Chapitre 1 015
À mesure que le soleil déclinait, les flammes continuaient de s’élever sans relâche dans un champ isolé de la Secte du Mont Hua.
Fwoooosh—!!!
Les flammes azur, plus éclatantes que jamais, répandaient leur lumière et leur vitalité, balayant les alentours.
Hwaaaaah—!!!
Dans leur sillage, les braises dansaient comme des lucioles.
Une immense masse de flammes bleues fendit l’air et dessina d’élégantes courbes au moindre mouvement de ma main, dégageant une présence écrasante.
Longtemps, le feu se déplaça, tourbillonnant et dansant.
Puis, après avoir observé un instant les flammes vacillantes, je refermai lentement la paume que je tendais devant moi.
À cet instant, les flammes qui flottaient dans les airs et masquaient le crépuscule se mirent à trembler violemment.
Kwaaaaah—!!!
Un souffle rauque m’échappa tandis que le feu se précipitait vers moi.
S’il m’avait recouvert, je serais devenu un tas de cendres en un instant. Pourtant, à mesure qu’il approchait, le feu se condensa en un seul point et se mit à s’enrouler autour de mon poing serré.
Les flammes qui enveloppaient tout mon bras droit se mirent à tourner de plus en plus vite.
Leur volume diminua tandis que leur couleur s’assombrissait.
Fwoooosh—!!!
Les flammes rétrécirent. Plus elles tournaient vite, plus elles se comprimaient.
La vitesse augmentait, le volume diminuait, et la pression s’intensifiait.
Le frottement rendait la chaleur encore plus intense.
Au bout d’un moment, quand le feu finit par s’immobiliser…
Chiiiiiik—!!!!
Un bruit de brûlure retentit depuis mon bras droit tandis que les flammes se solidifiaient pour prendre une forme bien distincte.
« … »
Je fixai la chose qui venait de se former.
J’avais l’impression qu’une nouvelle couche de peau s’était créée sur mon bras.
Une peau de feu, peut-être ? Sa texture brûlante, les petites braises qui s’en échappaient de temps à autre…
Rien qu’en la regardant, je sentais une chaleur cuisante enfler à l’intérieur.
Cette puissance n’avait rien à voir avec tout ce que j’avais utilisé jusque-là.
« Hmm… »
Je laissai échapper un murmure, l’air légèrement mécontent. La technique avait l’air puissante — parce qu’elle l’était —, mais…
« … La puissance de feu en elle-même n’a pas l’air mauvaise. »
Elle m’avait coûté une bonne partie de mon énergie.
Rapportée à l’ensemble de mon énergie interne, la dépense était énorme. Mon réservoir s’était agrandi lorsque j’avais atteint la transcendance, et mes réserves avaient augmenté en conséquence.
« Par rapport à avant mon arrivée à Mangye… environ trente pour cent. Non, peut-être quarante. »
Autrement dit, j’avais consommé à peu près cette quantité d’énergie par rapport à ce que j’avais avant d’arriver à Mangye.
La puissance de feu devait donc être colossale.
« Mais ce n’est pas ça. »
Je fronçai les sourcils.
Ce n’était pas ce que je cherchais. La puissance de feu était élevée et la technique semblait raffinée, mais ce n’était toujours pas la forme que je voulais atteindre.
Je serrai le poing.
Je resserrai encore davantage ma prise.
Les flammes qui s’enroulaient autour de mon bras tremblèrent soudain avec violence, puis éclatèrent.
Fwoooosh—!!!
Une explosion de flammes s’accompagna d’une brusque poussée de pression. Les alentours ne subirent aucun dégât ; seul un vent violent souffla brièvement.
« … Tss. »
Déçu, je fis le point sur mon état. Mes réserves d’énergie restaient élevées et je n’étais pas épuisé.
Même après avoir déchaîné des flammes aussi intenses pendant si longtemps, il me restait encore près de trente pour cent de mon énergie.
« Avec autant… »
Je n’aurais pas à craindre de manquer d’énergie dans la plupart des combats.
Depuis que j’avais atteint la transcendance, les flammes étaient aussi devenues bien plus fluides ; elles bougeaient naturellement, comme si elles prolongeaient mon corps.
Dans l’ensemble, j’étais devenu beaucoup plus fort.
Ça, au moins, me satisfaisait.
« Mais je n’ai toujours pas réussi. »
J’avais beau répéter le processus, je n’arrivais pas à obtenir ce que je cherchais.
J’avais essayé encore et encore, sans même parvenir à m’en approcher.
« Comment Père s’y est-il pris ? »
Ce que je tentais de reproduire, ce n’était autre que…
La puissance dont Père s’était servi au Sichuan.
J’essayais de recréer précisément cette technique.
« … La forme ultime qu’il avait utilisée contre Cheonma dans ma vie antérieure. »
La technique ultime du Clan Gu. J’avais réussi à en saisir le principe en atteignant la transcendance. Pourtant, je n’arrivais toujours pas à l’utiliser pleinement dans sa forme parfaite, comme l’avait fait Père.
C’était la même puissance qui avait conduit Cheonma au bord de la mort.
La même force qui avait levé une restriction inconnue imposée à Cheon Jin.
« Comment s’en était-il servi, exactement ? »
Je n’en avais pas la moindre idée.
Contrairement aux Formes des Cinq Montagnes, que j’avais assimilées instinctivement en atteignant la transcendance…
« C’est différent. »
Je ne pouvais pas simplement l’apprendre en atteignant un royaume supérieur.
J’avais même cru, un temps, qu’il s’agissait d’une extension de la technique ultime, mais ce n’était pas le cas.
Il fallait la maîtriser par une tout autre méthode.
« Comment faire ? »
Je me rappelais distinctement la chaleur concentrée dans la paume de Père, d’où émanait une lumière intense.
J’avais essayé tout ce qui me venait à l’esprit.
« Mais tout ce que j’arrive à faire, c’est recouvrir mon bras entier. »
J’avais beau comprimer la chaleur et exercer une pression dessus, je ne parvenais pas à la concentrer uniquement dans ma paume.
Je me souvenais encore de la quantité d’énergie utilisée par Père.
La force déployée avait été immense. Quand j’avais essayé de reproduire la quantité que j’avais vaguement aperçue…
« J’échoue à chaque fois. »
Il y avait tout simplement trop d’énergie ; impossible de la maîtriser. Au moins, le fait d’avoir atteint la transcendance m’avait permis de la contenir dans mon bras.
Sinon, elle se serait dispersée dans les airs, incontrôlée.
« Tss. »
Je claquai la langue et levai les yeux vers le ciel.
Ce qui avait commencé le matin s’était prolongé jusque dans la soirée.
À peine ma conversation avec la Fosse de l’Abîme terminée, je m’étais lancé dans l’entraînement. Et voilà que le temps m’avait filé entre les doigts.
J’avais voulu faire le vide dans mon esprit, mais j’avais fini par perdre la notion du temps.
Tap. Tap.
Je brossai légèrement mes vêtements pour les épousseter. Dans le même temps, je repensai à cette conversation.
« C’est Cheonma qui a implanté la Fosse de l’Abîme en moi… »
Et à la conversation que j’avais eue avec ma mère.
Et à celle que j’avais eue avec la Fosse de l’Abîme.
Dès que j’y repensai, ma tête s’alourdit.
J’avais tenté de noyer ces pensées dans l’entraînement, mais dès que je m’étais arrêté, elles avaient ressurgi comme un fantôme.
« Haa… »
Un profond soupir m’échappa.
« Mais qu’est-ce que c’est que cette histoire ? »
La Fosse de l’Abîme, qui s’était manifestée sous les traits d’un double, ne m’avait pas beaucoup parlé.
Juste quelques mots.
« Cheonma, c’est elle qui l’a placée en moi. »
Et, lorsque je lui avais demandé si elle savait que j’étais destiné à devenir une calamité, elle avait répondu :
« Fais attention. »
Attention à quoi ? Qu’essayait-elle de me dire ?
Quand j’avais insisté pour obtenir des précisions, elle avait ajouté :
« Souviens-toi de la graine. »
« … Souviens-toi de la graine ? »
C’était incompréhensible. Que voulait dire « se souvenir d’une graine » ?
Pourtant, avant que je puisse la questionner davantage, quelque chose me revint à l’esprit.
« Et si… »
À l’époque.
Trois ou quatre ans après ma Régression.
C’était lors d’une bataille sur le front.
J’avais découvert un énorme objet semblable à un œuf dans un lieu administré par le Clan Gu.
Et, au moment où j’avais tendu instinctivement la main pour le toucher, Kurung — non, cette satanée Fosse de l’Abîme — m’avait arrêté.
Je me souvenais de ce qu’elle avait dit à l’époque.
« Graine. »
Elle avait appelé cet objet en forme d’œuf une graine. À y repenser, ça n’avait aucun sens.
« Un truc aussi énorme… comment ça pourrait être une graine ? »
Il était bien trop immense pour qu’on puisse l’appeler une graine.
Et pourquoi le Clan Gu protégeait-il quelque chose que la Fosse de l’Abîme avait identifié comme une graine ?
« À ma connaissance… ce lieu est administré par le Clan Gu depuis des générations. »
Pas depuis peu, mais depuis un temps incroyablement long.
Et pourtant, cette chose était une graine ?
Et surtout…
« Elle m’a dit de m’en souvenir. »
De me souvenir de cette chose, moi qui étais destiné à devenir une calamité.
En repensant aux paroles de la Fosse de l’Abîme, mon visage se crispa.
Après cette ultime phrase, elle avait disparu, comme si elle avait dit tout ce qu’elle avait à dire.
C’était insensé.
« Pourquoi ne m’a-t-elle pas parlé de Cheonma ? »
Comment se pouvait-il que ce ne soit pas ma mère, mais Cheonma, qui ait implanté la Fosse de l’Abîme en moi ?
Et quand ?
« Si c’est vrai, est-ce arrivé quand elle m’a accordé son autorité ? »
Quand elle avait fait de moi un démon et m’avait transmis son pouvoir.
J’avais reçu l’Art d’Absorption du Ciel démoniaque à ce moment-là. Était-ce aussi à ce moment-là que c’était arrivé ?
« Et ça m’a suivi même après ma Régression ? »
À ce stade, je savais déjà que Cheonma avait joué un rôle dans ma Régression.
« Qu’attendait-elle de moi ? »
Pourquoi Cheonma avait-elle laissé tout ça en moi ?
Sans même parler de la façon dont elle m’avait fait régresser…
« Pourquoi moi ? »
Pourquoi fallait-il que ce soit moi ?
Cheonma avait-elle agi ainsi envers moi parce que le destin l’avait voulu ?
Je n’en avais aucun moyen de le savoir.
Plus j’essayais de réfléchir et de comprendre, plus tout ce que j’avais vécu s’imbriquait, pièce par pièce.
J’aurais voulu balayer tout ça d’un revers de main, n’y voir qu’une absurde chaîne de coïncidences, mais c’était bien réel.
Qu’est-ce qui m’attendait au bout de tous ces fils emmêlés ?
Qu’y avait-il de si important pour que tout soit tissé aussi étroitement, aussi péniblement ?
Alors que j’allais me forcer à tirer une conclusion…
Crac.
Sentant une présence, je tournai la tête.
Et en voyant de qui il s’agissait, je ne pus m’empêcher de laisser échapper un rire sans joie.
« Quand on parle du loup, on en voit la queue. »
« Hmm ? »
C’était Cheonma.
Avec son expression absente habituelle, elle s’approcha et me demanda :
« Tu as fini ? »
« … Ouais. En gros. »
Je savais déjà qu’elle m’observait de loin.
Comme je m’entraînais, elle ne s’était pas approchée et s’était contentée de regarder à distance.
Mais dès qu’elle avait compris que j’avais terminé, elle était venue droit vers moi.
« Qu’est-ce que tu vas faire, maintenant ? »
« … »
Sa question désinvolte me fit légèrement froncer les sourcils.
Au lieu de répondre, je lui posai une question à mon tour.
« Hé. »
« Hmm ? »
« Qu’est-ce que tu es, au juste ? »
« … Hein ? »
Cheonma pencha la tête, perplexe.
« Toi… qu’est-ce que tu es pour me faire tout ça ? Tu sais vraiment quelque chose ? Ou tu fais semblant de ne rien savoir ? »
« … Hmm ? »
« Ah, encore cette tête idiote. »
Elle ressemblait trait pour trait à Wi Seol-ah et, comme elle, avait l’habitude d’afficher un air parfaitement ahuri.
Au premier abord, on aurait dit de l’innocence, mais après tout ce que j’avais entendu, je ne savais même plus si cette expression était sincère.
« Qui es-tu vraiment ? »
« Je suis moi. »
« … Et ça veut dire quoi ? »
« Je suis moi. »
« Tu cherches la bagarre ? »
« Non ? »
Cheonma secoua vivement la tête. Un démenti catégorique.
Au bout d’un instant, elle s’arrêta et me regarda de nouveau.
« Je suis moi. Et… »
Elle tendit l’index et me désigna directement.
« Tu le sais déjà. »
« … Mais qu’est-ce que tu racontes ? »
J’étais vraiment idiot d’avoir posé la question.
Comment avait-elle pu changer à ce point après ma Régression ?
Qu’était-il arrivé à cette femme hautaine et arrogante ?
« Ou alors, est-ce que c’était sa vraie nature depuis le début ? »
Ou bien cachait-elle sa véritable personnalité ?
Mais, à voir son comportement, je n’avais pas l’impression qu’elle cachait quoi que ce soit.
Alors…
« Qu’est-ce qui a fait d’elle cette Cheonma ? »
Qu’avait-elle vécu pour devenir la personne dont je me souvenais de ma vie antérieure ?
Ça, j’aurais aimé le savoir…
« … Laisse tomber. Prépare-toi. »
Je claquai la langue et lui dis :
« Me préparer ? »
« On part. Alors prépare tes affaires. »
« Où est-ce qu’on va ? »
Cheonma posa la question avec curiosité, et je soupirai avant de répondre.
« Au Mont Marryeong. »
Là où se trouvait le prochain Arbre divin.
J’avais l’intention de m’y rendre et, cette fois, j’emmenais Cheonma avec moi.
« Puisqu’elle est étroitement liée à toute cette histoire. »
Pour un long voyage, mieux valait la garder près de moi et la surveiller plutôt que de la laisser derrière.
À mes mots, les yeux de Cheonma s’écarquillèrent.
« Oh ? Je viens aussi ? »
« Ne viens pas si tu n’en as pas envie. »
« Je viens. Allons-y. »
Elle s’avança vers moi d’un pas léger.
Son expression n’avait pas changé, mais elle semblait, à peine, un peu enthousiaste.
Savait-elle seulement où nous allions ?
Savait-elle seulement ce que nous comptions faire ?
C’était insensé.
« … On part tout de suite. Alors, si tu as quelque chose à emporter, prends-le maintenant. »
Je disais ça comme ça. Ce n’était pas comme si Cheonma avait des affaires à prendre.
Et, comme prévu, elle répondit :
« Je n’ai rien. »
J’allais me mettre en route quand…
« Mais toi, tu dois emporter quelque chose. »
Je marquai une pause.
Je devais emporter quelque chose ?
« Qu’est-ce que je dois prendre ? »
Perplexe, je lui posai la question, et Cheonma répondit :
« C’est une montagne, non ? »
« Et alors ? »
« Tu détestes gravir les montagnes. Il te faut un bâton. »
« ◈ Novelight ◈ (Poursuivre la lecture) Quelle absurdité. Pourquoi est-ce que j’emporterais un bâton ? »
« Tu n’aimes pas gravir les montagnes ? »
« C’est… »
Au beau milieu de ma phrase, mon expression se figea.
Quelque chose clochait.
« … Comment tu sais ça ? »
Personne ne savait que je détestais gravir les montagnes.
Forcément : je ne l’avais jamais dit à personne.
Je détestais ça depuis l’enfance, mais comme il n’y avait aucune raison d’en parler, j’avais gardé ça pour moi.
Alors, pourquoi Cheonma l’affirmait-elle avec autant d’assurance ?
Quand je lui posai la question…
« Ah… »
Cheonma hocha simplement un peu la tête et répondit :
« C’est juste une intuition. »
« … »
Tandis qu’elle parlait, le crépuscule s’effaça pour laisser place à la nuit.
Les braises qui flottaient encore dans l’air brillaient particulièrement fort.
Et à cet instant, je compris…
Le soir était tombé.
Et tandis que Cheonma parlait, ses yeux violets — peut-être à cause de la nuit — semblaient scintiller plus que d’habitude.