Chapitre 9
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Traductrice/éditrice : Natty
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◈ Black Badger ◈
Chapitre 9 : Partenaire senior (1)
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Personne ne m’expliqua les choses en détail.
Comme j’avais trouvé un travail en un instant, il ne me resta plus qu’à passer une journée de plus dans le salon.
« Dors là-bas pour aujourd’hui. À partir de demain, ton partenaire senior… enfin, monsieur Yoon te guidera, et on décidera où tu vivras et de toutes les autres choses. »
Joo sourit à pleines dents.
Puis il ajouta, toujours aussi enjoué, quelque chose de sinistre.
« Profite bien de ta dernière journée de liberté. »
Ma dernière journée de liberté ?
Je blêmis encore davantage, mais Joo ne m’expliqua rien. Ska, Ami, Ricardo et même Ye-hyeon se contentèrent de me regarder avec pitié.
Pourquoi tout le monde faisait cette tête ? J’étais sur le point de faire mes premiers pas ici. Ils pouvaient au moins avoir l’air un peu plus contents pour moi.
Quoi qu’il en soit, l’entretien était terminé.
Ensuite, Ye-hyeon m’acheta un téléphone.
J’essayai de refuser, mais il ne tint pas compte de mes protestations. Le commandant en chef alla jusqu’à payer de sa poche pour m’en offrir un.
« Il sera livré au salon dans la soirée. »
Puis il ajouta :
« Je vais te donner mon numéro personnel. »
Ah. Vous comprenez pourquoi j’avais toujours un mauvais pressentiment ?
« Si Yoon te cherche des ennuis, contacte-moi tout de suite. N’hésite pas. »
À ce stade, j’envisageai de renoncer à mon corps amélioré.
Avais-je vraiment fait un choix épouvantable ?
Mais il était trop tard pour revenir en arrière. Je ne pouvais qu’espérer que ce sentiment d’appréhension grandissant soit infondé.
Je me ressaisis tant bien que mal et hochai la tête.
Quand Ska se mit à faire son rapport à Ye-hyeon au sujet des médias, je compris que c’était le moment de quitter le bureau.
Je regagnai ma chambre, un peu hébétée. Ami me suivit de près tandis que je titubais dans le couloir.
« Hilde ! Reprends-toi ! »
Elle ouvrit de grands yeux et serra les poings.
« Je vais te donner mon numéro aussi. Alors, si Oppa fait quoi que ce soit de mal, raconte-moi tout, sans rien cacher ! »
Sa voix claire ne fit qu’accentuer mon mauvais pressentiment. Mes inquiétudes poussèrent et grandirent comme des pousses de bambou, au point que j’en oubliai de regarder autour de moi. Le commentaire souriant de Ricardo leur servit d’engrais.
« T’as de la chance… Même moi, je ne connais pas le numéro personnel du commandant en chef… Presque personne ne connaît son deuxième numéro… »
Ha ha ha.
Ami fit remarquer, chose étrange, que Ricardo refuserait même si Ye-hyeon lui proposait son numéro. Je ne compris pas exactement ce que cela signifiait. Mais une chose était sûre : le commandant en chef ne m’aurait pas donné son numéro personnel sans raison…
Non.
Je me forçai à faire tourner la machine à espoir.
Ami avait l’air tout à fait normale, alors son frère aîné biologique ne pouvait pas être complètement fou. Et d’après ce que j’avais entendu, Ye-hyeon et lui étaient très proches. Le commandant en chef Ye-hyeon était quelqu’un que tout le monde estimait. Alors peut-être que ce Yoon, qui passait du temps avec lui, ne serait pas non plus un désastre absolu.
La machine à espoir était pratiquement partie en fumée.
Malgré tout, je dormis confortablement. Aujourd’hui encore, la literie était douce et propre. C’était vraiment dommage que je ne puisse plus dormir ici à partir du lendemain.
Mais qu’allait-il advenir de mon logement ?
Alors que je sombrais dans le sommeil, une petite inquiétude me traversa l’esprit. Je n’avais toujours pas d’argent. S’ils me disaient de partir sur-le-champ, je n’aurais nulle part où aller.
Est-ce que je pourrais demander une avance sur salaire ? Sur cette pensée, je m’endormis sans rêver.
* * *
À mon réveil, j’avais reçu un message.
Il venait de quelqu’un que je ne connaissais pas.
Plus exactement, je ne connaissais que son nom.
[Bâtiment de recherche, deuxième étage. Café Senabi. 15 h.]
C’était tout.
Aucune information superflue. Pas de longue formule de politesse, pas de présentation. J’entendis les espoirs que j’avais eu tant de mal à nourrir s’effondrer.
Je fixai le message, accablée, pendant un moment.
Ça me rend dingue.
Non, quand même… Le responsable du personnel avait dit qu’il ne se trompait jamais sur les gens.
De toute façon, je n’avais rien de prévu avant quinze heures. En attendant, je tripotai mon téléphone. Je répondis au message de Ye-hyeon. (C’est mon numéro. N’hésite pas à m’écrire si tu as besoin de quelque chose.) Je répondis aussi aux messages que Ricardo, Ska et Ami m’avaient envoyés.
Leurs messages leur ressemblaient bien.
[Survis, la nouvelle recrue~. Écris-moi quand tu auras faim.]
[Ravi de travailler avec toi, Hilde. Si tu rencontres le moindre problème, n’hésite pas à me contacter.]
[Hilde ! On garde le contact ! (Moineau qui bat des ailes)]
Je souris faiblement en voyant l’émoticône qu’Ami avait ajoutée.
Puis, quand l’heure arriva, je pris la direction du bâtiment de recherche.
Je le trouvai sans difficulté. Dès que je sortis du bâtiment principal où je logeais, la vue se dégagea. Il suffisait ensuite de prendre à droite pour rejoindre le bâtiment de recherche.
Le ciel était haut et sans nuages.
Le vent frais me caressant le visage, j’essayai de me familiariser avec ces lieux qui m’étaient inconnus.
Des gens vêtus de toutes sortes de façons passaient devant moi. Le vaste terrain était si propre qu’on aurait eu du mal à croire qu’une créature y était apparue quelques jours plus tôt.
Il me faudrait un bon moment rien que pour mémoriser les lieux.
J’arrivai au bâtiment de recherche vers 14 h 45. Contrairement au bâtiment principal, presque personne ne portait de costume ici.
Le café aussi était rempli de gens en tenue décontractée.
Je commandai un americano glacé et m’assis dans un coin. À mesure que le temps passait, mon cœur se mit à battre plus vite.
Pourvu que ce soit quelqu’un avec qui je puisse communiquer.
Pourvu qu’il soit du genre à me laisser tranquille si je lui passe un peu de pommade !
Tap.
On posa un gobelet en plastique sur la table et quelqu’un s’assit en face de moi.
« Hildebert ? »
À cette voix grave et monocorde, je levai vivement les yeux.
Je me retrouvai face à un homme d’une beauté discrète.
« Hildebert Taleb ? »
« O-oui. »
Il était vraiment beau.
Je fixai sans rien dire l’homme assis en face de moi. Choi Yoon était beau, avec un air froid. Il portait une chemise bleu ciel impeccable sous sa blouse blanche. Ses cheveux noirs et ses yeux sans éclat lui donnaient un aspect presque inorganique.
Adossé à sa chaise, il soutint mon regard sans la moindre chaleur.
Ses yeux étaient plus froids que ceux de tous ceux que j’avais rencontrés jusqu’ici.
Je ferais mieux de ne pas me laisser aller avec lui.
Je me ratatinai malgré moi.
« Je suis Hildebert Taleb, la nouvelle recrue. Appelez-moi Hilde. … J’espère que nous nous entendrons bien. »
« Tu connais mon nom ? »
« Oui. Choi Yoon, mon partenaire senior… »
« Appelle-moi simplement Yoon. »
Il répondit sans la moindre émotion.
Je soutins son regard impassible, puis hochai la tête.
« Oui. »
Les gens ne plaisantaient donc pas quand ils disaient qu’ici, tout le monde s’appelait par son prénom.
Yoon tendit la main vers son café. Chacun de ses gestes semblait dépourvu de vie.
Il en but une gorgée avec nonchalance, puis reprit :
« J’ai entendu parler de ta situation générale hier. Tu ne te souviens toujours de rien ? »
« Non. Je suis désolée. Aucun souvenir utile ne m’est revenu… »
« Et des souvenirs inutiles ? »
Je hochai poliment la tête.
« Quelques fragments me sont revenus. Une madeleine et du jus de citron posés sur le rebord d’une fenêtre. Une vue nocturne contemplée depuis un toit. Des choses comme ça. »
« Quand ces souvenirs te reviennent-ils ? »
« Je n’en suis pas sûre, mais je crois qu’ils me reviennent quand je me retrouve dans des situations semblables à celles que j’ai vécues auparavant. »
« Tu n’as pas de mal à utiliser des choses comme les téléphones ? »
« Non. Pas vraiment. »
J’ignorais pourquoi il me posait ces questions, mais Yoon sembla satisfait de mes réponses. Il hocha la tête et glissa une main dans la poche de sa blouse.
Puis il se tut, comme s’il mettait de l’ordre dans ses pensées.
Le silence retomba sur la table, tandis que le brouhaha du café m’enveloppait. Les conversations, le bruit des gobelets en plastique posés sur les tables, tout me parvenait d’un coup.
Je restai tendue jusqu’à ce qu’il rompe le silence.
Il releva les paupières.
« Je vois. Alors, commençons par régler les questions pénibles. Tu n’as pas un sou, c’est bien ça ? Et tu n’as nulle part où loger ? »
« Oui. »
Je n’avais vraiment rien, à part ce que mes gentils aînés m’avaient acheté.
« Commençons par le logement. En principe, les nouvelles recrues reçoivent une chambre au dortoir, où elles peuvent s’adapter plus facilement à leur corps amélioré, et elles y restent jusqu’à ce qu’elles maîtrisent leur force. Mais tu t’es déjà adaptée à ton corps amélioré, alors tu n’as pas besoin d’y vivre. Ça risque de poser problème lors d’un audit, donc nous laisserons une trace indiquant que tu as passé un certain temps au dortoir. »
Hein ? S’il y avait des dortoirs, moi, je voulais y vivre.
Avant que je puisse exprimer mon avis, il poursuivit :
« Tu as donc le choix entre deux possibilités. Tu peux emménager dans le logement du personnel des Blaireaux, ici, ou vivre dans la cabane devant chez moi jusqu’à ce que tu trouves un logement. »
« Une cabane ? »
J’ouvris de grands yeux.
Pourquoi la cabane devant chez mon partenaire senior était-elle une option ?
Voulait-il dire que je devais vivre là-bas ? Que c’était mieux que le logement du personnel ? Ou que je pourrais y habiter en lui payant un loyer ?
Comme je restais là, sans comprendre, Yoon poursuivit ses explications.
« Elle m’appartient, mais je n’en ai pas l’utilité, alors je l’ai laissée à l’abandon. Je veux la démolir, mais c’est pénible, donc je repousse toujours. Ce serait plus pratique pour moi si tu étais dans les environs. Si tu y habites jusqu’à ce que tu trouves un logement, ça m’arrangera à plusieurs égards. J’ai parfois fait venir des gens pour la nettoyer, elle devrait donc être propre. »
« Ah. »
Je ne comprenais toujours pas tout, mais j’avais saisi l’essentiel.
« Alors, est-ce que je pourrais acheter cette cabane ? »
Des paiements échelonnés… Un acompte… Si je pouvais obtenir une avance sur salaire… J’abordai le sujet avec prudence.
Je ne voulais pas laisser passer cette occasion. Je m’inquiétais de n’avoir nulle part où vivre, et voilà qu’au bon moment, une maison vide dont il ne voulait pas se présentait à moi. J’ignorais combien elle coûterait, mais j’espérais qu’au lieu de la démolir, il accepterait de me la vendre.
Le dortoir avait l’air bien aussi, mais rien ne garantissait que je pourrais y rester pour toujours.
À ces mots, Yoon haussa légèrement un sourcil.
« … Eh bien. Je pourrais te la vendre. Non, si tu la veux, tu n’as qu’à la prendre. Mais ce n’est pas une maison où vivre toute sa vie. Elle n’est pas sale, mais ce n’est qu’une cabane, donc elle n’est pas solide. »
« Vous venez de dire que je pouvais la prendre ? »
J’avais dû mal entendre. Les choses ne pouvaient pas se passer aussi bien.
Mes pensées avaient sans doute dû se lire sur mon visage, car Yoon croisa les bras et répondit froidement :
« Oui. Mais j’ai ajouté quelque chose d’important juste après. Ce n’est pas une maison où vivre longtemps. »
« Je suis assez désespérée pour aller n’importe où, du moment qu’il y a un toit contre la pluie et des toilettes. »
« Elle s’écroulera immédiatement en cas de séisme ou d’ouragan. »
« Je trouverai comment me mettre à l’abri si ça arrive. »
« Le chauffage ne fonctionne probablement pas très bien. L’isolation phonique non plus. Enfin… ce n’est pas mon problème. »
« C’est vrai. Ce sont mes problèmes. Je m’en occuperai moi-même. »
J’acquiesçai avec conviction.
Je ne comprenais pas en quoi posséder une cabane inutilisée pouvait être un tel fardeau.
Mais je fis semblant d’être d’accord de toutes mes forces. *Senior, tout le monde y gagne ! Vous vous débarrassez de cette cabane encombrante et moi, je profite d’un confort inimaginable !*
Yoon ne réagit pas à mon regard suppliant.
« Tu es toujours comme ça ? »
Qu’est-ce que ça voulait dire, « comme ça » ? Il parlait de ma personnalité ?
Je voulus lui demander, mais c’était moi qui avais besoin de quelque chose, alors je me retins.
Je lui adressai un sourire tout ce qu’il y avait de plus innocent.
« Comment ça, “comme ça” ? Si ça ne vous plaît pas, j’essaierai de changer. Et comme vous le savez, j’étais dans un état où je ne me souvenais même plus de mon propre visage… »
« Ça suffit. Je viens de me rappeler un autre inconvénient de la cabane. »
Lequel ?
En fait, dans des conditions aussi avantageuses, il aurait été plus étonnant qu’il n’y ait aucun autre inconvénient.
Yoon ignora complètement mon regard qui disait que je surmonterais n’importe quel obstacle.
« Je vis avec Ye-hyeon et Ami. Autrement dit, si tu habites dans cette cabane, tu seras la voisine de la personne la plus haut placée sur ton lieu de travail. »
Oh. Je vois.
C’était effectivement à prendre en considération. Bien sûr, Ye-hyeon était quelqu’un de bien. Nous ne nous étions rencontrés que brièvement, mais ce court moment m’avait suffi pour le comprendre.
Mais Ye-hyeon était mon supérieur le plus haut placé. Je ne pouvais pas me permettre de lui parler à l’aise. Et le croiser devant chez moi après le travail ne serait pas de tout repos non plus.
Mais si la cabane était gratuite ?
Et si je considérais que j’acceptais ces seuls inconvénients en échange d’un logement gratuit, alors que je risquais de ressentir le même malaise ailleurs, après avoir payé une fortune ?
Soulagée par cette chance incroyable qui me tombait dessus et par le fait que mon partenaire senior semblait bien plus raisonnable que prévu, je souris.
« Je trouverai bien un moyen de surmonter ce petit désavantage. »
Yoon me regarda sans ciller, les bras toujours croisés.
Après m’avoir observée un moment tandis que je souriais de toutes mes dents, sans changer d’expression, il poussa enfin un étrange soupir.
« Très bien, alors. La cabane est à toi. Emménage dès ce soir, ou quelque chose comme ça. »
« Oui ! Merci beaucoup ! Je trouverai un moyen de vous rendre la pareille ! »
« Je t’avais clairement prévenue. »
Alors que je me demandais si je devais bondir de ma chaise pour poser le front sur la table, Yoon ajouta d’un ton ferme :
Il me fixa sans expression, tandis que je réprimais à grand-peine le sourire qui menaçait d’illuminer mon visage.
« Ce n’est pas une maison où vivre longtemps. Ne m’en veux pas plus tard. »
Vous en vouloir ? J’avais envie de m’agenouiller pour vous remercier de m’avoir permis de rencontrer un partenaire senior comme vous.
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