Chapitre 10
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Traductrice/éditrice : Natty
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◈ Blaireau Noir ◈
Chapitre 10 : Partenaire senior (2)
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Yoon changea calmement de sujet.
« Alors, passons au problème suivant. »
Ravi à l’idée d’obtenir une cabine gratuitement, j’acquiesçai avec un grand sourire.
Mon partenaire senior répliqua aussitôt :
« Ne souris plus jamais comme ça. Dernier avertissement. »
C’était un peu dur.
Je fis instinctivement une grimace qui en disait long, mais Yoon l’ignora lui aussi.
Sans décroiser les bras, il poursuivit :
« Écoutez bien. On va passer en revue les formalités administratives. Le service administratif va vous créer un numéro de sécurité sociale et l’enregistrer. Si quelqu’un vous pose la question, dites que vous êtes né le vingt août, le jour de votre arrivée. Vous avez vingt-huit ans. Vous ignorez qui sont vos parents biologiques. Si on vous pose la question, dites que vous avez grandi dans un orphelinat. Vous avez suivi en ligne tous vos cours d’école primaire, de collège, de lycée et d’université, puis vous avez gagné votre vie en faisant ceci ou cela sur Internet. Dites que vous avez réussi le concours de recrutement au début de l’année, mais que votre affectation a été retardée à cause d’un problème pendant le processus de blocage de l’âge et de récupération après amélioration. Dites que vous ne pouvez pas parler du recrutement parce que vous avez signé un accord de confidentialité. »
La version administrative de moi-même avait eu une vie bien malheureuse.
Je n’y pouvais rien. Je n’existais pas ici depuis une semaine. Ça ne devait pas être facile de faire passer quelqu’un qui n’avait jamais existé pour quelqu’un qui avait toujours été là.
C’était illégal, non… ?
Je ne posai pas la question qui m’était venue à l’esprit. Bien sûr que c’était illégal.
Ye-hyeon avait dû accepter ce risque pour moi. Il aurait suffi de me tuer en secret ou de retirer de mon corps amélioré pour que tout soit réglé. Ils n’auraient pas eu ce problème s’ils ne m’avaient pas sauvé quand cette créature me poursuivait.
À cette pensée, je sentis mon estomac se nouer.
La voix sans émotion de Yoon me parvint.
« Vous avez tout compris ? »
« Oui. J’ai compris. »
« Quand est votre anniversaire ? »
« Le vingt août. »
« Des questions ? »
« Euh… »
J’avais d’abord eu l’intention de lui poser quelques questions sur lui, si l’occasion se présentait.
Mais à l’idée que Ye-hyeon avait commis le crime de falsifier mon identité pour me recruter, j’oubliai ce que je voulais lui demander.
Je fixai un moment les yeux froids de Yoon.
« Qu’est-ce qui se passera si quelqu’un découvre que ma fausse identité est… fausse ? »
Yoon me regarda droit dans les yeux, le regard indéchiffrable.
« Ye-hyeon aura des ennuis. »
Sa réponse sèche me frappa de plein fouet.
Mon partenaire senior ne réagit pas, même si mon expression avait dû s’assombrir. Il était si sec que je croyais presque entendre le bruissement de ses vêtements. Il n’exprimait jamais la moindre émotion.
Tout en m’émerveillant de son manque d’humanité, j’essayai de calmer mon trouble.
Le brouhaha modéré du café nous enveloppait.
« … Ça va causer beaucoup de problèmes ? »
« Oui. Vous ne connaissez encore presque rien à ce monde, alors vous ne pouvez pas comprendre pour l’instant. Mais le Blaireau Noir exerce une influence énorme sur le monde. Ye-hyeon est à la tête de cette organisation. Si la véritable raison de votre recrutement est révélée, tous les médias vont s’enflammer. Ye-hyeon démissionnera sans aucun doute, et même comme ça, l’affaire ne sera probablement pas réglée. »
« Alors, peut-être qu’en retirant mon corps amélioré… »
« Je ne sais pas non plus pourquoi Ye-hyeon a fait ce choix. »
Sa voix ne trahissait ni rancœur ni irritation.
Il haussa les épaules.
« C’est une décision que Ye-hyeon aurait prise. Quoi qu’il en soit, il suffit de faire en sorte que personne ne le découvre. Ne vous faites pas prendre. Simple, non ? »
« … C’est simple ? »
« Même si ça ne l’est pas, il faut que ça le devienne. On ne peut plus revenir en arrière. Votre numéro de sécurité sociale et vos dossiers devraient déjà être enregistrés. »
Pourquoi le commandant en chef avait-il pris cette décision ?
Parce que c’était la bonne chose à faire ? Mais si Yoon n’exagérait pas — et il n’en avait pas l’air —, le risque d’être découvert était bien trop grand. Ye-hyeon n’était pas le seul à en pâtir : la plupart des Blaireaux seraient touchés.
Si j’avais été à la place de Ye-hyeon, j’aurais fait retirer mon corps amélioré et m’aurais affecté un médecin personnel, ou quelque chose dans le genre.
Quand je reverrais Ye-hyeon, je devrais remettre la question sur le tapis. Lui demander si retirer un corps amélioré était vraiment si dangereux.
Alors que je baissais les yeux vers mon café, Yoon reprit la parole.
« Bref, les questions de logement et d’administration sont plus ou moins réglées. Passons au sujet principal. »
Quel était le sujet principal ?
Je levai les yeux vers lui. Yoon était assis là, toujours aussi impassible.
Quel drôle de type. En même temps, je me demandais pourquoi on avait besoin de tenir en laisse quelqu’un qui bougeait à peine.
Alors, il ferma les yeux et soupira.
Comme ça, tout à coup ?
« Choi Ami. »
À l’appel discret de Yoon, la personne assise à la table derrière nous tourna vivement la tête.
De grands yeux ronds et noirs apparurent dans mon champ de vision.
Waouh.
« Oui ! »
« Qu’est-ce que tu fais ici ? »
Yoon posa un coude sur le dossier de sa chaise et se retourna.
Les frère et sœur se faisaient face. J’ouvris grand les yeux pour ne rien perdre de la scène.
Un homme tourné vers l’arrière et une femme qui s’était retournée pour nous regarder.
C’était étrange. Leurs caractères semblaient si différents qu’il était surprenant qu’ils soient frère et sœur, mais ils avaient quelque chose en commun. Impossible de mettre le doigt dessus.
Yoon regarda Ami d’un air las.
« Tu n’as aucune raison de venir dans l’aile de recherche. »
« J’avais peur que tu t’en prennes à Hilde, alors je suis venue vérifier ! »
Ami cligna de ses grands yeux ronds.
« Tu avais dit que vous vous retrouveriez ici à quinze heures ! Je me suis dit que j’avais laissé la gentille Hilde seule avec toi depuis trop longtemps ! »
« Ça fait vingt minutes. »
« C’est vrai. »
Ami était vraiment quelqu’un de bien.
J’étais touchée qu’elle ait fait tout ce chemin pour moi. J’étais vraiment contente qu’Ami soit la première personne à laquelle je m’étais attachée depuis que j’étais tombée dans ce monde.
Elle était encore habillée comme une étudiante aujourd’hui : un cardigan en maille torsadée violet clair et un jean bleu pâle.
Yoon regarda Ami sans la moindre expression.
« Ye-hyeon m’a dit à peu près la même chose hier soir. Il m’a demandé de ne pas m’en prendre à la gamine. S’il était si inquiet, il n’avait qu’à pas me désigner comme partenaire senior. Pourquoi maintenant, alors qu’il ne l’a jamais fait avant ? »
« Je me le suis demandé aussi. C’est Joo qui a pris la décision. »
Tu veux aller lui demander pourquoi, toi-même ? Ami dévisagea Yoon de ses yeux ronds en sirotant longuement son smoothie.
Pour la première fois, Yoon afficha une émotion assez visible.
Tss.
Il claqua de la langue avec assurance et fronça légèrement les sourcils.
« Je préférerais éviter de croiser cette personne, si possible. »
Son murmure discret était étrangement drôle.
Ça faisait bizarre de voir une telle réaction chez quelqu’un qui semblait dépourvu d’émotions. Quel était donc le rôle du responsable du personnel dans cette organisation… ?
Amusée malgré moi, j’entendis Ami me demander :
« Hilde, ça va ? »
« Pardon ? Ah, oui. Il m’a beaucoup mieux traitée que je ne le pensais. »
J’avais même obtenu une cabine.
Avant que je puisse le préciser, Yoon tourna la tête vers moi.
« Hé. On y va. Je veux voir de quoi tu es capable. Il faut aussi commencer tes leçons. »
Maintenant ?
Ma surprise avait dû se lire sur mon visage. Mais Yoon n’en tint pas compte. Il se leva d’un bond. Ami, qu’il empêchait de voir, se pencha pour regarder dans ma direction.
Le brusque changement de situation me ramena à ce qui m’entourait. Un café en plein après-midi, baigné de soleil. Les gens discutaient dans la salle, teintée d’une agréable lumière dorée. L’odeur du café torréfié. Le cliquetis des claviers.
Ami me sourit de toutes ses dents.
« S’il s’en prend à toi, dis-le-moi, d’accord ? »
« Oui. Bien sûr. »
« Tu devrais y aller, maintenant. Je sais rester dans les limites. Et avec Ye-hyeon dans les parages, je me tiendrai encore mieux. »
Ami, que Yoon maintenait la tête baissée d’une main, releva le menton. Un long sourire s’étira sur son visage tandis qu’elle levait les yeux vers son frère aîné.
« Sois gentil avec Hilde. »
« Je suis gentil avec Hilde. »
« Oui. Continue à être gentil avec Hilde. Tu es son partenaire senior, maintenant. »
Après avoir lancé ces mots d’un ton enjoué, Ami afficha un grand sourire.
Yoon baissa les yeux vers elle un moment. Puis il leva sa grande main et lui frotta plusieurs fois la tête ronde. Ce geste, qui montrait clairement à quel point il tenait à sa petite sœur, me surprit un peu.
Il me parut alors un peu plus normal.
Ami sourit.
Nous quittâmes bientôt le café. Ami me fit signe tandis que je suivais Yoon.
Après lui avoir rendu son salut, je suivis Yoon dans cet endroit inconnu, sans quitter son dos des yeux.
Des gens passaient près de nous. Nous montâmes par un escalator jusqu’au troisième étage, puis traversâmes une passerelle vitrée.
Les environs se faisaient peu à peu plus silencieux.
Je sentais que nous approchions de notre destination. De moins en moins de gens venaient dans notre direction. L’étage où se trouvait le café baignait dans une lumière agréable, mais ici, l’air semblait frais et bleuté.
On aurait dit qu’on se dirigeait vers une sorte de salle de sport.
À cette pensée, l’inquiétude et la tension m’envahirent. Quelle était mon endurance ? Mon intelligence ?
Je ne connaissais même pas mon propre visage une semaine plus tôt. Impossible de savoir de quoi j’étais capable.
Je risquais de ne pas être à la hauteur des attentes de cet homme, mais je ne voulais pas décevoir les gens que j’avais rencontrés.
Je repensai au danger que représentait ma fausse identité, dont Yoon m’avait parlé, puis à l’épreuve qui m’attendait. Et si je ne servais absolument à rien ?
Dans ce cas, j’insisterais pour qu’on me retire mon corps amélioré, cette fois.
Toutes ces pensées s’évanouirent dès que nous arrivâmes devant ce qui semblait être une salle d’entraînement.
Parce que Yoon venait de prendre une tronçonneuse.
« On apprend mieux avec la bonne dose de stimulation. »
Espèce de taré !
Vrrrrrrrr !
Dès que Yoon mit la tronçonneuse en marche, je fonçai vers la porte.
À ma grande surprise, elle était bien fermée.
Quand l’avait-il verrouillée ? Et pourquoi ?
Boum ! Boum ! Boum !
« Ami ! Ami ! Je suis là ! »
« Calme-toi. Je ne vais pas te tuer. »
Comment pouvais-je me calmer alors qu’un type tenait une tronçonneuse en marche devant moi ?
Est-ce que je devais la défoncer ? Enfoncer la porte ? Je tournai désespérément la poignée, mais le verrou ne cédait pas. Je fixai la porte grise et solide en réfléchissant.
Je pensais pouvoir la briser en y mettant toutes mes forces.
Une voix sèche retentit derrière moi.
« Ne la casse pas si tu ne veux pas la payer. »
Clic. Le vrombissement de la tronçonneuse s’éteignit.
« Je t’ai dit que je n’allais pas te tuer. De toute façon, je ne l’ai pas prise pour m’en servir moi-même. »
Hein ?
Ce n’est qu’après l’avoir entendu que je trouvai le courage de me retourner. La pièce n’avait rien d’extraordinaire. Une porte solide se trouvait en face de moi. La salle était longue et vaste, avec un plafond à près d’une fois et demie la hauteur d’un étage. À part ça, rien ne méritait qu’on s’y attarde.
Tout était d’un gris uniforme.
L’homme à l’allure mécanique me tendit la tronçonneuse.
Je tressaillis malgré moi.
« Hein ? »
« C’est toi qui vas t’en servir. »
Yoon me lança un regard qui signifiait que je devais la prendre, et vite.
« Prends-la. Il te faut une arme, non ? Je ne sais pas si tu savais tirer au fusil avant, et si c’était le cas, si tu te souviens comment faire. Alors je te donne au moins ça. C’est pareil pour les épées et les lances. Tu n’as qu’à tenir la tronçonneuse et la manier. »
Pourquoi me fallait-il une arme ?
Je croyais qu’on allait faire quelque chose comme un test de condition physique. Je m’attendais à des pompes et des abdos.
Je plissai les yeux, observai mon partenaire senior et lui demandai prudemment :
« Pourquoi me faut-il une arme ? »
« Tu pourrais avoir du mal sans. Et tant qu’on y est, je veux voir comment tu te débrouilles. »
« Je peux vous demander ce qui risque d’être difficile ? »
« Tu vas voir. Tu ne la prends pas ? »
Je pris la tronçonneuse. Si j’hésitais plus longtemps, Yoon risquait de s’énerver.
L’arme me parut étrangère entre les mains. Une fois la tronçonneuse saisie, je fixai mon partenaire senior. Il allait forcément m’expliquer la suite. Il venait de me mettre une tronçonneuse dans les mains sans prévenir ; il devait bien m’expliquer à quoi elle servirait.
Heureusement, Yoon m’expliqua :
« Attends tranquillement. Je vais te ramener quelque chose sur quoi utiliser la tronçonneuse. »
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