Chapitre 1 000
Noya risquait de disparaître.
Et c’était ma faute s’il s’effaçait peu à peu.
Ces paroles ravivèrent des souvenirs du passé.
« Alors, c’était pour ça que Noya perdait connaissance depuis tout ce temps ? »
Il m’avait empêché de me briser le corps quand j’étais devenu un dragon, mais…
« À mesure que mon niveau de cultivation et mon âme se renforçaient, son pouvoir faiblissait. »
Autrement dit, plus je devenais fort, plus Noya s’affaiblissait. Et maintenant, il disparaissait.
« ……… »
Je n’arrivais pas à parler.
Je passai la main dans mes cheveux, les ébouriffant.
Je mordillai ma langue sans y penser.
J’avais dû mordre fort : du sang suinta et emplit ma bouche de son goût métallique.
Que devais-je faire ? Qu’étais-je censé faire, maintenant ?
À cause de ma force, Noya ne pouvait plus revenir. Pire encore, maintenant que j’avais atteint la transcendance, la détérioration de son âme s’accélérait.
Je ne pouvais pas rester près de lui, mais le laisser ainsi était dangereux aussi. Je devais garder mes distances.
« … Si j’avais su que ça arriverait. »
Aurais-je quand même cherché à devenir plus fort ?
Je n’avais pas le choix. Sans ça, je n’aurais pas survécu. C’était nécessaire.
Mais maintenant que je le savais, ça me retournait l’estomac.
Atteindre la transcendance m’avait paru grandiose, mais si c’était le prix à payer…
« Je… »
Que devais-je faire ?
Qu’étais-je censé faire, maintenant ?
Je touchais distraitement la barrière quand…
« Si tu as compris, recule. »
« ……… ! »
Aux mots de la tortue, je retirai aussitôt la main.
« Si l’Arbre divin est proche et que tu gardes une distance convenable, tu peux limiter l’instabilité. La barrière que tu viens de toucher marque cette distance. »
L’Arbre divin était encore loin. Cette distance était donc le minimum que je devais respecter.
Tout irait bien tant que je gardais mes distances ?
« Même si tu recules, ce ne sera qu’une solution temporaire. Dès que tu es apparu, ce processus est devenu inévitable. Tu ne fais que gagner du temps : tu ne peux pas l’arrêter. »
« Merde. »
Comme si la tortue lisait dans mes pensées, elle ne cessait de me rappeler cette sombre réalité.
« Alors, tu veux que je fasse quoi ? Que je reste là à regarder ? »
« Oui. »
« Quoi… ? »
J’avais lâché ces mots sous le coup de la frustration, mais la tortue confirma sans hésiter.
« Que peux-tu faire ? Tu es bien trop faible pour défier le destin. »
« ……… »
« C’est simplement l’ordre naturel des choses. »
« Et alors ? Puisque c’est le destin, je n’ai qu’à m’asseoir et attendre ? »
Je devais donc rester là et regarder Noya mourir.
Le regarder disparaître par ma faute.
Boum !
Je frappai la barrière.
Crac !
Avais-je frappé trop fort ? Un craquement résonna dans la barrière.
« T’emporter ne changera rien. »
La tortue ne se laissa pas troubler par mon accès de colère.
Ironiquement, j’avais eu l’air plus désespéré quand j’avais paniqué tout à l’heure.
« Tss. »
La tortue claqua la langue.
« Dis-moi, tu crois vraiment que le Chef de secte ignorait ce qui arriverait à Noya ? »
« … Quoi ? »
« Le Chef de secte connaissait mieux que quiconque son état. Pourtant, il souhaitait quand même que tu deviennes plus fort. »
« ……… »
« Il le répétait souvent : “Quelqu’un finira bien par venir me chercher un jour. Mais bon sang, qu’est-ce qu’ils prennent leur temps.” »
À ces mots, je serrai les poings. Des flammes s’y mirent à vaciller, consumées par ma frustration.
Mais…
« Si cette personne, c’était toi… alors il a attendu, sachant comment tout cela finirait. »
À mesure que la tortue poursuivait, la force de mes poings serrés se dissipa lentement.
« Tu crois que le Chef de secte voulait te voir planté là, avec cette tête ? »
« ……… »
Si j’apparaissais, il devait savoir ce qui lui arriverait.
Et pourtant, Noya m’avait attendu ?
Pourquoi ?
« Il ne voulait donc pas vivre ? »
Il parlait toujours comme s’il n’était qu’un fantôme attardé du passé.
Avait-il vraiment renoncé à tout désir de vivre ?
« … Ce vieux salaud. »
Si c’était le cas, il aurait au moins pu me le dire.
C’était ridicule, de m’être réjoui à ce point de devenir plus fort.
J’avais été fou de joie à l’idée de retrouver ma mère.
J’avais sombré dans le désespoir en comprenant qu’elle ne se souvenait pas de moi.
J’avais été heureux de savoir que je devais avancer et de découvrir comment le faire.
Mais j’ignorais qu’il se tenait au seuil ultime.
Et c’était pour ça.
C’était pour ça que j’étais si furieux, que je brûlais de rage.
Mais je devais la réprimer. Encore et encore. La tortue l’avait bien fait comprendre : ce n’était pas le moment de céder à mes émotions.
« … Que dois-je faire ? »
Je posai la question.
« … Hein ? »
La tortue laissa échapper un petit rire.
« Pourquoi me demandes-tu ça ? Je t’ai déjà expliqué la situation. »
Il n’y avait pas de solution.
En apparaissant, en devenant plus fort, je n’avais fait qu’accélérer la fin de Noya.
Il ne me restait plus qu’à attendre qu’il disparaisse.
Était-ce vraiment tout ce que je pouvais faire ?
« Tu connais un moyen. »
« ……… »
J’affirmai cela avec assurance.
J’étais certain que la tortue savait comment changer la situation.
« … Pourquoi crois-tu ça ? »
« L’Aîné n’a jamais voulu que je me résigne au destin. »
Les paroles de la tortue n’étaient pas destinées à me faire culpabiliser.
Ce n’étaient pas non plus des paroles de résignation, qui m’incitaient à abandonner.
Non…
« Elles étaient là pour que j’évalue la situation. Pour que je me calme et que je réfléchisse. C’était ça, sa véritable intention, et… »
Frouf.
Je fis un pas en arrière.
« À son attitude, je vois bien que l’Aîné sait quelque chose. »
J’avais compris à la réaction de la tortue.
« Ma réaction ? »
« Tu ne l’as pas nié d’emblée. Tu as plutôt eu l’air surpris. »
« ……… ! »
Il ne réfuta pas.
Son expression n’était pas celle de quelqu’un qui nie : il était simplement stupéfait que je puisse penser ça.
« … Quel sale gosse. »
La tortue avait l’air abasourdie.
« Tu faisais une crise il y a un instant, et même là, tu analysais la situation ? »
Bien sûr.
« Un vieil homme m’a dit quelque chose, un jour. »
À l’époque où je n’étais qu’un fou furieux, un ermite errant, quelqu’un comme Malco, m’avait donné un conseil.
« Quand tu laisses éclater ta colère, ton adversaire est pris au dépourvu plus que jamais. C’est là qu’il faut frapper. »
Ne baisse jamais ta garde.
Ne te laisse jamais submerger par tes émotions.
Et si tu les laisses exploser, assure-toi d’en tirer parti.
Crois en toi.
Tu peux le faire.
Tu en es capable.
« … Sérieusement. »
Je me rappelai peu à peu tout ce que Noya m’avait dit. Ce vieux avait vraiment beaucoup de choses à raconter.
À part ma Régression, je n’avais rien, mais il m’avait tant appris.
Et cette fois encore, il ne m’avait pas fait défaut.
« C’est quoi, la méthode ? »
« ……… »
« Dis-le-moi. S’il faut que je m’agenouille, je le ferai. »
« Qu’est-ce que je ferais de tes genoux ? Pourquoi te demanderais-je de t’agenouiller ? »
« Je savais que tu ne le ferais pas, alors je l’ai dit comme ça. »
« … Espèce de cinglé. »
Je laissai échapper un petit rire.
« Tu ris ? »
La tortue s’interrogea sur ma réaction.
Oui, pourquoi est-ce que je riais ?
Comme un idiot, je ne pouvais pas m’empêcher de sourire.
« Sérieusement… »
Tss, tss, tss.
La tortue claqua la langue, visiblement agacée, puis se tut un instant. Enfin, elle reprit :
« Vous vous ressemblez vraiment tous les deux. Vous trouvez toujours le moyen de m’énerver. »
« C’était une insulte ? »
« Quoi, tu pensais que c’était un compliment ? »
« Pas du tout. »
Bien sûr que non.
« Haa… »
La tortue poussa un profond soupir, puis reprit :
« … Si le problème vient du fait que son âme se tord… »
Je l’écoutai attentivement.
« … alors, au fond, c’est son âme qui a un problème. Il suffit donc de la ramener à son état d’origine. »
« Alors, il ira bien ? »
« Je n’en sais rien. »
« Quoi ? »
« Je ne connais pas grand-chose aux âmes. Ce n’est qu’une hypothèse. Alors, même si tu essaies, rien ne garantit que ça réglera tout. Cependant… »
Je me tus et retins mon souffle.
« … pour l’instant, nous n’avons pas de meilleure option. »
« ……… »
Si son âme avait un problème, je devais la ramener à son état d’origine.
C’était la seule voie possible.
J’acquiesçai aux paroles de la tortue.
Elle avait raison.
Je ne voyais pas non plus de meilleure solution.
Le problème, c’était…
« Alors, comment je m’y prends ? »
Comment réparer l’âme de Noya ?
À ma question, la tortue répondit :
« Tu connais déjà la méthode. »
« … Quoi ? »
Elle disait que je savais déjà comment faire.
Je fronçai les sourcils. Moi ?
Mais qu’est-ce que j’étais censé savoir, au juste ?
« Si je le savais, pourquoi est-ce que je te le demanderais ? »
« Si, tu le sais. Ça ne s’est pas passé il y a si longtemps. Et c’est à toi que c’est arrivé. »
« Quoi… ? »
J’allais répliquer quand…
« Ah. »
Mes yeux s’écarquillèrent. Une idée me vint.
L’âme.
Un moyen de ramener une âme déformée à son état d’origine.
Rendre à quelque chose son état initial.
Si j’avais vécu cela moi-même…
« … Le Fruit divin. »
« C’est ça. »
La tortue confirma que j’avais compris.
Le Fruit divin, créé par l’Arbre divin.
Le consommer pouvait ramener une âme à son état d’origine.
C’était grâce à ce fruit que ma propre âme avait été restaurée, mettant en marche un destin qui aurait dû tourner au désastre.
Ce qui signifiait que…
« … Si Noya mange le Fruit divin, nous pourrons restaurer son âme ? »
« Comme je l’ai dit, ce n’est qu’une hypothèse. »
« Mais c’est la solution la plus probable. Et c’est la seule que nous ayons, non ? »
« ……… »
La tortue ne répondit pas. Mais je n’avais pas besoin de l’entendre.
C’était presque un soulagement.
Car, pour revoir ma mère et tenir la promesse faite à Noya, je devais déjà visiter tous les Arbres divins.
Au terme de ce voyage, j’étais censé rencontrer l’Arbre divin du Maître.
« Si la situation n’a pas changé… »
L’Arbre divin et le Fruit divin que j’avais rencontrés à l’époque appartenaient à cet Arbre divin du Maître.
Ce qui signifiait que, pour sauver Noya… ◈ Nоvеlіgһт ◈ (Poursuivez votre lecture)
« Je dois y aller. »
Je devais retrouver cet Arbre divin.
« ……… »
Crac.
Je dépliai mes doigts raides.
Je refoulai la chaleur qui montait en moi et l’avalai au fond de mon cœur.
Je passai en revue les prochaines étapes.
Je me représentai Noya, endormi derrière la barrière.
« Tu m’as sauvé tant de fois. »
À présent, je ne pouvais pas te laisser partir, moi non plus.
Je devais sauver mon héros, ma lumière, quoi qu’il m’en coûte.