Chapitre 5
Alors que Calvin demeurait inconscient, profondément endormi sous l’effet de ses blessures, les premiers signes apparurent dans l’espace intérieur de son esprit, sans qu’il puisse les percevoir.
Au milieu de cette obscurité silencieuse, un premier point lumineux apparut. Il était à peine visible et brillait si faiblement qu’il semblait pouvoir disparaître à tout instant. Après quelques secondes, un second point s’alluma à son tour, suivi d’un troisième. Lentement, d’autres points lumineux commencèrent à apparaître, chacun révélant une infime partie de ce qui était resté caché depuis la Résonance de Calvin.
Ils demeurèrent séparés pendant un moment, avant que de fines lignes ne commencent à les relier. Elles se formèrent progressivement entre les différents points, dessinant une structure dont il restait encore impossible de distinguer l’ensemble.
La forme demeurait incomplète. Certaines zones continuaient de briller, tandis que d’autres restaient entièrement plongées dans l’obscurité. Les lignes s’interrompaient à plusieurs endroits, empêchant de reconstituer la Constellation dans son intégralité. Une partie seulement commençait à apparaître, alors que le reste demeurait encore dissimulé.
Aucune image ne se forma dans l’esprit conscient de Calvin. Son visage resta immobile et sa respiration conserva un rythme régulier malgré ses blessures. Aucun rêve ne vint troubler son sommeil, et son corps ne manifesta aucune réaction à ce qui se produisait dans les profondeurs de son esprit.
À l’extérieur de cet espace intérieur, le sang qui s'était déposé sur la Balance provoqua un premier changement. Le premier plateau s’abaissa légèrement, tandis que le second, jusque-là parfaitement vide, commença à trembler. Le mouvement était faible, presque imperceptible, mais il persistait.
Le mouvement de la Balance ne suffit pas à provoquer l’éveil de Calvin, mais il se répercuta dans les profondeurs de son esprit. Une partie de la Constellation commença alors à se révéler.
Depuis la Résonance de Calvin, cette Constellation était restée silencieuse, dans un état que personne n’avait su comprendre. Aucun signe n’en était apparu jusqu’à présent. Pour la première fois, certains de ses éléments devenaient perceptibles, révélant la nature particulière qui se trouvait derrière elle : une volonté de pouvoir.
Cette volonté restait néanmoins enfouie avec la partie de la Constellation qui n’avait pas encore été dévoilée. Il était encore impossible d’en mesurer l’étendue ou de comprendre la manière dont elle pourrait se manifester.
Dans l’espace intérieur de Calvin, les points lumineux continuèrent de briller pendant quelques instants, puis leur éclat commença progressivement à faiblir. Les lignes qui les reliaient s’effacèrent à leur tour, perdant peu à peu leur netteté avant de disparaître complètement. Les points s’éteignirent l’un après l’autre et retournèrent dans l’obscurité, tandis que la partie révélée de la Constellation cessait de se manifester.
Au même moment, le second plateau de la Balance cessa de trembler. L’équité n’avait pas été atteinte.
Lorsque Calvin ouvrit enfin les yeux, la manifestation avait complètement disparu. Ses paupières s’entrouvrirent lentement, puis il resta quelques instants sans bouger, le regard encore flou. Sa respiration devint irrégulière tandis qu’il essayait de comprendre où il se trouvait.
Il ne se souvenait de rien. Le temps écoulé depuis l’attaque n’avait été pour lui qu’un vide sans rêves, entièrement noyé dans l’inconscience. Il ne ressentait aucune présence en lui, aucune différence ni le moindre changement.
Le pendentif reposait toujours contre sa poitrine, sa chaîne se soulevant légèrement au rythme de sa respiration. Il était redevenu froid et parfaitement inerte.
Dans les profondeurs de son esprit, une seule partie de la Constellation s’était manifestée. Le reste demeurait encore plongé dans l’ombre.
[.....]
Une lumière blanche éclairait la pièce. Calvin entendait le signal régulier d’un appareil et sentait une odeur d’antiseptique. Il tenta de bouger, mais une douleur lui traversa immédiatement le côté. Il serra les dents et resta immobile.
Lenock dormait sur la chaise placée près du lit. Sa tête était légèrement inclinée vers sa poitrine et ses bras étaient croisés. Ses vêtements avaient été remplacés, mais une coupure séchée marquait encore sa tempe. Il avait posé une main près du bord du lit, à quelques centimètres de celle de Calvin.
Calvin l’observa quelques secondes avant d’essayer de parler.
« Lenock… »
Lenock se réveilla brusquement. Il redressa la tête et fixa Calvin.
« Tu es réveillé. »
« Où est-ce que je suis ? »
« À l’hôpital. »
Calvin tourna légèrement la tête pour regarder la pièce.
« Depuis combien de temps ? »
« Je ne sais pas exactement. Les médecins t’ont pris en charge dès ton arrivée. Je suis parti me changé pendant ce temps. Quand je suis revenu dans la chambre, tu dormais encore. »
Calvin voulut se redresser, mais la douleur le força à s’arrêter. Lenock se leva immédiatement et posa une main sur son épaule.
« Reste allongé. »
« Je voulais seulement m’asseoir. »
« Alors attends qu’on t’aide. Tu as reçu un choc à la tête et tu as été blessé au côté. »
Calvin se laissa retomber contre l’oreiller. Il resta silencieux quelques secondes, les yeux fixés sur le plafond.
« Qu’est-ce qui s’est passé après que je suis tombé ? »
Lenock retourna s’asseoir, mais il resta penché vers lui.
« Les secours sont arrivés. Ils t’ont emmené ici. »
« Et les explosions ? »
« Il y en a eu plusieurs dans différents quartiers. Pour le moment, personne ne nous a donné plus d’informations. »
Calvin regarda la coupure sur la tempe de son frère.
« Tu as été blessé. »
« Ce n’est qu’une coupure. »
« Tu as changé de vêtements. »
« Les anciens étaient couverts de poussière et de sang. »
« Et tu es resté ici tout ce temps ? »
Lenock haussa légèrement les épaules.
« Je n’allais pas rentrer sans savoir comment tu allais. »
Calvin acquiesça lentement. Il essaya de rassembler ses souvenirs.
« Je me souviens de la place. On marchait et il y a eu un bruit. Après, les gens ont commencé à courir. »
« Tu as été projeté par l’explosion. »
« J’ai perdu le carnet ? »
Lenock désigna la table située près du mur. Le carnet y était posé, légèrement abîmé sur un coin.
« Je l’ai récupéré avant que les secours t’emmènent. »
Calvin regarda le carnet avec soulagement.
« Merci. »
« Tu pensais vraiment à ton carnet dans cet état ? »
« Je venais de l’avoir. »
« Tu étais inconscient. »
« Avant ça, je ne l’étais pas. »
Lenock secoua la tête, mais son expression se détendit légèrement. Calvin baissa ensuite les yeux vers son torse. Le pendentif était toujours autour de son cou. Il le prit entre deux doigts et l’examina. Le métal était propre et ne portait aucune tache.
« Les médecins ont retiré mes affaires ? »
« Ils ont enlevé ta veste et ton haut pour te soigner. Je leur ai demandé de remettre le pendentif après. »
Calvin passa son doigt sur la petite Balance.
« Il n’a rien. »
Lenock regarda le pendentif.
« Non. »
« Tu l’as trouvé sur moi quand tu m’as ramassé ? »
« Oui. Tu le tenais dans ta main. »
Calvin releva les yeux vers lui.
« Je le tenais ? »
« Oui. »
Calvin regarda de nouveau le pendentif. Il resta silencieux quelques secondes.
« Je ne m’en souviens pas. »
« Ce n’est pas étonnant. Tu avais reçu un choc. »
« Il y avait du sang dessus ? »
Lenock observa le pendentif à son tour.
« Je n’ai pas regardé. Je m’occupais de toi. »
Calvin relâcha le métal et le laissa retomber contre sa poitrine.
« Je n’ai pas rêvé, pourtant. »
« De quoi ? »
Calvin fronça les sourcils, cherchant à retrouver ce qu’il avait vu avant de perdre connaissance.
« Je ne sais pas. J’ai l’impression qu’il s’est passé quelque chose, mais je n’arrive pas à me rappeler quoi. »
Lenock attendit un instant avant de répondre.
« Tu étais blessé, tu avais du mal à respirer et il y avait des explosions dans la rue. Tes souvenirs ne sont probablement pas très clairs. »
Calvin ne répondit pas. Il garda les yeux fixés sur le pendentif, puis finit par le lâcher.
Lenock s’adossa à sa chaise.
« Repose-toi. Le médecin viendra sûrement te revoir bientôt. »
Calvin ferma les yeux sans répondre. Le pendentif resta immobile contre sa poitrine. Lenock le regarda quelques secondes, puis reporta son attention sur Calvin. Il ne posa aucune question et resta assis près du lit, dans le silence de la chambre.
[...]