Les jours suivants, le tournage de « La Fin » se poursuivit sans encombre.
Dans cette ville de cinéma, de nombreux décors attendaient encore d’être filmés. Le périple des personnages principaux, des villages miao aux montagnes et forêts désolées, jusqu’à leur dernière demeure, le cimetière, se déroulait entièrement sur place.
Quand Yin Lan eut enfin retrouvé son calme et décidé de repartir à la recherche de la météorite d’autrefois, les autres maîtres du gu qu’ils avaient rencontrés auparavant s’étaient déjà rassemblés ici.
Yin Lan poussa donc la porte délabrée et découvrit d’abord un groupe de compagnons d’âges divers, tous dotés d’une aura hors du commun…
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Entourées de montagnes verdoyantes, les maisons sur pilotis s’étageaient le long du versant, s’étendant en gradins sur les pentes luxuriantes. Leur allure rustique portait la marque de l’architecture locale.
La brume s’attardait sur les montagnes, mais les maisons du village baignaient déjà dans les premiers rayons chaleureux du soleil matinal. La douce lumière enveloppait les bâtisses de bois et les chemins pavés de pierres bleues, donnant à tout le hameau un éclat tendre et réconfortant.
Un groupe de personnes se tenait là, baigné de lumière, empreint de grandeur et de sainteté. Leur silence en disait long. À l’instant où Yin Lan avait ouvert la porte, on aurait dit que les vents de la montagne s’étaient levés pour eux et que les oiseaux de la forêt avaient chanté en leur honneur. Pourtant, ceux qui se tenaient devant elle n’attendaient qu’elle.
Une vieille femme vêtue d’habits de sorcière, les cheveux tressés, plissa les yeux et lui fit signe d’approcher. Les ornements d’argent à son poignet tintinnabulèrent au rythme de ses gestes, formant une mélodie joyeuse.
Le patron à succès, célèbre et fortuné, tirait toujours sur son cigare. Une cigarette dans une main, l’autre posée sur la hanche, il portait un costume impeccable. Il n’avait pas l’air d’être venu à l’aventure, mais plutôt d’être là pour sonner la cloche à la Bourse au nom d’une entreprise cotée.
À ses côtés se tenait une femme aux cheveux ondulés, qui menait depuis des années une vie insouciante et était toujours restée indifférente à leurs affaires. Elle portait une minijupe rouge, un grand manteau de fourrure et même des talons hauts. Une cigarette entre les doigts, elle haussa légèrement un sourcil à l’intention de Yin Lan derrière ses lunettes de soleil, puis souffla avec désinvolture un épais nuage de fumée de ses lèvres rouge vif, esquissant un sourire moqueur.
L’homme d’âge mûr que la femme venait d’enfumer avait la barbe mal rasée et des cernes sous les yeux. Son costume gris lui donnait l’air d’un agent immobilier toujours entre deux rendez-vous. Il tenait même une mallette sous le bras, comme s’il venait tout juste de sortir du bureau.
Le moine, bouddhiste depuis de nombreuses années, était vêtu des habits les plus simples et les plus modestes. Les rides de son visage ne semblaient pas être les marques du temps, mais plutôt les présents de l’éveil qu’il avait atteint après une profonde illumination. Quand il leva les yeux et croisa le regard de Yin Lan, son visage resta serein, sans la moindre perturbation. Il joignit simplement les mains et s’inclina légèrement vers elle de loin.
Enfin, il y avait un vieil homme venu se promener. Il portait une tenue de sport blanche et n’avait rien emporté d’autre qu’une cage à oiseaux. Mais aucun oiseau ne s’y trouvait : une tortue en sortait la tête pour profiter du soleil.
…
Tous ces gens étaient des maîtres du gu, et des personnages apparus dans l’histoire précédente.
Pourtant, à l’époque, certains avaient eu de vieux différends avec Yin Lan, d’autres se montraient indifférents et n’aspiraient à rien, d’autres encore étaient riches et ne voulaient pas s’attirer d’ennuis. Certains s’étaient même rangés dès le début dans le camp opposé à celui de Yin Lan.
Mais au bout du compte, ils avaient tout de même choisi de se rassembler ici.
Que l’issue soit la vie ou la mort, l’éternité à venir ou la fin de toute chose… Après avoir traversé tant d’épreuves, ils pouvaient désormais accueillir le résultat avec sérénité.
En voyant qu’ils étaient déjà là, Yin Lan resta un instant figée.
Pendant ce bref moment d’égarement, elle crut apercevoir les ombres des autres maîtres du gu disparus.
Comme si les autres n’étaient jamais partis.
« Vous…
Mille pensées se bousculaient dans son esprit, mais elle ne posa finalement aucune question. Elle se retourna, referma la porte avec soin, puis rejoignit les autres.
— Allons-y.
Un doux sourire fleurit sur son visage.
— Nul besoin de demander. Nul besoin d’expliquer.
Leur présence en disait long.
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Le tournage des scènes du village se déroula à merveille.
À mesure que les scènes étaient tournées, il ne restait pratiquement plus que celles où « Yin Qi massacre le village ».
Hum, oui. Depuis quelques jours, Xiao He rôdait dans les parages, les mains derrière le dos, comptant les jours avant son entrée dans le village.
Ne vous laissez pas tromper par la beauté des lieux : dans quelques jours, Yin Qi allait tout détruire.
Bien sûr, cela ne se produisait que dans l’histoire. L’équipe de production n’allait pas réellement incendier le village.
Ils auraient vraiment fini en prison, et versé des larmes derrière les barreaux.
Alors, une fois qu’on aurait presque épuisé le décor, l’équipe détruirait les accessoires et les éléments de décoration qui ne seraient pas réutilisés, afin de créer la scène délabrée du « massacre du village » et de la contraster avec le beau village d’avant.
Ainsi, les accessoires et les décors usagés n’auraient pas besoin d’être reconstruits, et les objets abîmés pourraient être éliminés sur place comme déchets de tournage. L’équipe pourrait ensuite plus facilement partir vers d’autres lieux.
Le jour où Xiao He commença officiellement à tourner la scène du « massacre du village par Yin Qi », les accessoires endommagés s’entassaient donc un peu partout sur le plateau.
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Cependant, l’équipe de production semblait avoir la poisse aujourd’hui : elle eut droit à une inspection surprise.
Pendant une pause dans les préparatifs, Xiao He vit plusieurs personnes en uniforme pénétrer dans la zone où se trouvait leur équipe.
En découvrant leur emplacement jonché d’accessoires cassés et le plateau en plein désordre, le responsable fronça profondément les sourcils.
« Qu’est-ce qui se passe ici ? Pourquoi y a-t-il autant de choses entassées ?
Son expression était très sévère et ses paroles plutôt mesurées, mais l’uniforme qu’il portait lui conférait inexplicablement une certaine autorité intimidante.
Assistant réalisateur, Fan Congwen s’approcha alors, tout sourire, et lui expliqua où en était le tournage de leur équipe.
En apprenant que les objets au sol faisaient partie du décor, le responsable ne se détendit pas pour autant.
Le village, qui était plutôt bien entretenu à l’origine, avait pris un air délabré et désordonné après que l’équipe de cinéma l’eut aménagé ainsi.
Il donnait aussi une très mauvaise première impression.
Heureusement, Fan Congwen savait s’y prendre. Après avoir expliqué la situation au responsable, il prit l’initiative de le conduire avec ses collègues pour une inspection approfondie du service logistique de l’équipe de production. Ce ne fut qu’alors que le responsable consentit à hocher légèrement la tête.
Ils ne s’attardèrent pas. Ils notèrent simplement quelques éléments dans leurs carnets, donnèrent encore quelques consignes à Fan Congwen, puis s’en allèrent.
À en juger par la direction qu’ils prirent, ils allaient probablement inspecter à l’improviste l’équipe de cinéma voisine.
Après les avoir raccompagnés, Fan Congwen reprit contenance et prit un air grave. Il sortit son téléphone et se dirigea vers un coin plus tranquille, sans doute pour appeler Zhuang Hongyi.
Après avoir assisté à toute la scène, Xiao He se tourna, perplexe, vers Xiao Chen à côté de lui. « Il se passe quelque chose dans les studios de cinéma ces derniers temps ? Pourquoi les autorités organisent-elles une inspection surprise ?
Xiao Chen observait elle aussi la scène. En entendant sa question, elle répondit aussitôt : « Frère Xiao, vous n’êtes pas encore au courant ? Hier, une équipe de cinéma des studios est allée manger dans un restaurant de ferme à l’extérieur et a fait une intoxication alimentaire. La moitié de l’équipe a dû être évacuée en pleine nuit.
— Hein ? Cette fois, Xiao He fut vraiment surpris et se redressa même. Pas étonnant qu’il y ait eu tant de bruit dehors, devant l’hôtel voisin, hier soir, et autant d’ambulances garées là. Une équipe de cinéma a donc été victime d’une intoxication alimentaire collective !
— Et ce n’est pas tout ! On raconte qu’ils ont attrapé une infection bactérienne en mangeant des poissons sauvages de la rivière. On soupçonne aussi la présence de parasites, alors toute l’équipe a été envoyée à l’hôpital central de la ville pour des examens complémentaires.
Une autre voix s’éleva.
C’était Sœur Gua, qui venait d’arriver.
« Comment tu sais ça ?
Xiao He se tourna vers Yuan Sitong.
« Oh, ce n’est pas vraiment un secret. Ils ont invité quelques personnes de notre équipe à dîner hier soir, et elles ont été contaminées elles aussi. » Yuan Sitong haussa les épaules. « Ça fait beaucoup de bruit. Les autorités vont forcément intervenir. Il faudra peut-être assainir les lieux. Je ne sais juste pas si notre secteur sera touché. »