je pris appui de toutes mes forces.
Et alors…
KWOAAAAHHH — !!!
Une immense gerbe de flammes jaillit et me propulsa dans les airs.
Quand le grondement des flammes finit par s’éteindre…
Comme je l’avais calculé, sept jours et sept nuits s’étaient écoulés.
Et j’étais arrivé au mont Marryeong, une montagne composée en grande partie de roche.
À l’heure où la lune était haut dans le ciel, le vent soufflait à peine.
Je marchais sur le terrain rocailleux.
Après avoir erré un moment, j’aperçus un rocher et m’assis dessus.
« Huu… »
Ce n’est qu’alors que je laissai échapper un souffle épuisé.
« Bon sang… c’était épuisant. »
J’étais essoufflé, et mes réserves d’énergie avaient considérablement diminué.
J’avais cru que je ne me fatiguerais pas, vu l’abondance d’énergie dans l’air. Pourtant, contrairement à ce que j’avais imaginé, mon corps était complètement épuisé.
Voler sans interruption et sans repos avait clairement fini par m’épuiser.
« Huuu… »
Je repris mon souffle et vérifiai mon état.
Mon énergie et mon endurance, toutes deux épuisées, devraient se régénérer avant le lever du soleil.
Après avoir repris mon souffle un moment…
Je me souvins soudain de quelque chose que j’avais oublié.
J’attrapai ce qui pendait à mon cou et le lançai.
« Ouf ! »
Cheonma, qui s’était accrochée à moi sans dire un mot, tournoya dans les airs avant d’atterrir au sol.
« Tu comptais rester accrochée combien de temps ? On est arrivés, alors descends. »
« … »
Cheonma claqua la langue, déçue.
Pourquoi avait-elle l’air de regretter ?
J’avais envie de lui dire quelque chose, mais j’étais trop épuisé pour m’en donner la peine.
« Huu. »
Je pris une nouvelle inspiration profonde et scrutai les environs.
Il n’y avait que de la roche.
On apercevait çà et là quelques arbres, mais ils étaient clairsemés.
… C’est bien le bon endroit ?
D’après sa position, cela devait être l’endroit indiqué par la tortue.
Mais quelque chose cloche.
Quelque chose me semblait particulièrement étrange.
Pourquoi…
Non seulement il n’y avait aucune trace d’habitants…
Pourquoi ne reste-t-il pas la moindre trace de vie ?
Pas la moindre présence dans les environs.
Cette absence était si frappante qu’elle en devenait tout à fait surnaturelle.